Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Les femmes savantes (Olof Bright, 2013)

Regroupées depuis 2005 sous le nom de Femmes savantes (intitulé sur lequel l'auteur du livret s'essaie à gloser), cette formation féminine associe des musiciennes originaires d'Allemagne, de Suède et d'Argentine, résidant à Berlin et œuvrant tant dans le champ de l'improvisation ou de l'electronica que dans celui de la performance ou de la musique contemporaine.

Les huit pièces brèves (principalement enregistrées en 2011) qui composent ce recueil, servies par une prise de son impeccable, exposent et explosent l'orchestre, du quintet au solo, dans un esprit de « collectif », davantage que de groupe, où se partage un art musical assez fascinant. Installé dans une grande proximité avec l'instrumentarium, l'auditeur est placé au cœur d'agencements dynamiques fourmillant de détails et de vives combinaisons (timbres, textures mais également rythmiques à l'occasion utilement explicites) : chuintant, craquelé, poreux, le monde mouvant qu'élaborent ici Sabine Ercklentz (trompette), Hanna Hartman (objets amplifiés), Andrea Neumann (intérieur de piano, table de mixage), Ute Wassermann (voix) et Ana Maria Rodriguez (electronics) a de quoi passionner.

Les femmes savantes : Les femmes savantes (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Schlund (quintet) 02/ Pruh 3 (trio) 03/ Swarm (solo) 04/ Dès (duo) 05/ LFS 5  (quintet) 06/ Breakfast with trumpet (duo) 07/ Small words (trio) 08/ Affinities (solo)
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Klaus Filip, Dafne Vicente-Sandoval : Remoto (Potlatch, 2013)

klaus filip dafne vicente-sandoval remoto

Son goût pour le duo (Malfatti, Nakamura, Veliotis, et Blechmann en Taus), poussait récemment Klaus Filip jusqu’en bord de cuvette – le basson est celui de Dafne Vicente-Sandoval.  

Lorsqu’ils ne font pas acte de Remoto (soit : s’éloignent l’un de l’autre et aussi de l’auditeur) pour, en silence, reprendre leurs esprits, les musiciens l’imaginent tout autre, dessinant des parallèles dont la proximité fait naître des sonorités surprenantes. Au jeu des fréquences, larsens et graves opposés (Clair et Obscur dont se chargent à tour de rôle ondes sinus et basson), brise et haleine croisées, révèlent un paysage d’où la musique émane, insaisissable et prégnante : les bruissements y sont rivaux quand les drones refusent l’amalgame.

Serait-ce en présence de que Filip brillerait particulièrement ?  Revoir – refaire, voire –  l’espace à coups d’ondes portées qu’un instrument plus conventionnel modifiera à force de mesure concurrente ? Alors, Remoto serait un très bel exemple de ce que la méthode peut « donner ».

Klaus Filip, Dafne Vicente-Sandoval : Remoto (Potlatch / Souffle Continu)
Edition : 27 avril & 12 août 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Clauir 02/ Obscur
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Chris Watson : In St Cuthbert's Time / Geir Jenssen : Stromboli (Touch, 2013)

chris watson in st cuthbert's time

Quand on se promène au bord de l’eau, comme tout est beau, dixit Jean Gabin, qui avait omis d’y mentionner les chants des oiseaux et les embruns iodés. Qu’à cela ne tienne, un bon demi-siècle plus tard, le magnifique Chris Watson démontre une nouvelle fois qu’il est le maître des field recordings, ici captés sur l’île de Lindisfarne (alias Holy Island), tout au nord de l’Angleterre.

Lieu de vie au VIIe siècle d’un moine anglo-saxon qui donne son titre à cet In St Cuthbert’s Time, l’endroit se prête magnifiquement aux explorations naturalistes de Watson, tant sa biodiversité est rendue avec une précision sonore des plus stupéfiantes. Le résultat est d’autant plus magique qu’on imagine aisément le nombre d’heures passées à capter la sauvagerie marine des lieux, quatre saisons durant svp, pour mieux en retirer une moelle des plus substantielles, échelonnée sur quatre titres (un par saison) d’une quinzaine de minutes chacun. Hip hip hip Watson.

Chris Watson : In St Cuthbert’s Time (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Winter 02/ Lencten 03/ Sumor 04/ Haerfest
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

geir jenssen stromboli

A voir la pochette, on imagine mal Geir Jenssen se penchant sur le cas Stromboli au bord de son cratère. Or, au casque, on applaudit à la précision des allées et des venues des vents, des grippages et des bouillonnements, des explosions et des détonations…, précision qui a interdit toute version MP3 du disque. En temps réel, les deux faces du vinyle racontent la vie du bel endormi et son activité… débordante.

Geir Jenssen : Stromboli (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2012 (21H30). Edition : 2013.
CD / FLAC : A/ Stromboli B/ Stromboli Dub
Pierre Cécile © Le son du grisli


Chris Abrahams, Sabine Vogel : Kopfüberwelle (Absinth, 2012) / Chris Abrahams, Magda Mayas : Gardener (Relative Pitch, 2013)

chris abrahams sabine vogel kopfuberwelle

Enregistré pour l'essentiel en 2010, Kopfüberwelle donne à entendre Chris Abrahams à l'orgue auprès de la flûtiste Sabine Vogel – nouveau profil au tableau de chasse d'Abrahams, friand de réductionnistes de toutes espèces et même de toutes qualités.

Ce sont là six pièces – présentées dans le livret comme autant d'« Incantations-sounding improvisations » – dont on ne cessera d'interroger l'intérêt à la lumière des rapprochements opérés par les instruments ou au contraire des distances qu'ils s'obligent à garder. De drones hésitants en sifflements perturbateurs, orgue et flûte composent d'abord avant d'entamer un dialogue dont les découpes soulignent l'inconstance de deux inspirations. Chants en surimpression, jeux de questions-réponses, passables et rien de transcendant. La dernière pièce relève quand même le niveau : son nom est Companions for the River Journey, qui fut enregistrée en 2009. Surprise des régressions.

écoute le son du grisliChris Abrahams, Sabine Vogel
Companions for the River Journey

Chris Abrahams, Sabine Vogel : Kopfüberwelle (Absinth)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Roadless 02/ Handwritting 03/ Luftleere Räume 04/ Floating Head Over 05/ Auftauchend 06/ Companions for the River Journey
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

chris abrahams magda mayas gardener

Loin des pièces sombres et mouvantes qu’ils ont, ensemble ou séparément, pris l’habitude de peindre, Chris Abrahams et Magda Mayas signent sur Gardener six improvisations heurtées. Sur et en pianos, harmoniums et clavecins, le duo multiplie les manières de faire pousser des sonorités qui peinent à l’harmonie, si ce n’est sur Surroundings et Remnant, justement parce qu’ils y retrouvent leurs habitudes : sombres, mouvantes.

Magda Mayas, Chris Abrahams : Gardener (Relative Pitch)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
CD : 01/ Song of the Pylons 02/ The Changes Wrought by the Recurring Use of Tools 03/ Lichens 04/ Surroundings 05/ Ash Canopy 06/ Remnant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Adam Lane : Absolute Horizon (NoBusiness, 2013)

adam lane absolute horizon

Improvisant sans canevas mais se réfugiant très vite en blues sommaire (Absolute Horizon), Adam Lane, Darius Jones et Vijay Anderson ne laissent rien deviner des pépites qui vont suivre. Le blues, le jazz, ils y reviendront le temps d’un dernier soupir (Light) en fin de disque. A cette occasion, l’altiste sera dolphyen, intrépide, assidu.

Entre les deux, vont se délier quelques jungles hostiles. Chauffé à blanc, le trio va électriser le spasme, tenir les zones de turbulences en haute estime. Et surtout faire du terrain vague une aire de jeu sans (peu de) limites. Veines saillantes, aiguisant les aigus comme d’autres lacèrent la chair de leur scalpel, ils trouvent à la convulsion sa juste justification. Tout se trouve, tout se résout, tout se densifie, et cela, sans passer par l’usure des codes courants. Et ceux qui douteraient encore de la singularité du jeu de Darius Jones n’auront d’autre choix que se rendre à l’évidence : les promesses n’en sont plus, le chemin est trouvé. Et de quelle manière !

EN ECOUTE >>> Run to Infinity >>> Absolute Horizon

Adam Lane Trio : Absolute Horizon (NoBusiness Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Absolute Horizon 02/ Stars 03/ The Great Glass Elevator 04/ Run to Infinity 05/ Apparent Horizon 06/ Bioluminiscence 07/ Light
Luc Bouquet © Le son du grisli



I Never Meta Guitar Too (Clean Feed, 2012)

I never meta guitar ii

Après un premier volume pas mal tourné vers le jazz ou assimilé (avec Jeff Parker, Mary Halvorson, Noël Akchoté, Jean-François Pauvros…), ce qui est en passe de devenir une série, I Never Metaguitar, parie sur des « guitarists for the 21st Century » un peu plus franc-tireur. Si on ne sait pas s’ils sont tous en mesure de réinventer le jeu à l’instrument, ils démontrent en tout cas d’une envie plutôt iconoclaste.

Toujours concoctée par Elliott Sharp, la sélection de solos est comme attendue éclectique : post-folk (Manuel Mota, Steve Cardenas), bruistisme électrique (Ava Mendoza,Yasuhiro Usui, Shouwang Zang), minimalisme (Ben Tyree à la guitare classique fait une forte impression), atmosphérique (Joel Harrison au bottleneck non moins intéressant), voilà pour les « meilleurs ». Enfin il y a les individualistes d’hier qui en ont encore sous la pédale, comme Alan Licht et David Grubbs. Audn l'un déploie un jeu à la structure claire bousculée par le feedback, l'autre s’empare d’une guitare classique pour en pincer les cordes et inventer un bel instrumental minimalow-fi. Bref, de quoi ne pas passer à côté d’une compilation qui nous fait espérer que la série ne s’arrête pas en si bon chemin.

I Never Metaguitar Too (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Ava Mendoza : Mandible Moonwalk 02/ Ben Tyree : The Gatekeeper 03/ On Ka'a Davis : Ballet 04/ Shouwang Zhang : Guitar Song 05/ Joel Harrison : Loon 06/ Yasuhiro Usui : Headland 07/ Steve Cardenas : Aerial 08/ Marco Cappelli : Sits at the Other Side of the Table 09/ Alan Licht : The Servant 10/ David Grubbs : Weird Salutation 11/ Hans Tammen : Spiracles 12/ Zach Layton : Thus Gone 13/ Thomas Maos : The Day King Arthur Married On Cyprus 14/ Richard Carrick : A-KA 15/ Zachary Pruitt : For Electric Guitar #1 16/ Manuel Mota : Untitled
Pierre Cécile ® Le son du grisli


Double Tandem : Cement / OX (PNL / dEN, 2012)

double tandem cement ox

Sous le nom de Double Tandem, trouver trois musiciens qui souvent se croisent : Ab Baars, Ken Vandermark et Paal Nilssen-Love. L’année dernière, le trio publiait deux enregistrements de concerts.  

A Stavanger, le 7 septembre 2011, Frode Gjerstad enregistra les trois pièces de Cement. Les vents (saxophones, clarinettes et shakuhachi) s’y adonnent à une expression libre sous les effets d’une émulation qui profite autant de la complicité du trio que des réjouissances qu’il trouve à s’imaginer défait. Faux rivaux, Baars et Vandermark vont d’ébats en frasques que Nilssen-Love attise ou sinon ignore – le batteur décidant parfois en solitaire de déviations qui régénèrent le propos de l’association.

A Novare, le 20 avril 2012, trois autres pièces furent enregistrées, désormais consignées en OX. Jouant d’abord de contrastes (baryton de Vandermark contre aigus de Baars), c’est dans les similitudes que le disque trouvera sa voie : course ascensionnelle des clarinettes accentuée par les roulements et embardées de Nilssen-Love, recherche inquiète sur laquelle les saxophones s’accordent – la démarche peut-être récalcitrante, la mélodie tentante –, accrocs récréatifs et souvent insistants…

Tous deux disques éloquents, la chronique prendra le contre-pied et ne dira pas « lequel… »

Double Tandem : Cement (PNL)
Enregistrement : 7 septembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Marl 02/ Skarn 03/ Shale

Double Tandem : OX (dEN)
Enregistrement : 20 avril 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Toreros 02/ Omasum 03/ Akabeko
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Affiche AJF 2013 copyA Brest, ce vendredi 18 octobre, dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival  : Paal Nilssen-Love jouera seul (à midi, salle Duclos) puis en duo avec Ken Vandermark (en soirée, Espace Vauban). A l'Ouest, donc !

 


C. Kenneth Lee ‎: Dialogues With Environments (Wandelweiser, 2012) / Houben, Kümper : Landscapes (Diafani, 2013)

c kenneth lee dialogues with environments

Sans être jamais allé (ou retourné, car je crois aux sept vies des chats) à Los Angeles, je m’en fais l’image inverse de ce que C. Kenneth Lee m’en raconte au travers de solos de piano qu'il a enregistré là-bas de 2007 à 2011.

L’endroit a-t-il jamais une influence sur la musique qu’on y donne ? En jazz, peut-être. En classique, je n’oserais dire. D’ailleurs, le classique de Lee est tout relatif, car il joue avec les bruits de son environnement. Une porte grince, un objet tombe (ces solos ont été captés en public), etc. Mais le pianiste tient-il compte de ces parasites lorsqu’il interprète ses lacis aériens ? La répétition de deux notes (pour lequel Lee a un léger faible), un arpège, la superposition de deux autres notes, leur extension, leur séparation… peuvent-ils dialoguer vraiment avec des bruits terre-à-terre ?

L’architecture de papier de C. Kenneth Lee accueille en fait ces sons du dehors mais ne les « calculent » pas. Elle va, elle tient droit malgré les courants d’air, elle s’élève au-dessus d’eux. Ses environments la rehausse de l’incapacité qu’ils ont à pouvoir l'intégrer. Voilà pourquoi il faut écouter urgemment les monologues de C. Kenneth Lee.

C. Kenneth Lee : Dialogues With Environments (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2007-2011. Edition : 2012.
CD : 01-02/ Piano Solo No. 3 (2006) 03-06/ Piano Solo No. 4 (2010) 07/ Piano Solo No. 5 (2011)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

eva-maria houben bileam kümper landscapes diafani

Landscapes (1-4) consigne un genre plus direct de conversations sonores avec l’environnement. Provoquées par Eva-Maria Houben et Bileam Kümper, celles-ci opposent un orgue et les mouvements d’un train, laissent au vent le loisir de faire chanter un tuba ou font vibrer à distance d’hommes chimes et viole d’amour. Achaque fois, l’empreinte musicale d’impromptus immodérés brille par la beauté des graves et des soupçons qu’on y trouve.

Eva-Maria Houben, Bileam Kümper : Landscapes (1-4) (Diafani)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD: 01-04/ Landscape 1-4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nagual : Nagual (Ergot, 2013)

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Consignée jusque-là sur cassettes autoproduites (estampillées Pidgin Records), la musique de Nagual – association de Ian McColm (guitares, basse, piano, batterie, électronique) et de David Shapiro (guitare, basse, électronique) – passe sur vinyle sous pavillon Ergot (au catalogue du label, trouver, publiés ou sinon annoncés, disques et cassettes d'Aaron Dilloway, Adrian Rew, Jeph Jerman et Master Musicians of Joujouka…).

Ainsi Nagual, le disque, est-il une carte de visite à deux faces qui impressionnent pareillement. Au son d’un minimalisme à la traîne, d’abord, qui fait silence pour se préparer à tomber à pic et ce jusqu’aux abysses. Après avoir foré les profondeurs, le duo refait surface et expose sa pêche miraculeuse : crescendo, attise même les plaintes d’animaux fabuleux (d'autant que pas tous poissons) avec un art de la mise en scène que la batterie de McColm – qui, à l’instrument, prit quelques leçons de Billy Hart – finira de rendre colossal.  

En seconde face, c’est un ouvrage de drones plus retenu en apparence mais en apparence seulement. Car cette fois, appliqués sur un horizon frémissant, des notes longues, des boucles et des prises inversées, s’accordent et composent un paysage dont les effets vous poursuivent longtemps après que se sont tues les guitares électriques étendues qui marquent ses frontières. Autrement impressionnant, précisera-t-on.

EN ECOUTE >>> Honey River Lacquer

Nagual : Nagual (Ergot Records)
Edition : 2013.
LP : A1/ Honey River Lacquer A2/ Sweat Raag – B/ Continuous Becoming
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jason Kahn : In Place / Broken Place / Fronts (Winds Measure / CFYR / Khalija, 2013)

jason kahn in place daitoku broken place frontsDu flot régulier des publications (de l'album à télécharger jusqu'au vinyle) de Jason Kahn, et entre les disques compacts que publie Herbal International (Things Fall Apart, un étonnant solo) ou promet Cathnor (Untitled for Four, une longue partition graphique – avec Patrick Farmer, Sarah Hughes et Dominic Lash), il est plaisant d'extraire ces trois récents enregistrements pensés pour le format de la cassette.

Jason Kahn : In place: Daitoku-ji and Shibuya Crossing (Winds Measure Recordings, 2013)
S'inscrivant de façon critique dans le champ du field recording, la série de travaux menée par Kahn depuis 2011 sous l'intitulé In place (d'abord à Zurich) substitue au micro et à l'enregistrement de terrain une immersion attentive de plusieurs heures in situ, dont un texte rend ensuite compte ; cet objet littéraire qui pourrait s'apparenter à une « tentative d'épuisement d'un lieu » (et par l'ouïe et par la vue) à la Perec est ensuite enregistré par l'artiste, de sa voix blanche, posée, dans le silence du studio. Cette intelligente extension du domaine de la pratique sonore porte d'autant plus que la lecture, assez monotone, est évocatrice et sobrement musicale, « produisant de l'espace » (Henri Lefebvre est d'ailleurs une influence assumée) là où il n'en reste pas même un son : le complexe bouddhiste du Daitoku-ji de Kyoto et le carrefour central de Shibuya à Tokyo, dans leur absence même, se réinventent et sonnent en chaque auditeur, par les mots. Une réussite très originale !

EN ECOUTE >>> Daitoku-ji and Shibuya Crossing

Jason Kahn : Broken place (Copy For Your Records, 2013)
Le contexte, fort différent pour cette grosse heure de musique, replace Kahn devant l'équipement que nous lui connaissons : synthétiseur analogique, table de mixage, voix, radio et sons captés à l'extérieur sont convoqués pour une performance, depuis son appartement de Zurich, diffusée en direct au festival Audioblast, fin novembre 2012. Le flux, généralement lourd d'interférences et de grésillements, s'épaissit par adjonction de fragments radiophoniques, de vocalises, de bruits et débris, se fissure et s'affaiblit à l'occasion ; ces creux et failles, structurant une pièce chargée, confèrent son intérêt à cet enregistrement bien fracassé.

Jason Kahn, Mark Trayle : Fronts (Khalija, 2013)
Chacune des faces de cette cassette reproduit une improvisation saisie lors de concerts (d'abord à Zurich, ensuite à Genève, en mars 2012) donnés par Kahn (synthé analogique, table de mixage, radio) avec Mark Trayle (electronics, guitare). Le duo semble avoir d'emblée trouvé un pouls et une aire de collaboration stimulante, communicative (pour l'auditeur dont l'immersion est rapidement acquise) : l'énergie circule dans un beau jeu de contrastes entre textures – bouffées de blizzard à échardes contre escadrilles aux fuselages polis – au profit d'une fort efficace propulsion par frottement. Un enregistrement à comparer avec ce que JK a récemment donné avec Bryan Eubanks ou en compagnie de Bruce Russell & Richard Francis (Dunedin).

EN ECOUTE >>> Fronts (extrait)



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