Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli papierVide-Grisli jusqu'au 11 décembreA paraître : Très Chère Mère d'Andrew Liles
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Kenneth Kirschner Compressions & Rarefactions (12k, 2015)

kenneth kirschner compressions & rarefactions

Un peu d’ambient, maintenant, et pas n’importe laquelle. Celle de Kenneth Kirschner, que le label 12k continue de soutenir à bout de CD et de téléchargement (une fois Compressions le CD terminé, on pourra se plonger dans les cinq heures de Rarefactions le téléchargement). De quoi faire, donc…

Comme si l’on m’avait invité à parcourir les toiles de Kysa Johnson qui ont servi au design du disque (noir et blanc dehors, coloré à l’intérieur), me voici téléporté sur Kirschnerland. Diaphane, le paysage de September 13, 2012. Les notes qui me parviennent ont l'air de sortir de mobiles où sont suspendus des pianos, des violons (de Tawnya Popoff, je lis), des EBows… Un peu plus loin, sur April 16, 2013, il y a des notes cristallines qui se répondent, mais leur minimalisme me parle moins.

Je disais cinq heures, mais c’est plus de cinq heures et demi de musique téléchargée. Rarefactions doit correspondre au noir et blanc du design, la partie cachée de l’icebient… Sans CD, la musique de Kirschner semble plus immatérielle encore, son ambient plus oppressante. Dans le livret du digipack, Marc Weidenbaum (de Disquiet) écrit de cette musique « Il y a un nuage au-dessus, et un océan en-dessous. » Moi, je suis dans l’un et dans l’autre en même temps, mais ma tête fait la navette.



Kenneth Kirschner : Compressions & Rarefactions (12k)
Enregistrement  2010-2013. Edition  2015.
CD + Téléchargement  CD  Compressions  01 September 13, 2012 02 April 16, 2013 – DL  Rarefactions  01 July 17, 2010 02 January 10, 2012 03 October 13, 2012
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jocelyn Robert : The Maze (Fragment Factry, 2015)

jocelyn robert the maze fragment factory

Bruitisme synthétique, paysagisme digital, minimalisme pixellaire, et même poésie naturaliste… les qualifications ne manqueront pas pour tenter de décrire ces quatre morceaux que l'artiste québécois Jocelyn Robert a bouclés entre 2002 et 2015. Loin de la fureur des grandes références Fragment Factory (peaceful, ce ff ?), Robert passe d’un univers à l’autre sans état d’âme.

Et nous voilà bien promenés, dans un paysage de coquilles d’œufs, jusqu’à ce qu’à la première flaque on nous pousse, micro en main, dans une grande étendue d’eau. Dans une ville, la nuit (le crépuscule avec sa demi-caisse en action est le passage le moins viable de tous), où pullulent des field recordings et d’originaux minimodules sonores. Dans un San Francisco qui craque de partout (cherchez la faille) ou dans une scène de mythologie qu’un piano secoue. Si l’on pense parfois au catalogue Empreintes Digitales, ce n’est pas pour rien : Jocelyn Robert compose comme cette bande de syncrétistes ultramodernes.

Jocelyn Robert : The Maze (Fragment Factory)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le fil d’Ariane 02/ La ville, la nuit 03/ San Francisco #1 04/ La chute d’Icare
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

HMS : þrie (Small Scale Music, 2015)

hms þrie

Comme leurs morceaux (si ce n’est encore moins qu’eux) les HMS de Port Richmond (Joe Houpert, Nathan McLaughlin, Steve Perrucci et Erich Steiger) sont lents, notamment à enchaîner les disco-références. Alors qu’en 2010 et 2011 sortaient les « albums » Cascade et Revolutions, le suivant, þrie (entre « prie » et « brie », les musiciens n’ont donc pas choisi !), vient tout juste d’être publié.  

Ce n’est pas moi qui me plaindrais de ce slow recording (ou slow releasing, puisque les quatre impros de la cassette datent de 2011 – ce qui nous amène à penser que, peut-être, le groupe n’existe plus alors que déjà ce groupe n’en est pas un mais un « projet collaboratif » comme les HMS le soulignent eux-mêmes enfin sait-on jamais attendons des nouvelles d’eux dont hier encore nous ignorions tout)… D’autant que je n’ai maintenant que deux albums de retard.

Et ce retard, je compte bien le rattraper, parce que cette musique instrumentale à fort clavier et légère batterie (mais où on sent aussi des basses cordes électriques et des ustensiles électroniques) fait un effet que l’on qualifiera de « bœuf ». Une improv' qui tire sur l’ambient, le post-rock et l’expé (oui, que de diminutifs) avec autant de tact, et prête en sus à décorner le bœuf dont j’ai déjà parlé, c’est rare et ça fait du bien.

HMS : þrie  (Small Scale Music)
Enregistrement : 16 juin 2011. Edition : 2015.
K7 : A1/ An A2/ Twegen – B1/ þrie B2/ Feower
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Philippe Petit : Multicoloured Shadows (Aagoo, 2015)

philippe petit multicoloured shadows

Nouvelle saison, ancien acteur et quel plaisir de retrouver cette vieille branche de Philippe Petit pour ses 30 ans d'activisme musical. Souvent présent sur des terrains où on l'attend peu, le Marseillais dévoile sur Multicoloured Shadows des tentations techno à la Jeff Mills, qui sont d'autant plus surprenantes qu'elles s'entrechoquent sur des canevas noise-psychédéliques où des spectres sous absinthe viennent battre la chamade (Yourselfosophy).

Si ça se calme sur la suite de ce – toujours – premier (et impeccable) morceau, avec des cloches qui évoquent un Charlemagne Palestine dévoyé chez Marcel Dettmann, ce n'est qu'illusion ou prétexte. Dès Pyramid of the Moon, des échos d'outre-monde dépiautent le cadavre exquis d'ambiances post-Coil, sous forte influence Reinhold Friedl quand ce n'est pas Markus Schmickler revenu d'un séjour-club en apnée qui endosse ses habits de Casper bouddhiste pour rejoindre Eliane Radigue, mais aussi (ô surprise) O. Lamm, sur le double Tidbindilla Sanctuary..

Philippe Petit : Multicoloured Shadows (Aagoo)
Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Yourselfosophy 02/ Pyramid Of The Moon 03/ Tidbinbilla Sanctuary 04/ Tidbinbilla Sanctuary
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rydberg (Monotype, 2015)

werner dafeldecker nicholas bussmann rydberg

On ne saurait reprocher à Werner Dafeldecker de chercher, et de chercher toujours. En Polwechsel, Ton-Art, Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created… Avec John Tilbury, Valerio Tricoli, Simon James Phillips, Paul Baran… Et même seul (Long Dead Machines I-IX). Sous le nom de Rydberg, c’est avec Nicholas Bussmann (dont l’électronique a déjà gangréné l’art de Martin Brandlmayr en Kapital Band 1) qu’on peut aujourd’hui l’entendre.

Non plus à la contrebasse, ni à la guitare, mais au « function generator & electronics ». Le changement d’instrument peut permettre que l’on change de langage ; or, le changement de langage peut menacer jusqu’à une identité. Avec Bussmann, trois temps alors : le premier, Elevator, traîne en longueur, certes. Mais la pièce vaut à elle seule l’écoute du disque : ses volées de cloches transformées, ses basses électriques et ses pulsations sourdes y dessinent en effet une ambient inquiète, qui captive.

Les deux titres à suivre, Gardening et And the Science, ne feront malheureusement pas le même effet. C’est ici une techno minimaliste à peine perturbée par une insistante boucle de corde, et là – dira-t-on « pire » ? – un trip Dorado que l’effet des saturations ne suffit pas à rajeunir. Cette inconstante de Rydberg est-elle viable ? S'avérera-t-elle inébranlable ? 

Rydberg (Nicholas Bussmann & Werner Dafeldecker) : - (Monotype)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Elevator 02/ Gardening 03/ And the Science
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Toy.Bizarre, EMERGE : Split (Attenuation Circuit, 2015)

toy bizarre emerge split

On se souvient que Frédéric Nogray avait utilisé des field recordings de Cédric Peyronnet (alias Toy.Bizarre) sur Vaccabons et Malfactours. Aujourd’hui, c’est au tour d’EMERGE, sur ce split vinyle de l’excellent label Attenuation Circuit.

Mais place d’abord à Peyronnet. Ses enregistrements de terrain, qui datent de 1995 (sortis une première fois sous forme de cassette), sont minés (mine de tungstène de Puy-Les-Vignes, en Haute-Vienne). Fermée dans les années 50, elles semblait attendre qu’on l'explore. Et ce qu’en fait Peyronnet est tout simplement fantastique. On croirait entendre battre un cœur (et parfois même plusieurs) sous des monceaux de gravats quand ce n’est pas une guitare électrique passée à la meuleuse (électrique itou). Spé et spatial.

Quant à EMERGE (nom sous lequel se cache Sascha Stadlmeier), il donne l’impression d’extraire des détails d'archives sonores dans le but de les traiter (bien ou mal). Il les chiffonne ou les fait tourner en boucles ou en fait des modules rythmiques ou des drones fins… le tout en respectant un fil conducteur qui joue beaucoup des silences. Une autre façon de raconter ce lieu abandonné, plus fantasmée, plus intuitive. Moins stupéfiante, mais en tout cas bien différente.

Toy Bizarre, EMERGE : Split (Attenuation Circuit)
Edition : 2015.
LP : A1/ Toy Bizarre : Kdi Dctb 018[a] A2/ Toy Bizarre : Kdi Dctb 018[b] – B/ EMERGE : MSL
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

John Chantler : Still Light, Outside (1703 Skivbolaget, 2015)

john chantler still light outside

Si (jusque-là) j’ignorais tout de John Chantler (ce qui prouve au lecteur que je ne connais pas ma grisli bible par cœur), Still Light, Outside m’a bien motivé à aller fouiller, comme on dit de la taupe au trou. Et de la taupe au trou, on sait qu’il n’y a qu’un pas.

Alors qu’est-ce ? Eh bien un Long Shadow of Decline en trois parties à l’instrumentarium qui trahit des guitares, un church organ et des electronics, bref de quoi faire. Et faire bien puisque Chantler fabrique avec tout ça une sorte d’ambient expérimentale (oui, mais légère) qui entasse n’importe quel bacillaire ou adventice (des synonymes de parasite) avec un calme agaçant (pour eux, en tout cas j’imagine).

L’auditeur que je suis n’a plus qu’à constater, la tête dans les étoiles, que ce suspense de film fantastique rêvé est moins effrayant que bien bien malin et que ses sons continus ont même l'accueil sympathique. C’est dire la confiance qu’il faut. Et, même si c’est un peu frais, je fais toute confiance à John Chantler.  

John Chantler : Still Light, Outside (1703 Skivbolaget)
Enregistrement : août-novembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ The Long Shadow of Decline – Pt I 02/ 01/ The Long Shadow of Decline – Pt II 03/ 01/ The Long Shadow of Decline – Pt III
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Mirt : Solitaire (Polish Experimental Studio / Bolt, 2015) / Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun, 2015)

mirt solitaire

Tout l’art de Mirt (une quinzaine d’années de sorties diverses derrière lui) pourrait se résumer dans l’electronica minimaliste de Solitaire (série Polish Experimental Studio du label Bôłt). Et tout serait-il dit ?

Tout en cinq morceaux (5 X Solitaire) sur le ton d’une electronica qui ne renie pas ses pop racines et sa tendance « folk » ambient. En jouant en plus de la vitesse de rotation de platines vinyle, Mirt en arrive à faire un éloge de la lenteur qui gangrène des plages d’atmo de BO qui ne feraient pas taches sur pellicules Kubrick ou des maquettes rythmiques et vocales qui évoque un Jimi Tenor (pièces d’origine) parasité. Sans être renversant, Solitaire s’impose par sa fraîcheur cablée sans prétention.

Mirt : Solitaire (Bôłt)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Solitaire 01 – Solitaire 05

Pierre Cécile © Le son du grisli

mirt mud dirt hiss

Et Mirt qui tourne encore, avec Mud, Dirt & Hiss. Quant à nous, ça dépend : vraiment pas mal sur les deux Swamp où le Polonais fait un Golem avec la boue et la poussière du titre, un peu moins avec l'electronica au goût de Mapstation d'In Limbo et les field recordings (hiss d'oiseaux !) de Bury Me Here. Sans aller jusque-là (oui, la signification de cette chronique est soumise au parlage d'anglais), on promet à Mirt d'aller le visiter de temps en temps, au moins à Noël et au Jour de l'an.

Mirt : Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun / Monotype Records)
Edition : 2015.
CD / K7 : 01/ Swamp 1 02/ In Limbo 03/ Bury Me Here 04/ Swamp 2 05/ The Death
Pierre Cécile © le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

OZmotic, Fennesz : AirEffect (SObject / Folk Wisdom, 2015)

ozmatic fennesz aireffect

Que restera-t-il des sons de l’homme une fois que l’homme aura disparu (puisque c'est ainsi) ? Ça, c’est à Fennesz et aux Turinois D’OZmotic de nous le dire, avec cet AirEffect que leur a inspiré La jetée de Chris Marker.

Les trois hommes on confectionné une boîte noire. On y trouve des tourniquets de jardin d’enfant qui grincent sous l’effet du vent, des bols chantants, des field recordings en lien sévère avec l’actualité, un beat de hip hop perdu ou un saxophone (celui d’OZmotic) de mauvaise B.O. de film… Pour résumer : une ambient bien fadasse doublée de field recordings œcuménico-foutraques. Dommage, c’était joli, la voix qui raconte et les sons qui illustrent la séance diapo de Marker ; La jetée, c’est quand même autre chose…

OZmotic, Fennesz : AirEffect (SObject / Folk Wisdom)
Edition : 2015.
CD : AirEffect
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Mohammad : Segondè Saleco (Antifrost, 2015)

mohammad segondè saleco

Voici donc le troisième et dernier temps du 34°Ν-42°Ν & 19°Ε-29°Ε Study de Mohammad : après Zo Rèl Do et Lamnè Gastama, Segondè Saleco brouille les pistes comme pour obliger Nikos Veliotis, Coti et ILIOS à revoir leurs cartes.

Pour qu'ils retournent à leur Nouvelle Géographie Universelle et découpent l'espace en zones de dépressions quand ce n’est pas en zones interdites (si ce n’est aux drones qui y circulent en semi-liberté). Les archets sont tirés au cordeau, balançant sur basses fréquences et neutralisant désormais scories et enregistrements de terrain.

A la place, mille signaux alternatifs oscillent, qui singent ici le theremin, ailleurs des voix de synthétiseurs. A la place, un chant-triple s’exerce au maintien d’un cap arrêté entre deux notes. Le reste est une question d’équilibre et de patience : la lente navigation du trio cependant influencée par une déviation dont l’infime est gage de subtilité.

Mohammad : Segondè Saleco (Antifrost)
Edition : 2015.
CD : 01/ Bela Frumatene 02/ Sagaraki 03/ Kwas Rivero Akvo 04/ Ah Ya em Hamada
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>