Le son du grisli

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Sun Ra: Art On Saturn (Fantagraphics, 2022)

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Certes, le son du grisli n'est plus, mais quoi ? De temps à autre, le son du zombie vous rappellera à son bon souvenir, en plus de dresser un bilan comptable : 10 occurences Sun Ra dans l'anthologie le son du grisli... 

Un sourire (photo de Sun Ra en contre-plongée) suivi d’une explication d’Irwin Chusid : « Il ne s’agit pas là d’un livre sur Sun Ra ni sur sa musique, mais sur « l’emballage » (packaging). Plus précisément, sur la façon qu’eut Sun Ra d’emballer sa propre musique. » Voici ouverte la porte qui mène à l’art de Saturn Records, El Saturn ou encore Saturn Research, étiquettes sous lesquelles Herman Poole Blount autoproduisit (en petites quantités) quelques soixante-dix albums.

Le premier disque estampillé Saturn, nous rappelle ici John Corbett, fut néanmoins un 45 tours. Nous sommes dans les années 1950 et, avec son manager Alton Abraham – qui ne quittera jamais Chicago, contrairement au musicien qui s’installera, avec son Arkestra, à New York puis Philadelphie –, Sun Ra commence à diffuser sa musique en autodidacte. Ainsi lui faut-il donc « emballer ».

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Le format du livre est, forcément, celui d’un 33 tours : y sont reproduites – images pour certaines heureusement restaurées par Barbara Economon – les pochettes imprimées (recto et verso, deux albums par page) puis les couvertures faites maison (pleine page). Parce que les albums à qui elles donnent une « identité » (visuelle, au moins) ont depuis été reproduits (Discipline 27-II, Strange Strings, Super-Sonic Jazz, Secret Of the Sun… qui, respectivement, profitent des travaux de Leroy Butler, Charles Shabacon, Claude Dangerfield et Chris Hall), la seconde partie surprend et intéresse davantage.

D’autant que Marshall Allen précise : « Les couvertures étaient l’œuvre du groupe. Chacun de ses musiciens en a faites, au même titre que Sun Ra, qui en a réalisé beaucoup. » Alors, anonymes, les travaux défilent : dessins automatiques, informations travaillées, abstractions astrales, collages iconoclastes ou portraits du maître rehaussés de couleurs (les feutres passent de main en main, certains trahissant l’usage acharné qu’on en a fait)… Sous l’effet d’hallucinations cinétiques et de quelques vents contraires, c’est, sur pochettes et macarons, l’érection d’un panthéon hybride où s’entrechoquent instruments, planètes et visions solaires, mais aussi navettes, orbites, pyramides (que gardent Thot et Anubis), codes enfouis ou figures géométriques échappant à toute logique…, et dont Sun Ra est le dieu suprême.

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Vendus les soirs de concert ou via mailorders avant que Glenn Jones, dont le livre recueille le précieux témoignage, et son Rounder Records ne s’occupent plus « sérieusement » de leur distribution, les disques Saturn sont désormais des objets rares que certains collectionneurs acceptent encore de montrer : Mats Gustafsson et une dizaine d’autres auront ainsi permis l’édification de cette somme saturnienne.

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Irwin Chusid, Chris Reisman : Sun Ra: Art On Saturn. The Album Covert Art Of Sun Ra’s Saturn Label
Fantagraphics. 220 pages.
Edition : 2022
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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