Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Reciprocal Uncles, Ove Volquartz : Glance and Many Avenues (Amirani, 2015)

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Considérant la fluidité comme chose recherchée, espérée voire implorée, cet enregistrement la débusque d’entrée. A Göttingen, patrie du clarinettiste Ove Volquartz, cette même fluidité saute aux oreilles. Le naturel passe par là et rien ne viendra le déranger. Histoire de sensibilités, pensera-t-on, et l’on aura raison.

Ces quatre musiciens (je découvre pour la première fois le batteur Cristiano Calcagnile) savent écouter et ne pas taire leur savoir de mélodistes. Ils ont l’appétit vorace, parfois trop (Almost Presto et ses fausses fins) et l’interdit aux oubliettes. Nulle joute entre le soprano de Gianni Mimmo et les clarinettes de Volquartz, juste l’enlacement adéquat. Nulle épine rythmique chez le batteur mais des tambours transperçant. Nulle hérésie ceciltaylorienne chez Gianni Lenoci mais un désir d’accompagner la foudre avant d’attendrir les épices. Rien d’autre, ici, qu’une fougue naturelle, rare, ensorcelante.

Reciprocal Uncles with Ove Volquartz : Glance and Many Avenues (Amirani Records)
Enregistrement : 19 mars 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Schönberg Slides on Boulevard Dali 02/ Flowerpiercers on Cecil Rd. 03/ Zögernd in der Weberngasse 04/ Blaues Schichtengeflecht 05/ Act Not Re-Act 06/ Graciously Flowing Shadows 07/ Almost Presto
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ove Volquartz, Jean Demey, Luc Bouquet : Kind of Dali (Improvising Beings, 2015)

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Ove Volquartz, Jean Demey et Luc Bouquet se font rares. C’est une habitude qu’ils ont prise individuellement ; c’est maintenant un savoir-faire qu’ils ont en commun. En octobre 2012, les musiciens jouaient ensemble pour la première fois dans le cadre du festival belge Sons libérés. Une improvisation de bon augure mais qui ne précipita pas leurs retrouvailles. C’est que « se faire rare » demande du temps et de la distance : deux années auront passé quand Volquartz, Demey et Bouquet se retrouveront au Loft EX-I-T de Bruxelles pour composer sur l’instant les cinq plages de ce disque.

Il ne s’agira pas de souffrir une autre dissertation sur la nature de la pratique improvisée ni d’énièmes suppositions sur celle des contingences (mine de rien) de l’expression libre. D’ailleurs, le temps est désormais compté puisque le trio s’est déjà accordé sur une disposition que Varèse résuma jadis : dans la musique, « on peut tout intégrer. Si c’est justifié. » Celle à entendre ici justifiera pour sa part l’exception confirmant la règle qui veut qu’aujourd’hui l’improvisation est une chose entendue. Une question d’expériences, peut-être. Celle d’Ove Volquartz, souffleur (en clarinettes basse et contrebasse, ici) qui œuvra au Krautrock dans le groupe Annexus Quam avant de prendre place dans des ensembles dirigés par Gunter Hampel, Cecil Taylor ou Abbey Rader ; l’expérience de Jean Demey, contrebassiste qui put accompagner Steve Lacy, Mal Waldron ou Beaver Harris, avant d’éprouver un penchant pour les musiques lointaines au contact ici et là d’un griot ou d’un sitariste, ailleurs encore d’un oudiste, et d’improviser en diverses compagnies (John Russell et Jean-Michel van Schouwburg, Ove Volquartz, déjà, et Yoko Miura dans le TAG Trio) ; l’expérience, enfin, de Luc Bouquet, batteur adepte d’un jazz affranchi dont il interroge l’actualité en listener/writer (pour évoquer le titre du disque qu’il enregistra, voici dix ans, en duo avec Raymond Boni) et improvisateur réfléchi en conséquence. Trois profils – et même, trois générations – qui ont de quoi intégrer bien des choses à leur conversation.

Alors, musique. Après deux années de silence, c’est pour l’association l’éveil au son de timidités et de grincements que Volquartz relativise bientôt sous l’effet d’un entrain volontaire. L’embarcation dans laquelle ont pris place les musiciens va au son de graves retournés, d’un archet chantant, d’une frappe retenue encore. L’inconnu – c’est-à-dire, le présent – reste à écrire mais les idées abondent : de liberté révélée par ses empêchements, de mélodie réduite à tel motif répété, d’équilibre menacé par l’anicroche, d’usage instrumental réinventé, de silence partout en embuscade. Si l’expression est parfois virulente, la virulence en question n’est pas le propos du moment. Souvent, le groupe la compromet d’ailleurs en profitant de l’habileté qu’il a de battre en retraite : ce ne sont alors pas les couleurs de son panache qui changent mais seulement l’éclairage, autour duquel les graves tourneront jusqu’à leur complet effacement – sort que leur réservait, il faut croire, La malédiction de la caisse 12. Après quoi, c’est le silence et, continuant de flotter, l’équilibre de l’ensemble qui impressionne. Au point qu’on souhaite à Ove Volquartz, Jean Demey et Luc Bouquet de perdre l’habitude qu’ils ont prise de se faire rare pour remettre sur le métier, et rondement encore, ce savoir-faire qu’ils ont en commun.

Ove Volquartz, Jean Demey, Luc Bouquet : Kind of Dali (Improvising Beings)
Edition : 2015.
CD : 01/ Surreal Poem For A Multi-Eyed Lady 02/ Slow Ripples Beneath The Quiet Surface 03/ Abstract Singing In A Pink Flavoured Morning 04/ Tensions Under A Silver Lined Cloud 05/ La Malédiction De La Caisse 12.
Guillaume Belhomme @ Le son du grisli / Improvising Beings (notes du livret)

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Tag Trio : Discovery of Mysteries (Setola di maiale, 2012)

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Entre nonchalance et nostalgie vogue le TAG Trio. Et cela est magnifique. Il y a d’abord les calmes envolées de la clarinette basse ou contrebasse d’Ove Volquartz. Ne crispant jamais la matière, elle suit sur le fil la bavarde et décomplexée contrebasse de Jean Demey. Cette contrebasse sait ce qu’elle doit au jazz et à ses paradoxes. En cela, et en fausse timide, elle maîtrise les débordements et, toujours, maintient le cap choisi.

Il y a ensuite le piano de Yoko Miura. Ici, il est errant et coloriste. C’est un piano de petites touches et de tendresse rentrée. On pourrait le croire en périphérie de l’improvisation : il en est le centre même. Et il y a enfin – et surtout – la musique du TAG Trio. Captée le 26 juin 2011 à l’Archiduc de Bruxelles, elle déshabille le flux ici, désorganise la symétrie ailleurs. Elle sait agencer les motifs, insister sur l’attente et tout offrir de la nonchalance citée en début de chronique.

TAG Trio : Discovery of Mysteries (Setola di Maiale)
Enregistrement : 26 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Deepness 02/ Reluctance 03/ Going into Heat 04/ Strange Travels 05/ Quiet Disturbances 06/ Songline 07/ Delicates 08/ Somewhere Else 09/ Deeptown Mysteries 10/ Lines in Water 11/ Wondering 12/ Clouds with a Blue Edge
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sabu Toyozumi : Kosai Yujyo / Jeff Shurdut : Bound and Gagged (Improvising Beings, 2012)

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D’un batteur-percussionniste au parcours singulier (d’un inattendu big-band nippon de Mingus en passant par l’AACM, son duo avec Peter Brötzmann et ses récentes amitiés musicales avec Jean-Michel Van Schouwburg ou John Russell), nous découvrons ici neuf instantanés enregistrés récemment entre Bruxelles, Paris et Göttingen.

Dans tous les cas de figure, une constante s’impose : Sabu Toyozumi écoute, partage, s’attache à densifier la matière. On l’entendra ainsi s’amuser et prolonger les frasques vocales de Jean-Michel Van Schouwburg, craqueler les peaux ici, interpeler un son et ne plus le lâcher ailleurs. S’adaptant à toutes les situations (son iconoclaste manière d’envisager l’erhu, instrument traditionnel chinois n’y est pas étrangère), sensible ici, explosif ailleurs, Sabu et ses amis (mentions particulières aux spirales foudroyantes de Jacques Foschia, Audrey Lauro, Ove Volquartz) débordent, ici, d’une vitalité exemplaire.

Sabu Toyozumi : Kosai Yujyo (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Kris’Wish 02/ The Last Feather 03/ Strongsth 1 04/ Strongsth 2 05/ Unknown Sketch – CD2 : 01/ Above Nino 02/ Raw Drink 03/ Sands’Witch 04/ The Göttingen Cadenza
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Fidèle à ses habitudes, Jeff Shurdut fredonne bruit et fureur. Si sa guitare est moins tonitruante que d’ordinaire, son alto lacère sans anesthésie la chair vérolée. Son saxophone hurle un free jazz frauduleux, bombarde une transe offensante. S’enveniment maintenant des résonnances aux origines incertaines. Mais rien ne dure très longtemps. Il faut tout dire en trente-cinq minutes, douze plages et de fait, reprendre le chaos là où il s’était tu. Avec Jeff Shurdut, Gene Janas et Marc Edwards, on ligote, on bâillonne, on ignore tout de la fin du voyage, on navigue sans bouée de sauvetage, on descelle la cohérence et on y prend goût.

Jeff Shurdut, Gene Janas, Marc Edwards : Bound & Gagged (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01-12/ Bound & Gagged.
Luc Bouquet © Le son du grisli

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