Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic (Cipsela, 2016)

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C’est l’aurore mais c’est une aurore joyeuse : Joëlle L. n’épargne pas son archet, il court intrépide, robuste, rigoureux. C’est le crépuscule mais c’est un crépuscule heureux : Théo C. patiente avant de convoquer l’archet. L’une se balade dans l’immédiat, l’autre prend le temps d’observer. Mais le mariage est évident.

Réactifs, les voici projetés dans le royaume des cordes qui s’aimantent, vagabondent, s’écartèlent, palpitent, propulsent, ondulent, désaxent, cheminent. Douce conversation d’un intime partagé, bienveillance et abandon, art des présences robustes, esprits entiers, montées fiévreuses et poignantes… tout ceci et bien plus encore.

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Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic
Cipsela

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ #1 02/ #2 03/ #3 04/ #4 05 /#5 06/ #6  
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw (Evil Rabbit, 2016)

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Cherchant à capter et à fixer l’inédit, la violoniste Biliana Voutchkova entraîne avec elle un archet rageur. Bien sûr, ce dernier  racle la corde, trouve un axe et s’y installe. Entre nervosités et polyphonies malades, la corde va être mise à rude épreuve, elle va être fouillée, creusée, choquée, dépouillée, creusée jusqu’à la rupture.

Il y aura des éraillements et des emballements mais jamais d’enlisement. Parfois, la voix de la musicienne accompagne l’instrument ou, au contraire, s’en détache : la voix va alors vagabonder, minauder, se fendiller et s’évaporer sans préavis. En fin d’enregistrement, la violoniste prend acte des bruits du petit village suisse de Poschiavo (cloches, oiseaux, conversations) puis commente, copie, se fond dans un ordinaire qu’elle semblait pourtant vouloir éviter en début de disque. De belles promesses ici.

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw
Evil Rabit Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Enter 02/ Modus of Raw 03/ Song of Anxiety 04/ Memory Imprints 05/ Chaos & Beauty 06/ Gratitudes & Sorrows 07/ Poschiavo Medley
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit (Wandelweiser, 2015)

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C’est un ballet délicat qu’a composé Jürg Frey et qu’interprète ici le Quatuor Bozzini – en 2004, les mêmes musiciens enregistraient, du même compositeur et pour le même label, Strings Quartets – et qui l’oblige même. Est-ce que String Quartet no. 3 (2010-2014), avec cet air qu’il a de respecter les codes, manipule en fait ses interprètes ?

Dans un même mouvement, voici les cordes s’exprimant avec précaution puis allant et venant entre deux notes enfin dérivant au point de donner à leur association des couleurs d’harmonium. C’est que le vent emporte les archets et que les cordes, fragilisées par son passage, adoptent une tension dramatique qui n’est pas sans évoquer celle du Titanic de Bryars

En compagnie des percussionnistes Lee Ferguson et Christian Smith, le quatuor interprète ensuite Unhörbare Zeit, suite de séquences instrumentales interrompues par des silences de plus en plus longs, et donc influents. Le flou artistique que respectent les violons ne leur impose aucun contraste : ils vont ensemble sur un battement sourd ou s’expriment d’un commun accord sur des paliers différents. Et c’est encore en instrument à vent qu’ensemble ils se transforment. Puisque Jürg Frey a changé l’air que les musiciens respirent en soufflantes partitions.

écoute le son du grisliJürg Frey
String Quartet no. 3 (extrait)

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Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit
Edition Wandelweiser
Enregistrement : 11-13 mai 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ String Quartet no.3 02/ Unhörbare Zeit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Szilárd Mezei Trio : Secret Public / Edith Alonso : Collapse (Aural Terrains, 2016)

szilard mezei trio secret public

En suivant une impulsion (Vitezek a lerakohelyen) ou en colportant des pistes transitoires (Titkos élet), Szilárd Mezei (violon alto), Ervin Malena (contrebasse) et Istvan Csik (batterie) projettent sur ce Secret Public de fulgurants faisceaux.

Ces deux plages d’une demi-heure chacune ne se synchronisent pas, ne s’assemblent pas. La première joue sur la diversité des gestes : les cordes crissent, glissent, encerclent plutôt qu’emplissent. Il n’y a pas d’effacement mais une retenue trouvée, un besoin de ne pas troubler le curseur. Soudain, une charpente harmonique se déploie et l’écriture s’ouvre au grand jour. L’exercice de désossement peut commencer. Un frôlement viendra ceinturer de sa ligne perdue ce moment précieux. La seconde bénéficie d’un mouvement, parfois écarté, mais toujours en action dans l’inconscient des musiciens. Vont ainsi pouvoir se fracturer riffs et mélodies avant que ne réapparaisse, tendue et désormais asymétrique, la trajectoire originelle.



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Szilárd Mezei Trio : Secret Public
Aural Terrains
Enregistrement : 2010. Edition : 2016.
CD : 01/ Viezek a lerakohelyen 02/ Titklos élet
Luc Bouquet © Le son du grisli

 edith alonso collapse

Est-ce dans cette inquiétante salle des vents (en couverture) qu’Edith Alonso est un jour allée poser sa contrebasse préparée ? Pour, peut-être, la soumettre aux rafales quand l’archet agaçant déciderait de la délaisser ou pour la changer en hôtel à insectes (selon la mode du jour) chantants ? Sous l’impulsion d’un contact électrique ou à la seule force de son poignet, elle recueille en tout cas d’étonnants grognements quand ce ne sont pas plutôt de beaux motifs qui tournent avant de disparaître dans un soupçon. Et si l’on pense de temps à autre à John Eckhardt, la comparaison n’est pas faite pour desservir Edith Alonso.



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Edith Alonso : Collapse
Aural Terrains
Enregistrement : Mai 2014. Edition : 2016.
CD : 01-04/ Collapse I-Collapse IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Maninkari : Oroganolaficalogramme (Ferme-l'oeil, 2016)

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Cela fait près de dix ans que Maninkari (= Frédéric & Olivier Charlot) sort des disques et ce n’est qu’avec Oroganolaficalogramme que je fais sa connaissance (j’en ai appris pas mal ici grâce à l'ami Eric Deshayes, pour tout révéler de mes pitoyables (je sais) méthodes de travail). Ça commence à l’orgue, comme un orgue d’église ou même de cathédrale et on imagine le retour pas prévu du dernier drone qu’on a écouté sur on-ne-sait-plus-quel CD mais non c’en est un autre, et puis ce n’en est plus un.

Car voilà qu’arrive un violon (un peu plus loin ce sera un violoncelle) et on entre dans un pentacle qui n’est plus dronien mais métalleux. Mais attention, d’un métalleux d’ambiance, à la Barn Owl (mais sans les arpèges de guitares) ou à la Earth un peu ou, si on remonte plus loin encore, au kraut de Peter Michael Hamel. Le plus, c’est qu’au fil des plages, l’organolaficalogramme bouge : des percussions qui tonnent, un violon qui tournoie, une « voix » qui enchante un folk noir… Maninkari a baptisé certains de ses travaux improvisés / composés Continuum : on promet de suivre le fil.



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Maninkari : Oroganolaficalogramme
Ferme-l’œil
Edition : 2016.
CDR : 01-07/ Oroganolaficalogramme
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mia Zabelka : Monday Sessions (Creative Sources, 2015)

mia zabelka monday sessions

Crissante, voltigeuse, insistante, vrillante, écartelée, cisaillante, robuste, bruissante : voici Mia Zabelka. Mia Zabelka est violoniste, on commence à le savoir. Elle râcle et frotte la corde jusqu’à la rupture. Elle additionne les périphéries de l’instrument, pousse le raid assez loin. Comme d’autres sont adeptes du souffle continu, elle, est partisane de l’archet continu. Elle pousse son instrument dans ses derniers retranchements, le parasite mais, parfois, lui ordonne de comploter quelque partita délurée, énigmatique.

Mia Zabelka est aussi vocaliste : ça, on le sait moins. En duo-désaccord avec son violon, elle le provoque, l’abandonne et l’encourage à crisser encore plus loin. En solitaire, elle navigue entre murmures, étirements, égosillements : drôle de scat sonique-rythmique que celui-ci. Le violon ne me sciant pas les nerfs, j’adopte sans restriction aucune le Monday Sessions de Mia Zabelka.

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Mia Zabelka : Monday Sessions
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Dunkles zu Sagen 02/ Concentric Circles 03/ Oscillations 04/ Strömungen 05/ Imminent Disaster 06/ Entfremdung 07/ Stream of Consciousness 08/ Papagei 09/ Remembrance 10/ Nachtbild
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Daniel Levin, Mat Maneri : The Transcendent Function (Clean Feed, 2015)

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Le petite graine de la microtonalité plantée jadis du côté de Boston par Joe Maneri n’en finit pas de s’épanouir. Héritier naturel, le violoniste Mat Maneri retrouve le violoncelliste Daniel Levin. Tous deux élèves de Maneri père au sein du New England Conservatory of Music de Boston, les voici reconquérant le chemin des microtons. Les voici dans une intimité partagée.

On croirait leurs cordes déchaussées, cherchant sans cesse l’entre-deux, le terrain vierge. En vérité, ils ne trouvent qu’épaisseur et densité sur leur chemin. Ils aiment les mers languides et les entremêlements fusionnels. Leurs cordes sont animées, querelleuses. Elles sont sans repos mais sans stridences. Elles sont en recherche d’effusions et ont jeté tout lyrisme aux orties. Le violoncelliste questionne parfois le bois et les périphéries de son instrument, le violoniste jamais. Monocordie diront certains. A ces quelques lignes, vous n’aurez aucun mal à deviner que je pense tout le contraire.


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Daniel Levin, Mat Maneri : The Transcendent Function
Clean Feed / Orkhêstra International

Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/Contemporary Improvisation  02/Soul  03/Flight  04/Coelacanth  05/Rhizome  06/Sad Song
Luc Bouquet © Le son du grisli

John Tchicai_3142_Rossetti

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Suboko, Ute Völker : Le lune, la soleil (Ritte Ritte Ross, 2015)

suboko ute völker le lune, la soleil

Après avoir improvisé en 2009 avec Carl Ludwig Hübsch et Roland Spieth (K-Horns), les trois percussionnistes sur objets divers de Suboko (DJ Bouto, Laurent Berger ou Regreb, Pascal Gully ou Yllug) sont retournés à l’écurie Schraum. Et c’est l’accordéoniste Ute Völker qu’ils ont cette fois attrapée.

Le temps d’improviser quatre pièces et de faire avec le romantisch épanchement de l’instrumentiste qui les accompagne, d’abord, puis avec son endurance – combien d’éclats métalliques et de rumeurs difficiles à avaler fait-elle siens dans un souffle et en souriant peut-être ?

Jusque-là ayant tenu le cap, l’accordéoniste montre des signes de faiblesse en début de seconde face, et c’est tant mieux : cette fois les percussions ont raison de son aimable balancement et l’étouffent même comme pour être sûr de s’en débarrasser définitivement. Les sons qu’on trouve alors sont autrement intéressants mais, malheureusement, c’est déjà l’éclipse : est-ce dû au mouvement de le lune ou à celui de la soleil ?, c’est là un phénomène en demi-teinte.


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Suboko, Ute Völker : Le lune, la soleil
Ritte Ritte Ross / Metamkine
Edition : 2015.
LP : A1/ Glückliche Nacht A2/ Surplomb – B1/ Cumulus Humilis B2/ Steigung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela, 2015)

carlos zingaro live at mosteiro de santa clara a velha

« Dieu me garde des solos de violon ! », aurais-je pu m’écrier en larmes et à genoux et saignant en plus de tout à l’époque où j’apprenais encore la flûte à bec. Ah, si seulement j’avais pu finir mon catéchèse. Or, ce sont des tentateurs comme Carlos Zingaro qui m’ont écarté du droit chemin (camino). A coup d’archet qui fouette ou de cordes qui claquent, vous m’aurez compris.

Car Zingaro (je ne vous apprendrais rien) est ce genre d’instrumentiste qui transcende ou l’instrument. Et pour longtemps voire pour toujours. Prenons l’exemple de ce live daté de 2012 : chez lui (je crois) à Coimbra (Portugal). Lui & lui seul & l’instrument. Ce qui fait trois, soit trois paires de mains ! Leurs improvisations font la course et sur les chevaux et sous la bombe on imagine autant Henry Flynt qu’Irvine Arditti, elles dialoguent aussi avec le délai naturel du monastère de Santa Clara a Velha, elles font la gigue avec une classe qu’on ne trouve normalement pas chez les danseurs de gigue…

Même quand un avion passe c’est le violon qui gagne. Plus que le violon : le son, puisque le principal pour Zingaro c’est (trois fois encore) le son. Si bien qu’à la fin je me pose quand même la question : quelle est la différence entre un solo de violon et un autre solo de violon ? La réponse est toute trouvée : Carlos Zingaro !



Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela)
Enregistrement : 25 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Crushing Wheels 02/ Portions of Life 03/ Twisted Chords 04/ Voids of Night 05/ Scroll of Fate
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources, 2015)

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En cascades ou en chutes libres, Louis-Michel Marion (contrebasse), Jacques Di Donato (clarinette) et Philippe Berger (violon alto) respirent abondement, ne se fient qu’à ce qu’entretient l’instant. Surtout : ne se soucient pas de la forme, des chemins à suivre et à respecter. Mais ne jaillissent jamais pour rien.

Ils épousent les lueurs, les murmures. Jamais on ne les surprendra à torturer les cordes ou les souffles. Ils diront quelques colères mais rejoindront vite les silences  épanouis. Ces silences se fendilleront de craquements, de bruissements, de frôlements. Ils ne seront pas servilité mais sensibilité. Puis toutes voiles dehors, ils fouetteront le dégel, enfanteront quelques morsures avant  de rejoindre ce silence tant adoré.



Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2015.
CD : 01/ Clinamen#1: synclinal 02/ Clinamen#2: inclinant 03/ Clinamen#3: anticlinal 04/ Clinamen#4: enclin 05/ Clinamen#5: clin 06/ Clinamen#6: lin 07/ Clinamen#7: in 08/ Clinamen#8: n
Luc Bouquet © Le son du grisli

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