Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Peter Brötzmann Graphic WorksAu rapport : Rock In Opposition XParution : Du piano-épave de Ross Bolleter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Nate Wooley : Polychoral (MNÓAD, 2016)

nate wooley polychoral

On pourra capter sur le film ci-dessous un peu de l’esprit qui préside à l’exercice – mi installation mi performance – auquel s’adonnèrent les trompettistes Nate Wooley, son concepteur, et Peter Evans au Knockdown Center de New York un après-midi d’avril 2015.

Sur disque, ce sont de longues notes passées au tamis minimaliste (on pense ici aux anciens travaux de Rhys Chatham, là aux souffles multipliés de Richard Landry) jusqu’à ce qu’un grave change la donne et bouleverse un peu le va-et-vient de ce qu’on imagine être, quand on est encore privé d’images, une grande sculpture de métal.

Sous l’effet peut-être du passage – remuement ou déstabilisation –, voici le duo s’engageant sur d’autres voies, ou canaux si l’on veut faire référence au dispositif qu’on leur prête le temps d’une heure à peine. Evans peut alors déposer sur la rumeur un solo plus lyrique que ce qu’on avait entendu jusque-là ; derrière le motif, Wooley décidera lui de suspendre une note qui le gangrènera bientôt. Et puis il y a cette présence électronique qui rode et transforme parfois les trompettes en instruments de simple parasitage. Alors des voix se font entendre, tout comme le bruit de curieuses mécaniques qui, de séquence en séquence de plus en plus courtes : sur place peine à pétrifier ; sur disque stupéfie. 

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Nate Wooley : Polychoral
MNÓAD
Enregistrement : 12 avril 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Polychoral
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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JC Jones, Raphaël Saint-Rémy : Serendipity (Kadima Collective, 2016)

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Duchamp des possibles visités par Raphaël Saint-Rémy (piano, electronics, haut-cuivre, trompette, etc…) et JC Jones (guitare, banjo, contrebasse, etc…), il nous reste une féerie de bruissements, frottements, brouillages, borborygmes. Comme si, échappés du tréfonds des entrailles terrestres, se déversaient les fantômes – pas toujours bienveillants – des surréalismes passés. Comme si  les esprits se réveillaient d’un long sommeil et hantaient ce joyeux indéfini épinglé par les deux improvisateurs.

A force d’insister sur le farfelu, d’armer leurs garnis(s)ons de chocs et de cordes slappées puis de s’offrir quelques respirations – certes anxiogènes –, Raphaël Saint-Rémy et JC Jones sont comme furets au milieu de la basse-cour : de dangereux prédateurs étouffant des systèmes bien trop huilés pour être honnêtes.

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Raphaël Saint-Rémy, Jean-Claude (JC) Jones : Serendipity
Kadima Collective
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD :  01-09/ T1 – T9
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jac Berrocal, Vincent Epplay & Jean-Noël Cognard à Nantes, le 14 octobre 2016

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A Nantes, la neuvième édition du festival de création radiophonique Sonor, organisé par Jet FM, offrait une carte blanche à Revue & Corrigée (dont l’aimable rédaction du son du grisli vous conseille la lecture, en commençant par le N°108) : le 14 octobre, dans la salle Micro de Stéréolux, ce furent DAN/GO (Barbara Dang à l’épinette et Raphaël Godeau à la mandoline) puis Fassbinder (autre duo, et convaincant, composé de Golem Mecanique & Poule Poutre). Après quoi, Jac Berrocal passait une tête, et même trois puisque l’accompagnaient sur scène Vincent Epplay et Jean-Noël Cognard.

Ce n’était donc pas Chico Hamilton qui excita le personnage à coups de fûts et de clochettes : « C’est l’heure ! Jac Berrocal… » annonce Cognard sur cet extrait de film (ouverture de Rock'n Roll Station) dont le noir & blanc s’est substitué aux couleurs fauves de la prestation. A genoux entre un « ambianceur » inventif et un batteur facétieux, Berrocal s’exprime dans un patois – à la manière des anciens curés de villages – peu commun, fait de bribes d’Artaud et de mots mangés crus, de souffles portés par l’écho, de signes insensés et de sourires entendus. Si la messe est noire, elle est aussi amusée – le poète qu’il est marrie dans un même geste et un même son et la nouvelle provocation et le dernier espoir. Quant au concert, il fut simplement flamboyant – voilà pour le rouge –, au sortir duquel Jac Berrocal, chapeau sur l'oeil, tente le coup : « Allez, on part faire l’Olympia ! » Faut-il craindre pour le monument historique ?

Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Vidéos : KGB070272

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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100 (Clean Feed, 2016)

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Ayler résonne en eux : même façon d’entrelacer leurs lyrismes, mêmes élans convulsifs, même abstraction du rythme. Ceux qui y trouveront à redire retourneront vite à leurs petits princes sur papier glacé. Les autres (j’en suis, j’en suis !) ne s’useront jamais de leurs joutes, de leurs solidités et endurances résolues.

A Amsterdam, ce soir-là, Luis Vicente (trompette), John Dikeman (saxophone ténor), Wilbert de Joode (contrebasse) et Onno Govaert (batterie) apportèrent de nouvelles nuances : épurer le texte, créer une masse expressive, faire du torride un terrain d’expérimentation lisible, sortir d’un brötzmannisme stérile, introduire un zeste de brasier sonique, briser la stature du fort-en-gueule, ne plus saturer le cercle. Et, ainsi, camper dans la toute proximité des glorieux et admirés ancêtres.


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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 27 septembre 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Red Moon 02/ Rising Tide 03/ Undertow 04/ Vesuvius
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Nate Wooley, Hugo Antunes, Jorge Queijo, Mário Costa, Chris Corsano : Purple Patio (NoBusiness , 2016)

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C’est une autre fois ce même instrument, hybride et même étrange, enregistré le 12 mai 2012 – soit peu de temps avant l’enregistrement de Posh Scorch et celui de Malus publié déjà par NoBusiness – au Portugal avec des musiciens du pays : une trompette, celle de Nate Wooley, reliée à une batterie, celle de Chris Corsano. A ses côtés, trouver une contrebasse (Hugo Antunes) et deux autres batteries (Mário Costa et Jorge Queijo).

On aurait pu imaginer la triple batterie emmener la séance, mais l’association Wooley / Corsano l’en empêchera : sans attendre, celle-ci décoche ses premières flèches, qui montrent au quintette la direction à suivre : vers le bas, tous. Et la chute est vertigineuse, après laquelle la formation se posera au son d’une note unique lentement travaillée par Wooley. Il suffira ensuite à l’un des percussionnistes ou à l’archet d’Antunes de l’agacer un peu pour qu’elle prenne le dessus.

Avant de s’éclipser : la seconde face est en grande partie le champ d’action des seuls batteurs. Difficile de dire alors à qui sont dus les coups, que quelques roulements parviennent à balayer pour permettre au quintette de s’exprimer. C’est alors un jazz leste, voire lâche, qui finit de rassurer son auditeur : il n’est pas venu à Purple Patio pour rien.

écoute le son du grisliWooley / Antunes / Queijo / Costa / Corsano
Animals

purple patio

Nate Wooley, Hugo Antunes, Jorge Queijo, Mário Costa, Chris Corsano : Purple Patio
NoBusiness
Enregistrement : 12 mai 2012. Edition : 2016.
LP : A1/ Parturition A2/ Aurora A3/ Animals – B1/ Triangle B2/ Sueca
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Fred Frith, Darren Johnston : Everybody's Somebody's Nobody (Clean Feed, 2016)

fred frith darren johnston everybody s somebody nobody

Deux inclinaisons pour décrypter ce disque au mieux ? L’une mélodique, l’autre bruitiste ? Le chroniqueur saurait quoi écrire et le futur acheteur quoi acheter (ou télécharger). Tout irait pour le mieux dans ce vieux monde essoufflé. Oui mais voilà : Fred Frith et Darren Johnston ont décidé d’enrayer quelque peu la machine. Ils en sont capables et l’ont déjà prouvé à maintes reprises. Mais avant d’être les radicaux que l’on connaît, ils pratiquent aussi l’alphabet des sensibilités profondes. Alors, ce disque, c’est du sirop ? parce que ça aussi, ils en sont capables, et l’ont déjà prouvé à maintes reprises...

Non, ce disque ce n’est pas du sirop, mais de l’intimité partagée. Voilà tout. Le guitariste ne gonfle jamais les atmosphères, il désosse l’accord et n’en garde que le strict nécessaire. Mais il sait aussi être strangulations, galops et resserrements. Le trompettiste délimite un territoire sans jamais le cadenasser. Il peut glorifier la mélodie ou choisir d’enlacer de vifs remous salivaires. Comme savait si bien faire Lester Bowie à qui l’on pense plus d’une fois ici. Frith et Johnston naviguent entre tessitures et timbres et ne quittent jamais vraiment les grands espaces contemplatifs. On les suit et qu’importent alors les multiples facettes qu’ils se plaisent à parcourir ici.

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Fred Frith, Darren Johnston : Everybody’s Somebody’s Nobody
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 2013. Edition : 2016.
CD : 01/ Barn Dance 02/ Scribble 03/ Luminescence 04/ Everybody’s Somebody’s Nobody 05/ Bounce 06/ Morning and the Shadow 07/ Down Time 08/ Rising Time 09/ Scratch 10/ Ants 11/ Standard Candles
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Peter Evans, Alfred Vogel : Il Piccolo Incidente (Boomslang, 2016)

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Engagés dans une même spirale, Peter Evans (trompette de poche) et Alfred Vogel (batteur-percussionniste autrichien, fondateur du label Boomslang) n’ont que trente-trois petites minutes pour se présenter à nous.

Le souffleur et le percutant soignent les mêmes issues : flux et phrasés positionnés en rafales, vélocités assumées. Peu de techniques étendues ici (une corne de brume en vient quand même à passer par là) mais le jeu, rien que le jeu. Et à ce petit jeu (je ?), c’est le trompettiste qui emporte la partie, le percussionniste s’engouffrant parfois en des  coloriages superflus. Le batteur, par contre, sait faire jeu égal avec son bavard partenaire : jeu serré, caisse claire acérée, dextérité du geste. Le tout nous rappelant, épisodiquement, les divins duos Cherry / Blackwell.  Pas mal pour une première prise de contact.



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Peter Evans / Alfred Vogel : Il Piccolo Incidente
Boomslang Records
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Pe-av1 02/ Pe-av2 03/ Pe-av3 04/ Pe-av4 05/ Pe-av5 06/ Pe-av6 07/ Pe-av7
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Vijay Iyer, Wadada Leo Smith : A Cosmic Rhythm with Each Stroke (ECM, 2016)

vijay iyer wadada leo smith a cosmic rhythm with each stroke

Avant d’en découdre avec A Cosmic Rhythm with Each Stroke, suite en sept parties dédiée à l’artiste indienne Nasreen Mohamadi, Vijay Iyer et Wadada Leo Smith inaugurent leur duo avec Passage. Arpèges crépusculaires, trompette déchirant la voute céleste, le duo sélectionne les espaces à conquérir, ceux à bannir. Après A Cosmic Rhythm with Each Stroke, pianiste et trompettiste évoquent Marian Anderson. Chant crépusculaire, larges spectres, larges souffles, piano se libérant, la structure est ajustée, manifeste.

Au centre : A Cosmic Rhythm with Each Stroke, ou l’art des lignes crépusculaires et ininterrompues. Dans ce territoire de consonances : un seul paysage, une seule contrée. Le piano hèle la trompette, lui indique le chemin à suivre. Le temps de s’éparpiller et de se jauger, le désordre semble adopté. Puis se rétracte et réintègre l’harmonie initiale. Mais rien de monocorde ici, juste une grande et envoûtante résonance.



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Vijay Iyer, Wadada Leo Smith : A Cosmic Rhythm with Each Stroke
ECM / Universal
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Passage 02/ All Becomes Alive 03/ The Empty Mind Receives 04/ Labyrinths 05/ A Divine Courage 06/ Uncut Emeralds 07/ A Cold Fire 08/ Notes on Water 09/ Marian Anderson
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Dave Ballou : Solo Trumpet (Clean Feed, 2016)

dave ballo usolo trumpet

Pour indépassables qu’ils soient, Bill Dixon, Wadada Leo Smith, Axel Dörner et Peter Evans (liste à compléter) se voient aujourd’hui concurrencés par le premier disque de trompette solo de Dave Ballou.

Sobrement intitulé Solo Trumpet, ce disque voit Ballou expérimenter plusieurs pistes. On l’entend ainsi gagner en clarté au fil des plages (Tightly puis Broken Wing), tourner autour du  sujet, assumer angles et loopings (Dgas), progresser note à note (Construct), déchiffrer quelques indépendances opportunes (Construct encore), s’essayer – sans convaincre – aux techniques étendues (Wooley Warmth), retrouver l’éclat de Miles (Another Fool), s’inscrire dans des souffles quasi-continus (Sheets). Bref, ne pas réduire son talent à l’exercice de style.



solo trumpet

Dave Ballou : Solo Trumpet
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Tightly 02/ Dgas 03/ Laf 04/ Wooley Warmth 05/ Mumbling 06/ Another Fool 07/ Sheets 08/ Construct  09/ Broken Wing 10/ Loosely
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Vortex, J-Kristoff Camps (Un rêve nu, 2015)

vortex jk camps le grand attracteur

Par grand vent, Vortex (Heddy Boubaker au synthétiseur modulaie & Sébastien Cirotteau à la trompette amplifiée, tubes et caisse claire) résiste. Par grand vent, Vortex tient le cap. Vortex mastique le chaos, l’agrippe à nos tympans, y ajoute quelque insecte vibrant. Vortex chasse des troupeaux rampants. Vortex soulage l’excès. Vortex fait du heurt un programme. Vortex entretient l’entresol. Vortex crache le souffle.

J-Kristoff Camps remixe Vortex. D’une voix monocorde, JKC parcourt les tristes rapports de tristes personnages. On épie, on espionne, on surveille, on consigne et l’insurrection tarde à venir. Coup de Jarnac à Tarnac, les esprits moisis tissent de bases œuvres. On pourchasse les soleils. Heureusement, le Comité Invisible s’invite. Eveille. Welcome.



le grand attracteur

Vortex, J-Kristoff Camps : Le grand attracteur
Un rêve nu

Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Sexy Sushi 02/ Cinq de mieux 03/ La minute 04/ A Dance Contest 05/ En douze lettres 06/ JP 07/ Mochitsuki 08/ ADN 09/ Valse nocturne en Moselle 10/ Contestation Dance 11/ Bella Vita en six lettres 12/ A nos amis
Luc Bouquet © Le son du grisli

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