Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mikel R. Nieto : Dark Sound (Gruenrekorder, 2016)

mikel r nieto dark sound

N’étant pas bibliophile, je ne me suis guère intéressé à ce livre (pourtant très beau) imprimé noir sur noir… Comme Dark Sound (le titre de l’ouvrage) contenait un CD c’est vers ce CD que je suis d’abord allé.

Et là… des field recordings, bien sûr : c’est-à-dire qu’une fois encore des oiseaux dont je ne saurais jamais le nom chantent dans mon studio quand tout à coup un orage éclate. Rien que de très normal pour l’habitué du label Gruenrekorder que je suis. Si ce n’est qu’au bout de dix minutes environ, l’enregistrement m’a tout l’air d’une composition d’électronique minimale avant de changer encore d’aspect en virant musique concrète. Et c’est d’autant appréciable qu’ici la basse-cour est pleine et que cette réserve de bruits mécanico-futuristes (beaucoup de turbines et de générateurs on dirait) a chassé les derniers éperviers qui nichaient depuis des lustres pas loin de mon… lustre (c’est un meublé).

Reconnaissant à Mikel R. Nieto de m’avoir débarrassé de mes nuisibles, j’ouvre alors son livre. Ecrit en quatre langues, il parle d’écologie d’une manière assez originale (de l’impact de l’industrie pétrolière surtout : d’où le noir !) en mêlant un hommage au peuple Huaorani, un essai de José Luis Espejo (Ecopolitik) et  de nombreux témoignages (que je n’ai pas tous luz, je veux bien l'avouer). Pour en savoir plus une seule adresse. Notez que le prix de Dark Sound suit la courbe du baril de brut. Comme je vous le recommande, je vous conseille aussi de suivre ses fluctuations pour obtenir le meilleur prix.

dark_sound_cover

Mikel R. Nieto : Dark Sound
Gruenrekorder
Edition : 2016.
Livre + CD : Dark Sound
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944 (Tanuki, 2016)

ecstatic and wingless

Je ne sais comment présenter la chose (produite en 2015 par Canary et rééditée par Tanuki cette année), parce qu’elle est rudement intéressante. Cette cassette nous raconte (avec ses moyens) l’histoire d’une ornithologie faite à l’oreille par des enregistrements qui datent de 1910 à 1945. Et aussi celle de l’imitation par l’homme de différents sifflements d'oiseaux.

On passe donc d’un continent à un autre et on jongle avec les langues. Des noms que l’on ne connaissait pas (Margaret McKee, Charles C. Gorst, Charles Kellogg surnommé The Nature Singer) imitent / sifflotent / chantent… Et il y a aussi ce catalogue d’oiseaux (pinçon, merle…), cet homme qui nous apprend à faire comme eux, cet autre qui les fait parler anglais (come over here, well…). Au terme des deux faces, on en a appris bien plus sur l’homme et ses fantaisies que sur le chant des oiseaux, mais qu’importe... C'est indispensable !

a2475816422_10

Ecstatic & Wingless Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944
Tanuki
Edition : 2015. Réédition : 2016.
K7 : 01-15/ Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-44
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Astatine, Ogrob : Œil céleste (Doubtful Sounds, 2016)

astatine ogrob oeil céleste

Ce qui faite toute la grande qualité de cet Œil céleste (arghh, une dizaine de mots et j’ai déjà vendu la mèche !), c’est que ses deux faces ne se ressemblent pô. Mais pas pour cause de split, non… Alors pour cause de quoi ?

Œil céleste, c’est signé Astagrob & Astagrob c’est en fait Astatine (Stéphane Récrosio, qui officie dans le groupe que je ne connais pas Acétate Zéro) et Ogrob (Sébastien Borgo, de Micro-Penis & L’autopsie a révélé que la mort était due à l’autopsie). Voilà donc le « pour cause » : pour cause que c’est le foutoir et que dans ce foutoir on bute dans une clarinette basse, on se coupe à un piano à pouces, on craint total des noisy-loops quand on n’est pas en train d’essuyer une averse d’ambient expécrash (qui peut rappeler le duo Courtis/Moore).

On sort groggy (mais content) de la première face et là les types nous fichent un ou deux micros dans un jardin de banlieue que survolent des avions et qu’égaye une perruche (je crois que c’est une perruche). Voilà, c’est tout. Un coup d’avion, un coup de perruche, moi au milieu du petit carré de jardin où la terre empêche l’herbe de pousser, un autre coup de perruche, etc. Mais le ciel est bleu et j’ai l’œil céleste.

écoute le son du grisliAstatine, Ogrob
Œil céleste (extrait)

oeil céleste

Astatine, Ogrob : Œil céleste
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2014. Edition : 2016.
EP 10’’ : A-B : 01-06/ Œil céleste
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey (Unfathomless, 2015)

nicolas perret silvia ploner nyey

Moi ça me rassure dès qu’un oiseau pointe sa queue dans le coin. D’autant que sur ce CD ça se passe en Islande (si j’ai pas rêvé). Le vent sur les cratères, le crachat des geysers, les voix qui nous parlent d’extraterrestres, de nouvelle ère et de nouveau monde, voilà le genre... 

La phonographie de Nicolas Perret & Silvia Ploner n’est pas bien longue. Est-elle plus mystérieuse pour cela ? Oui sans doute car les sons et les (deux, il me semble) voix qu’elle fait parler font partie d’un paysage inconnu que le duo a visité puis reconstitué – jusque-là, rien d’original sur le papier.

Mais dans cette « recomposition », l’anxiété n’est jamais loin. Même quand on est assuré que rien de mal ne peut plus se passer (ni les oiseaux nous attaquer, ni les souffles nous emporter etc.) on craint fort. Mais c’est la force de Nýey de n’être pas rassurant. D’avoir su conserver dans la beauté de sa composition l’insécurité du voyage.


nyey

Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey
Unfathomless
Edition : 2015.
CD : 01/ Nýey
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

David Rothenberg, Korhan Erel : Berlin Bülbül (Gruenrekorder, 2015)

david rothenberg korhan ehrel berlin Bülbul

Cette suite de clarinette chiante. Pardon, reprenons.

Cette suite de clarinette voluptueuse

pour laquelle des oiseaux (allemands – papiere, bitte !) ont imaginé une chorégraphie (qu’en sais-je, de l’imagination des oiseaux ?).

Regardez donc comment vole sur ce son la pie-alouette ou la flouffe-de-goulette (svp, ne cherchez pas dans le dictionnaire de la LPO). De toute façon, on lui plumera le bec (de clarinette, ah !) et la tête, et la tête (de veau).

Dans le sillon ECM, David Rothenberg et Korhan Erel ont accouché d’un œuf.

Oui mais alors quoi à l’intérieur ?

Non gars, non : ni Ginette-des-Abruzzes ni Chiatique-des-prés (quoique) ! Mais une IPad-fadasse et une clari-fastoche. Mais tout ça enregistré à Berlin… Alors ? Berlin-Heureuse ?

Non, plutôt Bülbül fâché !

David Rothenberg, Korhan Erel : Berlin Bülbül (Gruenrekorder)
Edition : 2015.
CD : Berlin Bülbül
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Francisco López : Untitled#281 (Störung, 2014)

francisco lopez untitled#281

Ainsi le boîtier transparent qui enferme cette 281e composition sans nom de Francisco López  parvient à cacher le monstre multiple qui l’habite : électronique tumultueuse où l’usage des machines côtoie des chants de volatiles enregistrés aux quatre coins du monde.

Ce catalogue d’oiseaux évoquera bien sûr davantage les détournements de Merzbow que l’intérêt de Messiaen. Sur le disque, les pépiements sont en effet l’égal des râles – les oiseaux-mouches ne nichent-ils pas désormais en cavernes ? – et ce sont des espèces d’envergure qui s’ébattent en volières. Mais si les expérimentations de López produisent de nouvelles créatures, ce sont moins leur nouveauté que leur panache, mis en valeur par de savants encodages, qui rend leur découverte passionnante.

Francisco López : Untitled#281 (Störung)
Enregistrement : 1995-2010. Edition : 2014.
CD : Untitled #281
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Lasse-Marc Riek : Helgoland (Gruenrekorder, 2013)

lasse-marc riek helgoland

L’Angleterre et l’Allemagne se sont longtemps disputée Helgoland, et l’île a beaucoup souffert du conflit. Après la Seconde Guerre Mondiale, il a fallu par exemple détruire les bunkers allemands et lorsque sa population a regagné l’île en 1952, son environnement n’était plus le même. Voilà comment Lasse-Marc Riek nous présente Helgoland, terrain où il est allé enregistrer.

Son Helgoland à lui est raisonnée. C’est la mer et sa plage, le ressac, le bruit d’une embarcation, le surgissement d’oiseaux par centaines. L’ornithologie, Riek la pratique à l’oreille, tendant sa perche haut, la glissant dans des cavités, photographiant, notant l’heure exacte de sa rencontre avec telle espèce et la nature de tel témoignage – oui, témoignage… les oiseaux peuvent s’approcher très près du micro.

Je suis né loin de la mer et loin de l'Allemagne – plus encore de l'Allemagne océanique – mais prendre la barque dans ces conditions et suivre un guide tel que Riek m’apprend qu’il y a partout des choses capables de m’intéresser et de me faire imaginer avec une passion nouvelle.

écoute le son du grisliLasse-Marc Riek
Helgoland (7 extraits)

Lasse-Marc Riek : Helgoland (Gruenrekorder)
Edition : 2013.
CD : 01-16/ Helgoland
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation, 2009)

grislinenglishporcelain

Peintre et musicienne américaine, Vanessa Rossetto déploie sur Dogs in English Porcelain un paysage en perpétuelle évolution, soumis à différents éléments : field recordings, manipulations d’objets ou d’instruments (à cordes, le plus souvent), usages électroniques.

Une plage unique transforme ici les bruits du quotidien en paysages insensés dans lesquels l’indécision d’un archet croise des souffles grandioses et le sifflement d’oiseaux en cage disparaît en mécaniques trop concrètes. Oscillations, larsens, bourdons, résonnances, bruits de frottements et rumeurs timides finissent de peupler l’espace : champ d’expérimentations diverses que Vanessa Rossetto investit avec une perversité raffinée.

Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dogs in English Porcelain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Kristian Blak : Fuglamál, Aviphonie n°3 (Tutl, 2003)

fluglasli

Terres distantes et ignorant les forêts, les îles Féroé n’en accueillent pas moins un nombre conséquent d’obstinés oiseaux de passage. Des goélands bruns, troglodytes mignons, pétrels glacials ou mouettes tridactyles croisés un jour et enregistrés par Karsten Larsen, on trouvera la trace sur Fuglamál, Aviphonie n°3 de Kristian Blak, pianiste du coin, qui réarrangea les chants, piaillements et mouvements d’ailes, afin d’en faire une œuvre iconoclaste et surprenante.

Cinq tableaux se succèdent au gré de la boussole, et donnent à entendre un patchwork de plaintes menaçantes (Eystur – Part I-III), d’instants d’envol (Veingir – Part I) ou de traversée de grotte (Sudur – Part III). Ailleurs, plus simplement, des preuves discrètes d’existence (Vestur- Part II). Le son à peine retouché – les dénaturations de Blak se limitant à quelques larsens ou effets de potentiomètres –, c’est l’élaboration de séquences musicales qui fournit son intérêt extra écologique au disque. Echantillons de rythmes fortuits (Vestur – Part II), véritables compositions minimalistes (Veingir – Part III) ou simili pièces électroniques hésitant entre ambient sombre et cold wave étouffée (Sudur – Part I-III), les résultats auxquels aboutit Kristian Blak lorsqu’il s’attache à transformer sa matière première rivalisent d’étrangeté, et se partagent une même réussite.

Fluglamál, Aviphonie n°3 est un passage en terres féroïennes, littéralement « îles de moutons », qu’on n’a pas une seule fois entendu. Les dernières interventions (Nordur – Part I-III), plus brutes dans leur traitement, nous ramènent au matériau originel d’un projet musical curieux autant qu’abouti. Elles nous raccompagnent aussi, et sereinement, au nid.

Kristian Blak :  Fuglamál, Aviphonie n°3 (Tutl)
Edition : 2003.
CD : 01/ Eystur - Part I 02/ Eystur - Part II 03/ Eystur - Part III 04/ Vestur - Part I 05/ Vestur - Part II 06/ Vestur - Part III 07/ Veingir - Part I 08/ Veingir - Part II 09/ Veingir - Part III 10/ Sudur - Part I 11/ Sudur - Part II 12/ Sudur - Part III 13/ Nordur - Part I 14/ Nordur - Part II 15/ Nordur - Part III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>