Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm, 2014) Tom Smith / Daniel Muennich : In Medias Res (Noise-Below, 2014)

michael muennich schamprozessionen tom smith in medias res

Les statuts de la Fragment Factory n’interdisent en rien à son PDG, Michael Muennich, de jouer de temps à autre pour la concurrence. Deux cassettes le prouvaient récemment : Schamproressionen et In Medias Res.

Sur la première (référence Tapeworm), Muennich tente, seul, d’étouffer un feu d’artifices. En résultent sifflements et chuintements avant qu’un exercice vocal ne balaie tout l’espace, qui interroge à propos des conséquences qu’a eu sur l’homme l’exécution de son curieux projet. Sur l’autre face, c’est une autre expérience que l’on imagine : Muennich ramant à contre-courant d’un torrent de noise. Deux fois, l’expérience sonore a commandé un théâtre d’abstraction maligne.



Sur la seconde (référence Noise-Below), Muennich n’apparaît qu’en seconde face au son d’on ne sait quel instrument – une machine à coudre ? un parapluie ? – qui mitraille afin d’attirer l’attention. Répétitif, inquiet et remonté, il contraste avec la ballade éthylique que Tom Smith (Boat Of, Pussy Galore…) donne à entendre en première face, sur la rumeur d’un orchestre étouffé (lui aussi). Ensemble, la ballade et la mitraille font œuvre, qui révèle d’autres facettes encore de l’art de Muennich.



Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
K7 : A-B/ Schamproressionen

Tom Smith / Michael Muennich : In Medias Res (Noise-Below)
Edition : 2014.
K7 : A/ Tom Smith : Bald B/ Michael Muennich : Ur-Ahnung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness, 2014)

nate wooley hugo antunes chris corsano malus

Après avoir donné ensemble les fières expérimentations de Seven Storey Mountain, Nate Wooley et Chris Corsano se retrouvaient fin mai 2012 associés au contrebassiste Hugo Antunes : le 27 en présence de Giovanni Di Domenico et Daniele Martini (Posh Scorch, disque Orre) ; les 28 et 29 en trio (Malus, disque NoBusiness, qui nous intéresse).

La trompette ouvre en lyrique : l’heure est encore au service d’un jazz en équilibre sur d’impétueux roulements de tambour, qui pourra rappeler celui que pratique Dennis González. A sa suite, ce sont des airs plus lâches qui interrogent instruments et amplis – école Trumpet/Amplifier oblige – au son de phrases courtes (ou même osées du bout des lèvres), de motifs (phrases ou larsens) développés dans l’ombre et de turbulentes questions-réponses.

Défaite d’allure, l’expérimentation qui a peu à peu pris le contrôle du jeu met en valeur une autre forme de l’entente du trio : ainsi Wooley et Corsano parsèment-ils de trouvailles et d’habiles audaces une simple improvisation à la contrebasse (Seven Miles from the Moon) quand les amplis ne prétendent pas cracher quelques solos remarquables (Sewn). Et le coup marche, à tel point que Wooley (en sourdine), Antunes et Corsano, se payeront le luxe de conclure ce bel enregistrement plus « simplement ». Etait-ce là, et enfin, le Malus promis ?

écoute le son du grisliNate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano
Gentleman of Four Outs

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness)
Enregistrement : 28-29 mai 2012. Edition : 2014.
LP : A1/ Gentleman of Four Outs A2/ 4 Cornered A3/ Sawbuck – B1/ Seven Miles from the Moon B2/ Sand-bagged B3/ Sewn B4/ Gentleman of Three Inns
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Chris Corsano apparaîtra deux fois cette année au festival Météo : seul, le mercredi 27 août, à la chapelle Saint-Jean de Mulhouse ; accompagné (de John Edwards, Virginia Genta et Mette Rasmussen), le lendemain, au Sud de Bâle.


Daniel Menche, William Fowler Collins : Split (Sige, 2014)

daniel menche william fowler collins split

Ainsi ces travaux partagés de nature et de ténèbres devaient un jour rapprocher Daniel Menche et William Fowler Collins. C’est un vinyle, pour l’heure, dont ils remplissent chacun une face.

Sur la première, Menche installe une ambient qui dévie dès ses premières secondes : souvenir de New Age gangréné par toutes les névroses qu’il aura vu venir à lui, tourne sur les trajectoires de drones nombreux puis s’offre à un orchestre fantôme, qui tonne et l’emportera. Sur la seconde, Fowler Collins dépose quelques notes de guitare bientôt avalées par un écho vorace. Celui-ci fera de frottements, de rumeurs, de tremblements graves et de motifs de guitare électrique bouclés, une berceuse oppressante : moins démonstrative que celle de Menche, la pièce est de charge égale, qui manifeste et caractérise le rapprochement en question.  

écoute le son du grisliDaniel Menche
Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity

écoute le son du grisliWilliam Fowler Collins
I Heard Only the Eternal Storm

William Fowler Collins, Daniel Menche : Split (Sige)
Edition : 2014.
LP : A/ Daniel Menche : Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity – B/ William Fowler Collins : I Heard Only the Eternal Storm
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone At Last, 2013)

pacific 231 lieutenant caramel aunt sally

Field recordings, guitare, electronics, art acousmatique… Du début à la fin (six morceaux dont deux captés en concert), la (nouvelle) rencontre des deux figures indus que sont Pacific 231 et Lieutenant Caramel tire dans tous les sens, s’en tenant quand même à une citation de Pierre Schaeffer, qui dit : « Le bruit est le seul son parfaitement adéquate à l’image, car l’image ne peut montrer que des choses et le bruit est le langage des choses. »

Et puisque les choses que nous montrent Pierre Jolivet (Pacific 231) et Philippe Blanchard (Lieutenant Caramel) sont bruyantes et folles, leur langage doit bien s’adapter... Tour à tour concret, usurpé, polyglotte, abstrait, il semble chercher une chose et une seule : ne surtout pas chercher à entrer en contact avec l’autre (en l’occurrence... avec moi). A force, et sans la poésie de leurs camarades Hjuler & Bär, les deux hommes nous servent à la place de leur « Tante Sally » une « attente salie » (pardon tata) qui se montre passablement ennuyeuse…

Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone at Last)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Yellow House in Beirut 02/ Birolo 03/ Bagliore 04/ Perhentian Kecil 05/ Angela Palnep Chu 06/ L’autre massacre
Pierre Cécile © Le son du grisli


Eliane Radigue : Naldjorlak I II III (Shiiin, 2013)

eliane radigue naldjorlak i ii iii

« Naldjorlak est une pièce pour violoncelle seul qu’Eliane Radigue, compositrice française, a écrite pour moi (et avec moi, en quelque sorte) en 2005. C’est depuis 2007 la première d’une série de trois pièces portant le même titre : la deuxième pour deux cors de basset (composée pour et avec Carol Robinson et Bruno Martinez) et la troisième, achevée en 2008, pour violoncelle et deux cors de basset. Ces pièces forment donc une trilogie, Naldjorlak I, II et III » : ainsi le violoncelliste Charles Curtis débutait-il Eliane Radigue et Naldjorlak, son éclairante contribution à la monographie Eliane Radigue, Portraits polychromes.

Comme le label Shiiin publia par le passé L’île re-sonante, dernière composition électronique de la compositrice, il lui revenait presque de publier les premiers fruits enregistrés de ses travaux acoustiques. Au Nardjorlak  que Curtis enregistra déjà en 2006, succède donc aujourd'hui Naldjorlak I II III, trois disques enfermés en boîtier, tous inquiets de lents développements de sons continus et de reliefs pensés millimètre d’instrument après millimètre de « (non-)partitions » – pour reprendre le terme employé dans le livret par Thibaut de Ruyter.

Comme annoncé : Curtis, premier et seul – même si l’on croît parfois entendre la performance d’un musicien et de son double. Leste, l’archet dit les volumes changeants (ici les insistances, là les suspensions fragiles) d’une musique qui s’invente dans la durée, et plus encore par l’osmose – toujours dans le livret, Ruyter ne note-t-il pas : « (...) Naldjorlak (dont le titre, inventé par la compositrice en tibétain approximatif, évoque le concept d’union). Les cors de basset suivront les mêmes principes, à la différence près que leur chevauchement dessineront d’autres courbes, arrangées toujours en riches parenthèses. 

Entre elles, d'autres sons continus encore, faits de tout ce qui les a précédé, et s’en nourrissant même : lorsque les trois musiciens interviennent ensemble, la supposition tient de l’évidence. Ainsi, les mouvements du ballet irrésolu qu’est Naldjorlak III pensent leurs variations dans le retour de l’antienne insaisissable que fredonne Curtis et dans le souvenir de cors entrant en résonance. Toujours en cause, l’osmose plus tôt suggérée, et pour conséquence maintenant : la pâmoison.

Eliane Radigue : Naldjorlak I II III (Shiiin / Metamkine)
Enregistrement : 27, 28, 29 juin & 27 septembre 2011. Edition : 2013.
3 CD :  CD1 : Naldjorlak I : 01/ Mouvement 1 02/ Mouvement 2 03/ Mouvement 3 – CD2 : Naldjorlak II : 01/ Mouvement 1 et 2 02/ Mouvement 3 – CD3 : Naldjorlak III : 01/ Mouvement I 02/ Mouvement II 03/ Mouvement III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Miguel A. García, Nick Hoffman : Vile Cretin (Intonema, 2013) / Nick Hoffman : Bruiser (Pilgrim Talk, 2013)

miguel a garcia nick hoffman vile cretin

Sans queue ni tête (comme le monstre sur la pochette), foutraque, fantastique, surréaliste (voire buňuelien tant les sons qui le traversent sont insolents et drôles)… le cinéma pour l’oreille du Basque Miguel A. García (xedh) et de l’Américain Nick Hoffman (patron du petit mais néanmoins foisonnant label Pilgrim Talk) m’a transformé en vil crétin (qu’il faut ici prononcer à la mode basque) balloté d’une partie à l’autre de son cerveau, essayant de raccrocher des plans-séquences entre eux comme d’autres le font avec des queues de cerises parce que chacun ses goûts ses défauts et donc ses activités.

Dans un tunnel, un nain fameux danse sur de l’indus. En salle d’opération, des infrabasses vous raniment (oui, vous qui me lisez, en étiez aussi). Assis sur du verre pillé, l’Indien que je croise tous les jours dans l’ascenseur me sourit. J’ai même croisé Albert Camus aux lavabos et cru reconnaître nos deux hommes en train de tourner un nouvel épisode de Twin Peaks (pour les besoins de l’autopsie, ils ont déterré Laura Palmer, ont commencé à entreprendre à l’intérieur de la défunte avant d’être éloigné par l’apparition d’une mouche assez bruyante).  

Voilà en tout cas ce que j’ai vu (je ne dis pas tout, il y a quelques scènes inavouables) dans ce Vile Cretin… & si ce crétin-là c’était moi, croyez bien que je ne m’en porte pas plus mal.

écoute le son du grisliMiguel A. García, Nick Hoffman
Vile Cretin (preview)

Miguel A. García, Nick Hoffman : Vile Cretin (Intonema)
Edition : 2013.
CD : 01/ Sepulcros Futuras 02/ Amo de los Gusanos 03/ Rata Ahogada 04/ La peste
Pierre Cécile © Le son du grisli



nick hoffman bruiser

Ses collaborations avec Aaron Zarzutzki et une apparition en petit maître bruitiste aux côtés d’Utan Kawasaki et Takahiro Kawaguchi (Noise Without Tears, enregistré en 2010 à Tokyo) avaient attesté l’art sonore fantasque de Nick Hoffman. Seul derrière un ordinateur, certes il cogne encore, mais en « bruiser » inconstant, inquiet de fréquences et d’ondes (non létales). Ainsi, une électronique tourmentée, obnubilée par les aigus, plus tard augmentée de collages néo-dadaïstes, révèle la nature de ce qui anime Hoffman : tout et rien, réunis dans un élan bravache.

Nick Hoffman : Bruiser (Pilgrim Talk)
Enregistrement : 2008. Edition : 2013.
CD-R : 01/ Tarred & Feathered (sine) 02/ I'll Be The Wolf (square) 03/ Green Dust (fm) 04/ Bruiser (mix)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy, 2013)

miguel prado kempelen's lesson

Iconoclaste et donc forcément touche-à-tout, Miguel Prado semble faire de la musique pour s’en amuser, en tout cas pour relativiser sa portée. Ce qui ne l’empêche pas de raconter des histoires, comme sur ce quarante-cinq tours qui ressuscite Kempelen Farkas, inventeur du 18e siècle à qui l’on doit notamment la première machine parlante

Voilà pour l’histoire, qui n’est en fait qu’une anecdote mais qui explique quand même pourquoi le vinyle craque autant. Il crisse, en plus, tourne & retourne en boucle sur un sillon, bruite, et enfin finit par « parler » lui aussi. Mais sa voix est perturbée (l’histoire ne dit pas si elle est celle de Prado ou celle de Kempelen qui aurait participé d’outre-tombe au projet) et doit lutter en plus contre les (factices) imperfections de l’enregistrement.

Faisant partie d’un travail de longue haleine intitulé « Prado Geotraumatic Evacuation of The Voice », Kempelen’s Lesson (50 copies !) n’en met pas moins la voix en échec face à des bruits tour à tour modernes (ces flying sauceuses de la face A) ou passéistes (les craquements, toujours les craquements). Alors qui l’emporte de la voix ou de la machine ? Me tromperais-je en disant « la machine » ? En tout cas, le concept change de l’expérimental habituel.

Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy)
Edition : 2013.
45 tours (7”) : A/ Criptolalia B/ Glossolalia-Laden
Pierre Cécile © Le son du grisli


Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team, 2013)

philip corner rocks can fall at any time

Avec ses pièces qui datent de 1972 à 1997, le vinyle Rocks Can Fall At Any Time peut passer pour une rétrospective des travaux de Phil Corner, ce compositeur contemporain qui, en odeur de sainteté orientale, tissa des liens avec le minimalisme et la musique atmosphérique. Alors bien sûr il serait facile d’y voir un peu de philosophie zen et le rendu des gamelans. Or, je ne vois là rien de tout ça. Car Corner met plutôt en scène des petits morceaux de chaos. Ses cymbales et ses gongs (tout comme ceux de Phoebe Neville qui l’accompagne en Thaïlande) sont frottées ou frappées et n’ont certainement de zen que leurs espoirs abattus.

Sur la deuxième face, Corner se munit d’une cruche pour jouer avec le vocaliste James Fulkerson et concocter avec lui un inclassable mille-feuille d’échos. Après, il passe derrière un harmonium pour mêler ses graves et ses aigus avec une indolence qui est depuis longtemps le moteur de sa science rosicrucienne (puisque c’est Satie qu’il interprète ici à sa façon). Si ce n’est qu’elles s’écoutent avec un charme délicieux toutes lumières éteintes, je n’ai pas trouvé le point commun à ces quatre pièces de Phil Corner. Une possibilité subsiste, indiquée par le titre de cette petite rétrospective... à chaque fois, pour ces quatre pièces d'époques différentes, rien n’est jamais joué, tout peut arriver.

Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team / Metamkine)
Enregistrement : 1972-1997. Edition : 2013.
LP : A1/ Gong (Ceng – Ceng)/Ear : For Francine Aubrey A2/ Two in Thailand B1/ Om. Duet : Jug and Bottle B2/ Satie’s Chords Of the Rose + Croix… As A Revelation
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Fragment Factory Expéditives : Alice Kemp, Schimpfluch-Gruppe, Aaron Dilloway, Tom Smith, Philip Marshall

fragment factory expéditives

alice kempAlice Kemp : Decay and Persistence (CDR, 2013)
Réinterprétation par son auteure d’une bande-son créée pour deux performances de Weeks & Whitford, Decay and Persistence est maintenant un voyage à faire sur CD et, même, dans l’oreille d’Alice Kemp (Germseed) : trouver-là, rendus avec une précision remarquable, coups de tonnerre, tic-tac, souffles, bois qui craquent, et peut-être aussi le battement d’un cœur. Au bout du voyage, applaudir à un théâtre concret aux effets ravissants.

EN ECOUTE >>> Live-Aktion 28.04.2012, Tokyo

nigredo

Schimpfluch-Gruppe : Nigredo (K7, 2013)
Un autre bois (on l’imagine), et sur cassette, crépite sur Nigredo. C’est que Rudolf Eb.Er et Dave Phillips y ont marché, en route pour Tokyo où ils donnèrent un concert « préparé » sous le nom de Schimpfluch-Gruppe. Devant l’assistance, un souffle fut transformé en râle, ce râle en ombre épaisse et inquiétante, cette ombre en chimère prisonnière d’une cellule de béton gris. Dans un bruit assourdissant de métal (des chaînes, peut-être), ce sera la libération. En face B, un canal chacun, Eb.Er et Phillips exposent le matériau qu’ils composèrent indépendamment pour leur rencontre : ni chimère, ni béton, ni métal, mais des ombres encore.

EN ECOUTE >>> Decay and Persistance

aaron dilloway tom smith

Aaron Dilloway, Tom Smith : Allein Zu Zweit (K7, 2013)
C’est un autre concert passé sur cassette : celui, donné par Aaron Dilloway (Wolf Eyes, The Nevari Butchers) et Tom Smith (To Live and Shave in L.A., Ohne) à Hambourg le 22 juin 2012 – quelques jours plus tôt, le duo s’était produit à Hanovre, ce dont témoigne Impeccable Transparencies, un disque double produit par Smith sur son Karl Schmidt Verlag. Seul, Alloway lance une course le long de laquelle il butera souvent : voilà la cause des barrissements, plaintes et déferlantes, dont il fait son miel. Avec Smith, le voici occupé à confectionner une boucle sur laquelle déposer un noise qui pourra quelquefois pêcher par emportement lyrique.

EN ECOUTE >>> Allein / Zu Zweit

philipp marshall

Philip Marshall : Passive Aggressive (K7, 2013)
Deux ans après avoir publié Casse-tête sur Tapeworm, label à cassettes qu’il dirige, Philip Marshall voit paraître Passive Agressive sur Fragment Factory. C’est une autre bande à dérouler dans laquelle sont contenus des aigus tenaces que gonflent les parasites qu’ils portent en eux et même arborent, un grave aux obsessions multiples et qui danse sous leurs effets, un doigt de saturations, enfin, pour finir de changer la cassette dont on parle en étonnante malle à contrastes.

EN ECOUTE >>> Passive

fragment factory


Che Chen : Pulaski Wave (Pilgrim Talk, 2011)

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Après quelques recherches (même pas poussées) sur « la toile », on peut dire connaître à Che Chen, new-yorkais qui joue de plein d’instruments, des collaborations (Tetuzi Akiyama, Chie Mukei, Robbie Lee) et même jusqu’à un groupe (en fait un duo avec Rolyn Hu : True Primes). Présentations faites, il faut que je confie que les recherches en question ont été provoquées par l’écoute d’un disque, ou plutôt de deux : un 33 tours deux titres, que le label Pilgrim Talk expédie avec un CDR.

Sur la première face du vinyl, l’ami Chen funambulise au violon sur un drone dont le volume oscille quand il s’emporte plus radicalement sur la seconde, cette fois sur un feedback. Sur l’une (Pulaski Wave) comme sur l’autre face (Newtown Creek Mirror Lag), les mailles de l’archet tricotent une parlote folle qui fascine par les astuces qu’elle déploie pour ne pas perdre le fil – quitte à perdre le mien, comme mes recherches se poursui-vent à l’heure où j’écris cette chronique, voilà que je découvre cette interview.

Comme Chen l’explique dans cette interview (cette faculté que j’ai moi aussi de retomber sur mes pattes !), Black Mayonnaise (que l’on trouve sur la troisième piste du CD puisque les deux premières reprennent les morceaux du vinyl) est un live réalisé avec trois turntables placées en triangle autour du public. Les platines jouant toutes le même vinyl (Pulaski Wave, si vous n’aviez pas suivi), nous entendons le drone déjà connu. Or voilà qu'un des violons s’enraye et c'est là que tout commence : Black Mayonnaise multiplie les répétitions qui en feront un disque renversant. Qui doute de ce que j’avance n’aura qu’à aller faire un détour sur Bandcamp avant de foncer chez Pilgrim Talk.  

EN ECOUTE >>> Pulaski Wave (Violin Halo)

Che Chen : Pulaski Wave (Violin Halo) / Newtown Creek Mirror Lag / Black Mayonnaise (Pilgrim Talk)
Enregistrement : Novembre 2010 & 27 avril 2011.
33 tours (7’’) + CDR : 33 tours : A/ Pulaski Wave (Violin Halo) B/ Newtown Creek Mirror Lag – CDR : 01/ Pulaski Wave (Violin Halo) 02/ Newtown Creek Mirror Lag 03/ Black Mayonnaise
Pierre Cécile © Le son du grisli



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