Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Francisco López, Richard Francis : In de Blaauwe Hand (Brombron, 2009)

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C’est à un voyage en capsule jusqu’au centre la terre que nous convient Francisco López et Richard Francis sur In De Blaauwe Hand. De très loin, des vents et des infrabasses arrivent sur les parois du vaisseau qui réagissent difficilement aux diverses pressions : fortes bourrasques, tentations d’aller voir dans des univers parallèles et monochromes, couches sonores vacantes qui rendent le voyage chaotique et la musique qui en découle récalcitrante.

Après avoir été soumis à ces déferlements, l’auditeur ayant embarqué avec López et Francis retrouve un peu de paix. Mais alors que le son se fait moins impressionnant, la question du devenir des voyageurs se pose : auraient-ils été avalés à tout jamais pour être allés trop loin ?

Francisco López, Richard Francis : In De Blaauwe Hand (Brombron / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ In De Blaauwe Hand
Pierre Cécile © Le son du grisli



Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies, 2008)

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« Un son est un phénomène qui en lui-même n’a ni projet ni intention : juste un pur excès, un horizon sans cesse en mouvement dont la nature diffuse nourrit l’imagination d’idées d’actions futures. » Cette phrase de Brandon LaBelle – à lire dans un texte publié dans un numéro que la revue Art Press 2 consacre à l’ « art des sons » – permet sans trop en dire de dévoiler la nature de Dirty Ear, disque que l’artiste composa en rapprochant des pièces écrites pour une installation, des field recordings et des extraits d’archives sonores personnelles.

Les sons étant partout, LaBelle va et vient sans arrêt de l’un à l’autre : bruits de la rue, souffles de bandes ou d’existences, découpages de chansons anciennes et saillies soudaines d’une batterie ou d’un orgue minuscule. Musical et non musical, expérimental redevable au souvenir mélodique et pièces d’un expressionnisme brut au résultat plus original que ne le sont ses usages. Dans la pièce où Dirty Ear se laisse entendre, accepter alors qu’un enfant joue, insaisissable ou grossièrement concret, mais affairé à construire son horizon.

Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies / Les presses du réel)
Edition : 2008.
CD : 01/ Home 02/ Parking Lot 03/ Civic Center 04/ Office Building 05/ Closet 06/ Country 07/ Daytime 08/ Classroom 09/ Foreign City
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation, 2009)

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Peintre et musicienne américaine, Vanessa Rossetto déploie sur Dogs in English Porcelain un paysage en perpétuelle évolution, soumis à différents éléments : field recordings, manipulations d’objets ou d’instruments (à cordes, le plus souvent), usages électroniques.

Une plage unique transforme ici les bruits du quotidien en paysages insensés dans lesquels l’indécision d’un archet croise des souffles grandioses et le sifflement d’oiseaux en cage disparaît en mécaniques trop concrètes. Oscillations, larsens, bourdons, résonnances, bruits de frottements et rumeurs timides finissent de peupler l’espace : champ d’expérimentations diverses que Vanessa Rossetto investit avec une perversité raffinée.

Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dogs in English Porcelain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa, 2009)

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L’artiste sonore et inventeur d’instruments Pierre Berthet a le don d’enchanter ses spectateurs lors de performances où de subtils dispositifs sont mis en oeuvre. La longue pièce qui constitue ce disque (séparée en pistes pour des raisons pratiques) a été enregistrée dans le cadre d’une exposition à la galerie Z33 à Hasselt (Belgique) et consiste en la cohabitation de différents procédés.

Le premier, le plus sonore au début, correspond à différentes bouteilles accrochées au plafond à la verticale de boîtes de conserve suspendues dans des seaux. Des gouttes d’eau en tombent à des vitesses variées, créant ainsi une rythmique complexe et ondulante. L’utilisation de haut-parleurs prolongés s’immisce peu à peu dans ce flot sonore pour ensuite prendre le dessus. Il s’agit en fait de bidons reliés par un réseau de fils d’acier. Dans un des bidons est placé un haut-parleur sans membrane diffusant du son créé en direct sur laptop (à d’autres occasions, Pierre Berthet peut utiliser des ondes radios, sa voix…) et se propageant par vibration dans les autres réceptacles.

Cette invention électroacoustique extraordinaire donne naissance à des masses sonores mouvantes et subtiles. Une atmosphère de solennité se dégage à l’écoute de ces drones aux variations régulières agissant comme des vagues. Par moments, l’impression d’entendre un orgue fantomatique se fait nettement sentir. En arrière-plan, le goutte-à-goutte des bouteilles, pourvoyeur d’écho, donne de la spatialité à la pièce et s’il s’interrompt vers les trois-quarts de la performance, c’est pour laisser plus de place aux infinies variations des sons issus des haut-parleurs prolongés. Par moments, la machinerie s’emballe et la matérialité du système se laisse deviner par les mouvements du réseau de fils d’acier. Ce disque extraordinaire vient prouver, si besoin en était, que la musique créée ainsi peut vivre en étant détachée de la performance scénique.

Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa / Quatermass / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Jean Dezert © Le son du grisli



Pascale Labbé : Zûm (Nûba, 2009)

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Ne rien dire ou si peu sur cette voix, sur ce chant. Suggérer qu’ici est peut-être le chant originel, primitif. Un chant oublié. Essentiel. Pas de carbone 14, de fusain, de charbon ou d’argile pour donner preuve. Rien qu’une voix sans rupture, secrète.

Une voix sans calcul. Une voix d’avant le langage et la violence. Une voix qui ne chercherait rien puisque tout est déjà là. En profondeur, dans l’être. Une voix qui dirait l’acte de vivre. Et s’amuserait du raclement, du chuchotement, des écarts. Une voix qui ouvrirait au charme. Une voix qui contemplerait. Une voix qui fuirait le commentaire et le cri. Une voix comme une torche. Essentiellement vitale.

Pascale Labbé : Zûm (Nûba / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Larusfuscus 02/ Anasplatyrhynchos 03/ Hydroprognecaspia1 04/ Aythyamarila  05/  Falcorusticolus 06/ Brantabernicla 07/ Scolopaxrusticola 08/ Porzanaporana 09/ Mergurserrator 10/ Tadornatadornas 11/ Stercorariusparasiticus
Luc Bouquet © Le son du grisli


Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod, 2009)

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Les premières minutes du film de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz font craindre la mise en scène exagérée : Sakamoto Hirochimi s’adonne au violoncelle dans un bâtiment désaffecté après en avoir arpenté les couloirs, titubant en illuminé. Arrachant de son instrument les premières notes de We Don’t Care About Music Anyway*, il rassure pourtant.

S’ils ne cachent pas leurs intentions de donner à entendre, à voir et même à fantasmer,  le Japon autrement, Dupire et Kuentz soignent dans l’ensemble avec plus de subtilité leurs partis pris musical et graphique. Réunis en société secrète, les sujets, musiciens reconnus voire installés, bavardent sous noirs et blancs : Hirochimi, donc, et puis Otomo Yoshihide, L?K?O, Numb et Saidrum, Takehisa Ken, Yamakawa Fuyuki, Shimazaki Tomoko. Entre les discussions, trouver des extraits de représentations : d’éclats de voix en micro-contacts, de guitares électriques en platines, les musiciens défendent chacun à leurs façons une musique protéiforme, de l’avertissement tardif et du chaos inspiré.

Désenchantés – ou feignant de l’être –, les acteurs convainquent toujours davantage en musiques, replaçant leurs mouvements sur enjeu esthétique quand les images et les discours effleurent quelques fois l’opposition simplissime à une société de consommation frénétique à en perdre toutes ses réalités. Parce que ce genre d’expériences sonores ne peut rien, véritablement, contre cette société-là, We Don’t Care About Music Anyway trouve son importance ailleurs : dans les stériles mais beaux assauts d’artistes aussi fragiles que belliqueux, pour qui la meilleure des défenses sera toujours l’attaque. 

* Au programme des Ecrans documentaires d'Arcueil, le 30 octobre à 22 heures.

Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Omni : Omni (Presqu'île, 2009)

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Depuis trois ans, Kato Hideki (basse, synthétiseur), Tetuzi Akiyama (guitare électrique préparée) et Toshimaru Nakamura (guitare électrique préparée, mixer), confectionnent au sein du projet Omni une musique expérimentale qui leur échappe simplement parce qu’ils refusent de s’accorder sur ses intentions – même pas sur celle d’interagir, précise Hideki sur son site internet.

Omni (le disque) est l’enregistrement d’une récente prestation du trio et permet de mettre enfin l’oreille sur un projet musical jusque-là somme toute confidentiel. Au commencement, les guitares ont du mal à sortir d’une tirade d’effets étouffants et il semble que chacune de leurs cordes fourbit des assauts esthétiques qui sont autant d’échappatoires : les coups pleuvent et, en conséquence, l’emballement collectif vacille. Irrémédiablement, puisque la musique née de cette collaboration est une construction qui est aussi la cible de nihilistes contraints de s’en prendre aux propres fruits de leur expression, l'ensemble se désagrège. Brutal, bruitiste et bruyant, il n’en reste pas moins qu’Omni (le disque, toujours) touchera au cœur les amateurs d’eastern sounds ultramodernes.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.

Omni (Kato Hideki, Tetuzi Akiyama, Toshimaru Nakamura) : Omni (Presqu’île Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01. 40:10 02/ 05:02
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jim Haynes : Sever (Intransitive, 2009)

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Sur Sever, son troisième disque, Jim Haynes – aussi responsable du label Helen Scarsdale –  donne les preuves de sa minutie d’expérimentateur transporté.

Pour changer de simples collages sonores en agressions dont il fait des colliers : quatre, ici, qui tirent leur éclat de drones, field recordings (oiseaux, mouvements, souffles), lignes électroniques ou plaintes d’instruments mis en pièces. Sur Sever, si la vie et la mort rôdent au son de bruits en réductions, partout l’invention de Jim Haynes grouille et se maintient avec panache.

Jim Haynes : Sever (Intransitive Recordings / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ 02/ 03/ 04/
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Interview de Birgit Ulher

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Née en 1961 à Nuremberg, Birgit Ulher est une trompettiste allemande qui a acquis ces dernières années une excellente réputation dans le domaine de l’improvisation. Organisatrice du festival Real Time Music durant de nombreuses saisons, elle a mené des recherches esthétiques qui se sont traduites notamment par la réalisation de polaroids retravaillés à l’aide de techniques mixtes. Que ce soit en solo ou en groupe (le quartet Nordzucker, ses duos avec Ute Wasserman ou encore Gino Robair), les principaux aspects de son travail résident dans sa quête de nouveaux sons et procédés. L’usage du silence et l’écoute réflexive prennent dans son œuvre tout leur sens. Ses deux derniers albums Blips and Ifs (en duo avec Gino Robair, Rastatscan, 2009) et Radio Silence No More (en solo, Olof Bright, 2009) constituent une excellente introduction à un univers riche et poétique. Le 24 octobre prochain, elle jouera en compagnie du saxophoniste Heddy Boubaker lors du Festival Densités.

Quel a été ton apprentissage musical et quelles sont tes premières influences ? Plus jeune, j'ai commencé deux fois à prendre des cours de guitare, mais à chaque fois, je n'ai pas persévéré plus d'une année. En ce qui concerne la trompette, j'ai pris quelques cours, mais je suis essentiellement autodidacte. Je me suis lancée dans l'improvisation en jouant du free jazz dans un groupe pendant un certain temps. Je me suis d'abord intéressée principalement au free jazz, avant de me plonger dans l'improvisation et les nouvelles musiques européennes. Les artistes qui m'ont le plus influencée alors sont, entre d'autres, Paul Lovens, Manfred Schoof, Günter Christmann, Alexander von Schlippenbach, Derek Bailey, Roger Turner, John Stevens, Phil Minton, Joëlle Léandre, Annemarie Roelofs et Peter Kowald.

L'approche que tu partages avec des artistes comme Mazen Kerbaj ou Axel Dörner se distingue de l'improvisation européenne des années 60 et 70. Certains ont désigné ce renouvellement du langage musical de réductionnisme. Quelle est ton opinion par rapport à cette désignation et quelles sont les caractéristiques de ta musique qui s'en rapprochent le plus ? Je pense que l'utilisation de termes comme celui de réductionnisme est toujours simplificatrice. A mon avis, le réductionnisme consiste à se concentrer sur certains aspects de la musique, les sons peu élevés et le silence par exemple, une approche que je peux partager. Je n'aime pas beaucoup le fait qu'il sous-entende qu'il manque quelque chose à la musique, qui aurait été « réduite », ce qui n'est pas le cas. Ou dans un certain sens, c'est toujours le cas, puisque tout genre musical réside dans une focalisation sur certains aspects sonores. Beaucoup de musiciens sont à mon sens injustement réduits à ce terme. Cependant, il y a de nombreuses caractéristiques de ma musique que l'on pourrait associer au réductionnisme, bien que je ne me sois jamais sentie inféodée à cette étiquette. Depuis que je suis installée à Hambourg, je n'ai pas entretenu beaucoup de relation avec les musiciens qui ont commencé à travailler dans cette voie à Berlin, bien que je sois au courant de leurs recherches. Ce type d'approche repose trop souvent sur des règles strictes qui peuvent conduire à un certain formatage. J'ai toujours préféré travailler selon une approche individuelle plutôt que suivre des règles conceptuelles précises. J'apprécie beaucoup le travail de réductionnistes « originaux » comme Axel Dörner ou Andrea Neumann, qui ont développé quelque chose de vraiment neuf à un moment crucial. Mais, comme avec beaucoup de genres musicaux, certains musiciens le font d'une manière forte et convaincante et puis d'autres suivent et ne sont pas vraiment à la hauteur. C'est ainsi qu'il y a quelques années, le réductionnisme en est arrivé au point mort à Berlin, probablement parce que trop dogmatique. Les musiciens sont alors allés dans d'autres directions.

Favorises-tu parfois un travail de composition. Si oui, comment peux-tu le décrire ? Comme la composition a une bien meilleure réputation dans notre société, certains improvisateurs ont défini leur travail comme des compositions instantanées. Je ne peux pas dire que je favorise un travail de composition. Disons qu'il s'agit d'une autre approche avec des résultats différents. Par moments, il n'y a pas de grande différence entre la composition et  l'improvisation, surtout lorsque tu travailles en solo. Il y a plus de flexibilité dans l'improvisation, tu n'as pas le contrôle sur les musiciens avec qui tu joues, ce qui est pour moi « plus un défi ». De toute façon, peu importe que la musique soit composée ou improvisée, du moment qu'elle est de qualité. J'ai été influencée par des compositeurs comme John Cage bien sûr, mais aussi Christian Wolf, Morton Feldman, Helmut Lachenmann, pour n’en citer que quelques-uns. J'aime beaucoup le travail de composition de Michael Maierhof : très précis, avec de beaux sons durs et beaucoup de silence. Il utilise des sons divisés, comme on peut l’entendre dans le quartet Nordzucker (avec Lars Scherzberg, Chris Heenan et moi-même). Ce que j'apprécie également dans l'improvisation, c'est l'égalité qui existe entre les musiciens. Tu n'as pas de hiérarchie avec le compositeur d'un côté et les interprètes de l'autre. Un autre avantage de la musique improvisée est que tu peux, par la pratique, approfondir la connaissance que tu as de ton instrument. Cela permet de développer de nouveaux sons et langages musicaux. Ces raisons me conduisent à penser que pas mal de musique improvisée actuelle sont beaucoup plus intéressantes que certaines musiques composées.

Y a-t-il des échanges entre ta pratique de la musique et celle des arts visuels ? J'ai toujours aimé le travail de nombreux artistes visuels qui se concentrent sur certaines problématiques bien précises. L'usage de bonnes proportions ainsi que le type de matériel employé sont très importants dans les deux disciplines. Comme j'ai cette formation en arts plastiques, je sais comme il est important de placer les sons exactement au bon endroit. Ensuite, certaines des plus intéressantes idées usitées dans la musique improvisée sont issues des arts plastiques, comme jouer de la guitare sur une table par exemple. Keith Rowe a en effet eu l'idée de Jackson Pollock, qui peignait ses toiles sur le sol. Autre analogie de la musique avec les arts plastiques, je considère le silence et le son comme les aspects négatif et positif d'une même chose, comme une sculpture et l'espace autour d'elle. Pour moi, les passages entre les sons sont aussi importants que les sons eux-mêmes. Quelque part, ils forment les sons. Une des meilleures choses qui puissent arriver dans n’importe quelle pratique artistique, musique comprise, c’est le changement de ta perception. Cela survient parfois après un bon concert, lorsque tu perçois ton environnement sonore différemment qu’avant. Une perception très proche de celle que l’on peut avoir de murs que l’on croyait connaître et qui paraissent différents après un travail de décollage. Les influences d’autres media peuvent être variées. Parfois, tu as l’idée d’enregistrer des sons de la vie quotidienne après avoir vu un spectacle de Sigmar Polke qui a documenté sa vie et celle d’autres artistes en utilisant la photographie. Ou, à d’autres moments, tu t’inspires d’idées conceptuelles, comme jouer chaque jour à un moment précis pour une durée déterminée. Les influences résident également dans le choix de ton matériel, dans la façon dont tu l’utilises, dans ton type de jeu et dans la façon dont l’interaction avec d’autres musiciens se déroule.

Peux-tu citer quelques-uns de tes disques favoris ?
Astro Twin / Cosmos (Ami Yoshida et Utah Kawasaki), Astro Twin + Cosmos (F.M.N. Sound Factory, 2004)
Tears (Ami Yoshida et Sachiko M), Cosmos (Erstwhile Records, 2002)
Nmperign (Bhob Rhainey et Greg Kelley), Nmperign (Selektion, 2001)
Hiss (Pat Thomas, Ivar Grydeland, Tonny Kluften et Ingar Zach), Zahir (Rossbin Records, 2003)
Greg Kelley et Jason Lescallet, Forlorn Green (Erstwhile Records, 2001)
Michael Maierhof, Collection 1 (Durian, 2006)
Agnès Palier et Olivier Toulemonde, Rocca (Creative Sources Recordings, 2005)

Birgit Ulher, propos recueillis en juillet 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli



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