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Black Bombaim & Peter Brötzmann (Shhpuma, 2016)

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Que ce disque sorte sous étiquette Shhpuma et non Clean Feed atteste sa nature hybride – c’est là, sorti de Last Exit et plus récemment d’enregistrements avec Keiji Haino et Jim O’Rourke (Two City Blues) une nouvelle embardée de Peter Brötzmann en milieu « rock ».

Black Bombaim est un trio guitare / basse / batterie portugais qui court après l’épaisseur : ici sur un air de rock progressif, là de post-rock remonté, ailleurs encore de metal valable. Arrimé au Brötzmann, on pourrait craindre qu’il tourne en rond – c’est quand même quelques fois le cas, mais on dira alors l’ennui « psychédélique » – ou ne soit là que pour offrir au saxophoniste une nouvelle heure de liberté obligée, une autre promenade dans la cour, toujours la même, même si la couleur de ses murs change parfois.

Or Black Bombaim sait éviter la plupart des pièges qu’on lui tend et, en conséquence, contredit les attentes. Mieux, il parvient à tenir la dragée haute à son aîné : la guitare de Ricardo Miranda, agacée peut-être par ses sombres vocalises (ses râles, aussi), jouant de rivalité autant que d’invention sur la troisième partie de l’enregistrement. C’est donc là une rencontre comme une visite, entre musiciens de générations différentes, qui vaut d’avoir été organisée.

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Black Bombaim, Peter Brötzmann : Black Bombaim & Peter Brötzmann
Shhpuma / Orkhêstra International
Edition : 2016.
CD / LP : 01-04/ Part I – Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rodrigo Amado : Desire & Freedom (Not Two, 2016)

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Cette fois sans invité, le Motion Trio (Rodrigo Amado, Miguel Mira, Gabriel Ferrandini) réemploie les bonnes vieilles recettes des tensions-détentes.

Face au fourmillement du batteur et aux interférences du violoncelliste – agissant ici tel un contrebassiste –, le saxophoniste déploie de longs récits puis hèle les coupures et césures familières (Freedom Is a Two-Edged Sword). Toujours dans le foisonnement et le rebondissement – pour ne pas dire l’indéracinable – tambours et violoncelle font face au vagabondage d’un ténor incertain avant qu’un duo ténor-cello ne... scelle une improvisation habitée (Liberty).Toujours dans l’antre de la matière, cordes et tambours s’agrippent maintenant au lyrisme d’un ténor, peu tenté, aujourd’hui par la convulsion (Responsibility). Ici donc, trois improvisations studio pour se rappeler aux subtiles ondulations du Motion Trio.


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Rodrigo Amado' Motion Trio : Desire & Freedom
Not Two
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Freedom Is a Two-Edged Sword 02/ Liberty 03/ Responsibility
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Peter Kuhn : No Coming, No Going (NoBusiness, 2016)

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C’est par le biais d’Arthur Williams – au son de sa Forgiveness Suite – que nous est revenu récemment Peter Kuhn, clarinettiste et saxophoniste qui fit partie de l’Orchestra de Frank Lowe (Lowe & Behold, premier enregistrement de Kuhn), joua auprès de William Parker (Through Acceptance Of The Mystery Peace) et de Lester Bowie, avant de signer de son nom des disques Hat Hut et Soul Note. Mais c’est une référence jadis autoproduite (sous étiquette Big City Records) que NoBusiness réédite aujourd’hui, augmentée d’un duo avec le batteur de ses formations, Denis Charles.

Amputé de sa Forgiveness Suite, c’est un concert donné à la radio, le 19 décembre 1978, que consigne Livin’ Right. Kuhn y apparaît à la tête d’un quintette dans lequel on trouve, en plus de Williams et de Charles, Toshinori Kondo (trompette et alto) et William Parker (contrebasse). A l’écoute de l’association clarinette / batterie sur Chi – pièce qui ouvrait jadis la seconde face de l’édition originale –, impossible de ne pas songer à Steve Lacy. Mais l'art de Kuhn est volage, qui brille ensuite par son écriture et ses arrangements (vingt minutes durant, la suite Manteca, Long Gone, Axistential laisse lentement s’exprimer sa fièvre dans les brumes) ou par son appropriation des codes d’un jazz plus classique (Red Tape, certes pétri de dissonances).



Le duo Kuhn / Charles provient d’un autre concert donné datant, lui, du 29 septembre 1979. Les deux premières plages retiennent des compositions du premier : Stigma, sur laquelle la batterie ne cesse de coller au phrasé de la clarinette, qui déroule voire dévale ; Axistential, où grognent et graillent les graves. Deux improvisations, ensuite, sur lesquelles Kuhn passe de clarinette en ténor à vive allure – Charles émoustillant l’évocation de Bechet sur Drum Dharm puis attisant le saxophone sur Headed Home.

C’est donc un autre (et épatant) instrumentiste à la fois attaché à « la tradition » et pressé de s’en écarter – comme Coltrane, Dolphy ou Sun Ra, qui l’ont ouvert au jazz créatif– qu’il faut voir en Peter Kuhn. Sur ces deux concerts, ses partenaires auront accéléré un mouvement que l’écoute de Perry Robinson, qui deviendra l’un de ses amis, avait déclenché. C’est aussi là une autre et belle histoire estampillée « Loft Jazz » que raconte NoBusiness avec l’aide d’Ed Hazell (qui découvrit les bandes du concert du duo) à laquelle Peter Kuhn, longtemps empêché par la maladie, donnait suite en 2015 en enregistrant The Other Shore.

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Peter Kuhn : No Coming, No Going
NoBusiness
Enregistrement : 19 décembre 1978 / 29 septembre 1979. Edition : 2016.
2 CD : CD1 : 01/ Chi 02/ Manteca, Long Gone, Axistential 03/ Red Tape – CD2 : 01/ Stigma 02/ Axistential 03/ Drum Dharma 04/ Headed Home
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Dunmall : Underground Underground (Slam, 2016)

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En juillet 2015, avec l’inséparable Tony Bianco, Paul Dunmall s’essayait une autre fois au quartette. Sur Undergound Underground, on trouvera Howard Cottle (ancienne connaissance du Moksha Big Band) au ténor – saxophone auquel intervient exclusivement Dunmall sur ce disque – et Olie Brice à la contrebasse.

Les six compositions sont de Dunmall. A vive allure, le morceau-titre déroule un jazz sur lequel bataillent – se cherchent, se piquent, se relancent – les saxophonistes. A force de chicane, les voilà d’ailleurs emboîtés et obligés de faire avec : comment les différencier alors sur The Innert Silence Was Too Loud ? comment ne pas applaudir, aussi, au formidable test d’effort que constitue cette suite de franches cavalcades que marque la batterie ? Dont elle a fait sa chose, voire : à tel point qu'à l'entendre, cet Underground Undeground pourrait, de Paul Dunmall, être le Crescent.  

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Paul Dunmall Quartet : Underground Underground
Slam / Improjazz
Enregistrement : 21 juillet 2015. Edition : 2016.
01/ Underground Underground 02/ The Inner Silence Was Too Loud 03/ Sun Up 04/ Timberwolf 05/ Hear No Evil, Play No Evil 06/ Sacred Chant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ivo Perelman Expéditives : The Art of the Improv Trio (Leo, 2016)

ivo perelman the art of the improv trio

Après les récentes Expéditives, suite de la saga Ivo Perelman / Leo Records. Cette fois-ci et en six volumes l’art de l’improvisation en trio.

1

Ivo Perelman, Karl Berger, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 1 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, laisser la quiétude envahir Ivo Perelman, Karl Berger (piano) et Gerald Cleaver. Ne pas s’en étonner tout en espérant les montagnes rusées. Ici, préférer le velouté à l’orage, le méditatif à la césure, le rêve au viscéral, la lamentation à l’ébullition. Et c’est précisément au cœur de cette matière sépia – et parce que peu entendue chez le brésilien – que l’art de Perelman trouve intensité et relief. La saga ne pouvait pas mieux commencer.

2

Ivo Perelman, Mat Maneri, Whit Dickey : The Art of the Improv Trio Volume 2 (Leo Records / Orkhêstra International)
En treize parties, entendre Ivo Perelman ferrailler du côté des aigus de Mat Maneri pendant que Whit Dickey semble ne pas pouvoir s’extraire de son rôle de témoin avisé. Plus loin, les deux premiers gratteront les fréquences graves, batifoleront sans trop de conséquences. Et toujours rechercheront une proximité complice, entraînant ici une inexplicable et regrettable distance.

3

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio volume 3 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, retrouver les vieux amis Ivo Perelman, Matthew Shipp, Gerald Cleaver et se dire que rien ne pourra les changer. Tout juste souligner la pertinence du projet et remarquer le drumming prégnant du batteur (changements de tons, fausses claudications, souplesse des feintes). Et, bien plus qu’hier, ne plus taire le chuchotement anxieux, détrousser l’harmonie de son miel au profit des parasites pénétrants. Et de conclure ainsi : ils ne changent rien et tout est différent.

4

Ivo Perelman, William Parker, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 4 (Leo Records / Orkhêstra International)
En trois parties, signaler à qui veut l’entendre que ce trio (Ivo Perelman, William Parker, Gerald Cleaver) est une belle chose. Que l’on pourrait arrêter là tout commentaire. Ecrire que l’évidence de la formule rejoint l’évidence de leurs complicités, que le groove de William Parker (souvent inaudible ces derniers temps) invite Gerald Cleaver à hausser le pavillon du continu. Quant au saxophoniste, pénétrant et indéracinable, il porte très haut l’art d’improviser sans contrainte.

5

Ivo Perelman, Joe Morris, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 5 (Leo Records / Orkhêstra International)
En neuf parties, s’étonner du détachement de Joe Morris (guitare) et de Gerald Cleaver face à l’ouragan Ivo Perelman. Puis, suivre le trio se souder et déraciner quelques habitudes. Maintenant, un vagabondage luxurieux aux lignes superposées, bruissantes, ondulantes. Et ce jusqu’à la fin de cet enregistrement.

6

Ivo Perelman, Joe Morris, Gerald Cleaver : The Art of the Improv Trio Volume 6 (Leo Records / Orkhêstra International)
En deux parties (le seconde, courte et comptant pour le bis d’un concert donné au Manhattan Inn en juillet 2016), retrouver l’urgence du free jazz ; celle des Shepp, Barbieri, Trane, Cyrille, Garrison, Grimes… Puis, se dire que tout cela est bien actuel. S’amouracher maintenant de ce ténor zélé et électrisant (Perelman), de cette contrebasse autonome  et affranchie (Morris) et de ces tambours libres comme l’air de l’Estonie (Cleaver). Et enfin, admirer la constance du trio, son art des reliefs escarpés et son lyrisme abrasif.

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Jakob Thorkild Trio : Art Sleaze / Be Strong (Tyrfing, 2014 / 2016)

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Après avoir entendu Jakob Thorkild à la guitare électrique dans le Bodaduo qu’il forme avec Bjørn Heebøll augmenté de Fred Lonberg-Holm (Hårdt Ængstes Alle), c’est à la tête de son trio qu’on le retrouvait récemment, et par deux fois. A ses côtés : Nils Bo Davidsen (basse électrique) et P.O. Jørgens (batterie).

Sur la pochette d’Art Sleaze, c’est le guitariste, et lui seul, qui nous fixe d’un regard mi défiant mi interrogatif comme au sortir éreinté de deux jours de studio (19 et 20 juin 2013). Le trio y aura enregistré sept titres dont les titres trahissent ses influences contrastées : jazz sans doute un peu, mais hardcore et metal surtout et krautrock peut-être. Ici, la basse peut faire répéter deux ou trois notes sur lesquelles la guitare évoluera en agitée. Mais de solos de trop en signaux étranges (sur la seconde face), Thorkild défend là un art du trio en devenir seulement.

Deux ans plus tard, au même endroit, l’association n’a pas changé. Pourtant, c’est encore Thorkild qui apparaît seul en couverture, devant le Jugement dernier de Cornelis de Vos. Huit prénoms donneront leur titre à autant d’instrumentaux : dès les premières secondes d’Eliza, deux notes arrachées à la guitare sonnent le début d’une joute autrement impressionnante. L’effet de l’expérience, peut-être, qui aurait transformé, à force d’usage, et la basse et la batterie en machines de compagnie. Sur les sons que la première crache par vagues rapprochées et sur le souffle épais de la seconde, Thorkild atteste ainsi de nets progrès. Et si l’on ne retiendra pas tout des frasques du guitariste, nul doute que son usage de l’instrument en promet encore.


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Jakob Thorkild Trio : Art Sleaze
Tyrfing
Enregistrement : 19 & 20 juin 2013. Edition : 2014.
LP : A1/ Suicide Girls A2/ Black Heart A3/ Blauen Rosen A4/ Neu – B1/ Art Sleaze B2/ Soft Core B3/ Deutchland

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Jakob Thorkild : Be Strong
Tyrfing
Enregistrement : mai 2015. edition : 2016.
LP : A1/ Eliza A2/ Jim A3/ Nick A4/ Sophia – B1/ Sylvester B2/ Babette B3/ George B4/ Lauretta
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ivo Perelman Expéditives : Corpo, The Hitchhiker, Breaking Point, Blue, Soul (Leo, 2016)

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Stakhanoviste, Ivo Perelman ? Assurément. Joignons-y également son producteur, Leo Feigin, à l’origine de ces cinq nouveaux enregistrements, lesquels risquent d’être suivis par beaucoup d’autres. Assurément…

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Ivo Perelman, Matthew Shipp : Corpo (Leo / Orkhêstra, 2016)
En douze pièces, se confirme l’entente idéale entre Ivo Perelman et Matthew Shipp. Petits poisons sucrés, effeuillage de l’inquiétude, romantisme perverti, aspérités retenues, menace déclamée avec autorité : peu de montagnes russes ou de virées en ultra-aigus mais deux voix se lovant dans l’étrange épicentre de l’instant.

 hitchikierIvo Perelman, Karl Berger : The Hitchhiker (Leo / Orkhêstra, 2016)
En onze improvisations (certaines en solo), on retrouve la complicité déjà remarquée / appréciée entre Ivo Perelman et Karl Berger. Cette fois au vibraphone, ce dernier fait corps avec le ténor du brésilien : déambulations étirées ou resserrées mais toujours répétées sur fond de lignes cabossées à minima dans lesquelles s’exprime une intimité longtemps retardée chez le saxophoniste. La pépite de cette sélection.

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Ivo Perelman, Mat Maneri, Joe Morris, Gerald Cleaver : Breaking Point (Leo / Orkhêstra, 2016)
En sept vignettes se reproduisent les hybridations passées. Comme si, (r)assurés de n’avoir rien à renouveler, Ivo Perelman, Mat Maneri, Joe Morris (contrebasse) et Gerald Cleaver n’avaient plus qu’à fureter dans les lits intranquilles de fleuves souvent empruntés. Etreintes resserrées entre le saxophoniste et l’altiste, détachement du contrebassiste, imaginaire fertile du batteur (Cleaver, pardi !), la violence s’énonce et se signe ondulante, plus rarement égosillée. Mais toujours digne d’intérêt.

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Ivo Perelman, Joe Morris : Blue (Leo / Orkhêstra, 2016)
En neuf tentatives se dévoile ici un bleu périlleux seulement entaché de minces percées carmins. L’intimité qu’entretiennent Ivo Perelman et Joe Morris (guitare acoustique) boude le solennel, teste leurs culots respectifs, frappe par le danger qu’ils s’imposent. Abrupts, militant plus pour la sécheresse que pour la rondeur, ne sollicitant jamais facilité ou clin d’œil, tous deux cheminent vers un inconnu qu’ils tentent d’appréhender et de rendre ductile. Soyons justes : ils y parviennent parfois.

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Ivo Perelman, Matthew Shipp, Michael Bisio, Whit Dickey : Soul (Leo / Orkhêstra, 2016)
En neuf plages, Ivo Perelman, Matthew Shipp, Michael Bisio et Whit Dickey n’altèrent en rien la confiance et l’admiration que l’on porte à leur musique. Mieux : confirment que le cri n’est pas toujours d’exubérance et de stridences. Maîtres du tourbillon (Shipp-Dickey, ou l’art du couple parfait), pourfendeurs des hiérarchies, experts en désaxements, constants dans l’imaginaire, ils cerclent les reliefs d’une sensualité affirmée. A suivre…Assurément…



Luc Bouquet © Le son du grisli

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Thumbscrew : Convallaria (Cuneiform, 2016)

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Emprisonnant le bruitisme à ras la corde (Cleome), Mary Halvorson ponctionne quelques rêches accords tandis que Michael Formanek et Tomas Fujiwara assurent / assument continuum et enveloppements. Du manque de chaleur et d’articulation parfois remarqué chez la guitariste, peu de traces ici. Une discrétion certes (les assauts soniques seront rares par la suite) mais, toujours, au service d’un acte collectif.

Ne déviant pas de la forme originelle – contrairement à leur premier enregistrement, Thumbscrew –, on trouvera ici souplesse et affirmation, conduite irréprochable du rythmicien Formanek, jeu sans crispation de Fujiwara, solos inspirés (Formanek encore). Soit la confirmation d’un trio sur qui l’on peut assurément compter.

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Thumbscrew : Convallaria
Cuneiform / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Cleome 02/ Barn Fire Slum Brew 03/ Sampsonian Rhythms 04/ Trigger 05/ Screaming Piha 06/ Convallaria 07/ Tail of the Sad Dog 08/ The Cardinal & the Weathervane 09/ Dase insensé 10/ Spring Ahead 11/ Inevitable
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Joe McPhee : Flowers (Cipsela, 2016)

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« La répétition d’une même forme semblable non identique crée un espace ouvert, rythmique, sensuel par le jeu contrasté des espaces contenants ». Cette remarque de Claude Viallat pourrait convenir à l’art de Joe McPhee, ici enregistré en 2009, seul en concert à Coimbra.  

L’espace du musicien est celui qu’il habite au moment où il chante : son alto peut aller sans but avoué ou retrousser une mélodie ancienne – c’est ici Knox, jadis joué au ténor en ouverture du disque du même nom), ou Old Eyes, qui donna son nom à une autre des références du catalogue Hat Hut.

De l’intérieur de son instrument, McPhee régénère alors le motif ou sinon siffle comme il respire : avec ou sans attaches, nonchalamment comme précipitamment, sa façon de digresser est la même mais son déplacement – puisque, en solo, on ne peut pas ne pas imaginer Joe McPhee jouer sans se déplacer –, « sensuel » en effet, résonne toujours différemment.

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Joe McPhee : Flowers
Cipsela
Enregistrement : 4 juin 2009. Edition : 2016.
CD : 01/ Eight Street And Avenue C 02/ Old Eyes 03/ Knox 04/ Flowers 05/ the Whistler 06/ Third Circle 07/ The Night Bird’s Call
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Albert Ayler : The First Recordings Vol. 1 & 2 (Jeanne Dielman, 2016)

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Personne –  pas même la CIA – ne pourra nous défendre de reconnaître dans les auteurs de ces standards interprétés par Albert Ayler le 25 octobre 1962 à Stockholm ses tout premiers fantômes : Rodgers & Hart, Hammerstein, Bobby Timmons, Count Basie & Tadd Dameron, Sonny Rollins, Miles Davis… L'argument non plus qui avancerait que, pour qu’un musicien Américain s’entende avec deux accompagnateurs européens – dans le cas qui nous intéresse : le contrebassiste Torbjörn Hultcrantz et le batteur Sune Spångberg, qui accompagnèrent quelques mois plus tôt Bud Powell au Golden Circle mais aussi recrues des formations de Lars Gullin ou Per Henrik Wallin – il lui faut puiser dans un répertoire d’airs connus.

Ces extraits de concert n’auront pas tardé à être publiés – quelques mois après leur enregistrement, le label Bird Notes en faisaient deux disques : Something Different !!!!!! et The First Recordings Vol. 2 – mais reparaissent aujourd’hui sur Jeanne Dielman (nom emprunté au titre d’un film de Chantal Akerman), étiquette italienne qui réédite dans la foulée My Name Is Albert Ayler, œuvre d’une autre formation, enregistrée, elle, à Copenhague.

Certes, Hultcrantz et Spångberg ne sont pas Niels-Henning Ørsted Pedersen et Ronnie Gardiner : quand Ayler n’intervient pas – n’ayant pas encore pris l’habitude de remplir tout l’espace qu’on lui offre, la chose arrive ici plus d’une fois –, le duo illustre à coup d’hésitations et de parades (jusqu’au sifflement, sur I Didn’t Know What Time It Was) le vide que le saxophoniste laisse à chaque fois derrière lui. Mais quand le ténor se fait entendre, c’est pour ravager un thème qui le nécessitait (Tune Up, I’ll Remember April), l’envisager en pointilliste (Rollin’s Tune) ou en tachiste (Softly As In A Morning Sunrise), enfin, lui arracher un peu de sa vérité (Moanin’).

Sur Free, le seul titre de sa composition, le saxophoniste démontre encore davantage de quoi son art retournera bientôt : la supplique est haute et l’expression franche en marche ; sur Softly As In A Morning Sunrise, un long moment passé à jouer seul atteste que, derrière Dolphy, Ayler est prêt à secouer tous les fantômes : c’est pour lui une sorte d’hommage et, pour son esprit frappeur, une accaparante occupation.

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Albert Ayler : The First Recordings Vol. 1 & 2
Jeanne Dielman / Souffle Continu
2 LP : A1/ I’ll Remember April – B1/ Rollins’ Tune B2/ Tune Up B3/ Free – C1/ Softly As In A Morning Sunrise C2/ I Didn’t Know What Time It Was – D1/ Moanin’ D2/ Good Bait
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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