Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Skuggorna Och Ljuset : Would Fall from the Sky, Would Wither and Die (Another Timbre, 2015)

magnus granberg would fall from the sky, would wither and die

Peut-être croirait-on les percussions malhabiles si on ne les savait subtilement agitées par Erik Carlsson. C’est donc à Magnus Granberg, compositeur de Would Fall from the Sky, Would Wither and Die, qu’il faut attribuer l’équilibre précaire de cette pièce de trois quarts d’heure.

Sur ces marches découpées, la clarinette – instrument de Granberg – tentera plusieurs fois le rétablissement. Lente mais joueuse, elle invitera trois autres instruments qu’elle à s’y essayer : violon d’Anna Lindal, violoncelle de Leo Svensson Sander et piano préparé de Kristine Scholz. C’est dans le piano, d’ailleurs, que l’on mettra nos espoirs de voir empêchée cette énième litanie feldmanienne. Or, le piano se résout vite au laisser-aller charmant d’un discours qui hésite, cherche à s’affiner mais, finalement, s'écaille. Lunatique à défaut d’être originale, Would Fall from Sky… est une jolie pièce de peu d’empreinte. Or, l’empreinte est ce qui marque.

Magnus Granberg : Would Fall from the Sky, Would Wither and Die (Another Timbre)
Enregistrement : 16 avril 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Would Fall from the Sky, Would Wither and Die
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Skogen : Ist Gefallen in den Schnee (Another Timbre, 2012)

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S'il s'avère difficile – et sûrement inutile – de partager ce qui relève du « semi-composé » et ce qui tient du « semi-improvisé » dans la passionnante heure que dure cette pièce délicate, au moins faut-il reconnaître à Magnus Granberg (piano) d'avoir réussi à élaborer par ses propositions, mises en œuvre avec l'ensemble Skogen à Stockholm durant l'automne 2010,  un environnement envoûtant et un véhicule propice à la contemplation.

Débarrassée de son titre et de sa pochette (l'un et l'autre au demeurant charmants pour ce Winterreise suédois), la musique tient par elle-même, élégante, de l'ordre du rêve dans sa suspension, et c'est Feldman qui bientôt apparaît entre les pupitres d'Angharad Davies (violon), Anna Lindal (violon), Leo Svensson Sander (violoncelle) et John Ericksson (vibraphone). La fine tension électrique qu'apportent Erik Carlsson (percussion), Henrik Olsson (bols & verres), Petter Wästberg (objets, micros, table de mixage) et Toshimaru Nakamura (table de mixage « bouclée », véritable cage à insectes vrombissants et perçants) confère à ces halos, gouttes et comètes lentes, une autre qualité de mystère encore.

Bien qu'ayant étendu son effectif (depuis ses travaux pour le label Bombax bombax), l'ensemble Skogen touche ici à un merveilleux équilibre : parcimonieux, nuancé, mais toujours consistant. Bravo !

Skogen : Ist gefallen in den Schnee (Another Timbre)
Enregistrement : 12 novembre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Ist gefallen in den Schnee
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Stephan Mathieu: On Tape (Häpna - 2004)

ontape

L’honnêteté doit me faire admettre qu'il m'arrive parfois de proclamer de ces choses, essentielles, du genre « Je pense avoir définitivement fait le tour de l’improvisation instrumentale allemande.» Or, au moment où je décide « N’y revenons plus », voilà qu’il m’est donné d’entendre On tape, de Stephan Mathieu (Von Saarbrücken).

Batteur de formation, Stephan Mathieu s’intéresse à l’électronique de façon presque exclusive depuis la fin des années 90. Or, en travaillant à la construction d’un instrumental à partir de bandes que lui a soumises le saxophoniste Magnus Granberg, il décide d’enrôler ce dernier, pour qu’ils complètent ensemble l'ébauche en question devant le public du Fylkingen de Stockholm, le 21 février 2004.

Voilà l’histoire d’On Tape, séquence électronique sur laquelle viendront se greffer bribes de rythmes et plaintes de saxophone. Du côté de la programmation, enregistrements de voix d’enfants, d’une mouche tapant au carreau, de chants d’oiseaux ou d’effets du vent se succèdent. Le fond sonore, au volume constant d’un bout à l’autre de la séquence, reproduira la prise d’un seul instrument, en fin de partie, celle d’un xylophone, duquel on aura retouché les notes.

Quant à l’improvisation, voici : le jeu de batterie de Stephan Mathieu est impeccable. Répondant aux nappes aiguës de saxophone par des touches légères - aux balais d’abord, aux baguettes ensuite. Sa présence discrète défend la profondeur et les résonances permises par son instrument, qui évoquent bientôt un sage Milford Graves. Quant aux nappes (dé)posées par le saxophone de Granberg, elles passent d’un traitement naturel à un autre, réfléchi, nécessitant l'intervention de samplers et chorus. Différentes prises de l’instrument s’enlacent, imposent leurs effets circulaires et répondent ainsi à la ligne imposée par la programmation. Tout cela sur un mode suave, délicat, sans excès.

Sur toute la durée de l’enregistrement, Stephan Mathieu et Magnus Granberg en rajoutent. Chacun à sa façon, certes, mais tous deux sans jamais trop en mettre. Un éloge de la retenue, et du suivi d’un parti pris : celui qui veut qu'improviser sur une programmation définie n’impose pas forcément qu’on la recouvre, au final, par le bruit du spectacle.

CD: 01/ On Tape

Stephan Mathieu - On Tape - 2004 - Häpna.

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