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Eliane Radigue : Naldjorlak I II III (Shiiin, 2013)

eliane radigue naldjorlak i ii iii

« Naldjorlak est une pièce pour violoncelle seul qu’Eliane Radigue, compositrice française, a écrite pour moi (et avec moi, en quelque sorte) en 2005. C’est depuis 2007 la première d’une série de trois pièces portant le même titre : la deuxième pour deux cors de basset (composée pour et avec Carol Robinson et Bruno Martinez) et la troisième, achevée en 2008, pour violoncelle et deux cors de basset. Ces pièces forment donc une trilogie, Naldjorlak I, II et III » : ainsi le violoncelliste Charles Curtis débutait-il Eliane Radigue et Naldjorlak, son éclairante contribution à la monographie Eliane Radigue, Portraits polychromes.

Comme le label Shiiin publia par le passé L’île re-sonante, dernière composition électronique de la compositrice, il lui revenait presque de publier les premiers fruits enregistrés de ses travaux acoustiques. Au Nardjorlak  que Curtis enregistra déjà en 2006, succède donc aujourd'hui Naldjorlak I II III, trois disques enfermés en boîtier, tous inquiets de lents développements de sons continus et de reliefs pensés millimètre d’instrument après millimètre de « (non-)partitions » – pour reprendre le terme employé dans le livret par Thibaut de Ruyter.

Comme annoncé : Curtis, premier et seul – même si l’on croît parfois entendre la performance d’un musicien et de son double. Leste, l’archet dit les volumes changeants (ici les insistances, là les suspensions fragiles) d’une musique qui s’invente dans la durée, et plus encore par l’osmose – toujours dans le livret, Ruyter ne note-t-il pas : « (...) Naldjorlak (dont le titre, inventé par la compositrice en tibétain approximatif, évoque le concept d’union). Les cors de basset suivront les mêmes principes, à la différence près que leur chevauchement dessineront d’autres courbes, arrangées toujours en riches parenthèses. 

Entre elles, d'autres sons continus encore, faits de tout ce qui les a précédé, et s’en nourrissant même : lorsque les trois musiciens interviennent ensemble, la supposition tient de l’évidence. Ainsi, les mouvements du ballet irrésolu qu’est Naldjorlak III pensent leurs variations dans le retour de l’antienne insaisissable que fredonne Curtis et dans le souvenir de cors entrant en résonance. Toujours en cause, l’osmose plus tôt suggérée, et pour conséquence maintenant : la pâmoison.

Eliane Radigue : Naldjorlak I II III (Shiiin / Metamkine)
Enregistrement : 27, 28, 29 juin & 27 septembre 2011. Edition : 2013.
3 CD :  CD1 : Naldjorlak I : 01/ Mouvement 1 02/ Mouvement 2 03/ Mouvement 3 – CD2 : Naldjorlak II : 01/ Mouvement 1 et 2 02/ Mouvement 3 – CD3 : Naldjorlak III : 01/ Mouvement I 02/ Mouvement II 03/ Mouvement III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eliane Radigue : Portraits polychromes (INA, 2013)

eliane radigue portraits polychromes

Si une courte biographie introduit cet ouvrage collectif à sujet unique (Eliane Radigue), Emmanuel Holterbach reprendra son cours – formation musicale, découverte de la musique concrète, fréquentation des Nouveaux Réalistes puis des Minimalistes américains, collaboration avec Pierre Henry, ouvrage plus personnel sur magnétophones puis synthétiseurs modulaires… jusqu’à la composition de L’Île re-sonante et ces récents projets servis par Kasper Toeplitz (Elemental II), Charles Curtis, Carol Robinson, Bruno Martinez et Rhodri Davies (Naldjorlak, attendu sur Shiiin) – en archiviste iconoclaste…

Y glissant quelques précisions, citations et anecdotes, Holterbach augmente la biographie d’Eliane Radigue d’un passionnant répertoire de mots-clefs qui présente et parfois interroge (question, par exemple, de la viabilité de son écoute domestique) le parcours de la dame des sons continus. Plus loin, un cahier de photos et les contributions d’autres intervenants : Lionel Marchetti, définissant son rapport quasi-spirituel à la musique de Radigue ; Thibaut de Ruyter, qui converse avec la musicienne et le public présent à une projection berlinoise du film A Portrait of Eliane Radigue ; Tom Johnson, dont est ici traduit un article publié par The Village Voice en 1973 traitant de la présentation, au Kitchen de New York, de Psi 847.

Plus loin encore, c’est entre autres Charles Curtis qui raconte les façons qu’a Radigue de travailler en collaboration avec un musicien « traditionnel » ou la compositrice elle-même qui prend la plume pour attester son éternelle recherche de « sons vivants ». Un catalogue annoté des œuvres courant de 1963 à 2012 clôt un ouvrage évidemment indispensable à l’amateur, et d’histoire(s) et de bourdon(s).

COLLECTIF : Eliane Radigue : Portraits polychromes (INA / Metamkine)
Edition : 2013.
Livre : Eliane Radigue : Portraits polychromes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eliane Radigue : L'écoute virtuose (La Huit, 2012)

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J’ai parfois cette impression de passer mon temps à rêver d’être ailleurs. Et même à rêver d’avoir été ailleurs à tel moment donné. Hier encore, j’aurais voulu avoir été à Londres en juin 2011, lorsque le Spitalfields Summer Music Festival rendit l'hommage à Eliane Radigue qu’a filmé Anais Prosaïc. Mon envie et ma volonté n’y peuvent rien, il n’est pas d’autre retour en arrière possible que celui que me propose ce film. Mais il a de quoi me consoler quand même.

Parce qu’il revient vite mais bien sur la « carrière » de la dame des drones : malicieuse, elle-même nous parle de la reprise de ses activités musicales après son divorce d’avec Arman en 1967, de son travail avec Pierre Henry et Pierre Schaeffer, de ses expériences avec les synthétiseurs, de sa musique qui « ne pardonne pas qu’on ne l’écoute pas » (pied de nez peut-être à l’ambient avec laquelle certains la confondent ?), de son chat-assistant…, quand ce n’est pas Emmanuel Holterbach qui nous éclaire avec intelligence sur son corpus. Et aussi parce que le film la laisse nous entretenir d’aujourd’hui, de ses rencontres avec les musiciens qui la sollicitent et de la transmission orale d’une musique « impossible à écrire », dit-elle.

Pour préparer le festival, Eliane Radigue a transmis ses compositions puis a écouté longuement des instrumentistes qui parleront tous face caméra – par ordre d’apparition : Rhodri Davies (qui créa à cette occasion Occami), Kasper T. Toeplitz, Kaffe Matthews, AGF, Ryoko Akama (les trois forment The Lappetites), Carol Robinson, Bruno Martinez et Charles Curtis (les trois interprètent Naldjorlak II pour cors de basset et violoncelle). Les uns après les autres, les musiciens (leurs notes) et Eliane Radigue (ses mots) tissent une ode au « son continu » qui l’envoûte depuis toujours, à ce que Davies appelle lui la « note étendue ». Tous, avec virtuosité, nous disent qu’en juin 2011, nous nous étions surement trompés d’endroit – d’accord, ce n’est pas la première fois, mais où pouvions nous bien être ? Reste à rattraper le temps perdu ailleurs, grâce aux images et plus encore à la musique de L’écoute virtuose.

Anaïs Prosaic : Eliane Radigue. L’écoute virtuose (La Huit / Potemkine)
Enregistrement : juin 2011. Edition : 2012.
DVD : Eliane Radigue. L’écoute virtuose
Héctor Cabrero © le son du grisli

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