Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Barry Guy New Orchestra : Amphi + Radio Rondo (Intakt, 2014)

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L’agencement de passages solos au sein des rigoureuses compositions de Barry Guy n’est pas chose nouvelle. Homme de fluidités et de tuilages, le contrebassiste britannique creuse à nouveau ce sillon avec son New Orchestra (Agustí Fernández, Maya Homburger, Evan Parker, Jürg Wickihalder, Mats Gustafsson, Hans Koch, Herb Robertson, Johannes Bauer, Per-Ake Holmlander, Paul Lytton, Raymond Strid).

Aux avant-postes d’Amphi, contrebasse et violon prennent le parti de lier et de relier dans un même mouvement ce qui ne le fut que rarement : les deux cent ans séparant la musique baroque de la musique contemporaine, l’effervescence d’un trio saxophone-trompette-piano opposé aux effets contrapunctiques de ces mêmes cordes.

Radio Rondo régénère quelques dissonances titubantes avant de débrider la masse orchestrale. Terrain plus connu ici et où solos brûlants, clusters, vagues et crescendos retrouvent les justes effusions de jadis. Soit deux figures bien connues de l’ami Barry Guy. Bien connues, mais toujours autant appréciées.

écoute le son du grisliBarry Guy New Orchestra
Amphi + Radio Rondo (extraits)

Barry Guy New Orchestra : Amphi. Radio Rondo (Intkat / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/Amphi 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Alípio C. Neto: The Perfume Comes Before The Flower (Clean Feed - 2007)

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Sur The Perfume Comes Before The Flower, trouver auprès du saxophoniste brésilien Alípio Neto : le trompettiste Herb Robertson, le tubiste Ben Stapp (sur trois titres), le contrebassiste Ken Filiano et le batteur Michael Thompson. Quartette ou quintette d’un jazz cosmopolite.

Et accrocheur : qui installe crescendo un étrange climat sur le déhanchement inquiétant de petites flûtes et du tuba (The Flower), impose directement un free jubilatoire tirant profit des phases improvisées davantage que des phases écrites (The Perfume Comes Before, The Pure Experience), ou se partage entre quelques hésitations traînantes (The Will) et le loisir accommodant d’une réalité éléphantesque. Spontané et percutant.

CD: 01/ The Perfume Comes Before – Early News 02/ The Will – Nissarana 03/ The Flower – Aboio 04/ The Pure Experience – Sertão 05/ La réalité – Dancing cosmologies

Alípio C. Neto - The Perfume Comes Before The Flower - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International. 

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Herb Robertson: Live at Alchemia (Not Two - 2007)

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En concert à Cracovie, le trompettiste Herb Robertson – à qui l’on doit déjà cette année l’excellent Parallelisms – invite Frank Gratkowski (saxophones alto et clarinettes), Julien Petit (saxophones ténor et baryton), Marcin et Bartlomiej Brat Oleś (contrebasse et batterie), à hésiter sans cesse entre incandescence lyrique et abstractions appuyées.

Ne cachant pas son amour pour un free jazz des origines, le quintette parvient à élaborer sept combinaisons plutôt inspirées : plaintes accordées d’un bestiaire fantasmé (It Doesn’t Work Like That !), lente élaboration de pièces folles à lier (Nebula, A Precarious Situation), ou étude d’une musique contemporaine renversée (Discombobulating) – sur laquelle la clarinette de Gratkowski imagine Stravinsky osant la compagnie d’une section rythmique discrète.

A cela, le groupe ajoute l’allure hésitante de Ballad for Bacchalania Harbor et les formes multiples à aller à Fluttering, qui pourrait s’apparenter à l’œuvre d’un Art Ensemble patient avant d’affirmer violemment chacune de ses trouvailles : histoire pour Robertson, comme sur Parallelisms, de tirer encore profit du contraste.


Herb Robertson, Ballad For Bacchanalia Harbor. Courtesy of Not Two.

CD: 01/ Nebula 02/ Fluttering 03/ 2 Phone Addicts 04/ It Doesn’t Work Like That ! 05/ Discombobulating 06/ A Precarious Situation 07/ Ballad For Bacchanalia Harbor

Herb Robertson Trio - Live at Alchemia - 2007 - Not Two Records.

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Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower, 2007)

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Trompettiste  brillant, entendu  notamment  aux  côtés  de Gerry Hemingway ou au sein du Fonda / Stevens Group, Herb Robertson sort sur son propre label l’enregistrement de sa rencontre récente avec deux improvisateurs réputés : le saxophoniste Evan Parker et le pianiste Agustí Fernández.

Sur Spore Attic, d’abord, le trio amasse autant de notes traînantes que d’interventions agressives, toutes mises à contribution dans l’édification d’une pièce bouleversée, qui traîne ses doutes avec la même force que Vim Chattering consolidera le lien frénétique qui unit les instruments à vent. Qu’ils se mettent d’accord sur la gamme à dévaler ensemble (Parallelisms, introduit par les aigus ressemblants du soprano et de la trompette) ou progressent selon les nécessités d’une inspiration plus individuelle (Trichotomy), les musiciens rivalisent d’idées, le plus souvent détachées de toute conventions : voix de Robertson investissant l’échange ou gestes dévoyés de Fernández.

Pivot d’un système agité, Susurration révèle une atmosphère ténébreuse faite de résonances graves issues du piano et de sifflements inquiets, développement lent sur la fin duquel sourdent les tensions, quand partout ailleurs, elles s’imposent sans louvoyer. Contraste accommodant l’éclatante démonstration.

Herb Robertson : Parallelisms (Ruby Flower)
Edition : 2007.
CD :
01/ Spore Attic Basement 02/ Trichotomy 03/ Parallelisms 04/ Susurration 05/ The Living Daylight 06/ Vim Chattering
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

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S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Gerry Hemingway: The Whimbler (Clean Feed - 2005)

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Le jazz moderne n'est pas une danse. Pas plus qu'une variété croonante, ou une musique électronique sans charme sur laquelle on greffe quelques trompettes, et grâce auxquelles des promoteurs de bonne volonté n'en finissent plus de rassurer : "N'ayez pas peur du jazz, il ne vous bousculera pas". Induit en erreur, qui n'échappe pas aux slogans et promotions passera à côté de Ken Vandermark, William Parker ou Gerry Hemingway.

A l'encontre de ceux là, travailleurs quasi clandestins, les mêmes promoteurs lanceront bien une fois ou deux "Eh bien, qu'ils se fassent entendre!" N'y a-t-il pas de la place pour tous, en effet, même si c'est à l'aveugle, au sourd et au manchot, qu'on distribue les doses ? Reste à ceux qui ont reçu bien peu la passion véritable, l'art de relativiser la marche tronquée des choses. Et de croire sans faillir, pour pouvoir encore se montrer capable. Comme Hemingway, justement, lorsqu'il signe The Whimbler.

Batteur subtil emmenant un quartet accompli, il résume en un disque les tournures du jour d'un jazz véritable. Jouant avec les références d'une histoire chargée, il donne à entendre une pièce sophistiquée (Waitin), un free soft avide de déroutes (In the Distance), ou un blues libéré du respect des grilles (Pumbum). Au ténor et à la trompette, Ellery Eskelin et Herb Robertson se chargent des brillances là où l'on opte pour la déstructuration du thème (Rallier), doublent superbement les phrases écrites de The Current Underneath.

Parti d'un riff envoûtant de basse qu'impose Mark Helias, étoffé par les percussions choisies d'Hemingway et gagnant en puissance sur toute sa longueur, ce morceau mêle avec réussite le groove des intentions et l'assurance du jeu. Pendant sensible, The Whimbler est servi par l'unisson des vents, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus assumer l'entente. Alors, les attaques fusent, posent d'autres couleurs tout en révélant la subtilité des arrangements.

Imprécis une seule fois (Curlycue), le quartette affirme son propos par une exception confirmant la règle : celle d'une émulsion jouissive qui aura mené le groupe des discours profonds (Spektiv) au défoulement final (Kimkwella). Et The Whimbler d'être ce genre de résultat, qui aide à accepter plus facilement les erreurs de charlatans établies vérités. Juste histoire de poursuivre la quête, et de servir encore la bonne cause que l'on cache.

CD: 01/ Waitin 02/ Rallier 03/ The Current Underneath 04/ Pumbum 05/ The Whimbler 06/ Spektiv 07/ Curlycue 08/ In The Distance 09/ Kimkwella

Gerry Hemingway Quartet - The Whimbler - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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