Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench, 2011)

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A la lecture du patronyme de Marcus Ostermeier, alias M. Ostermeier, les souvenirs brumeux d’un mini-album trois pouces (Percolate) sur [ parvoart ] recordings ont rapidement refait surface. Une tentante réécoute plus tard, l’étrange univers mi-spatial mi-ambient du producteur de Baltimore n’a nullement perdu de sa douce pertinence et c’est avec grand intérêt que nos oreilles se sont jetées sur The Rules of Another Small World, sorti sur son propre label Tench.

Minimaliste tout en déployant une belle densité sonore aux atours colorés de vif, le monde d’Ostermeier ingurgite les envies passées de Cluster et Harold Budd en les présentant à Benjamin Lew, en onze déclinaisons séduisantes et bienvenues. D’un calme trompeur, on ne sait trop s’il invite à la méditation ou à l’inquiétude, les compositions électro-acoustiques déploient lentement – et cela ne rime jamais avec ennuyant – des trésors harmoniques dissimulés sous des micro-mélodies en format pop (trois minutes environ). Illustrant à merveille l’ambiance d’un monde dont on ne sait plus trop s’il est futuriste ou en bout de course, la splendide pochette montre une étrange colonie moderniste abandonnée, tels des OVNIs abandonnés dans une contrée humide (Taiwan en l’occurrence) redessinée par l’immense architecte brésilien Oscar Niemeyer. Etrange et beau, indeed.

M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench)
Edition : 2011.
CD : 1/ Micro Forest Updraft 2/ Streambed Arrangement 3/ Sunlight On My Desk 4/ I Took Out Your Picture 5/ Floorboards, Well-Worn 6/ Trickle Down 7/ Fast Darters 8/ Underwater Drifting 9/ Retreating Night 10/ Suspicions 11/ Ngth
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt, 2011)

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Est-ce un hasard si ballade et ragtime, après exemplaires exposés, se voient détournés de leur essence au profit d’éclatements free avant retour aux sources ? Monk,  souvent évoqué ici (Locomotive, Raise Four) échappe à ce procédé et retrouve toujours son blues originel. Dire qu’il hante de joyeuses façon (A Chotto Matte) ce disque n’est pas peu dire : il déborde de ses harmonies saillantes la quasi-totalité de ses seize plages.

Aki Takase est donc cette pianiste qui compose, improvise, projette passé et futur. Mordante avec Monk, ample avec les ballades (un peu de Bill Evans avec Knut), précise et rigoureuse avec ses propres compositions (Rolled Up), elle arme d’amour son compagnon, ici le grand Han Bennink. Lequel Bennink, retrouve dans sa caisse claire le swing éternel des Cozy Cole et autre Papa Jo Jones. Moins tonitruant qu’à l’ordinaire, totalement à l’écoute de sa partenaire, il furète et distille l’évidence avec gourmandise et générosité. Beau duo donc.

Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Two for Two 02/ My Tokyo 03/ Locomotive 04/ Zankapel 05/ Knut 06/ Baumkuchen 07/ Monochrome 08/ Raise Four 09/ Do You What It Means to Miss New Orleans? 10/ A Chotto Matte 11/ Hat & Beard 12/ Ohana Han 13/ Rolled Up 14/ Hell und Dunkel 15/ Hommage to Thelonious Monk 16/ Two for Two
Luc Bouquet © Le son du grisli


Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus, 2011)

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Au sortir de deux séances d’improvisation et d’un concert donné en septembre 2010 à New York, le quartette en place (Triple Point que forment Pauline Oliveros, Doug Van Nort et Jonas Braasch augmenté de Francisco López) aura glané assez de matériau pour permettre à chacun de ses membres d’en faire ici, par deux fois, sa propre chose sonore.

Les huit propositions électroacoustiques réunies sur Quartet for the End of Space, de varier en conséquence. Quand Doug Van Nort peint de volumineux espaces sous la menace de menaçantes espèces synthétiques (Outer) sinon ouverts aux quatre vents (Inner), Francisco López arrange toutes interventions en rafales-parasites (Untitled #270) ou en impérieux totems sifflants (Untitled #273).

Inquiets davantage qu’on n’oublie pas la nature des instruments au départ utilisés, Jonas Braasch s’adonne, lui, à des jeux de construction (Web Doppelgänger) qui pourraient lui permettre de décrocher une ou deux étoiles (Snow Drifts) tandis que Pauline Oliveros dispose des trajectoires de claviers transformés dans le sillage de Sun Ra (Mercury Retrograde) ou passe des bandes à la moulinette afin de mettre au jour une ode à la métamorphose (Cyber Talk). Ici ou là, quelques essoufflements : mais des essouflements de personnalités follement investies.

Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
01/ Doug Van Nort : Outer. 02/ Jonas Braasch : Web Doppelgänger. 03/ Francisco Lopez : Untitled #270. 04/ pauline oliveros : Mercury Retrograde 05/ Jonas Braasch : Snow Drifts. 06/ Doug Van Nort : Inner 07/ Oliveros : Cyber Talk 08/ Francisco Lopez : Untitled #273
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Simon Nabatov : Square Down (Leo, 2011)

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Pas de round d’observation pour Simon Nabatov (piano), Ernst Reijseger (violoncelle) et Matthias Schubert (saxophone ténor). Idem pour les politesses : l’improvisation est de feu et de braises.

Le violoncelliste fait saigner son archet ici, imite la scie musicale ailleurs puis choisit d’embrouiller doigts et cordes avant le nouvel orage. Par paliers et sans bouée de sauvetage, le saxophoniste dévide un souffle filandreux, impeccable de sauvagerie rentrée. Le pianiste martèle, rejette tendresse et n’effrite jamais le territoire acide qu’il vient de jauger.

Hors cadre quand il s’agit de laisser, lentement, propager de sombres menaces ou totalement décomplexée quand les musiciens laissent libre cours à leurs excès (réminiscence du contre-chant tristanien ?), la musique de Square Down est de celles qui n’irriteront que les obnubilés de la forme. Car ici, on ose s’élancer ensemble puis se contredire. On aime bifurquer sans permission et sans règle. On aime être libre tout simplement.

Simon Nabatov, Ernst Reijseger, Matthias Schubert : Square Down (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Long Haul 02/ Genostasis 03/ Run for It 04/ Chapter & Verse 05/ Plangent Cry 06/ Giant Lips
Luc Bouquet © Le son du grisli


Erik Carlsson : The Bird and the Giant (Creative Sources, 2011) / Chip Shop Music : You Can Shop Around... (Homefront, 2010)

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Oserais-je dire qu’Erik Carlsson est un batteur lo-fi ? Sans le regretter. Au contraire, ce côté lo-fi ferait partie de sa personnalité. Il rehausserait même les morceaux de The Bird and The Giant.

La musique de ce solo de percussionniste est lente, on la dirait parfois jouée à l’aveugle. Pourtant elle est d’une précision épatante. On la dirait concrète ici (Heavy Rest) expérimentale ailleurs (Hope, Perhaps Feelings). On pourrait plus rapidement dire qu’elle peut tout se permettre : de remuer des clochettes, d’éclater de larsens, de faire des noeuds avec des harmoniques...

Qui ne connaît pas encore Erik Carlsson, Suédois qui a joué auprès d’autres Suédois (Mats Gustafsson, Martin Küchen…) devrait saisir cette deuxième carte de visite qu’il a fait éditer. Car ses contrastes disent tout de sa grande personnalité.

Erik Carlsson : The Bird and The Giant (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Could Be Emotional 02/ Heavy Rest 03/ Hope, Perhaps Feelings 04/ The Dead Spirit 05/ Something Else Somewhere
Pierre Cécile © Le son du grisli

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L’année dernière, paraissait sur Homefront le second enregistrement de Chip Shop Music, l’association de Martin Küchen (saxophone alto, radio), Paul Vogel (clarinette, ordinateur), Erik Carlsson (percussions, électronique) et David Lacey (percussions, électronique).

Ce sont trois temps enregistrés à Dublin en 2009. Sur ceux-là, courent des notes au déploiement aussi intensif que délicat : leurs origines sont diverses mais elles ont le soupçon en commun. C’est une musique en perpétuelle ébauche qui peine à faire aussi bien que Looper – projet de Küchen aux vues smilaires – mais dont les espoirs évanouis parviennent à faire trembler quelques rumeurs et remonter à la surface un lot de moments capiteux.



Mark Applebaum : The Metaphysics of Notation (Innova, 2011)

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Les graphics art de Mark Applebaum, un peu à la manière du Treatise de Cornelius Cardew, ne possèdent ni règles ni codes d’entrées, les interprètes étant les seuls juges de ce qu’ils doivent produire. Glyphes, pictogrammes sur rouleaux ou fragments accrochés, outre leur réelle beauté esthétique, sont mystères à éclaircir, à conquérir.

Pendant quarante-cinq semaines, tous les vendredis midi, musiciennes et musiciens investirent la galerie de l’Art Center Museum de la Stanford University pour y décoder l’œuvre d’Applebaum. C’est précisément ce que nous propose ce DVD : découvrir en 45 minutes (une minute pour chaque formation) les 45 formations (du solo au collectif) ayant accepté la proposition du compositeur. Musique et photographies s’enchaînent donc en un continuum foisonnant, le tout embelli par la haute réverbération du lieu.

L’intégralité de la partition (mais faut-il encore parler de partition ici ?) nous est donnée à voir sur l’un des nombreux bonus du DVD. De quoi, ajouter une nouvelle interprétation à l’étonnante œuvre de Mark Applebaum.

Mark Applebaum : The Metaphysics of Notation  (Innova / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
DVD : 01/ There’s No Sound in My Head 02/ Metaphysics Mix 03/ The Metaphysics of Notation Score- Scrolling 04/ The Metaphysics of Notation Score-Stills
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lüüp : Meadow Rituals (Experimedia, 2011)

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Oh l'étrange sensation extra-temporelle que voilà, échafaudée entre acid folk en mode Renaissance, prog hippie et ambient stylisée. Œuvre d’un ensemble de… 19 musiciens – je les ai comptés personnellement – Meadow Rituals navigue entre les époques avec un naturel déconcertant, là où les productions du label Home Records s’arrêtent le plus souvent à la case présent trop sage.

Pour se donner une idée de l’aventure, il suffit d’imaginer Helena Espvall, la violoncelle des excellents Espers, au bord d’un feu de camp – jusque là, rien de plus normal. Elle aurait invité à partager sa table des membres éminents de l’electronica moderne, on songe à Machinefabriek tant le Néerlandais arrive à fondre son exemplaire discrétion dans tous les univers, mais aussi des gens de Van der Graaf Generator pour un trip polysensuel où les effluves d’un passé lointain se mêleraient spontanément à un monde contemporain qui refuserait toutefois la soumission totale aux machines déshumanisées.

Des gens cités, toutefois, nulle présence, encore que… (suspense). Rassembleur de l’entreprise, le flûtiste Stelios Romaliadis n’est pas entouré que de manchots sur le second opus de son Lüüp (dont j’ignorais tout jusqu’il y a peu) – fin du suspense. On y trouve, et oui, un ancien VdGG (le saxophoniste David Jackson sur le très réussi Roots Growth), mais aussi – et surtout – deux vocalistes féminines d’exception. L’une d’entre elles nous est familière sous le pseudo de Pantaleimon (Andria Degens – on se souvient aussi d’elle aux côtés des Current 93), l’autre (la Suédoise Lisa Isaksson) ne devrait pas tarder à faire son bout de chemin. Angélique, leur présence apporte un énorme supplément d’âme à un disque qui ne manquait déjà pas de piment.  

Lüüp : Meadow Rituals (Experimedia)
Edition : 2011
CD : 1/ Horse Heart 2/ Taurokathapsia 3/ Cream Sky 4/ Spiraling 5/ Roots Growth 6/ See You In Me 7/ Ritual Of Apollo & Dionysus 8/ Northern Lights
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Asmus Tietchens, Kouhei Matsunaga : Split (Important, 2011)

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C’est le second LP que se partagent Asmus Tietchens et Kouhei Matsunaga (NHK) sur le label Important. Le premier avait pour nom Split – Linocut, celui-ci s’appelle plus simplement encore : Split.

Sur la première face, on trouve deux morceaux d’Asmus Tietchens. Le premier est plein d’aigus qui fuient de percussions frappées et que l’Allemand tranforme en profitant de leur malléabilité. Comme par opposition, il pousse après ça une basse vibrante : un drone est né. Il tiendra jusqu’au dernier sillon, à peine perturbé par les gouttelettes d’aigus (extraits d’un enregistrement du guitariste Dirk Serries) qui ne cessent de lui tomber dessus.

On retourne le disque, et voici Kouhei Matsunaga. Il plane d’abord à la manière de Mika Vainio avec qui il a aussi collaboré. Il plane mais en sous-marin, sur deux notes, et son voyage a ce quelque chose d’hypnotique qui fait qu’on ne peut utiliser, pour le décrire, qu’un terme un peu bâtard et faible, du genre : « hypnotique ». Après quoi il ouvre les vannes à une cascade de données numériques moins originale, c’est sûr, mais qui rappelle le contraste plus tôt défendu par Tietchens.

Je ne saurais dire si la réunion de ces quatre  morceaux « fait sens », pour sacrifier à cette pédante expression à la mode. En tout cas elle m’a semblé « couler de source ». Et sa somme est belle à écouter.

Asmus Tietchens, Kouhei Matsunaga : Split (Important / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A/ Asmus Tiechens : 01/ Die Kopflosen Frauen von Unger 02/ Gitter – B/ Kouhei Matsunaga : 01/ Margin Sequence #1 02/ Chasin The Night
Pierre Cécile © Le son du grisli


Le son du grisli : Hors-série (papier et numérique)

10 years a grisli le son du grisli

Traquant depuis 2004 les « bruits qui changent de l’ordinaire », le son du grisli met son équipe de rédacteurs compétents au service de musiciens d'horizons différents (jazz, improvisation, électroacoustique, ambient, field recordings, noise, drone...) qui partagent un même intérêt pour la création originale : Evan Parker et John Butcher, dont les réflexions structurent cette rétrospective, mais aussi Joe McPhee, Radu Malfatti, Sonic Youth, Jason Kahn, Joëlle Léandre, The Ex, Keith Rowe, Oren Ambarchi, Mats Gustafsson, Nate Wooley, Fritz Hauser, Daunik Lazro, Martin Küchen, Jac Berrocal, Jacques Demierre, Axel Dörner, Seijiro Murayama, Ken Vandermark, William Fowler Collins, Anla Courtis, Otomo Yoshihide, Richard Chartier, John Tilbury..., parmi des dizaines d’autres. Comme en hommage à Evan Parker, cette rétrospective de dix années d’intense activité serpente avec un seul motto en tête : « The Snake Decides ».

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le son du grisli : chroniques en trois lignes

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