Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 4 novembre 2015

C'est ici le troisième souvenir de Chicago de Jacques Demierre et Urs Leimgruber. Il est daté du 4 novembre dernier, et raconte un enregistrement du duo avec les musiciens de l'endroit que sont Katie Young et Lou Mallozzi...

4 novembre, Chicago
ESS Chicago recording session

Lou Mallozzi organisiert eine Aufnahme-Session im ESS mit Katie Young Fagott, Jacques und mir. Katie spielt ihr Instrument akustisch und teils präpariert, ergänzt durch close miking und elektrischen Geräten zwecks Klangtransformation. Lou spielt sein elektro/akustisches Klanglabor, mit gespeicherten Klängen, programmierten Loops und turntables. Jacques spielt ein „Young-Chang 5’9’’ G-175 baby grand“. Er spielt auf der Klaviatur und mit seinen Händen ohne jegliche Präparation im Innern des Instruments. Ich spiele Sopran- und Tenor Saxofon. Wir beginnen die Aufnahmen mit drei Takes im Trio zusammen mit Lou. Katie kommt etwas später dazu. Zu viert spielen wir ein paar weitere Stücke. Das Quartett kommt richtig gut in Fahrt, und die Musik ist echt spannend. Es ist immer wieder interessant zu hören, wie sich die Musik mit einem andern set-up, einer andern Auswahl der Musiker, verändert. In keinem andern Bereich, als in der freien Improvisation ist das so offensichtlich. Man spielt in der Regel nicht komplett anders als sonst. Der persönliche Klang und das eigene Vokabular im Zusammenspiel mit den andern beeinflusst die Struktur und den Verlauf der Musik total. Nach zwei Stunden Musik machen wir Schluss. Jetzt lassen wir die Aufnahmen ruhen. Ich bin neugierig wie sie nach ein paar Wochen, eventuell nach Monaten mit Distanz klingen werden.
U.L.

P1100626

L'action même de jouer est plus intéressante que son résultat. Nous sommes tels des enfants qui dessinent : nous prenons la décision de jouer à plusieurs sans définir aucun intention sonore, nous agençons une session d'enregistrement à l'Expérimental Sound Studio de Chicago sans évoquer à aucun moment l'objet de cet enregistrement, nous convenons de réunir Katie Young, basson et électronique, Lou Mallozzi, dispositif électronique, Urs Leimgruber, saxophone, et Jacques Demierre, piano, sans motif autre que celui de se retrouver à une heure précise, dans un lieu précis, pour participer à une mise en commun sonore et enregistrée. Le résultat de l'opération, comme son nom l'indique, résulte de la pratique, mais il n'en est peut-être pas le but. D'une certaine manière, la musique, en l'occurrence improvisée, pourrait être envisagée comme un artefact éphémère de la pratique improvisatrice. Son dessin une fois fait, l'enfant se détourne souvent du résultat pour se replonger dans un faire qui semble plus fondamental et qui paraît compter davantage pour lui. Durant la pratique improvisée, le musicien n'imagine pas les sons avant de les jouer, mais il les découvre au fur et à mesure qu'ils surgissent, simultanément au public écoutant. Il n'y a pas d'intention préalable, et si il y en a une, c'est l'intention de produire quelque chose qui n'a pas encore été formulé, qui n'existe pas encore formellement. En fin de compte, au moment du jeu, c'est le mouvement qui anime les sons qui m'intéresse, plus que les sons eux-mêmes. Cet après-midi-là, jouant pour la seconde fois ce piano sud-coréen YOUNG CHANG dont j'ai déjà dévoilé l'identité dans ce carnet de route (lire 2 novembre, Chicago), mon attention initiale s'est rapidement détournée de la surface du sonore pour se concentrer sur les mouvements intérieurs naissant en moi et me parcourant, mouvements d'engendrement de la forme, mouvements intimes de productions de gestes, kinésie subjective à laquelle il faut s'abandonner pour que le corps invente lui-même une réponse à la situation sonore et environnementale dans laquelle il se trouve. Le corps construit ainsi son propre espace intérieur à partir duquel l'espace sonore extérieur prendra forme. Dans cette musique en action, comme dans le geste du calligraphe, magnifiquement examiné par J-F Billeter, que je me permets de citer une nouvelle fois, tant la résonance entre ces deux pratiques me paraît évidente, « le corps et l'esprit sont saisis d'une effervescence qui abolit toute distinction entre les deux: ils s'abolissent ensemble dans une activité qui n'a d'autre lieu qu'elle-même, qui est devenue pure allégresse sans dedans ni dehors. »
J.D.

P1100645

Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

Commentaires [0] - Permalien [#]

Katherine Young : Further Secret Origins (Porter, 2009)

furthergrisli

Katherine Young, seule au basson. A l’instrument, le grand souvenir reste Karen Borca : Katherine Young doit donc en démontrer – après l'avoir déjà fait quand même auprès de Braxton ici

En introduction, si la note est tenue, elle est aussi tremblante, poussée bientôt par une horde de clefs s’abattant dans son dos et de souffles qui consolident son mouvement – les mécaniques mettent en marche un cœur battant sous le bois. Young tourne ensuite en obsessionnelle sur un folk démembré, joue la carte de l’invocation-répétition avant de s’amuser sur un drone prétexte à loisirs et à Patricia Highsmith.

Plus loin, elle fait plus de cas d’emportements qu’elle sectionne à coups de respirations (expressionnistes presque autant) et conclut son exposé comme elle l’avait commencé : dans la défense d’une note et d’une seule : la langage peut tenir en peu de mots, si l’on insiste bien, à la manière de Katherine Young.

Katherine Young : Further Secret Origins (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Terra Incognita 02/ Patricia Highsmith 03/ Elevation 04/ For Autonauts, for Travelers 05/ Relief 06/ Some People Say That She Doesn’t Exist 07/ Orbis Tertius
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Anthony Braxton : Quartet (Moscow) 2008 Composition 367b (Leo Records, 2008)

moscowsli

Le quartette emmené l’un des derniers jours de juin 2008 à Moscou par Anthony Braxton exposait celui-ci aux côtés de Taylor Ho Bynum (cornet, bugle et trompettes), Katherine Young (basson) et Mary Halvorson (guitare électrique).

La Composition 367b, de naître ainsi de râles électriques traînants dont le saxophoniste motive la transformation en fond sonore bruitiste sur lequel pouvoir instituer le propos du jour. Les instruments à vent, d’alterner pour animer une série de dialogues forcément soutenus auxquels sera bientôt préféré un développement plus atmosphérique, plaque sonore en mouvement trouvant refuge, en fin de parcours, au creux d’une mélodie mélancolique aux notes allongées. Dans la veine de son ancienne collaboration avec Wolf Eyes, Braxton encore inattendu et encore inspiré.

Anthony Braxton : Quartet (Moscow) 2008 Composition 367b (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2008.
CD : 01/ Composition 367b
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>