Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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BassX3 : Transatlantic (Leo, 2012)

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Cette basse multipliée n’est autre qu'une addition : celle des instruments graves de Gebhard Ullman (clarinette et flute), Chris Dahlgren et Clayton Thomas (contrebasses), enregistrés à l’été 2009 en studio berlinois.

En Transatlantic, ces trois basses promises improvisent en roue libre une musique d’atmosphère qui doit autant à un folk ombreux qu’à un réductionnisme en négatif. Les objets qui interrogent les contrebasses les font trembler : les cordes, malléables, chantent alors des nappes épaisses qui iront, dans les meilleurs moments, avaler les aigus d’un Ullman querelleur.

Quand elle n’est pas d’atmosphère, que les contrebasses préparées se refusent au mouvement de balancier, l’affrontement est inévitable : c’est qu’il s’agit pour elles d’anéantir la naïveté pseudo-andine d’Ullman passé à la flûte (The No Piece) ou d’encaisser quelques claques qui contraindront la clarinette à abandonner les phrases qu’elle répète avec vigueur (Transatlantic Part Two). En conclusion, la troisième et dernière partie du morceau-titre retourne en marécages : les drones y sont plus compacts encore, qu’Ullman parvient à percer de temps à autre et enfin à changer en mer d’huile. Une bouteille de graves et de plaintes y flotte encore.

BassX3 : Transatlantic (Leo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 14 août 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Transatlantic 02/ The Thing 03/ The No Piece 03/ The Epic 04/ Transatlantic (Part Two) 05/ Ornette’s Closet 07-08/ Berlin Is Full Of Lonely People 09/ Transatlantic (Part Three)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Expedition : Live at the Knitting Factory (ESP, 2006)

expesliQuartette au nom bâtard, Expedition sortait en 2006 un disque à la couverture capable de provoquer la nausée. Un live, enregistré en 2001 à la Knitting Factory, fameux lieu new-yorkais qui aura programmé autant de musiciens superbes que d’amateurs malheureux du tout électrique. Alors, le doute s’installe.

A l’écoute, Expedition expose pourtant une musique abrasive, qui donne une réalité à un mélange sur lequel beaucoup avaient essayé de mettre la main - celui du jazz et d’un rock enfoui estampillé No Wave - avant de perdre la tête à jamais, et, avec elle, la capacité d’évaluer avec lucidité tout espoir de fusion.

Ici, par contre, la basse électrique de Chris Dahlgren parvient à ne pas gâter l’ensemble - voire, le relève (Setting Out With Aggressive Intent) -, la guitare d’Hans Tammen, malgré ses interventions ardues, sait les limites à ne pas dépasser (sauf sur Place That Has Emotional Significance), imposant ailleurs de grandes plages bruitistes. Au saxophone, Alfred 23 Harth enfonce le thème de From One Place to Another ou fait de Many Have Passed Rigorous Courses une transe chargée en compagnie de Jay Rosen, batteur brillant déjà repéré aux côtés de McPhee
ou Charles Gayle, capable de force définitive autant que de finesse (From One Place to Another).

Comme toute découverte récente aux conséquences inédites, cet enregistrement d’Expedition nous invite à revoir nos certitudes, et même, à en changer. Alors, si l’on savait l’existence (certes, douloureuse) du jazz rock, nous voici convaincus qu’il en est de qualité.

CD: 01/ Setting Out With Aggressive Intent 02/ Taken at A Leisurely Place 03/ Many Have Passed Rigorous Courses 04/ Considerable Amount of Time and Distance, A 05/ Retained Notions of Speed and Purpose 06/ Brief Pleasurable Trip, A 07/ From One Place to Another 08/ Long Trip By Water, A 09/ Place That Has Emotional Significance, A 10/ Returning to The Place Where It Began

Expedition - Live at the Knitting Factory - 2006 - ESP. Distribution Orkhêstra International.

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Gebhard Ullman: Cut it Out (Leo Records - 2006)

ullmanDéjà pleinement investi au sein du Clarinet Trio, Gebhard Ullman estime autrement les possibilités du travail à 3 aux côtés du bassiste Chris Dahlgren et du batteur Jay Rosen (membre, lui, du Trio-X). Le temps d’un Cut It Out plus que subtil.

Si ce n’est sur Lolligager – morceau qui balance entre un swing incertain et une marche lente, signé Dahlgren -, le trio choisit de donner dans l’improvisation. Astucieuse, celle-ci, qui combine les vues exigeantes et les codes de bonne sociabilité, au rythme soutenu d’un free jazz abordable (Walking Under Trains) ou au son d’accalmies déposées (Calling Mr. Waits No.2, U.S.O. Ballad).

Passant de la clarinette (basse) à la flûte (basse), Ullman ne cesse de creuser le sillon de ses graves à forces d’intentions répétitives (Grid Speak), de laisser-aller généreux (Calling Mr. Waits No.1) ou plus introspectif (Mbira). D’accord aussi pour suivre les conseils de ses partenaires, qu’il s’agisse de la course directive de Rosen (Walking Under Trains) ou des boucles instituées via sampler dont use Dahlgren (Bass/Bass, Epilog).


Une fois seulement, le trio peut donner l’impression de faire fausse route, sur No Mouthpiece, pièce d’expérimentale convenue. Partout ailleurs, il aura su gérer à merveille les changements d’humeur et de tons, décidant d’apaiser ici pour mieux fulminer là, refusant toujours l’acharnement fatal.

CD: Cut It Out (part 1) 01/ Grid Speak 02/ Calling Mr. Waits No. 1 03/ U.S.O. Ballad 04/ Lolligager 05/ No Mouthpiece Cut It out (part 2) 06/ Calling Mr. Waits No. 2 07/ Mbira 08/ Walking Under Trains 09/ Bass/Bass 10/ Epilog (Ballad No. 2)

Gebhard Ullman - Cut it Out - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Anthony Braxton: Live at The Royal Festival Hall (Leo - 2005)

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Le 15 novembre 2004, au Royal Festival Hall de Londres, Anthony Braxton interprétait sa Composition 343 en quintette. Inédit, celui-ci, qui voit le maître entouré de jeunes musiciens attentionnés et brillants. Devant eux : 2000 personnes.

La première des deux parties suit des mouvements giratoires. Quelques pauses sont permises, pendant lesquelles la formation avance prudemment ses propositions : la retenue évidente de la guitare de Mary Halvorson, ou l’expression plus convulsive du trompettiste Taylor Ho Bynum. Convoités, les conseils de Braxton ne tardent pas : investissant bientôt un passage improvisé sans garde-fou, propulsant quelques rauques, vitupérant toujours.

Lorsque l’on retrouve l’unisson, voici le saxophoniste passé au soprano. La langueur relâche alors les tensions, invite même le contrebassiste Chris Dahlgren à une introspection apte à recevoir le grain savoureux d’un free jazz jouant, au gré de la partition, avec les dissonances rebondies et les recadrages nécessaires. La fulgurance collégiale et le chaos subtil en guise de conclusion.

La seconde partie, plus courte, opte dès le départ pour l’expérimentation évidente. D’une forme générale plus déconstruite, elle débarrasse le quintette des contraintes. Laissant le temps à Satoshi Takeishi de propulser ses interventions sur percussions de manière à faire tanguer assez l’ensemble, Braxton fomente ses attaques au soprano, qui viendront compléter les accords saturés de guitare posés en arrière-plan, pour mener à son terme une pièce abrasive et instantanée.

Puisque pas un trimestre ne passe sans que la discographie d’Anthony Braxton ne connaisse une actualité, l’idée paresseuse pourrait nous frôler, cherchant à nous persuader qu’il n’y aurait rien de grave à laisser passer ce disque-ci. Or, Live at the Royal Festival Hall est bien près d’être indispensable : interprétation énergique et éclairée, et présentation in vivo de quatre nouveaux visages. Le relâchement, pour après.

CD: 01/ Composition 343, Part 1 02/ Composition 343, Part 2

Anthony Braxton - Live at The Royal Festival Hall - 2005 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International. 

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