Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
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David Grubbs : Prismrose (Blue Chopsticks, 2016)

david grubbs prismorose

Autant le dire tout de suite, Prismrose ne bouleversera pas le cours du Grubbs. Mais le disque a ses charmes et si l’on est nostalgique on pourra même applaudir, ému, à cette collection de six pièces pour electric guitar (Grubbs n’y chante qu’une seule fois, et du Walt Whitman en plus) qui poursuivent l’introspective-exploration des deux CD An Optimist Notes the Dusk & The Plain Where the Palace Stood.

Cordes pincées, médiator, pompe, riffs… l'homme touche à tout pour explorer à la Telecaster le champ des possibles mélodiques et harmoniques. En plus, il varie les exercices : duos avec la batterie fouino-fouilleuse d’Eli Keszler (par trois fois), exploration libre ou historique (une rapide relecture de Guillaume de Machaut sur Cheery eh). Ici on pense (inévitablement) à la guitare de Jim O’Rourke et là aux soliloques de Jandek mais cette succession d’instantanés dit surtout beaucoup de la personnalité de Grubbs et de ses réflexions instrumentales…

prismrose

David Grubbs : Prismrose
Blue Chopsticks
Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ How to Hear What’s Less than Meets the Ear 02/ Cheery Eh 03/ When I Heard the Learn’d Astronomer 04/ Manifesto in Clear Language 05/ Nightfall in the Covered Cage 06/ The Bonsai Waterfall
Pierre Cécile © Le son du grisli

les-disques_FLe samedi 23 avril,  David Grubbs et Pierre-Yves Macé seront à Paris, au Monte-en-l'air, pour parler du livre Les Disques gâchent le paysage paru aux Presses du Réel. 

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Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang, 2014)

oren ambarchi eli keszler alps

Avec le soin qu’on lui connaît, le label Dancing Wayang – dans son catalogue, déjà deux duos recommandables : Okkyung Lee / Phil Minton et John Edwards / Chris Corsano – a enveloppé Alps, vinyle lourd qui retient deux improvisations enregistrées le 26 juin 2013 par Oren Ambarchi et Eli Keszler.

Le premier est à la guitare électrique et aux cymbales, le second à la batterie, aux percussions, aux crotales et aux cymbales aussi. Celles-là tournent forcément : sous l’archet, leurs sifflements de cristal accordent même les musiciens avant qu’ils ne s’expriment plus âprement. Quittant la rumeur (pour y revenir un peu plus tard), c’est alors Keszler qui crible sa batterie de coups secs et rapides, obligeant Ambarchi à intensifier ses plaintes persévérantes.

En seconde face, le guitariste prendra, sinon sa revanche, au moins le dessus : n’est-ce pas lui qui, le long d’un possible hommage à son camarade Keiji Haino, manie la saturation psychédélique qui presse la frappe de Keszler ? Deux fois convaincant, le duo se sera donc montré volontaire après avoir été plus subtilement turbulent.

Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang)
Enregistrement : 26 Juin 2013. Edition : 2014.
LP : A/ Alps I B/ Alps II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eli Keszler : Catching Net (PAN, 2012)

eli keszler catching net

Savoir si une installation (qui sonne) peut passer au format CD sans être trahie derechef est une interrogation qui en vaut bien une autre dans le domaine de l’art contemporain – et de la reproduction phonographique. Ici, je n’oserais pas de réponse mais ferais le constat de Catching Net, où Eli Keszler a rassemblé des sons d’installations de ces deux dernières années.  

Ça se lève d’abord comme la tempête. Le batteur, avec Greg Kelley (trompette), Ashley Paul (saxophone), Geoff Mullen (guitare préparée), Reuben Son (basson) et Benny Nelson (violoncelle), nous fourre la tête dans un marasme enchanteur et puis c'est le corps entier. On se laisse envahir par  les chocs de résonance, on prend quelques coups de lame, mais les quelques bleus qu’on y gagne valent le coup. Après quoi, Keszler pense pouvoir écrire pour un quatuor à cordes… Et il fait bien. Dans un lieu qui résonne lui aussi, Ikue Mori arrache des cris à son piano (j’entends parfois une guitare). Ces cris, le Providence String Quartet cherche à les étouffer. Et la musique tient en haleine son auditeur (au point d’en oublier l’installation dont elle découle). En conclusion, Keszler complote seul, joue avec des cordes de piano et de l’eau, et sa musique s’en trouve enténébrée. Comme quoi, quand l’artiste est à la hauteur, l’installation peut se résoudre à n’être que musique…

EN ECOUTE >>> Catching Net (extrait)

Eli Keszler : Catching Net (PAN / Metamkine)
Edition : 2012.
LP : Catching Net
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee, Eli Keszler : Ithaca (8mm, 2012)

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On sait l’intérêt que Joe McPhee trouve depuis toujours à interroger sa force d’invention au contact de fauteurs de troubles sonores (John Snyder, Raymond Boni…). Il se peut que ces fauteurs de troubles soient batteurs (John Heward, Chris Corsano, Paal Nilssen-Love…). A cette liste pointilleuse, il faudra désormais ajouter le nom d’Eli Keszler.

La rencontre de McPhee avec le jeune homme – qui peut ailleurs user de guitares ou penser de retentissantes installations – date de 2010 et eut lieu à l’Université Cornell. Les choses qu’ils trouvèrent à se dire révèlent des références communes (free jazz, lyrisme et virulence) et des enjeux voisins (recherches sur le son quelques fois détachées de toute optique musicale). Au soprano, McPhee renvoie chacun des signaux nés de la frappe sèche de Keszler ; en halluciné qui en démontre, celui-ci peut aussi interférer dans la progression mélodique ou venir casser un sifflement endurant.

Déjà convaincant, le duo connaît un sursaut d’originalité sur la seconde face : là, McPhee retourne aux graves pour faire face aux aigus que charrient les cymbales avant de débiter des phrases qui entameront l'équilibre et la quiétude trouvées. Si Keszler démontre qu’il est en mesure de battre le tambour avec un aplomb aussi féroce que Corsano et Nilssen-Love, les mobiles phoniques qu’il déplace en compagnie de McPhee rappellent les atmosphères que ce-dernier peignit avec Snyder ou Heward. Sur cette nuance, voici la boucle bouclée.

Joe McPhee, Eli Keszler : Ithaca (8mm)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
LP : A/ - B/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Grubbs : Creep Mission (Blue Chopsticks, 2017)

david grubbs creep mission copy

La forêt de disques que David Grubbs a plantée ne l’empêche pas de continuer à semer, de temps en temps. Dernière preuve en date : Creep Mission

Ça commence de manière informelle, à la guitare solo, avec un arpège clair qu’une fausse note déséquilibre (sciemment). Et quand arrivent la trompette (de Nate Wooley), les electronics (de Jan St. Werner) et la batterie (d’Eli Keszler), c’est l’orage : la dissonance fait de plus en plus d’effet et fait claquer une distorsion, puis une autre, et ainsi de suite. Ça commence fort, donc, et cette tension ne retombera pas.

Mieux, même ! Les musiciens feront de cette tension un membre supplémentaire de la team plutôt qu’un instrument. Et le nouveau membre, et bien, c’est un agitateur fou qui leur vole dans les pattes ou les plumes, leur souffle dans le bec ou dans la caisse… Il n’y a donc pas qu’aux caprices des instrumentistes qu’obéissent les compositions de Grubbs.

A cela, il faut ajouter leur « inquiétante étrangeté », il n’y a qu’à entendre l’électroacoustique de Jeremiadaic pour s’en convaincre ou le dronesque The C In Certain (on aura compris l’allusion). Je n’ai presque rien d’autre à dire qu’à vous enjoindre d’y courir. Ah si, dire que Grubbs retrouve le solo à l’acoustique et que son jeu de guitare a le don de transformer une mélodie dont d’autres se seraient bien satisfaits. C’est bon, maintenant, vous pouvez y courir.

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David Grubbs : Creep Mission
Blue Chopsticks / Drag City
Pierre Cécile © Le son du grisli

 lsdg3Cette chronique de disque est l'une des soixante que l'on trouvera dans le son du grisli #3, à paraître fin décembre. En outre, comme le hasard fait bien les choses, ce numéro proposera une évocation d'AMM signée... David Grubbs.

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