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Lee Konitz, Chris Cheek, Stéphane Furic Leibovici : Jugendstil II (ESP, 2010)

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En ouverture, les alléchants contrepoints – contre-chants de l’école Konitz-Marsh-Tristano. Juste le dialogue ambré d’un ténor (Chris Cheek) et d’un alto (Lee Konitz), tous deux délestés de la performance. Rien à départager, tout à partager. Le tout sous les doigts attentifs de l’enveloppante contrebasse de Stéphane Furic Leibovici. Rien d’inutile chez eux, juste l’obligation de dire les choses essentielles : l’entente, l’abandon, l’écoute, la proximité, la confiance.

Et ainsi, plage après plage, et après que vibraphone, flûte, harpe, célesta et clarinette eussent embelli une musique de l’offrande même, nous voici, déjà, en fin de route. En fin de jazz pourrions nous écrire tant tous les codes de la musique ternaire se trouvent ici renouvelés, réinventés. Car une petite chose est passée par là et qui a transfiguré la musique : la douceur. Et la douceur n’est jamais à sous-estimer. Une belle et sobre musique et, indiscutablement, le meilleur enregistrement de Lee Konitz depuis des lustres.

Lee Konitz, Chris Cheek, Stéphane Furic Leibovici : Jugendstil II (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Edition : 2010.
CD : 01/Odysseus Return Home 02/ Tomorrow I Shall Dance for You 03/ A Music of Tranquillity 04/ Float West on the Slender Current 05/ A l’île de Fressanges 06/ Les mains de Pénélope 07/ Phongsaly 08/ Local Heroes
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD, 2010)

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Un alto dans le décor : celui de Lee Konitz en studio de télévision rouge et or. Dès les premières minutes, l’exposé se veut vulgarisateur – pourquoi pas – mais, en conséquence semble-t-il, la camera bouge sans cesse, les plans se succèdent à une vitesse au point de s’avaler les uns les autres.

On regrette la caméra fixe captant ce solo de Steve Lacy, stable image en noir et blanc à laquelle se raccrocher pour ne pas céder tout à fait à la nausée avant de décider d’écouter Lee Konitz et de l’écouter seulement. Avec un certain détachement, entendre alors le saxophoniste en pleine démonstration : de chant plein et intense (Improvisation #1) ou de relectures soignées (The Rebirth of Cool, Subconscious). S’il se veut exposé, le discours n’en est pas moins insondable quelques fois, disant dans le même temps que l’exercice du solo est, sous les doigts de l’improvisateur inspiré, un contact direct avec celui qui l’écoute autant qu’un moment d’intimité privilégié.

Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
DVD : 01/ Thinking Kary's Trance 02/ The Rebirth of Cool 03/ Subconscious 04/ Improvisation #1 05/ Improvisation #2 06/ What's New
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Albert Mangelsdorff: And His Friends (MPS - 2003)

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Albert Mangesldorff And His (Six) Friends. On a très peu d’amis, sans doute, mais les six duos minimalistes et baroques enregistrés entre 1967 et 1969 privilégient l’entente plutôt que le foisonnement.

En ouverture, une discussion entre Mangelsdorff et Don Cherry sur un thème de Terry Riley, I Dig It, ici rebaptisé I Dig It, You Dig IT, principe en filigrane de l’album entier. La complicité mène à l’amusement et, de répétitions entrelacées en improvisation souriante, les deux musiciens exploitent entièrement leur instrument, autant musicalement que physiquement (sons sortant de l’instrument, puis de l’embouchure seule). La voix de Don Cherry prononce, enfin, le titre du morceau, et clôt le duo le plus emblématique publié ici, l’âme, presque, du projet mené par le tromboniste allemand.

Aux côtés d’Elvin Jones (My Kind of Time), Mangelsdorff écoute d’abord le swing imposé, avant de suivre. Allégeance discrète faite au batteur, le tromboniste se montre plus volubile lorsqu’il enregistre avec Karl Berger (Way Beyond Cave), au vibraphone sage et précis, ou en compagnie d’Attila Zoller (Outox), dont la guitare, pas impressionnante, cherche la réponse adéquate à l’imagination de Mangelsdorff, ne la trouvant qu’à la toute fin du morceau.

Al-Lee, courte improvisation aux influences hongroises, démontre un Lee Konitz capable du meilleur dans le domaine. Braxton policé, le saxophoniste entame une véritable course contre le trombone, jusqu’à le rejoindre, et à faire du duo une démonstration irréprochable de l’entente de deux musiciens jouant, on peut le croire, d’un seul et unique instrument.

Dernier instrument à prendre place auprès du trombone, le piano de Wolfgang Dauner entame, en maltraitant les cordes, une romance là pour soigner. Succession de notes intemporelle et rarement de bon goût confrontée à l’avant-garde de cette fin d’années 1960, My Kind of Beauty, morceau baroque et décalé, est une couverture idéale, étouffant d’accalmie le chaos imposé tout au long du disque par Albert Mangelsdorff et ses amis.

Albert Mangelsdorff : And His Friends (MPS)
Enregistrement : 1967-1969. Réédition : 2003.
CD : 01/ I Dig It, You Dig IT 02/ My Kind of Time 03/ Way Beyond Cave 04/ Outox 05/ Al-Lee 06/ My Kind of Beauty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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