Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Pierre-Yves Martel : Estinto (E-tron, 2016)

pierre-yves martel estinto

Je n’ai d’abord pas voulu savoir de quel instrument joue Pierre-Yves Martel. J’ai écouté, et j’ai entendu une cymbale, un souffle d’anches, un melodica, etc. qui y allaient de leur note tenue quelques secondes les uns après les autres et parfois (plus sauvage) en même temps. Mystérieux, tout ça (d’autant qu’entre les notes il y a des silences qui font réfléchir).

A force de ruminer, je suis allé lire les inscriptions de la pochette : viole de gambe (soprano) et harmonica. Comme je suis de mauvaise foi, je peux avouer que je ne me suis pas tellement trompé, si l’on prend en compte que Martel joue souvent simultanément la même note aux deux instruments = c’est une sorte de nouvel instrument qu’il m’aurait fallu deviner. Reste un nouveau mystère : comment fait-il pour nous tenir en haleine avec cette suite de sons crissants (& improvisés) ? Son minimalisme (réductionnisme, si j’osais…) nous scotche par sa haute tenue. Et quand ce n’est pas le cas, c’est qu’il nous surprend en vrillant mélodique. Entre Feldman et Capece, pour les amateurs…



estinto

Pierre-Yves Martel : Estinto
E-tron
Edition : 2016.
CD : 01/ Estinto
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience, 2014)

ghédalia tazartès la

Mettre un disque de Ghédalia Tazartès, c’est un peu comme aller voir ses grands-parents (quand on en a encore) : on sait ce qu’on va (ce qu’on peut) y trouver, on sait d’avance les temp(o)s morts (avant eux), les désillusions, la naphtaline, mais aussi… on n’est pas à l’abri des surprises cachées dans le grenier.

Alors on y revient, au Tazartès, et ce disque LA. ne nous fait pas regretter l’habitude qu’on a prise. Car dès les premières secondes, son folklore sous les bombes ressurgit, comme son langage replié pour cause d’intempérie dans une boîte en carton (c’est que, diantre, sa chanson est soluble !), ses airs de diasporiste à jambe unique, sa guimbarde triple-note, son harmonica-désamorcé, ses flûtes engrenaillées, ses psalmodies tibéto-couinardes, ses voix de fausset faussées (à la Romico Puceau), sa poésie salasse, ses oiseaux gonflés à l’hélium, sa nostalgie-vodka hypnotique, ses messages subliminaux (n’entends-je pas « il vient de me dire non » ou « l’amour, c’est tant de boisson » ?). Désaxé, certes ;  hirsute, certes ; plein, tambien !

Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience / Metamkine)
Edition : 2014.
LP : A1-A6/ Oslo – Solo B/ LA.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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L'Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges, 2012)

ocelle mare serpentement

Sous le nom de L’Ocelle Mare, Thomas Bonvalet fait désormais pousser des plantes inquiétantes – fleurs sauvages arrangées en bosquet auquel mène ce Serpentement. Elles nécessitent peu de lumière mais demandent qu’on les soigne en musique : des morceaux épars de guitares désormais en miettes et un harmonica fuyant les phrases longues feront leur affaire.

Avec patience, Bonvalet reprend donc ses travaux là où il les avait laissés – cet Engourdissement plus abstrait que ne le fut jamais son discours. De zones de turbulence en silences impérieux, il compose à coups de progressions mélodiques interdites et d’ombres portées, de tremblements de cordes et de bourdons las, d’harmoniques et de soudains retours d’amplis, appelant là au déraillement d’un train de rouilles, imaginant ici une flore disparate que menacent les combats auxquels se livrent tiges nouées et épines menaçantes. Le souvenir du tic tac d’une montre entendu en ouverture , et voici que vingt-et-une minutes ont passé. C’est déjà l’heure de l’échappée.

EN ECOUTE >>> Serpentement 1

L’Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges / Murailles Music)
Enregistrement : Novembre 2011. Edition : 2012.
CD : Serpentement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Raymond Boni : Welcome (Emouvance, 2012)

raymond_boni_welcome

Il y a un territoire Boni. Un territoire sans frontières. Un territoire ouvert, accueillant. Parfois, la solitude s’y installe. Mais cette solitude est peuplée. Peuplée d’amis (Patrick Williams) et d’inspirateurs (John Coltrane, Nina Simone). Ce territoire, il fait bon y naviguer.

C’est un territoire d’invitation et de tendresse. Y résident un harmonica facétieux et quelques guitares bagarreuses. L’une est acoustique. Elle frôle le blues, l’espérance, les vents épais. L’autre est électrique, manouche et paquebot. Elle furète le chaos, nous questionne. Combien pour nos âmes (How Much For Your Soul) ? Combien de temps encore pour ouvrir nos cœurs et nos sens (Welcome) ? Raymond Boni tel qu’en lui-même : fort, fragile, infini.

Raymond Boni : Welcome (Emouvance)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.  
CD : 01/ Welcome 02/ Petite rivière 03/ How Much For Your Soul 04/ Un Manouche dans New York 05/ Gitano Marinero 06/ Des coquelicots dans les Bleuets 07/  Black Is The Colour Of My True Love’s Hair
Luc Bouquet © le son du grisli

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