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Jackie McLean : Une sélection

sélection jackie mclean

A l'occasion de la réédition de la monographie consacrée au saxophoniste américain (aux éditions Lenka lente), le son du grisli publie cette sélection Jackie McLean, tirée, elle, de l'ouvrage Jazz en 150 figures (aux éditions du Layeur). Bel été à vous. 

 

Avant de découvrir la musique de Charlie Parker, le jeune Jackie McLean suit des cours de saxophone alto à la New York School of Music en ayant une seule référence en tête : le ténor de Lester Young. Fréquentant en voisin de grands noms du bop, il profite aussi de leçons de Bud Powell, pianiste qui l’emmène, dès 1949, sur la scène du Birdland, avant de le recommander à Miles Davis. Membre du groupe du trompettiste entre 1951 et 1952, McLean gagne ensuite les rangs de la formation de Charles Mingus, puis les Jazz Messengers d'Art Blakey, dans le même temps qu’il commence à enregistrer sous son nom pour le label Prestige des disques d’un hard bop encore influencé. Empêché de jouer en club après s’être vu retirer sa carte professionnelle pour avoir usé de stupéfiants, il accepte un rôle au théâtre auprès du pianiste Freddie Redd dans la pièce The Connection – formation que l’on retrouve dans la transposition par Shirley Clarke de la pièce à l’écran – avant de signer les plus emblématiques de ses disques pour Blue Note : là, défend une esthétique plus personnelle, qui convoque en même temps de savantes réminiscences de bop et de plus neuves conceptions du jazz, notamment révélées par Ornette Coleman, avec qui il enregistre en 1967 le pourtant tiède New and Old Gospel. Enseignant à l’Université d’Hartford dès l’année suivante, le musicien élabore dans les années 1970 une série d’albums inégaux qui souffrent de la comparaison avec ses premiers enregistrements, avant de se faire plus rare. Au fait des jazz qui l’ont précédé autant qu’à l’écoute des préoccupations de son temps, Jackie McLean aura surtout donné les preuves de son importance au son singulier de son saxophone alto.

  

Première référence commercialisée de sa collaboration avec Blue Note, New Soil fait apparaître Jackie McLean auprès de Donald Byrd (trompette), Paul Chambers (contrebasse), Pete La Roca (batteur), et, surtout, du pianiste Walter Davis, auteur de la majorité des titres interprétés ici. Commençant à faire entendre sa voix particulière (sur « Greasy », notamment), le saxophoniste révèle son ambition de compositeur attentif au changement sur « Hip Strut » et « Minor Apprehension », morceaux charmés les possibilités de la répétition.

Toujours en compagnie de Walter Davis, McLean enregistre trois ans plus tard le plus radical Let Freedom Ring. Motivé par la présence du contrebassiste Herbie Lewis et celle de Billy Higgins (batteur entendu sur les premiers enregistrements de Coleman), le saxophoniste distribue avec plus de conviction ses sifflements impromptus : sur la reprise d’un thème de Bud Powell (« I’ll Keep Loving You ») autant que sur trois de ses compositions personnelles, parmi lesquelles on trouve « Omega », blues se jouant des conventions élevé au statut d’œuvre envoûtante.

Quelques semaines seulement après avoir enregistré le déjà remarquable One Step Beyond auprès du tromboniste Grachan Moncur III et du vibraphoniste Bobby Hutcherson, McLean retrouve ces deux novateurs et convoque Larry Ridley (contrebasse) et Roy Haynes (batterie) à l’occasion de la séance de Destination Out! Parmi les quatre titres enregistrés à cette occasion, trois sont signés du tromboniste, qui épousent à merveille les ambitieux hautes du leader. Profitant d’une modalité permissive, un jazz atmosphérique s'installe alors, bientôt bousculé par de redoutables interventions (« Love and Hate ») et puis soumis à une progression à étages n’en finissant plus de motiver les élans baroques de chacun des solistes (« Esoteric »).

Auprès du trompettiste Charles Tolliver, McLean inaugure une autre collaboration cuivrée et agissante, qui donnera des fruits de la taille d’It’s Time (enregistré en août 1964 avec Herbie Hancock) et, surtout, d’Action, datant du mois suivant. Auprès de Bobby Hutcherson, du contrebassiste Cecil McBee et de Billy Higgins, McLean et Tolliver comblent de dissonances une ballade captivante (« Wrong Handle ») ou un presque blues (« Hootnan ») et font de leurs interventions des raccourcis fulgurants sur le titre phare : Action radical aux faux-airs coltraniens.

Deux ans plus tard, le saxophoniste accueille dans sa formation le trompettiste Lee Morgan et le batteur Jack DeJohnette pour défendre sur Jacknife un répertoire qui célèbre les qualités de compositeur de chacun de ses partenaires. L’énigmatique « On The Nile » de Charles Tolliver, que structurent les accords de piano de Larry Willis, ouvre ainsi une suite monumentale de thèmes adéquats à l’exécution d’un groupe puissant et capable, à la fois, de nuances ; soit : irréprochable.

jackie mclean guillaume belhomme lenka lente 2020



Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges, 2008)

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La chose est assez rare pour qu’on la remarque : deux films – l’un consacré au saxophoniste, l’autre au batteur – montrent Sonny Simmons et Sunny Murray se croisant. Le premier : disponible sur DVD malgré ses nombreux défauts. Le second : en attente d’être diffusé autant que le méritent toutes ses qualités.

Sunny’s Time Now, donc : titre repris par le réalisateur Antoine Prum pour adresser son hommage à Sunny Murray. En ouverture, le noir et blanc souligne l’intensité d’un solo du batteur : toms, cymbales et grosse caisse, et puis le murmure du musicien, qui n’est autre qu’un chant d’extraction rare jouant les fils conducteurs pour gestes affranchis en mouvement perpétuel. Ensuite, le batteur parle, attestant qu’il ne sert à rien de mettre à mal le swing si l’on n’est pas capable, avant cela, de bien le servir.

La suite du film retrace autant le parcours de Murray qu’elle l’approche et le révèle par touches délicates. Glanant les témoignages de musiciens de choix (Cecil Taylor, William Parker, Grachan Moncur III, Tony Oxley, François Tusques, Robert Wyatt…) et d’amateurs éclairés aux souvenirs de taille (Val Wilmer, Delfeil de Ton, Daniel Caux, Ekkehard Jost…), le portrait s’en tient ailleurs à une approche plus discrète mais tout aussi parlante : prises de répétitions ou de concerts (là, trouver le sujet en compagnie de Simmons, Bobby Few, Tony Bevan ou John Edwards) sur lesquels Sunny Murray apparaît en camarade trublion ou en créateur ensorcelé. L’ensemble, organisé avec esprit et intelligence par Antoine Prum, véritable auteur qui vaudrait d’être diffusé.

Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges / La Bascule)
Réalisation : 2008.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sunny Murray


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