Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Interview de Christian WolfarthChroniques en trois lignesBerlin au grisli clandestin
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris, 2009)

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C'est le fruit de la rencontre de deux monstres du drone et de la musique expérimentale bruyante qu’offre le disque Stalemate. Une rencontre en trois temps (aucun titre n'est donné aux morceaux) entre Mike Shiflet (orgue Hammond) et Daniel Menche (electronics). Attention : l’orgue Hammond dont on parle ici n’est pas celui de tout le monde…

Parce que jamais cet instrument n’avait paru aller contre sa nature avec une telle force. Méconnaissable, il est la boîte d’où tout s’ébruite et d’où part la cacophonie : le vrombissement du premier titre / les dérapages incontrôlables et les parasites du deuxième / les infrabasses poignantes et les clusters givrés du troisième et dernier. Le duo nous conduit en trois étapes jusqu’à l’impasse (Stalemate), c'est-à-dire devant le mur du son derrière lequel rien ne peut être envisagé.

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 02/ 03/
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls, 2009)

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Je ne connaissais rien de Basshaters avant d’écouter cet enregistrement d’un de leurs concerts. Au fil des recherches, une page myspace m’en apprend plus : un duo d’Américains constitué de Tony Dryer et Jacob Felik Heule = contrebasse et batterie et de l’électronique (ce serait moins drôle sans). Le duo a déjà joué avec les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, alors j’imaginais un dialogue déconstruit et cérébral...

Or, quand le disque démarre, un bruit de rotatives retentit, assourdissant si le volume est assez fort, qui vient peut être de micros que l’on gratte. Pour suivre, un larsen se fait entendre, des chants d’oiseaux (ou sinon c’est moi qui fantasme…) perdus dans un brouillard sonore épais et cataleptique. Les moteurs ne cesseront plus de suffoquer, de s’emballer même jusqu’à faire craquer le plancher (ou sinon c’est moi qui fantasme). Des pauses essayent bien de calmer le tout, mais rien n’y fait : le duo continue de protester, haut et fort. Le tout est aride et très impressionnant, Basshaters m’a convaincu que je fantasmais moins que je ne pouvais le penser…

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD-R :01/  Eugene, OR / Epic Space / June 4 02/ Santa Fe, NM / High Mayhem / May 31 03/ Portland, OR / The Wail / June 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB, 2009)

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Sur Hammond Pops, John Hegre (Jazzkammer) et Jørgen Træen – déjà partenaires au sein de Der Brief – célèbrent en compagnie de Sigbjørn Apeland à l’orgue hammond le dixième anniversaire de Golden Serenades.

Par politesse sans doute, l’orgue tire le premier : longues nappes déjà hostiles sur lesquelles un lot d’objets hétéroclites viendra se briser – tous bris d’electronics causés par un orgue martial qui ne prétendra jamais tenir à ménager l’auditeur. Se bousculent ensuite des déflagrations en tous genres. Venant de la gauche ou de la droite, des cris de possédés grossissent les rangs d’une manifestation d’esprits en proie à un tumulte irraisonnable. S’il suit le cortège d’un bout à l’autre, le même auditeur s’en trouvera exalté ou éreinté, selon sa nature et l'idée qu'il se fait du bruit en musique.


Golden Serenades, Hammond Pops (introduction). Courtesy of 3dB.

John Hegre's Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hammond Pops
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rob Young : The Wire Primers : A Guide to Modern Music (Verso, 2009)

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L’une des rubriques phares du magazine Wire recense les disques essentiels d’un groupe ou d’un genre musical. The Primer (son nom) fait aujourd’hui l’objet d’un livre : The Wire Primers : A Guide to Modern Music.

Quatre grands thèmes découpent cette compilation d’articles et permet à Rob Young, son concepteur, de distribuer les musiciens :  Avant-Rock (Captain Beefhart ou The Fall se retrouvent là, mais aussi Sonic Youth et Zappa ou des dossiers consacrés à la Noise avec Sudden Infant, Merzbow et John Wiese, ou au tropicalisme – un bémol pour le contenu de celui-ci) ; Funk, Hip Hop & Beyond (de James Brown à Fela Kuti en allant jusqu’à aborder le turntablism de Grand Zero) ; Jazz & Improv (d’Ornette à Sun Ra pour le premier et de l’AMM à Derek Bailey pour le second) ; Modern Composition, pour finir (John Cage et Morton Feldman, Pierre Henry, Pierre Schaeffer, François Bayle, Karlheinz Stockhausen et Iannis Xenakis).

Les méthodes des journalistes de Wire ne sont plus à présenter : les chroniques (toutes très accessibles s’il nous est donné de lire l’anglais) se succèdent après une brève présentation ou un recadrage « historique ». A la fois ouvrage de vulgarisation et guide de curiosités musicales, The Wire Primers : A Guide to Modern Music va permettre aux amateurs du journal d’arrêter de tenir ce carnet dans lequel étaient classés par ordre alphabétique les noms de groupes auxquels étaient accolés les numéros de revues et de pages les concernant. Quoi que... On peut encore trouver du plaisir à ce genre de loisir...

Rob Young : The Wire Primers A Guide to Modern Music (Verso)

Edition : 2009.

Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bruce Gilbert : Oblivio Agitatum (Editions Mego, 2009)

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Trublion substantiel de la scène britannique depuis plus de quarante ans, Bruce Gilbert est avant tout connu des aficionados rock pour être l’ancien guitariste des post punks de Wire. Alors que son ex-comparse Colin Newman continue d’explorer les voies millimétrées de ses guitares au sein du projet Githead (dont le quatrième opus, Landing, vient de sortir), Gilbert a choisi les voies de la musique électronique comme lieu d’expression, le terme rime plus que jamais avec expérimentation(s).

Vingt-cinq années après un This Way (récemment réédité) dont les drones grisonnants avaient surpris tout son monde – quoi, c’est le guitariste de Wire ? – le musicien anglais sort son premier vrai album du vingt-et-unième siècle. Composé de trois plages, dont une splendide deuxième qui occupe les trois-quarts de l’œuvre, Oblivio Agitatum est tout sauf agité. Outre le morceau-titre, honnête introduction cinématique aux traits moroses, les vingt-six minutes de Zeroes s’étirent en un continuum ébréché d’où surgissent des bruits effrayants, tels des monstres sanguinaires tapis dans l’obscurité d’une cour des bourreaux à demi-assoupis. Pleinement digne des meilleurs travaux de l’essentiel Svarte Greiner – c’est dire – la séquence prend encore plus de sens quand elle s’écoute le soir au casque, à déambuler dans les rues désertes de la ville endormie le long d’un canal.

Bruce Gilbert : Oblivio Agitatum (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Oblivio Agitatum 02/ Zeroes 03/ Isopyre
Fabrice Vanoverberg Le son du grisli

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Francisco López, Richard Francis : In de Blaauwe Hand (Brombron, 2009)

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C’est à un voyage en capsule jusqu’au centre la terre que nous convient Francisco López et Richard Francis sur In De Blaauwe Hand. De très loin, des vents et des infrabasses arrivent sur les parois du vaisseau qui réagissent difficilement aux diverses pressions : fortes bourrasques, tentations d’aller voir dans des univers parallèles et monochromes, couches sonores vacantes qui rendent le voyage chaotique et la musique qui en découle récalcitrante.

Après avoir été soumis à ces déferlements, l’auditeur ayant embarqué avec López et Francis retrouve un peu de paix. Mais alors que le son se fait moins impressionnant, la question du devenir des voyageurs se pose : auraient-ils été avalés à tout jamais pour être allés trop loin ?

Francisco López, Richard Francis : In De Blaauwe Hand (Brombron / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ In De Blaauwe Hand
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro, 2009)

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Cette fois, la pochette ne permet pas d’en apprendre plus. Ne rien connaître au musicien et ne rien pouvoir lire à son propos avant de mettre l’un de ses disques dans le lecteur est une drôle d’expérience. 

Par la suite, j’apprendrais que Sindre Bjerga – puisqu’il s’agit de lui – est un musicien norvégien amateur d’éditions limitées et de sorties sur CD-R, détail qui me rassure presque autant que m’interpelle le quart d’heure de musique contenu sur ce petit format : des distorsions de toutes sortes forment sur New Sounds for Burglar Alarms un drone complexe. Epais et parfois brouillons, ces « nouveaux sons » ne laissent pas la moindre chance à l’auditeur de décrocher une seule seconde de leur présence frontale. Promené entre des aigus distordus et des graves énormes, l’auditeur semble pourtant contraint d’acquiescer et il arrivera qu’il en redemande même plus rapidement que prévu. Deuxième drôle d’expérience. 

Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009
CD : 01/ New Sounds for Burglar Alarms
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Supernova 2 (Interstellar, 2009)

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Huit ans après le passage d'une première Supernova, le label Interstellar publie une deuxième compilation regroupant des titres d’une sélection intéressante de pourfendeurs de quiétude.

Une face vinyle pour chacun : Bulbul, qui donne avec l’aide d’Heimo Wallner dans une country amatrice de drones et de batterie ravageuse ; Merzbow, qui opte lui pour des déferlantes de sons saturées et un futurisme aux bruits exacerbés ; Peach Pit, au post-rock grapillant un peu partout et néanmoins décevant ; Wolfgang Fuchs, pour terminer, qui compose à partir de bourdons et de crépitements deux grands morceaux répétitifs. Espérons que la suite arrive avant neuf autres années... 

Supernova 2 (Interstellar Records)
Edition : 2009.
10’’ : A1/ Bulbul & Heimo Wallner : Grand Kratzscha B1/ Merzbow : 11339 C1/ Peach Pit : Vertigo C2/ Peach Pit : O Biciklizmu C3/ Peach Pit : Ru-fruitcake2 D1/ Wolfganag Fuchs : Laurenz D2/ Rundschau
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Omni : Omni (Presqu'île, 2009)

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Depuis trois ans, Kato Hideki (basse, synthétiseur), Tetuzi Akiyama (guitare électrique préparée) et Toshimaru Nakamura (guitare électrique préparée, mixer), confectionnent au sein du projet Omni une musique expérimentale qui leur échappe simplement parce qu’ils refusent de s’accorder sur ses intentions – même pas sur celle d’interagir, précise Hideki sur son site internet.

Omni (le disque) est l’enregistrement d’une récente prestation du trio et permet de mettre enfin l’oreille sur un projet musical jusque-là somme toute confidentiel. Au commencement, les guitares ont du mal à sortir d’une tirade d’effets étouffants et il semble que chacune de leurs cordes fourbit des assauts esthétiques qui sont autant d’échappatoires : les coups pleuvent et, en conséquence, l’emballement collectif vacille. Irrémédiablement, puisque la musique née de cette collaboration est une construction qui est aussi la cible de nihilistes contraints de s’en prendre aux propres fruits de leur expression, l'ensemble se désagrège. Brutal, bruitiste et bruyant, il n’en reste pas moins qu’Omni (le disque, toujours) touchera au cœur les amateurs d’eastern sounds ultramodernes.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.

Omni (Kato Hideki, Tetuzi Akiyama, Toshimaru Nakamura) : Omni (Presqu’île Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01. 40:10 02/ 05:02
Pierre Cécile © Le son du grisli

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