Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian, 2013)

bondi demierre kocher dincise occa

Les bourdons et sifflements périssables, multipliés en conséquence, de l’accordéon de Jonas Kocher agiront une fois encore comme autant d’aimants. A eux, viendront dans un ordre ou un désordre que seul peut permettre l’improvisation de groupe – pas aussi fourni que l’Insub Meta Orchestra, celui-ci, mais imposant quand même –, le bruissement des cordes de piano que pince ou frôle Jacques Demierre, les rumeurs des caisses graves de Cyril Bondi, les ornements électroniques de D’incise.

C’est bientôt le battement d’un cœur que l’on soupçonne puis que l’on authentifie. Entre ses silences – courts mais parfois pesants, qui plusieurs fois en tout cas nous font craindre l’abandon –, il chante à force de tremblements orageux, de larsens contrits, de carillons presque éteints, d’harmoniques intimidées par leurs propres possibilités, voire formules… toutes sonorités qui, après avoir exploré tout l’espace, s’en reviendront droit au cœur large qui jadis les nourrit.

Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian / Metamkine)
Enregistrement : 29-31 août 2011. Edition : 2013.
LP : A1/ Telllre A2/ Scrae A3/ Rssac(s) – B1/ Iln Acynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alexandr Vatagin : Serza (Valeot, 2013)

alexandr vatagin serza

La liste des musiciens invités par Alexandr Vatagin (Port-royal, Tupolev, Quarz) sur Serza est longue : Pawn, Hideki Umezawa, Fabian Pollack, Martin Siewert, Peter Holy, Lukas Scholler, Giulio Aldinucci et James Yates. Mais est-elle assez longue pour changer l’electronica ambient pop du monsieur en opus recommandable ?

Pas sûr, puisque l’album s’inscrit dans une lignée 12k / Häpna sans se montrer très original (et même, comme sur Mantova, tristement parodique). Les invités susnommés (Siewert mis à part, qui profite de sa présence pour donner un goût de Trapist au CD) se baladent dans un décor de carton-pâte qui manque de consistance. Gentil, trop gentil.

EN ECOUTE >>> Bows and Airplanes

Alexandr Vatagin : Serza (Valeot)
Enregistrement : 2007-2012. Edition : 2013.
CD / DL : 01/ Elisa 02/ Bows and Airplanes 03/ Elbe 04/ Mantova 05/ La douce 06/ March of the Dancing Barriers 07/ Insomnia 08/ Different
Pierre Cécile © le son du grisli

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Michael Esposito Expéditives

Michael Esposito Expéditives

1

Phantom Airwaves : Unsure (PAW, 2006)
Le dos d’Unsure prévient : « These recordings on the CD contain voices of unknown origin. These voices may be of deceased persons and may be offensive to some listeners ». S’il souligne l’intérêt pour l’EVP (Electronic Voice Phenomenon / Phénomène de voix électronique) qui anime les travaux de Michael Esposito (Phantom Airwaves), la référence – nappes synthétiques en boucle et déclenchement d’appareils d’enregistrement – n’est pas la plus enthousiasmante de la discographie de l’artiste en question.

2

Phantom Airwaves : Perryville Battlefield (PAW, 2007)
Sur le champ de bataille de Perryville, Esposito enregistra le 10 mai 2007 : la guerre civile américaine évoquée au son d’une ambient en suspension qui accueille la voix de Thomas Edison consignée sur cylindre phonographique, une nuée de criquets ou des grisailles sonores d’origine inconnue. C’est ainsi que Perryville Battlefield se fait remarquer et impose avec autorité l’art qu’a Esposito de la transfiguration.

3

Michael Esposito, Leif Elggren, Emanuel Swedenborg : The Summerhouse (Firework Edition, 2007)
En sa compagnie (et celle de Leif Elggren), Esposito passa le 17 juillet 2007 dans la maison d’été d’Emanuel Swedenborg, à Stockholm. Le temps de mettre en boîte un peu de vent infiltré, le bruit de vibrations supposées, enfin des voix qui se bousculent : plaintes d’hommes et suppliques de femmes bouclées bientôt, mais aussi bruits de moteurs et craquements divers. Etonnant.

4

Michael Esposito, Leif Elggren : Fire Station 6 (Firework Edition, 2007)
Quelques semaines plus tard, avec Leif Elggren encore, Esposito enregistrait dans une caserne de pompiers de l’Indiana. C’est là une réflexion sur l’accident, la catastrophe et la mort, sur l’instant qui soudain vous dérobe au monde. Au son : des boucles de bruits minuscules, des questions adressées par les agents du feu à quelque victime, des échos de voix attrapés au passage. Des morceaux d’atmosphères graves où Esposito et Elggren envisagent le document en artistes qu’ils sont.

5

Michael Esposito, FM Einheit : The Sallie House (Firework Edition, 2008)
Avec FM Einheit (Einstürzende Neubauten), Esposito fit deux courts séjours, en 2005 et 2006, dans une maison hantée du Kansas : The Sallie House. Sur un drone, il semblerait que des présences se fassent déjà entendre : une rengaine de quelques notes va et vient, des dialogues de drame, une femme répétant « why ? », des sursauts de saut comme autant de flashs cinématographiques et le noir et blanc de saturations et de parasites. Ambiance.

6

Michael Esposito, Brent Gutzeit : Enemy  (Firework Edition, 2008)
C’est avec Brent Gutzeit (TV Pow) qu’Esposito installa ses micros dans un club de Chicago consacré à la scène noise : Enemy – la charge énergétique de l’endroit n’aide-t-elle pas les défunts à établir le contact avec les vivants ? De l’expérience, naquit une demi-heure à peine de field recordings crachant des éclats de métal et de cordes à saturation ou, d’un concret plus rassurant, des bruits de pas ou la rumeur de la rue.

7

Fantom Auditory Operations : The Child Witch of Pilot’s Knob (Tapeworm, 2012)
Sous le nom de Fantom Auditory Operations, Esposito expose sur cassette Tapeworm le résultat de ses prospections en cimetière (Pilot’s Knob, Kentuky) où fut enterrée une jeune fille en son temps soupçonnée, comme sa mère, d’actes de sorcellerie – en conséquence : toutes deux, brûlées vives – et où roderait « The Watcher », spectre qui chercherait à récupérer son enfant. De son pèlerinage, Esposito retient l’impression et, à coups de crépitements (le feu), de cloches aux mouvements transformés (le glas), de hennissements et de voix d’un autre âge, reconstitue les actes du drame. Après quoi, il applique sur sa composition ses captations « vocales » – auxquelles le support cassette (la bande) ajoute encore un peu d’étrange.

muennich esposito jupitter-larsen

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Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre, 2013)

lee patterson vanessa rossetto temperament as waveform

Au nombre des duos – ici, les souvenirs de Bright Duplex et Hwaet – qui, dans l’ombre, fabriquent la discographie de Vanessa Rossetto, il faut aujourd’hui parler de celui qu’elle forme (à distance) avec Lee Patterson : Temperament as Waveform nous y engage.

Les dessins de Patterson disent à leur manière de quoi retourne la collaboration : des grisailles se lèvent entre deux silences, qui ne menacent pas, mais rapidement troublent et embellissent presque tout l’espace – le ciel qui sépare Austin et Manchester ? Pour ce faire, suffiront un souffle grave étouffant jusqu’aux parasites qui l’habitent, des percussions effleurées ou effervescentes, une sévère note de piano, un archet fébrile mais insistant, un crachin radiophonique, des mouvements minuscules, enfin, qui révèlent toujours d’autres manières de correspondre.

Et si du geste musical les compositions de Patterson et Rossetto n’ont gardé que les traces, l’empreinte de Temperament as Waveform n’en est que plus remarquable.

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Everything we know about anything indicates that nothing is ever easy 02/ There is a very small chance that you are not makin a mistake 03/ The highs and lows of cross-Atlantic collaboration 04/ An indication of presence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318, 2008)

mike shiflet kazuya ishigami might is right

Neus-18 envisage souvent le CD comme deux pièces à vivres où cohabiteront deux musiciens. Cette fois, c’est Mike Shiflet et Kazuya Ishigami qui estiment leur chance de s’y accorder.

Au son de lignes anciennes peut-être, malingres et poreuses en tout cas, Shiflet compose une demi-heure de pièce à drones. Sur la bande – unique, elle – ceux-là sifflent et soufflent, tressaillent et impressionnent par ce pleurage qui ne cesse de les transformer d’un bout à l’autre de la plage qu’ils occupent.

Dans la pièce d’à côté, Kazuya joue lui aussi de drones, qu’il développe et même reprise, avec un art diaphane qui rappelle celui de l’ambient minimaliste du Pablo Feldman Sun Riley de Dax Pierson et Robert Horton – le mélodica du Japonais serait-il une flûte de bambou ou un steel pan étouffé ? Progressivement, le musicien multiplie les parasites et interférences au point de déranger un peu l’harmonie installée. Soit, Mike Shiflet et Kazuya Ishigami se sont tout de même entendus.

Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318)
Edition : 2008.
CD : 01/ Mike Shiflet : So Many Seashels, So Much Porcelain 02/ Kazuya Ishigami : Wa Wo Motte Toutoshi To Nasu
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer, 2012)

ghost time hinterzimmer

Fans de la structure bernoise Hinterzimmer et de Stefan Joel Weisser, alias z’ev ? Réjouissez-vous : voici Ghost Time de Ghost Time (où le vétéran américain forme un trio aux côtés d’un autre ancien, le percussionniste (et chanteur) écossais Ken Hyder, et du trompettiste Andy Knight.

Autant le dire tout de suite, si vous avez peur du noir, les quatre plages de ce disque ne sont pas faites pour vous, tant son ambient d’outre-tombe semble avoir traversé toutes les forêts hantées de la planète. Non que l’écoute manque d’intérêt, c’est même carrément l’inverse, mais on ressort de cette quadruple traversée le visage pâle et les yeux explosés d’angoisse. Au minimum.

Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer Records)
Edition : 2012
CD : 1/ Pastly 2/ Another 3/ Faint 4/ Glimpse
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Richard Chartier, William Basinski : Aurora Liminalis (LINE, 2013)

richard chartier aurora liminalis

Richard Chartier a (on le sait) de la ressource, mais il a aussi de l'idée. Par exemple, celle d'aller chercher l’artiste et musicien William Basinski. Tellement bonne, l’idée, que c’est la deuxième fois qu’elle sert : après Untitled (Spekk), la collaboration accouche d’Aurora Liminalis.

Aidé par la couverture du CD, on imagine un paysage boréal où le vent joue à la roulette avec des grains de poussière et des paquets de fumée. La musique du phénomène est une ambient aux boucles et couches sonores translucides (leurs couleurs ne sont visibles qu’une fois mêlées aux autres), aux voix effacées et aux microphénomènes pseudo-naturels. L’écoute d’Aurora Liminalis se fait en suspension, et même à l’horizontal. Mais point d’effort à faire : les premières secondes se chargent d’elles-mêmes de vous faire chavirer.

William Basinski, Richard Chartier : Aurora Liminalis (LINE)
Edition : 2013.
CD : 01/ Aurora Liminalis
Pierre Cécile © le son du grisli

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PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

prszr equilirium

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.

Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.

EN ECOUTE >>> I >>> II

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I  02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Jasper TX : An Index of Failure (Handmade Birds, 2013)

jasper tx an index of failure

Uniquement disponible en format vinyle, An Index Of Failure marque une fin de cycle pour Jasper TX, dont nombre de précédentes sorties ont trouvé un écho plus que favorable, notamment ses très appréciés Black Sheep et The Quiet Season.

En parlant de calme, les cinq tracks de son indice de l’échec s’étirent parfois dans une semi-langueur étrange – et pas toujours captivante. Entre circonvolutions ambient et souvenirs shoegaze, hybride méconnaissable de Fennesz et Slowdive, l’univers de Dan Rosenqvist refuse de choisir son camp et, malgré tout, ne parvient guère à se créer une identité propre. Non que ça soit mal torché entre deux portes, juste qu’on a du mal à rester branché sur la durée totale de l’objet.

Jasper TX : An Index Of Failure (Handmade Birds)
Edition : 2013.
LP : A1/    Abandon A2/ In All Your Blinding Lights A3/ Rivers Flow B1/ A New Language B2/ Days Above The Tide
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Vincent Posty : Le Hakarl (Ritte Ritte Ross, 2012)

vincent posty le hakarl

Un mastering dû à « Total Cochon » ne pouvait que m’engager à me précipiter sur ce disque : Le Hakarl de Vincent Posty (du Zakarya de Tzadik).

Vincent Posty est contrebassiste, mais pas du genre « enième improvisateur » – à part sur la fin de la seconde face où se cache un solo réverbéré plutôt anecdotique. Vincent Posty donne dans l’expérimentation électroacoustique, mais n’est pas du genre bidouilleur béat. Vincent Posty est soliste, mais pas du genre à être seul tout le temps puisqu’il peut inviter le batteur Pascal Gully à jouer avec lui.

Il fallait que cela soit souligné, pour pouvoir dire tout le bien de ce que ce vinyle hétéroclite (enregistré « en direct ») contient : une ambient haletante, des drones volants, des aigus qui vibrent, des emprunts au noise ou au metal ! Comme d’autres raclent sur l’os des bouts de viande tenaces, Vincent Posty extirpe à sa contrebasse des refrains tordus et peu communs. Longue vie au Hakarl !

Vincent Posty : Le Hakarl (Ritte Ritte Ross)
Edition : 2012.
LP : A-AA/ Le Hakarl
Pierre Cécile © Le son du grisli

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