Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

London Jazz Composers Orchestra : Harmos (Intakt, 2012)

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Des contours flous et quel autre effet détachent étrangement la musique de l’image dans cette captation d’Harmos du London Jazz Composers Orchestra, donné en 2008 au festival de jazz de Schaffhausen.

Qu’importe. Le temps pour Barry Guy de présenter la pièce – enregistrée déjà en 1989 pour Intakt – et de la dédier à Paul Rutherford, disparu quelques mois plus tôt, et voici trois trombones (Conny Bauer, Johannes Bauer, Alan Tomlinson) entamant la partition. Celle d’une composition aux airs de vaisseau d’envergure que dirige Guy avec le concours d’Howard Riley : mélodies lustrées à l’unisson, progressions dramatiques, morceaux de classique sévère ou d’opéra bouffe, convocations de jazz – orchestral, swing (dont l’éclat peut parfois décontenancer : intervention de Pete McPhail), free… – et inévitables charges héroïques (Mats Gustafsson, Phil Wachsmann, Evan Parker).

Au jeu des comparaisons, si cet Harmos n’atteint pas les sommets de son prédécesseur – vingt ans plus tôt, Howard Riley, Barre Phillips, Paul Lytton, Evan Parker, Trevor Watts et Phil Wachsmann donnaient déjà de leur personne auprès de Guy, en présence de Paul Rutherford, Paul Dunmall et Radu Malfatti –, sa hauteur n’est pas non plus à négliger : qui le fait dépasser tout autre orchestre du genre d’au moins une quinzaine de têtes.  

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Harmos, Live at Schaffhausen (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 21 mai 2008. Edition : 2012. 
DVD : 01/ Harmos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Evan Parker, John Edwards, Eddie Prévost : All Told (Matchless, 2012)

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En 2011, Eddie Prévost fit plusieurs rencontres au Network Theatre de Londres : saxophonistes « remarquables » nommés Evan Parker, John Butcher, Jason Yarde, Bertrand Denzler. All Told, premier volume de la série « Meetings with Remarkable Saxophonists », revient sur l’association Prévost / Parker (ici au seul ténor), pas inédite – selon le percussionniste, Parker est le musicien qui sut le mieux comprendre et même faire sienne l’esthétique d’AMM – mais toujours prometteuse. Et qui, en plus, profite ici de la présence de John Edwards.

All Told, en deux parties : de pondérée, l’improvisation se fait ombreuse : le trio élevant puis maintenant un murmure qui joue de références au jazz autant que de débordements libres, qu’ils soient individuels ou associés. La seconde moitié de l’enregistrement agence des phrases plus longues et le discours des musiciens redouble de vigueur. Echappés des ténèbres, Parker, Edwards et Prévost, inventent en fauves affranchis. Sous l’effet de coups d’archet cahotant, les sonorités découvertes – couleurs travaillées à l’oreille fureteuse – s’affolent et s’imbriquent. Le même archet n’a plus qu’à lentement les déposer : All Told !

Eddie Prévost : All Told. Meetings with Remarkable Saxophonistes – Volume 1 (Matchless Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 30 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ All Told – part 1 02/ All Told – part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Evan Parker Expéditives

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Evan Parker ElectroAcoustic Ensemble : Hasselt (Psi, 2012)
C’est une tournée de l’Evan Parker Electroacoustic Ensemble déjà documentée par ECM (The Moment’s Energy) qu’Hasselt raconte encore aujourd’hui. Trois pièces datées du 20 mai 2010, une autre du lendemain (Electroacoustic Ensemble au complet), développent une musique d’atmosphère qui traîne d’abord derrière le piano d’Agustí Fernández, ensuite derrière la contrebasse de Barry Guy. Lentement, les machines prennent le dessus : la supériorité de l’électro sur l’acoustique n’étant écrite nulle part, les instruments à vents (soprano de Parker, clarinettes de Ned Rothenberg et de Peter van Bergen) changent la donne : au cuivre de mitrailler maintenant, avec un art altier de la subtilité.

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Grutronic, Evan Parker : Together in Zero Space (Psi, 2012)
Si ce n’est la faute (d’inspiration) des musiciens, alors on dira la machinerie de Grutronic peu facile d’usage, voire récalcitrante : sur Together in Zero Space, synthétiseurs, samplers, « drosscillator », sonnent parfois creux, d’autres fois avalent le soprano de leur invité, Evan Parker, pour le digérer sur l’instant dans un bruit de néant. Constructivisme d’électronique obnubilée par la musique concrète : hélas, l’effort est vain.

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Evan Parker, Okkyung Lee, Peter Evans : The Bleeding Edge (Psi, 2011)
Nouveau passage par la St. Peter’s Church Whistable : en compagnie d’Okkyung Lee et Peter Evans, Evan Parker s’adonnait ce 4 mai 2010 à une « séquence d’improvisations » (sous-titre du disque). C’est là un ballet que signent les musiciens : duos et trios allant de fantaisies pâles en emportements convaincants – sur la sixième pièce, trompette, ténor et violoncelle, fomentent ainsi une miniature de superbes excentricités.

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Evan Parker, Wes Neal, Joe Sorbara : At Somewhere There (Barnyard, 2011)
Enregistré à Toronto le 15 février 2009, At Somewhere There est une pièce de musique d’une quarantaine de minutes improvisée par le bassiste Wes Neal et le batteur Joe Sorbara en présence d’Evan Parker (au ténor). Son vocabulaire est celui d’un jazz poli et son contenu convenable à défaut d’être bouleversant.

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Evan Parker, Kenny Wheeler, Paul Dunmall, Tony Levin, John Edwards : Live at the Vortex, London (Rare Music, 2011)
La rencontre date du 2 janvier 2003. Les protagonistes : Evan Parker, Kenny Wheeler, Paul Dunmall, Tony Levin et John Edwards. En apesanteur, les saxophones piquent droit sur la contrebasse et les tambours : un free d’allure ancienne fait feu, puis ce seront des paraphrases appliquées sur de grands pans de décors sombres. L’enregistrement, d’être désormais indispensable dans la discographie de chacun de ses intervenants.


13 miniatures for Albert Ayler (Rogue Art, 2012)

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C’est en plein cœur que l’on doit viser. Là, où précisément, se niche le sensible. En cette matinée du 13 novembre 1966, les civilisés avaient décidé de crucifier le sauvage. Le sauvage se nommait Albert Ayler. La bataille fut rude. Perdue d’avance. « Ça fait quoi, Monsieur Ayler, ces serpents qui sifflent sous votre tête ? » Albert ne répondit jamais. Quatre ans plus tard, un chapiteau chavira et Ayler ne put contenir ses pleurs. La suite est connue. La fin dans l’East River. Beaucoup d’orphelins parmi les sauvages. Les civilisés avaient déjà oublié.

Pour commémorer les quarante ans de la mort d’Ayler, on convoque dix-huit sensibles. Ils sont sensibles et le savent. Ils se nomment : Jean-Jacques Avenel, Jacqueline Caux, Jean-Luc Cappozzo, Steve Dalachinsky, Simon Goubert, Raphaël Imbert, Sylvain Kassap, Joëlle Léandre, Urs Leimgruber, Didier Levallet, Ramon Lopez, Joe McPhee, Evan Parker, Barre Phillips, Michel Portal, Lucia Recio, Christian Rollet, John Tchicai. Ensemble ou en solitaire, ils signent treize miniatures. On est bien obligé d’en écrire quelques mots puisque tel est notre rôle. Donc : certains battent le rappel du free ; un autre se souvient des tambours de Milford ; un autre, plus âgé, refait les 149 kilomètres séparant Saint-Paul-de-Vence de Châteauvallon ; deux amis ennoblissent le frangin disparu puisque jamais le jazz n’ennoblira les frangins (n’est-ce pas Alan Shorter, Lee Young ?) ; l’une et l’autre réitèrent le Love Cry du grand Albert ; l’une gargarise les Spirits d’Ayler. Et un dernier, sans son guitariste d’ami, fait pleurer ses Voices & Dreams. Toutes et tous habitent l’hymne aylérien. En ce soir du 2 décembre 2010, les sensibles se sont reconnus, aimés. Ce disque en apporte quelques précieuses preuves.

13 miniatures for Albert Ayler (Rogue Art / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01 to 13/ Treize miniatures for Albert Ayler
Luc Bouquet © Le son du grisli


GGRIL, Evan Parker : Vivaces (Tour de bras, 2012)

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Certains sont professionnels, d’autres sont amateurs : le GGRIL, basé à Rimouki, petite ville de l’est du Québec, dispose d’une dizaine de forces vives. Evan Parker, après Joëlle Léandre ou Jean Derome (rencontre que l'on peut télécharger ici), est ce soir leur invité.

Tout commence avec Semis, improvisation collective, courbaturant une masse épaisse, sobrement perforée par le soprano puis le ténor du britannique. Le concert se poursuit avec Bouturage, dirigé par Evan Parker. Débutant en douceur, la conduction de Parker posera quelques sûres balises (motif rythmique s’accélérant, modulations, surgissement d’une clarinette intrépide, accents répétitifs) avant d’encourager un intense duo d’accordéons. La dernière pièce, dirigée par le violoniste Raphaël Arsenault, laissera le saxophoniste – ici au ténor – évoluer en soliste au sein d’une improvisation anxiogène, ombrageuse, inquiétante. Oui, une belle soirée pour tout le monde.

GGRIL, Evan Parker : Vivaces (Tour de Bras / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Semis 02/ Bouturage 03/ Marcottage
Luc Bouquet © Le son du grisli



Derek Bailey, Han Bennink, Evan Parker : Topographie parisienne (FOU, 2019)

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« Si j’aime la musique qui se donne dans ce théâtre ? Voyons... Je n’y vivrais pas si je ne l’aimais pas. » L’aveu, recueilli au début des années 1980 par Violeta Ferrer, est celui d’une chatte à laquelle le deuxième numéro de la revue Jazz ensuite consacra deux pages. Makoko – c’est le nom de l’animal – marquait alors de ses empreintes le théâtre Dunois : les accords d’un piano qu’y avait « laissé » François Tusques avaient déjà fait d’elle un chat particulier : bientôt le musichat assisterait, certes avec la distance qui lui est propre, à combien d’expériences musicales programmées au 28 de la rue Dunois, dans le 13e arrondissement de Paris : « Une maison de rêve, en vérité, pour le chat que je suis », confiait Makoko en toute fin d’interview.

Une maison qui n’existe plus, certes, mais une maison d’enchantements qu’il est encore possible de de retrouver sur disques et, même : de découvrir. FOU – le label qui vous parle – a ainsi récemment fait paraître des concerts donnés à Dunois par un quartette Derek Bailey / Joëlle Léandre / George Lewis / Evan Parker (28 Rue Dunois Juillet 1982) et un trio Daunik Lazro / Joëlle Léandre / George Lewis (Enfances 8 janv. 84) pour la simple et bonne raison que Jean-Marc Foussat – l’homme derrière le FOU – était là pour les enregistrer. Soufflé à 15 ans par une apparition de Sun Ra, « piratant » à 20 les concerts du festival de Massy puis ceux du Pisa Jazz Festival, le jeune homme fréquente au début des années 1980 le Dunois en « preneur de son » assidu : Je me suis mis dans l’idée de « documenter » la musique improvisée, confie-t-il à Philippe Robert dans le premier volume d’Agitation Frite. À Pise, j’ai rencontré toute la fine fleur anglaise, allemande… Et je me dis que je vais continuer, me spécialiser dans cette voie. Alors oui, je suis très souvent à Dunois et j’enregistre tout ce qu’il me semble intéressant de conserver… C’est quasiment un acte « gratuit » à l’époque. Je me fais payer par exemple mon premier enregistrement d’Evan Parker avec la collection Incus Records ! Je vais enregistrer Joe McPhee pour Hat Hut et je me fais payer en disques… Évidemment, à ce tarif-là, je ne gagne pas très bien ma vie : j’ai le temps de devenir riche… et célèbre !

Le 3 avril 1981, Jean-Marc Foussat est ainsi des hôtes de Makoko, consignant sur bande le concert du soir donné par Derek Bailey, Evan Parker et Han Bennink. Dans le public, il y a aussi Jean Rochard, du label nato : J'étais à ce concert, absolument époustouflant, et drôle (Bennink dans sa boîte en carton). Dans mon souvenir, il y avait beaucoup de monde dans la salle. Je me souviens d’un certain émerveillement. Ce que l'on appelait free music depuis 1967 vivait encore de beaux jours mouvementés et débordants. En 1967, Evan Parker et Derek Bailey jouent dans le Spontaneous Music Ensemble de John Stevens. L’année suivante, ils enregistrent Nipples dans le sextette de Peter Brötzmann dont Han Bennink fait partie. En 1969, Bailey et Bennink entrent en studio pour ICP tandis que Parker rêve encore de trio. Le 13 juillet 1970, enfin, c’est l’enregistrement de The Topography of the Lungs, perle de la discographie de chacune de ces trois figures de la free music. Plus d’une dizaine d’années plus tard, les voici donc à Paris.

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Ensemble, ils improvisent deux longues pièces qui attestent l’impérissable invention de leur association. Passée l’inspection des instruments, le trio s’engage dans un déferlement d’expressions franches, qu’elles tiennent de l’analyse minutieuse (Parker explorant son saxophone ténor jusqu’à donner l’illusion d’un bel ouvrage d’électroacoustique) ou soient l’effet de gestes tranchants (Bailey passant patiemment d’harmoniques en anicroches quand Bennink convainc des bienfaits de la gifle sur chacun des éléments d’un barda impressionnant : batterie, percussions, piano, instruments à vent et, même… brosse à dents). Pour ne rien s’interdire – ni la prudence, ni la vindicte, ni le burlesque –, l’hydre à trois têtes pensantes se change en infernal jouet mécanique qui, selon le moment, vrombit ou roucoule, charge ou amuse, roule ou étonne : surtout, remue sans cesse, sans jamais perdre son équilibre. À deux, c’est une autre stabilité qu’il s’agit de développer, alors les démonstrations sont autrement saisissantes : ainsi Bailey décoche-t-il des flèches ou modifie-t-il son volume afin de divertir un Parker occupé à fouir son ténor, tandis qu’au soprano c’est le saxophoniste qui perturbe l’échange en venant se glisser entre les cordes déjà tremblantes de la guitare ; avec Bailey, Bennink joue à la guerre et taille aux ciseaux une terrible pièce de bruits ; avec Parker, il se fait souffleur (ce qui ne l’empêche pas de continuer à battre) ou espiègle duettiste histoire de tordre le cou aux toutes dernières convenances. L’exercice est renversant mais, une fois de plus, Parker invente : comme s’il était seul, et il est ici seul deux fois. Si, « depuis le temps », suivre sa progression serpentine est une habitude que l’on a prise, c’est une habitude d’exception pour étonner toujours : ne compose-t-il pas à Dunois au gré de trouvailles glanées au coeur même de son expression autant que dans ses marges ?

Cet enregistrement ne date pas d’hier, mais sa qualité obligeait qu’on l’entende, qu’un autre public l’entende aujourd’hui pour s’en souvenir à son tour, comme a aimablement accepté de le faire Jean Rochard : Les gens qui écoutent Evan Parker ont certainement changé (à mon avis le divorce Parker-Bailey a scellé la fin de la free music – non pas en tant que musique, ou style, mais en tant que mouvement). Mon fils, qui s'intéresse au hip hop, au noise, à l’ambient, etc., écoute Evan Parker pour des raisons différentes de celles qui étaient les nôtres – il ne s’agit plus de la défense d’une approche – mais qui sont, au fond, très régénératrices. C'est très intéressant. Grâce à Evan Parker, Derek Bailey et Han Bennink, alors : à de nouvelles générations, la régénération.

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Derek Bailey, Han Bennink, Evan Parker : Topographie parisienne
FOU Records
Enregistrement : 3 avril 1981. Edition : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman (Intakt, 2018)

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Dans les notes qu’il signe pour ce nouvel enregistrement du trio qu’il forme avec Barry Guy et Paul Lytton, Evan Parker rend hommage à John Stevens avant de revenir sur sa longue collaboration avec une paire rythmique d’exception : « J’ai rencontré Paul Lytton pour la première fois en 1967 à l’occasion d’un festival de musique qui se tenait dans un parc de Birmingham où je jouais en duo avec John… »

Compagnons du London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy, Parker et Lytton ont joué en duo puis, dès 1980, en trio avec le contrebassiste. Si Tracks, le premier enregistrement de l’association, a paru en 1983 sur Incus, son œuvre a été publiée par une pléiade de labels (Emanem, Leo, Marge, Clean Feed, CIMP et bien sûr Maya et psi) que vient aujourd’hui grossir Intakt.

Ce sont-là deux sets enregistrés le 14 juillet 2016 au Vortex de Londres et quatre pièces que le trio dédie au fondateur du club, David Mossman. Solos, duos, trios : les combinaisons changent et, avec elles, les directions de cette nouvelle et saisissante épreuve d’improvisation libre. Et puisque les musiciens, en plus d’être capables, sont depuis longtemps intimes, ils adaptent leurs discours personnels sans jamais faillir : ce sont Guy et Lytton qui s’expriment avec une même retenue (II), Parker qui invente en frénétique à la suite de Lytton (III), Guy qui rejoint Parker au son d’un archet fragile (IV)… Quant à la première pièce du disque, sa mise en place augurait une heure fabuleuse. Et c’est ce qui est arrivé. 

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Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman
Enregistrement : 14 juillet 2016. Edition : 2018.
Intakt Records  / Orkhêstra International
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Improvisations Expéditives : Evan Parker, Sequoia, Carl Ludwig Hubsch, Pierre-Yves Martel, Jeffrey Morgan, David Birchall...

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Sequoia : Rotations (Evil Rabbit, 2014)
Avec celle de Meinrad Kneer, ce sont en Sequoia trois autres contrebasses qui usinent, scient ou provoque des avalanches : Antonio Borghini, Klaus Kürvers et Miles Perkin, accordés, le 31 mai 2012 en studio, sur une musique d’ombres portées. Leurs instruments changés en sculptures sonores fuselées, le quatuor de contrebasses joue de torsions et de courants divers pour accoucher de chants parallèles aux pizzicatos graves et grincements de mécaniques qu’on trouve en creux de ce bel enregistrement.

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Antonio Bertoni : ½ (H)our Drama (Leo, 2013)
Autre contrebassiste habile, Antonio Bertoni se plaisait, le 11 juin 2013, à gripper la progression d’un solo d’une demi-heure. Balançant entre deux notes, l’archet accroche en effet et puis dérape, obligeant le musicien à trouver, sans changer d’allure, des parades instrumentales inspirantes (certaines convaincantes) mais qui l’endormiront : l’allure faiblit, la fatigue point.

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Carl Ludwig Hübsch, Pierre-Yves Martel, Philip Zoubek : June 16th (Schraum, 2013)
C’est à une musique d’atmosphère que nous convient Carl Ludwig Hübsch, Pierre-Yves Martel et Philip Zoubek. L’avantage, d’aller rapidement à Martel, dont la viole de gambe, ses obsessions et ses crissements, rehausse un exercice allant de baroque en minimalisme coi et entraîne bientôt piano et tuba à sa suite : la fin du disque en devient même passionnante.

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1724 : Escaped Fragments (Klopotek, 2014)
Luca Kézdy (violon, efx), Emil Gross (batterie, électronique) et Tomes Leś (guitare, efx) forment ce 1724 enregistré en 2013. Souvent agitée – malgré quelques replis en lents atermoiements de convenance –, l’improvisation du trio pâtit de gestes dispensables, élans emportés et phrasage rebattu, qui rappellent le free rock Knitting Factory… l’urgence et la fièvre en moins.

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David Birchall, Olie Brice, Phillip Marks : Spitting Feathers (Black & White Cat Press, 2013)
Enregistrés le 22 octobre 2011, David Birchall (guitare), Olie Brice (contrebasse) et Phillip Marks (batterie membre de Bark!) démontrent en une heure un goût pour une improvisation aérée. Que taillent quand même quelques gestes incisifs et augmente une recherche sonore qui impose à Birchall l’usage d’effets variés. Changeante, la musique du trio intéresse.

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Jeffrey Morgan, Mike Goyvaerts, Willy Van Buggenhout : White Smoke (Creative Sources, 2012)
Les saxophones (soprano et ténor) de Jeffrey Morgan vont plutôt bien aux usages hétéroclites que font Mike Goyvaerts de ses percussions et objets et Willy Van Buggenhout de son synthétiseur EMS – ici enregistrés les 10 et 20 novembre 2011. Amusée sinon traînante, voire détachée, l’improvisation du trio claudique et divertit sans toutefois faire preuve de singularité.  

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Simão Costa ‎: π_Ano Pre-Cau-Tion Per-Cu-Ssion On Short Circuit (Shhpuma, 2014)
Simão Costa joue certes seul, mais ses instruments sont multiples : piano, enceintes, transducteur et objets. Parvenant à sortir de belles lignes de l’usage qu’il fait de feedbacks, son jeu au piano est d’un conventionnel qui ruine ses découvertes électriques. Et lorsque ses structures grondent, elles s’effritent et laissent paraître leurs canevas simplistes.  

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Evan Parker : Vaincu.Va! Live at Western Front 1978 (Western Front New Music, 2013)
En 1978, en clôture d’une tournée nord-américaine, Evan Parker improvisa seul au Western Front de Vancouver – concert consigné l’année dernière sur vinyle par l’institution. Qu’elle parte des aigus ou des graves du soprano, l’exploration instrumentale est toujours impressionnante, son motif naissant toujours de la profusion : de notes, d’attaques, de tentatives, de retournements, de nuances et d’abandons. Western Front a donc bien fait d’explorer ses archives.


Barry Guy New Orchestra : Amphi + Radio Rondo (Intakt, 2014)

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L’agencement de passages solos au sein des rigoureuses compositions de Barry Guy n’est pas chose nouvelle. Homme de fluidités et de tuilages, le contrebassiste britannique creuse à nouveau ce sillon avec son New Orchestra (Agustí Fernández, Maya Homburger, Evan Parker, Jürg Wickihalder, Mats Gustafsson, Hans Koch, Herb Robertson, Johannes Bauer, Per-Ake Holmlander, Paul Lytton, Raymond Strid).

Aux avant-postes d’Amphi, contrebasse et violon prennent le parti de lier et de relier dans un même mouvement ce qui ne le fut que rarement : les deux cent ans séparant la musique baroque de la musique contemporaine, l’effervescence d’un trio saxophone-trompette-piano opposé aux effets contrapunctiques de ces mêmes cordes.

Radio Rondo régénère quelques dissonances titubantes avant de débrider la masse orchestrale. Terrain plus connu ici et où solos brûlants, clusters, vagues et crescendos retrouvent les justes effusions de jadis. Soit deux figures bien connues de l’ami Barry Guy. Bien connues, mais toujours autant appréciées.

écoute le son du grisliBarry Guy New Orchestra
Amphi + Radio Rondo (extraits)

Barry Guy New Orchestra : Amphi. Radio Rondo (Intkat / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/Amphi 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli



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