Le son du grisli

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Sun Ra: Springtime in Chicago (Leo Records - 2006)

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Publié dans la série “Golden Years of New Jazz” du label Leo Records, Springtime in Chicago revient sur un concert donné par L’Arkestra le 25 septembre 1978, à Chicago.

A la tête d’une quinzaine de musiciens, Sun Ra improvise d’abord une impression africaine et entêtante, avant de laisser June Tyson à l’interprétation a capella d’un Springtime in Chicago qui finira par disparaître sous le pandémonium défendu par la totalité des instruments à vent. Et l’ensemble d’évoluer à l’image de cette succession, au gré des tourmentes fomentées par le free d’un big band euphorique (Discipline 27, Next Stop Mars) et de ritournelles certes plus calmes, mais hallucinées.

Au nombre de celles-ci, quelques retours vers un swing des origines (du Big John’ Special de Fletcher Anderson à King Porter Stomp), des refrains enthousiastes portés en groupe (Second Stop is Jupiter, Space is the Place, Enlightenment), ou d’autres combinaisons singulières de bop, rythm’n’blues et boogie (Somewhere Over The Rainbow, Yeah Man !).

Ici ou là, des interventions individuelles remarquables: invocations de l’orgue de Sun Ra sur The Shadow World, charges prodigieuses des saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen (Calling Planet Earth) ou dissonances chastes des trompettistes Eddie Gale, Walter Miller et Michael Ray (Body and Soul, Yeah Man !).

Perturbé et insouciant, Sun Ra compte sur les surprises d’un chaos jubilatoire permis par la relativité des conséquences d’un tel voyage : concert foisonnant porté haut, simplement pour irradier plus intensément.

CD1: 01/ Untitled improvisation 02/ Springtime in Chicago 03/ Astro black 04/ The world is waiting for the sunrise 05/ Discipline 27 06/ The shadow world 07/ Yeah man! 08/ Queer notions - CD2: 01/ Big John's special 02/ Somewhere over the rainbow 03/ Lights on a satellite 04/ Body and soul 05/ King Porter stomp 06/ Second stop is Jupiter 07/ Space is the place 08/ Enlightenment 09/ Next stop Mars 10/ Calling Planet Earth

The Sun Ra Arkestra - Springtime in Chicago - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.



Sun Ra: The Wisdom of Sun Ra (The University of Chicago Press - 2006)

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Musicien de premier plan, Sun Ra aura porté plus jeune l’habit du penseur éclairé : auteur de textes illuminés autant que profonds, qui auront su toucher des lecteurs aussi différents que John Coltrane ou quelques représentants charismatiques du Nation of Islam. En 46 fac-similés et autant de retranscriptions au propre, Anthony Elms et John Corbett révèlent quel idéologue – et quel styliste – était le jeune Herman Poole Blount.

Au milieu des années 1950, inoculant à ses écrits le ton du prêcheur pénétré, celui qui n’est pas encore Sun Ra jette des mots sur le papier, abuse d’images pêchées au creux de la Bible, multiplie jeux de mots, à-peu-près et anagrammes, assimile la figure du noir américain à toutes sortes de symboles révélateurs et conséquents. Il s’agit, d’abord, de fustiger les Etats-Unis d’un homme blanc criminel, cynique au point de refuser au peuple noir l’accès à l’éducation, ravi en somme de le maintenir à l’état de simples d’esprit, voire, de bêtes. Si, dit-il, la Bible n’a pas été traduite pour les noirs, Sun Ra y voit un moyen d’étude comme un autre, quitte à réévaluer le fonds d’un christianisme qu’il juge davantage comme un condensé de l’intégralité des religions ayant jamais existées qu’une religion engoncées dans ses seuls préceptes. On sait l’importance qu’a joué la foi, notamment catholique, auprès d’un peuple américain arraché à ses terres africaines : Hébreux exilés rêvant de terre promise, enfants prodigues soudain de retour et autres pauvres comme Job, auront fait beaucoup pour que les noirs d’Amérique calquent leur histoire sur des fables antiques. En usant sans s’en satisfaire, Sun Ra fera encore autrement appel à l’Antiquité, histoire d’aménager des doctrines aptes à éclairer la vallée de larmes noires dans laquelle son peuple a été endormi.

Car à côté des questions-réponses d’un sage halluciné et nourri aux psaumes, l’auteur invente un monde, construit une cosmogonie basée sur d’autres origines - l’Egypte et l’Inde, pour tout dire. Extirpant ses sources d’un temps précédent les Ecritures, il transcende ses regrets et atteint au message universel sans concrètement paraître y toucher. Alors, panafricanisme et références théologiques musulmanes investissent l’écriture et aident à convaincre le noir américain de son importance dans l’histoire d’une Amérique qui se refuse à lui conférer une autre place que celle du déclassé. Comme le Christ, écrit Sun Ra, le noir doit suivre le chemin de la souffrance. Mais à lui, il reste une chance de salut, qui est l’éducation qu’on lui refuse. C’est pourquoi, au son d’une poésie chatoyante et de trouvailles textuelles baroques, Herman Poole Blount a d’abord trouvé sa voie. Abraham réincarné à Chicago, répétant à l’envi qu’il ne faut pas économiser ses efforts, même si, au bout de chacun, il reste encore tellement à faire.

Sun Ra, The Wisdom of Sun Ra: Sun Ra's Polemical Broadsheets and Streetcorner Leaflets. Edited by Anthony Elms and John Corbett, Chicago, The University of Chicago Press, 2006.


Sun Ra: Concert For The Comet Kohoutek (ESP - 2006)

grislikohoutekDécouverte   en  février  1973  par  l’astronome   Tchèque  Lubos Kohoutek, la comète du même nom devait passer au plus près de la Terre le 28 décembre de la même année. Histoire de célébrer l’événement, Sun Ra donna 6 jours plus tôt au Town Hall de New York ce Concert For The Comet Kohoutek.

Parti au son de plaintes stridentes sorties des instruments à vent et de coups intempestifs portés aux percussions, Astro Black adopte bientôt un air de soul bancal, ode chantée aux espoirs drainés par le passage de la comète. Le swing monumental porté par l’ensemble peut alors accueillir avec la même bonhomie les interventions free des saxophones et les clins d’œil fantasques adressé par l’orgue de Sun Ra au répertoire sonore généralement accordé aux navettes de science-fiction.

Fouillis mais expiatoire, le baroque déployé va voir du côté de la chorale à dimension réduite – qui rappelle sur Enlightenment le trio Lambert, Hendricks & Ross – comme de la harangue hallucinée (Discipline 27 (Part 2)), suit l’allure d’une marche lasse qui conduit le groupe aux portes de l’abstraction (Kohoutek), pour détoner enfin lorsque sonne l’heure de la libération attendue (Outer Space Employment Agency, Space Is The Place).

Précédant la comète, Sun Ra rêve en musique de quelques révélations fantasques, et signe avec Concert For The Comet Kohoutek l’un des enregistrements les plus convaincants de son free cosmique. Dont chaque réédition allonge encore la durée du rayonnement.

CD: 01/ M.C. Intro 02/ Astro Black 03/ Discipline 27 (Part 1) 04/ Enlightenment 05/ Love In Outer Space 06/ Kohoutek 07/ Discipline 27 (Part 2) 08/ Outer Space Employment Agency 09/ Space Is The Place

Sun Ra - Concert For The Comet Kohoutek - 2006 (réédition) - ESP. Distribution Orkhêstra International.


Sun Ra: What Planet Is This? (Leo Records - 2006)

raraEnregistrement d’un concert donné en 1973 à New York, What Planet Is This? inaugure en beauté une série intitulée « The Waitawhile Sun Ra Archives », instiguée par Leo Records afin de combler quelques lacunes encore repérables dans la discographie du maître.

1973, donc ; le 6 juillet, où, menant un Arkestra de 25 musiciens, Sun Ra réécrit ses propres thèmes ou décide de l’usage d’improvisations renversantes : jouant de la surenchère des intervenants (première Untitled Improvisation), ou propulsant les fulgurances collégiales d’un free orchestral exacerbé (deuxième Untitled Improvisation).

Partout ailleurs se succèdent des thèmes déposés en chaloupes, fuyant la navette en perdition. Disséminés selon les mouvements aléatoires de mécaniques astrales, ils prennent la forme de rengaines apaisantes (Astro Black, chantée par June Tyson, dont la voix rappelle celle de Jeanne Lee) ou heureuses (Enlightenment), celle d’un swing bancal s’amusant des stridences (Discipline 27) ou d’une progression bruyante, baroque et dense (The Shadow World).

Après le free radical, comme pour faire contrepoids, l’Arkestra s’engouffre dans l’unisson salvateur des instruments à vent, qui se retirent bientôt pour laisser toute la place à l’allure tenue et chargée des percussions (Watusa, Egyptian March). Sur Love in Outer Space, déjà, elles avaient convaincu de leur importance, placées, nombreuses, en face d’un Sun Ra expérimentant à l’orgue.

Faiblissant rarement, l’émulsion disperse, sur What Planet is This ?, un enthousiasme exubérant, relevé ici ou là par la présence de solistes hors pair - les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen ; le contrebassiste Ronnie Boykins. Combinant pendant deux heures swing et free jazz, blues sophistiqué et expérimentations ludiques, l’équipage choisit de mettre un terme au voyage au son d’une valse décalée, sur laquelle il s’interroge : « What Planet Is This? » Question-réponse imposée, devenue complément discographique indispensable.

CD1: 01/ Untitled Improvisation 02/ Astro Black 03/ Discipline 27 04/ Untitled Improvisation 05/ Space is The Place 06/ Enlightenment 07/ Love in Outer Space - CD2: 01/ The Shadow World 02/ Watusa, Egyptian March 03/ Discipline 27-II

Sun Ra - What Planet Is This? - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Sun Ra: Nothing Is... (Atavistic - 2005)

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Lorsqu’ils donnent, en 1966, ce concert dans une université new-yorkaise, Sun Ra et son Arkestra ont investi depuis quelques mois l’espace du free jazz. La tête dans les nuages, les musiciens mettent en place leur vision de la chose : moins politique, à l’écoute des sphères, et en quête de pépites intergalactiques.

Le message à délivrer est tel que la rencontre avec l’Autre – en l’occurrence, le public -, est porteuse d’espoir, comme d’incompréhensions possibles. A l’image de cette ambivalence, le pianiste fait d’une cacophonie expiatoire l’étendard de son vaisseau, comme il peut aussi bien décider de passages en sourdine, plus à même de permettre la réception des vibrations codées (Sun Ra and His Band From Outer Space).

Parmi l’étrange décorum, des chœurs expriment de temps à autre l’Essentiel, la position à retenir sur un brouillard de plans. Aux saxophones, John Gilmore et Pat Patrick se répondent sur un swing encanaillé, qui va au rythme des pulsations détectées et retranscrites par le batteur Clifford Jarvis (Dancing Shadows). Le même instaurera une rythmique progressant jusqu’à devenir jungle, quand, superbe autant que perdu, Ronnie Boykins tentait de se sortir d’Exotic Forest en mettant tout son espoir dans le pouvoir des redondances.

A chaque fois qu’une trajectoire a frôlé un trou noir au son de chaos distribués (Second Stop Is Jupiter, Theme of the Stargazers), l’Arkestra aura optimisé à l’idéal la phase de transition salutaire. Sous l’émotion, les musiciens plongent dans quelques mirages, qu’ils soient le souvenir d’un be-bop appuyé (Velvet), ou l’exploration d’un désert fantastique envahi par les ours, dont les peaux recevront, éléments des tambours, les caresses longues et répétées d’un Jarvis insatiable (Outer Nothingness).

Agrémenté de 3 inédits – dont une brève version de We Travel The Spaceways pour accentuer encore la compréhension du programme – revoilà Nothing Is…, disque emblématique initialement publié par ESP en 1966. Réédité, bien sûr, mais toujours pas redescendu sur Terre.

CD: 01/ Sun Ra and His Band From Outer Space 02/ The Shadow World 03/ Theme of the Stargazers 04/ Outer Spaceways Incorporated 05/ Next Stop Mars 06/ Dancing Shadows 07/ Imagination 08/ Second Stop Is Jupiter 09/ Exotic Forest 10/ Velvet 11/ Outer Nothingness 12/ We Travel the Spaceways

Sun Ra - Nothing Is... - 2005 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.



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