Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


ChroniquesArchivesHors-sérieDisquesLivresFilmsle son du grisliNewsletterContact
Grisli Shop

En librairie : My Bloody Valentine: Loveless de Guillaume BelhommeRéédition : For Bunita MarcusDe l'esprit dans la musique créative de Garrison Fewell
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro, 2014)

frode haltli vagabonde blu

Un peu d'accordéon, en ce lundi matin ? Œuvre du musicien norvégien Frode Haltli, Vagabonde Blu est le premier de ses quatre albums à être entièrement solo. En trois titres, composés à parité égale par les Italiens Salvatore Sciarrino et Aldo Clementi, ainsi que par le Norvégien Arne Nordheim, le surprenant accordéoniste prouve de main de maître que son instrument a toute sa place dans un registre contemporain – il est bien sûr à des lieues des clichés pour bals du 14 juillet et autres vieilleries pour festivals solidaires.

Notamment sur la seconde pièce, Flashing (A. Nordheim), très impressionnante de force dramaturgique et de virtuosité contenue. Par instants carrément flippantes, sans pour autant tomber dans un mauvais trip psychédélique, le morceau exprime en quatorze minutes une conviction poétique admirable, où les instants de sérénité larvée contrebalancent la violence sous-jacente du propos. Rassurez-vous, les deux autres titres valent également le détour, notamment l’admirable Ein Kleines… (A. Clementi), tout en langueur indocile et volupté post-moderne.



Frode Haltli : Vagabonde Blu (Hubro)
Edition : 2014
CD : 1/ Vagabonde Blu (Composed by Salvatore Sciarrino) 2/ Flashing (Composed by Arne Nordheim) 3/ Ein Kleines... (Composed by Aldo Clementi)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

David Shea : Rituals (Room40, 2014)

david shea rituals

Américain exilé en Australie (il n’est pas signé pour rien sur le label Room40 de Lawrence English), David Shea s’est d’abord fait un nom comme collaborateur de John Zorn, Scanner ou Jim O’Rourke, tout en développant parallèlement une carrière solo aussi discrète que productive.

Davantage dans une bulle ambient néo-classique que d’aucuns rapprocheraient de Marsen Jules, et qui mériterait toute sa place sur les fameuses compiles annuelles Pop Ambient de Kompakt, Rituals intègre également à ses atours électroniques des notes de piano parfois exclusives, mais aussi des échos chamaniques où l’on ressent tout l’apesanteur vocale de la tradition tibétaine. Ca pourrait donner une soupe new age fadasse, mais nous en sommes à mille lieues, tant les variations thématiques virevoltent d’un morceau à l’autre, entre caresse interstellaire, grandes orgues aux échos de Bach et souvenirs de fête foraine. Ca fait beaucoup... peut-être trop.

David Shea : Rituals (Room40)
Edition : 2014
CD : 1/ Ritual 32 2/ Emerald Garden 3/ Wandering In The Dandenongs 4/ Fragments Of Hafiz 5/ Meditation 6/ Green Dragon Inn
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Shinobu Nemoto : Improvisations #13 - #25 (Moufurokuon, 2014)

shinobu nemoto improvisations 13 25

Shinobu Nemoto est un musicien atypique. Non pas parce qu’il est Japonais (trop facile) mais parce qu’il multiplie les projets mystérieux (Summons of Shining Ruins, Dark Side Of The Audio System) tout en autoproduisant ses improvisations solo depuis la fin des années 2000. On l’imagine bien habitant en reclus l’île dont les 13 CDR qu’il a produit l’année dernière (13 improvisations enregistrées en quelques semaines) dessinent la carte.

Peut-être qu’à force de s’être cogné aux quatre coins de son île, Shinobu Nemoto a pris goût à la répétition. Car ce sont d’innombrables loops qui orientent son jeu de guitare électrique sur un trip ambient pop. Assez particulier, le trip, d’ailleurs. Il mixe le Brian Eno des 80’s (autant ajouter tout de suite Harold Budd) et François Bayle, Bruce Gilbert et les BO de Badalamenti, Lawrence English et le mouvement shoegaze…. Une ambient antidatée et pourtant intemporelle, une musique d’ameublement pour tunnel souterrain, une subaquatique pop qui vous submerge par vagues, une armée de drones et de solos (pas tous bienvenus d’ailleurs)…

Shinobu Nemoto a le couplet instrumental alangui et c’est ce qui fait sa force. Sa faiblesse est peut-être de ne pas savoir choisir : treize CD d’ambient pop d’un coup, c’est un chantier colossal pour qui le motto n’est pas Nemoto (bon). Car on n’est pas descendu d’une boucle qu’une autre nous invite déjà à lui monter dessus. Et bizarrement, on monte, en pensant à tous ceux qui ont un jour ou l’autre quitté le sol pour rejoindre une île (Jim O’Rourke, Ian MastersJacques Brel ?) et en espérant qu’un point de la carte de Shinobu Nemoto répondra à nos attentes (puisque le producteur vend au détail, je conseillerais les improvisations 14, 19 et 24 / en même temps, le site de Moufurokuon propose des extraits de toutes les improvisations contenues dans ces 13 CD).

Shinobu Nemoto : Improvisation #13 - Improvisation #25 (Moufurokuon)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
13 CDR : Improvisation #13 – Improvisation #25
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Celer : Sky Limits (Baskaru, 2014)

celer sky limits

J’ai déjà été assez sévère avec Celer (Dying Star) mais je le serai moins pour ce Sky Limits sorti sur Baskaru. Moins, d’accord, mais encore ! Oui, encore, mais moins !

C’est peut-être une question de projet. En effet, s’il reste attaché à son « ambient diaphane » à base de loops de nappes de synthés, Will Long y ajoute des field recordings (de très petites choses, plus pétiques que vraiment concrètes) capturés en 2012 et 2013 au Japon. C’est donc une sorte d’invitation au voyage qu’il nous enverrait dans un digipack.

Les paysages ou les instants passés (le Shinkansen qui quitte Kyoto, le retour rue Kawaramachi) qu’il recrée avec des sons sont assez « cinématographiques », certains au volume très appuyé, d’autres étouffés au contraire. Assez proche des anciens Eno (toujours ce fichu problème d’identité), aussi, donc pas très neuf. Certes, mais quand même estimable.

Celer : Sky Limits (Baskaru)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Circle Routes 02/ (12.5.12) Making Tea Iver a Rocket Launch Broadcast 03/ In Plum and Magenta 04/ (12.21.12) On the Shinkansan leaving Kyoto 05/ Tangent Lines 06/ (12.20.12) Back in Kawaramachi, Kyoto 07/ Equal to Moments of Completion 08/ (4.8.13) A Morning 09/ Wishes to Prolong 10/ (4.8.13) An Evening 11/ Attempts to Make Time Pass Differently
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Gabriel Saloman : Movement Building Vol. 1 (Shelter Press, 2014)

gabriel saloman movement building 1

Je sais oui mais quoi sais-je vraiment ? Que Gabriel Saloman est une moitié de Yellow Swans (l’autre moitié étant Pete Swanson, ceci étant je crois avoir entendu un disque de YS il y a longtemps mais c’était avant un déménagement et je ne sais plus lequel ni ce que j’en avais retiré)… qu’il a collaboré il y a peu avec Peter Broderick… que son Movement Building Vol. 1 (un second est déjà attendu d’oreille ferme) me rafraîchira peut-être la mémoire…

Même si elle donne dans le drone, la musique de Saloman est bien mystérieuse, avouons-le. Elle progresse lentement et peut être perturbée par des salves rythmiques (des coups de baguettes, des rythmes secondaires, des contretemps, etc.). Elle progresse lentement mais sa charge électrique (la guitare au même adjectif poussant au crime) la déporte vers des contrées ambientiques que tout bon grislien se doit de révérer (dans l’ordre chronologique de leur apparition : Scelsi, Bryars, Eno, Gilbert, Toral, et Jean Passe). Ebranlant, ce Movement Building ? Oui, mais qui tient bon !

Gabriel Saloman : Movement Building Vol. 1 (Shelter Press)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ The Discipline Body 02/ The Discipline Body (Part 2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Charlie 2015 550

Commentaires [0] - Permalien [#]

Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields, 2014)

robert curgenven they tore the earth and like a scar it swallowed them

Je vais vous faire part d’une expérience qui n’est pas donnée à tout le monde (du moins c’est ce que je crois) = commencer un disque par sa face B. Après Built Through (avec Richard Chartier), ce ne sont pas les premières bourrasques de They Tore the Earth… (mastered by Rashad Becker !) qui m’écarteront du chemin de Robert Curgenven. Oui,  mais une fois passées les bourrasques ?

Mon tort est d’avoir entendu la claque finale dont la première face ne cessera pas de me menacer ensuite (à plus ou moins « sons couverts »). Mais bon, plongé dans les crépitements et les cercles de feu, je dégusterais les field recordings (enregistrés en Australie entre 1999 et 2010), la basse & l’orgue & les turntables… de la face A au point de vouloir me replonger une nouvelle fois dans la B. Ce qui me fera respecter en plus le storytelling (2 scènes par face) écrit par Curgenven.

Et là, surprise, le flip-trip est plus impressionnant encore. Tellurique et engloutissant, comme le promettait le titre du LP. Comme d’autres, Curgenven aurait-il décidé de mettre ses field recs au profit du côté obscur de la force (tellurique) ? Pour me rassurer, la prochaine fois que j’écouterai The Tore the Earth, je recommencerai par la face B. Intriguant, non ?

Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields)
Edition : 2014.
LP : A1/ Scene 1. Scattered to the Wind, the Fortunate A2/ Scene 2. Only the Dogs And the Fires On the Horizon – B1/ Scene 3. The Heat at Their Necks B2/ Scene 4. And When the Storm Came, They Were the Storm
Pierre Cécile © Le son du grisli

nww 33

Commentaires [0] - Permalien [#]

John Hudak, Miguel Angel Tolosa : Garten (Winds Measure, 2014)

john hudak miguel angel tolosa garten

John Hudak (field recordings, processing) et Miguel Angel Tolosa (processing, mixing) demandent à l’auditeur de passer leur CD en mode « repeat ». Chronophage ? Peut-être. Mais chiche : on passera Garten en mode « loop » pendant des heures, des jours, des semaines…

De quoi nous faire tenir jusqu’à l’année prochaine voire passer toute cette année prochaine avec en bande-son leur ambient obsédante. Et avec leurs voix, à tous les deux. Car Garten est un enregistrement de voix et de sons qui mettent du temps à nous parvenir avant de devenir un bien meuble indispensable à notre confort. On le changera de place, de temps à autre. On l’abandonnera à son mode « repeat » ou « loop ». On se surprendra même un jour de l’année qui arrive à l’écouter et à l’apprécier. Alors on le laissera tourner encore et encore. C’est pourquoi Garten ne pouvait prétendre à être l’un des CD de l’année 2014. Il pourrait bien être l’un des CD de l’année 2015, 2016, 2017…

écoute le son du grisliJohn Hudak, Miguel Angel Tolosa
Garten (extrait)

John Hudak, Miguel Angel Tolosa : Garten (Winds Measure)
Rec 2005-2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Garten
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thibault Jehanne : Eskifjörður (Kaon, 2014)

thibault jehanne eskifjördur

Ayant frôlé (au moins trois fois) l’overdose de field recordings dans l’année, je décidais quand même de me finir à l’Eskifjörður. Sous son nom de volcan islandais (oui, je m’attendais à ce que l’on tende encore une fois la perche au cratère), Eskifjörður est en fait un village… islandais.

J’imagine que Thibault Jehanne y a passé un peu de temps pour « concocter » ce carnet de routes en trois chapitres, mi-captés mi-composés. Car le CD ne présente pas que des enregistrements de terrains. Intempéries, vents & eau, bruits d’activité humaine… sont accompagnés par des nappes de synthé, des drones aigus et autres inserts électroniques qui se fondent dans la nature enregistrée, avec un certain goût pour le théâtre. Et c’est ce théâtre qui change tout le voyage de Jehanne. Pas en expérience métaphysique, forcément, mais au moins en demi-heure sonophysique captivante.

Thibault Jehanne : Eskifjörður (Kaon / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Le réveil 02/ Les naufrages 03/ Les fantômes
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Subtle Lip Can : Reflective Drime (Drip Audio, 2014)

subtle lip can reflective drime

C’est presque un disque de noël que nous offre Subtle Lip Can (le violoniste Joshua Zubot, le guitariste Bernard Falaise et le percussionniste Isaiah Ceccarelli), que l’on avait découvert en 2010 sur… Subtle Lip Can.

En effet, les trois musiciens nous ont l’air d’automates grippés, à peine remis d’une année passée dans les cartons. Pour conjurer le sort ils s’acharnent sur leurs instruments (à commencer par une mandoline pour Zubot) et là, surprise, aucun grincement ! Non, plutôt une belle guirlande de pièces ambiantiques où s’entrechoquent tous les bruits de leurs techniques instrumentales étendues.

Mais, disais-je, Reflective Drime est « presque » un disque de noël. Parce qu’il y a, à un endroit du CD dont je tairais la position précise, ce vacarme battu par les tambours et où du fond du garage la guitare solote. De quoi faire tomber le sapin, ce qui n’empêchera pas notre trio de le parer d’autres guirlandes…  

Subtle Lip Can : Reflective Drime (Drip Audio)
Edition : 2014.
CD : 01/ Siffer Shump 02/ Gull Plump Fiver 03/ Salk Hovered 04/ Shuffle Stomp 05/ Fliver Shame 06/ Rommer Chanks 07/ Toss Filler Here 08/ Slam Hum 09/ Chackle Clast 10/ Too Pins Over
Pierre Cécile © Le son du grisli

DERNIERS EXEMPLAIRES

Commentaires [0] - Permalien [#]

Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE, 2014)

mesa ritual sige

Mesa Ritual – l’association de William Fowler Collins et de Raven Chacon – poursuit donc sur disque SIGE son œuvre de processions. De « voltaic processions », pour reprendre le nom de son premier enregistrement, publié en 2010. 

Chacune des neuf stations annoncées balise un terrain dont le duo a plus tôt enregistré l’atmosphère mais qu’il a surtout miné en savants artificiers. Dès le premier crachin – au loin, un cri –, le terrain en question libère de multiples éléments que l’eau emporte en rigole : tremblements graves, grésillements et crépitements, motifs de guitares renversés et capables de former un rythme ou de tonner de plus en plus, plainte lente d’un violon (celui de Szu-Han Ho)…

Parvenus à Low Mountain, l’accélération soudaine du battement d’un cœur impose son rythme à cette musique de strates épaisses. Au son et à l’ombre de laquelle brillent d’étonnants alluvions – bourdons élimés, empreintes fossiles, éclats métalliques…



Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE / Souffle Continu / Metamkine)
Edition : 2014.
LP / Cassette : 01/ Procession I 02/ Procession II 03/ Procession III 04/ Procession IV 05/ Procession V 06/ Procession VI 07/ Procession VII 08/ Low Mountain 09/ Procession VIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]