Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Michel Doneda, Joris Rühl : Linge (Umlaut, 2013) / Eksperiment : Slovenia (SIGIC, 2013)

michel doneda joris ruhl linge le son du grisli

Si, fraternisant en duo avec des souffleurs, il était « par terre » avec Alessandro Bosetti (Breath on the Floor), dans une chapelle avec Nils Ostendorf (Cristallisation) ou sous « l'averse » avec Katsura Yamauchi (La drache), « dans les escaliers » avec Lol Coxhill (Sitting on your stairs) puis près d'une volière avec Alessandra Rombola (Overdeveloped pigeons), c'est sous la charpente d'une ferme alsacienne que Michel Doneda (saxophone soprano, radio) se voit installé en compagnie de Joris Rühl (clarinette) pour ce disque de sept pièces – tirées de trois jours d'enregistrement en juillet 2012 – brèves, tenues et concentrées.

Sans doute la réussite du projet tient-elle justement à ce caractère « focalisé » des blocs d'air ici recueillis : soigneusement fendus, niellés ou surpiqués, ces moments à l'homogénéité tavelée d'escarbilles révèlent, dans leurs jeux stéréo et aérophoniques, la fine entente des deux improvisateurs. En pleine nature, la chose eût été bien différente : Doneda l'a expérimentée avec un autre clarinettiste, Xavier Charles, dans Gaycre puis Gaycre [2].

Travail de haute précision (cet autre mode du « lâcher ») dans l'étagement d'harmoniques qui se mettent à palpiter ; travail de haute tenue et de hautes tenues ; grand artisanat d'où la gesticulation a été bannie et auquel la belle facture de la pochette semble faire écho...

Michel Doneda, Joris Rühl : Linge (Umlaut Records)
Enregistrement : juillet 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ 8'00 02/ 3'14 03/ 8'47 04/ 5'22 05/ 5'02 06/ 8'24 07/ 8'10
Guillaume Tarche © Le son du grisli

doneruhl

A l'occasion de la sortie de Linge, Michel Doneda et Joris Rühl joueront ce 14 octobre (20H30) à Paris (18e arrondissement, Atelier Polonceau Thomas-Roudeix, 47-49, rue Polonceau).

eksperiment slovenia

C’est associé à Jonas Kocher, Tomaž Grom et Tao G. Vrhovec Sambolec, que l’on trouve Michel Doneda en Eksperiment Slovenia, compilation qui met à l’honneur la diversité de la musique « expérimentale » slovène. Ici remixé par Giuseppe Ielasi, le quartette signe au son d’une électroacoustique tremblante l’une des belles plages du disque – pour les autres, remercier le saxophoniste Marko Karlovčec, Grom et Tao G. Vrhovec Sambolec tous deux en solo, l’électroniciste Miha Ciglar, enfin le spatial N’toko en duo avec Seijiro Murayama.

Eksperiment Slovenia (SIGIC)
Edition : 2013.
CD : 01/ Tomaž Grom, Tao G. Vrhovec Sambolec, Michel Doneda, Jonas Kocher : Konstrukt 02/ Marko Karlovčec : Dissolve Your Clench in a Compost Heap, Even 03/ Bojana Šaljić Podešva : Meditacija o blizini 04/ Čučnik, Pepelnik, Grom : Din din 05/ JakaundKiki : Dunji 06/ Tomaž Grom : Untitled 07/ iT/Irena Tomažin : Question of Good and Bad 08/ Marko Batista : Chem:Sys:Apparatus 09/ Vanilla Riot : Chop 10/ Miha Ciglar : Early Composition 2006 11/ Tao G. Vrhovec Sambolec : Caressing the Studio (Bed, Table, Window, Chair) 12/ N’toko, Seijiro Murayama : Ljubljana-Tokyo 13/ Samo Kutin, Marko Jenič : Dioptrija
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



DKV Trio : Past Present (Not Two, 2012)

dkv trio past present

La batterie d’Hamid Drake m’a toujours mis en joie et les saxophones de Vandermark en furie. Inutile donc de dire la joie et la furie que m’a procurées, en 2012, la sortie de ce coffret (en carton) du DKV et ses sept CD de captations de concerts.

Alors on voyage, dans le temps [entre 2009 et 2011] et dans l’espace [entre Chicago (of course) et Milwaukee]. Dans la seconde phase de son évolution, comme l’écrit Marek Winiarski (le patron de Not Two) dans les notes, le trio ne bouscule peut-être plus autant qu’avant mais invente d’une autre force ! Deux possibilités au programme : les morceaux tendus pétris de soul & les passages atmosphériques. Dans tous les cas, une mélodie (félinienne, aylérienne, colemanienne…) peut apparaître… Vandermark la répétera et la modèlera… En introduction du texte de Winiarski, une citation de Giacometti dit qu’un artiste moderne doit essayer de garder une chose qui lui échappe toujours. Le DKV s’y emploie depuis 1994 & pour nous, la joie et la furie sont les mêmes.



DKV Trio : Past Present (Not Two)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2012.
7 CD : Past Present
Pierre Cécile © Le son du grisli


Morton Feldman : Music for Piano and Strings, vol. 2 (Matchless, 2012)

morton feldman smith quartet john tilbury music for piano and strings vol 2

Comme son prédécesseur dans la série – qui réunissait For John Cage (1982) et Piano & String Quartet (1985) –, le second volume de Music for Piano and Strings estampillé Matchless Recordings rapproche deux œuvres de Morton Feldman : Patterns in a Chromatic Field (1981) et Piano, Violin, Viola, Cello (1987). Comme son prédécesseur, le disque (DVD) consigne des interprétations de John Tilbury et du Smith Quartet (Ian Humphries, violon ici absent, Darragh Morgan, violon, Nic Pendlebury, alto, Deirdre Cooper, violoncelle) données à l’Huddersfield Festival of Contemporary Music en 2006.

Patterns in a Chromatic Field. Tilbury et Cooper noyant leurs obsessions sur une trame en déroute ; allant répétitifs, butant, éclatants, de cellules isolées en conversations courtes ; l’archet en délitement sur un accord qui résonne, un piano reprenant à son compte une note que le violoncelle avait à peine effleurée, duo balançant enfin pour prendre de la hauteur et repérer l’endroit par lequel échapper à l’éternel retour des choses et des envies ;  la hantise de la note à suivre imposant une esthétique de changement, certes toujours insatisfaite – la nouveauté est une répétition comme une autre ? –, mais captivante.

Piano, Violin, Viola, Cello. Piano augmenté de trois cordes (Cooper encore, Pendlebury, Morgan) – ce que, depuis 1987, la partition commande. L’air détaché de Tilbury semble là suivre la cadence de partenaires-porteurs ; à force de décalages, le flottement gagne l’entière composition, la baigne dans une brume derrière laquelle violon, alto et violoncelle, de plus en plus distants déjà, finiront par disparaître. Alors, une autre fois, un disque « de » Morton Feldman passe, dont les dernières notes emportent du compositeur la délicatesse et le mystère, le rire et l'épouvante.    

Morton Feldman, The Smith Quartet with John Tilbury : Music for Piano and Strings, Volume 2 (Matchless Recordings)
Enregistrement : 2006. Edition : 2012.
DVD : 01/ Patterns in a Chromatic Field 02/ Piano, Violin, Viola, Cello
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Progetto Guzman ‎: If Not - Omaggio A Mario Schiano (Terre Sommerse, 2012)

progetto guzman if not omaggio a mario schiano

L’hommage qu’adressaient en 2011, sur scène à Rome, le trompettiste Angelo Olivieri et le saxophoniste Alípio C. Neto à l’œuvre de Mario Schiano aurait pu sonner creux, voire faux. Or, une fois n’est pas coutume, l’hommage est juste et ne trahit pas la figure de l’agitateur de l’Italian Instabile Orchestra.

En groupe d’instrumentistes délicats, le Progetto Guzman entame l’exercice sur une composition d’Olivieri, dont l’agencement ne souffre la comparaison avec les compositions de Schiano, complexes souvent mais encore ludiques. Ainsi, le jazz flirte avec la chanson – ici, c’est la voix de Maria Pia De Vito –, l’un acceptant l’escalade mélodique, l’autre avertie des rythmes entreprenants avec lesquels il faudra faire. Et quand le savant délirium fait le plus grand effet – grand guignol virant free –, c’est comme si Schiano « en personne » dirigeait le Progetto Guzman à la baguette molle.

Progetto Guzman ‎: If Not - Omaggio A Mario Schiano (Terre Sommerse)
Enregistrement : 28-29 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01-13/ If Not – Omaggio A Mario Schiano
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Witold Oleszak, Roger Turner : Over the Title (Freeform Association, 2012)

witold oleszak roger turner over the title

Pour ce racle-métaux qu’est Roger Turner, les bibelots sont précieux. Les frottant, pressant, entrechoquant, ils s’animent de frénésie et de fièvre. Jamais pris au dépourvu, intuitif et inventif, le percussionniste aime le choc sourd ici, les cassantes déflagrations ailleurs. A chaque improvisation, un bibelot s’éclaire : cymbales frémissantes, caisse claire mitraillette, tambours frémissants. On connaît cela, on ne s’en étonne pas, on en redemande.

Pour cet archéologue du piano qu’est Witold Oleszak, le trésor n’est pas le but recherché. Libérant toutes les résonances contenues dans les cordes du piano, il intimide le rythme, lui offre des chocs sans trêve. Et, au fil des minutes, aiguise ses angles, racle et résonne, découvre la juste vibration.  Et ces deux-là de se trouver naturellement. Naturellement et intensément.

Witold Oleszak, Roger Turner : Over the Title (Freeform Association)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Under 02/ Above 03/ Next To 04/ Below 05/ Near 06/ But How?
Luc Bouquet © Le son du grisli



Empty Cage Quartet : Empty Cage Quartet (Prefecture, 2012)

empty cage quartet prefecture music

L’Empty Cage Quartet « confectionne un jazz soutenu parcouru de dissonances, répétitions et entrelacs spécieux », écrivions-nous dans l’évocation d’Hello The Damage! Dans un même état d’esprit, le groupe enregistrait plus récemment une quarantaine de minutes que Prefecture Music édite aujourd’hui sous le nom du groupe : Empty Cage Quartet.

De leurs habitudes, Kris Tiner, Jason Mears, Ivan Johnson et Paul Kikuchi, font sept nouveautés qui profitent d’un bel usage des retournements : unissons, répétitions de motifs, encombrements des instruments à vents, tensions commandées par la contrebasse et la batterie, brin de soul dépêché au chevet d’un impétueux jazz de chambre. Dans sa course – digne d’intérêt – c’est en pugiliste essoufflé que le quartette brille encore davantage : Oblige the Oblivious et Peace propageant partout leur mesure.

écoute le son du grisliEmpty Cage Quartet
Empty Cage Quartet (extraits)

Empty Cage Quartet : Empty Cage Quartet (Prefecture Music)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
LP : 01/ Oblige the Oblivious 02/ Bubbler 03/ Peace 04/ Presence That Time Diminishes 05/ Taming Power of the Great 06/ Joyous Lake 07/ Avoid the Obvious
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn... (Basses Fréquences, 2012) / Philippe Petit : Eugénie (Alrealon, 2012)

asva philippe petit empires should burn

Qui voudra s’y coller n’aura pas fini de décrypter l’art sonique sonore et parfois hurlant de Philippe Petit. Grand amateur-dévoreur de musiques en tous genres, il a composé avec Asva (groupe de metal drone doom de G. Stuart Dahlquist) ce terrible appel à l’incendie des empires…

Pour que leur plan fonctionne, Petit et Dahlquist doivent avant tout imposer la terreur, alors ils s’emparent de leurs instruments (guitares, orgue, turntables, electronics, cymbalum, piano, cordes…) et invitent quelques amis à expliquer le contenu de leurs plans. Chacun son tour, Edward Ka-Spel, Bryan Lewis Saunders et Jarboe lisent un texte qui leur est soumis).

Le résultat est inquiétant mais peu à peu ce sombre univers à la Bosch laisse percer un rayon de lumière. Il inondera la fin du CD d’une musique atmosphérique pas loin d’être zen. On n’attendait pas de happy end, mais elle nous va aussi !

Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn… (Basses Fréquences / Small Doses)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ And Empires Will Burn 02/ Seet Dreams Asshole 03/ A Vision 04/ The Star Implodes 05/ Apocryphatic_Ally
Pierre Cécile © Le son du grisli

philippe petit eugénie

Electronics et turntables encore, mais cette fois pour servir la musique électroacoustique. Entouré d’une dizaine d’ « amis » (Els Vandeweyer, Reinhold Friedl…), Philippe Petit offre sur ces deux faces de dix pouces quatre morceaux différents (ambient indianiste, baroque malsain, folk tordu, expérimental larvé) qui raviront les amateurs de post-tout et de lupanar créatif.

Philippe Petit : Eugénie (Alrealon)
Edition : 2012.
10’’ : A1/ An Air of Intrigue A2/ Clapoutique A3/ Pyramid of The Moon – B/ Magma from The Aquarium
Pierre Cécile © Le son du grisli 


Cremaster, Komora A : Split (Monotype, 2012)

cremaster komora 1 split

Un split, c’est presque pas grand-chose. Alors sur un quarante-cinq tours, imaginez-donc… Sauf que… Sauf que Cremaster et Komora A, justement…

On sait qu’il existe des groupes seulement bons sur format court. Ce n’est pas le cas de Cremaster, bien sûr. Alfredo Costa Monteiro et Ferran Fages (tous les deux aux electronics) l’ont déjà montré mais sur cette face A, ils mélangent des larsens et des craquements sans parvenir à se montrer le moins du monde original. Komora A (un trio polonais : Dominik Kowalczyk, Karol Koszniec& Jakub Mikołajczyk) seraient-ils du genre à peiner sur la longueur ? En quarante-cinq tours, en tout cas, ils font mouche, avec leurs buzzs et leurs reverses, dans le soupçon sonique plus que dans l’esbroufe ambient, alors bravo : belle découverte que celle de Komora A – dont on attend une k7 verte sur le même label Monotype.

Cremaster, Komora A : Split (Monotype)
Edition : 2012.
7’’ : A/ Cremaster : Haz B/ Komora A : Crystal Dwarf Opens His Eyes
Pierre Cécile © Le son du grisli


John Raskin, Carla Harryman : Open Box (Tzadik, 2012)

jon raskin carla harryman

C'est une boîte de Pandore qu'ouvrent Jon Raskin (lecture, saxophones) et Carla Harryman (poésie et lecture) dès les premières secondes d'Open Box – projet mêlant musique et poésie que soutiennent pas moins de neuf musiciens, dont les membres du quartette de Raskin. Mais à l'intérieur de la boîte, trésors et drouille sont confondus.

Doué de parole, le duo explique d’abord les tenants et les aboutissants de leur projet sur fond de guitare et de batterie tonitruant : post-no wave poing levé sans véritable envergure, l'ouverture en appelle au patronage de Zorn ou de Ribot. La suite vaudra davantage que cette simplissime allégeance : Open Box 1 & 2 laissant les deux récitants portés par les surfaces étranges de Gino Robair : torves, les sonorités effacent la mièvrerie du récitatif dans un élan peu commun de poésie urbaine.   

C’est un art de l’étrange, ensuite, qui convoque des vocalisations à la népalaise et un baryton, une pièce de comédie musicale d’expérimentale obédience, un psychédélisme brouillon et les déclamations absconses qu’on croirait sorties d’un pénible jeu de rôles. C’est en conséquence vaguement saoul que l’on sort de cette écoute, demain nous dira-t-il quelle était la qualité de la mixture ?

Jon Raskin, Carla Harryman : Open Box (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Fish Speech 02/ Open Box Part 1 03/ Open Box Part 2 04/ LA Reactive Meme 05/ Song for Asa 06/ A Sun and Five Decompositions 07/ JS Active Meme
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


J/L Duo : Lovsang Och Hemlighet / Cerchio (Olof Bright, 2012)

jl duo Lovsång Och Hemlighet Cerchio

Johan Jutterström (instruments à vent) & Andreas Hiroui Larsson (batterie) forment ce duo de lettres, J/L, qui a enregistré entre 2009 et 2010 une drôle de carte de visite (recto-verso), intitulée Lovsang Och He-mlighet / Cerchio.

Drôle, la carte, car les deux hommes n’y sont pas démonstratifs tout de suite, bien au contraire ils ont plutôt l’air de chercher à disparaître derrière un jazz que l’on qualifiera de… ralenti. Peut-on y voir le premier effet de l’amour (Lovsang, c'est qu'en langues étrangères j'ai quelques notions !), qui est de rendre le sujet apathique ? Bref, il n’en reste pas moins que la carte est engageante et que si elle nous informe que le duo exerce dans un jazz « ralenti » elle se refuse pour autant à indiquer « tous travaux réductionnistes ». Climatique, chercheuse, et enfin plus énervée sur Cerchio, la musique du J/L Duo donne aussi quelquefois dans le clin d’œil (sur la fin, au duo Archie Shepp / Max Roach). Nul doute, on les recontactera !

J/L Duo : Lovsang Och Hemlighet / Cerchio (Olof Bright)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lovsång och Hemlighet 02/ Intermission 03/ Lake of fire 04/ Where sculptures used to stand 06/ Between eye and wall 07/ Continuous sounds inside a locked mind 08/ Intermission 09/ Freccia 10/ Punto 11/ Linea 12/ Triangolo 13/ Sirena 14/ Frecce
Pierre Cécile © Le son du grisli



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