Le son du grisli

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Marc Baron : Un salon au fond d'un lac (Potlatch, 2016)

marc baron un salon au fond d'un lac

Inutile d’aller chercher loin, c’est sur le site de Marc Baron – hier encore saxophoniste inquiet de Propagations – que l’on trouvera un début d’explication au propos d’Un salon au fond d’un lac : « Il y a les sons que je collecte, ceux que je fabrique, il y a ce que j'établis en amont par des protocoles et que je projette. (…) La complexité des qualités, leur assemblage, est le fond-même de ma musique ; prise entre un réalisme d'apparence et le désir du plus grand flou. Je cherche une tension. »

Comme celui d’Hidden Tapes, l’assemblage est convaincant, et même fascine ; comme celle d’Hidden Tapes, la tension, recherchée, est providentielle. C’est elle, d’ailleurs, qui interdit à l’auditeur de vaquer entre deux sons et même de prendre longtemps ses distances avec tous ceux qui composent les trois plages de ce disque. Car il y a des musiques expérimentales d’atmosphère et d’autres de récital, que l’on ne lâche pas. Celle de Baron tient des secondes, qui jouent avec toutes les époques que l’enregistrement sonore a pu un jour ou l'autre attraper : la nôtre contre toutes celles qui l’ont précédée, et puis finalement : toutes les époques d’avant avec et pour la nôtre.  

Qu’importe de savoir si ce sont-là des souvenirs personnels, les derniers soupirs de cassettes trouvées dans un carton détrempé ou même, plus simplement, de vieux fantômes sur bandes que Baron fait parler. L’essentiel est en effet que ses inventions et combinaisons, ses récupérations et détournements – échange vocal père-fils, partie de requiem implorant sous le crachin, rumeur insistante de l’eau, air perdu de piano… – s’entendent sur l’air terrible d’une expression poétique. Econome, certes, mais qui, au gré des preuves de vérité qu’elle retourne, conteste à la réalité l’inhérence de sa nature insaisissable et lui oppose même un ordre dénaturé des choses qui, au-delà même de l’image (Un salon au fond d’un lac), touche profondément.  



baron

Marc Baron : Un salon au fond d’un lac
Potlatch / Orkhêstra International
CD : 01/ Un salon 02/ La structure 03/ Un lac
Edition : 2016.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch, 2014)

marc baron hidden tapes

Faut-il toujours découvrir ce qui est caché ? On sait bien ce que les découvertes archéologiques doivent aux pilleurs... à peine engouffrés, voilà un trésor, or impossible de tout emporter, on en laisse derrière, on en laisse aux archéologues justement. Pour le cas de Marc Baron, il est le pilleur et le pillé.

Ses Hidden Tapes racontent son histoire, son archéologie. Des collages, des samples & des field recordings, le tonnerre qui retourne tout, et le silence bien entendu, tout va très vite. Entendons-nous, vraiment, quatorze années de bandes enregistrées, de voix qui traînent dans notre cour, d’oiseaux passés près de la maison, de bateaux en partance (pour Valparaiso, Athènes ou le port tout juste creusé de Bucarest ?), de techno étouffée par des coussins de plumes, d’amusements d’enfants ?

Mais cette maison est-elle « notre maison » ? Peut-elle l’être ? Ces collages peuvent-ils trouver le chemin de nos sensibilités alors que nous avons déjà tant à faire avec nos propres collages, nos propres souvenirs, nos propres déchets ? Peut-être y a-t-il trop d’intime dans ces Hidden Tapes pour qu’elles trouvent notre chemin, et donc notre maison.

Marc Baron : Hidden Tapes (Potlatch)
Edition : 2014.
CD : 01/ 1991-2005 02/ 2010-2012 03/ Interlude (Romania to Paris) 04/ 2013 – A Happy Summer with Children 05/ 1965-2013
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Marc Baron, Bertrand Denzler, Jean-Luc Guionnet, Stéphane Rives: Propagations (Potlatch - 2007)

potlatchgrisli

Quatre saxophones (2 altos, 1 ténor et 1 soprano) servent une improvisation inquiète de révéler sa propre sonorité, à force de mesure et de pratiques expérimentales accordées.

Entassant souffles et drones, interventions timides ou osées, Baron, Denzler, Guionnet et Rives, passent de l’abstraction charmante d’une première partie à l’instauration d’élans plus palpables sur une deuxième, que la réflexion autant que l’insistance peaufinent avec lucidité. Plaidant pour l’éternel retour d’une note sur laquelle ils s’accordent, les musiciens dérangent ensuite leur entente au son de sifflements hauts et de graves, de ruptures soudaines et d’assauts fomentés. Menée avec intelligence, l’expérience rassure en révélant les conséquences heureuses de ses Propagations.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3

Marc Baron, Bertrand Denzler, Jean-Luc Guionnet, Stéphane Rives - Propagations - 2007 - Potlatch. Orkhêstra International.

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