Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Editions Lenka lente

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre, 2013)

lee patterson vanessa rossetto temperament as waveform

Au nombre des duos – ici, les souvenirs de Bright Duplex et Hwaet – qui, dans l’ombre, fabriquent la discographie de Vanessa Rossetto, il faut aujourd’hui parler de celui qu’elle forme (à distance) avec Lee Patterson : Temperament as Waveform nous y engage.

Les dessins de Patterson disent à leur manière de quoi retourne la collaboration : des grisailles se lèvent entre deux silences, qui ne menacent pas, mais rapidement troublent et embellissent presque tout l’espace – le ciel qui sépare Austin et Manchester ? Pour ce faire, suffiront un souffle grave étouffant jusqu’aux parasites qui l’habitent, des percussions effleurées ou effervescentes, une sévère note de piano, un archet fébrile mais insistant, un crachin radiophonique, des mouvements minuscules, enfin, qui révèlent toujours d’autres manières de correspondre.

Et si du geste musical les compositions de Patterson et Rossetto n’ont gardé que les traces, l’empreinte de Temperament as Waveform n’en est que plus remarquable.

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Everything we know about anything indicates that nothing is ever easy 02/ There is a very small chance that you are not makin a mistake 03/ The highs and lows of cross-Atlantic collaboration 04/ An indication of presence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318, 2008)

mike shiflet kazuya ishigami might is right

Neus-18 envisage souvent le CD comme deux pièces à vivres où cohabiteront deux musiciens. Cette fois, c’est Mike Shiflet et Kazuya Ishigami qui estiment leur chance de s’y accorder.

Au son de lignes anciennes peut-être, malingres et poreuses en tout cas, Shiflet compose une demi-heure de pièce à drones. Sur la bande – unique, elle – ceux-là sifflent et soufflent, tressaillent et impressionnent par ce pleurage qui ne cesse de les transformer d’un bout à l’autre de la plage qu’ils occupent.

Dans la pièce d’à côté, Kazuya joue lui aussi de drones, qu’il développe et même reprise, avec un art diaphane qui rappelle celui de l’ambient minimaliste du Pablo Feldman Sun Riley de Dax Pierson et Robert Horton – le mélodica du Japonais serait-il une flûte de bambou ou un steel pan étouffé ? Progressivement, le musicien multiplie les parasites et interférences au point de déranger un peu l’harmonie installée. Soit, Mike Shiflet et Kazuya Ishigami se sont tout de même entendus.

Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318)
Edition : 2008.
CD : 01/ Mike Shiflet : So Many Seashels, So Much Porcelain 02/ Kazuya Ishigami : Wa Wo Motte Toutoshi To Nasu
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer, 2012)

ghost time hinterzimmer

Fans de la structure bernoise Hinterzimmer et de Stefan Joel Weisser, alias z’ev ? Réjouissez-vous : voici Ghost Time de Ghost Time (où le vétéran américain forme un trio aux côtés d’un autre ancien, le percussionniste (et chanteur) écossais Ken Hyder, et du trompettiste Andy Knight.

Autant le dire tout de suite, si vous avez peur du noir, les quatre plages de ce disque ne sont pas faites pour vous, tant son ambient d’outre-tombe semble avoir traversé toutes les forêts hantées de la planète. Non que l’écoute manque d’intérêt, c’est même carrément l’inverse, mais on ressort de cette quadruple traversée le visage pâle et les yeux explosés d’angoisse. Au minimum.

Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer Records)
Edition : 2012
CD : 1/ Pastly 2/ Another 3/ Faint 4/ Glimpse
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Richard Chartier, William Basinski : Aurora Liminalis (LINE, 2013)

richard chartier aurora liminalis

Richard Chartier a (on le sait) de la ressource, mais il a aussi de l'idée. Par exemple, celle d'aller chercher l’artiste et musicien William Basinski. Tellement bonne, l’idée, que c’est la deuxième fois qu’elle sert : après Untitled (Spekk), la collaboration accouche d’Aurora Liminalis.

Aidé par la couverture du CD, on imagine un paysage boréal où le vent joue à la roulette avec des grains de poussière et des paquets de fumée. La musique du phénomène est une ambient aux boucles et couches sonores translucides (leurs couleurs ne sont visibles qu’une fois mêlées aux autres), aux voix effacées et aux microphénomènes pseudo-naturels. L’écoute d’Aurora Liminalis se fait en suspension, et même à l’horizontal. Mais point d’effort à faire : les premières secondes se chargent d’elles-mêmes de vous faire chavirer.

William Basinski, Richard Chartier : Aurora Liminalis (LINE)
Edition : 2013.
CD : 01/ Aurora Liminalis
Pierre Cécile © le son du grisli

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PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

prszr equilirium

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.

Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.

EN ECOUTE >>> I >>> II

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I  02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Jasper TX : An Index of Failure (Handmade Birds, 2013)

jasper tx an index of failure

Uniquement disponible en format vinyle, An Index Of Failure marque une fin de cycle pour Jasper TX, dont nombre de précédentes sorties ont trouvé un écho plus que favorable, notamment ses très appréciés Black Sheep et The Quiet Season.

En parlant de calme, les cinq tracks de son indice de l’échec s’étirent parfois dans une semi-langueur étrange – et pas toujours captivante. Entre circonvolutions ambient et souvenirs shoegaze, hybride méconnaissable de Fennesz et Slowdive, l’univers de Dan Rosenqvist refuse de choisir son camp et, malgré tout, ne parvient guère à se créer une identité propre. Non que ça soit mal torché entre deux portes, juste qu’on a du mal à rester branché sur la durée totale de l’objet.

Jasper TX : An Index Of Failure (Handmade Birds)
Edition : 2013.
LP : A1/    Abandon A2/ In All Your Blinding Lights A3/ Rivers Flow B1/ A New Language B2/ Days Above The Tide
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Vincent Posty : Le Hakarl (Ritte Ritte Ross, 2012)

vincent posty le hakarl

Un mastering dû à « Total Cochon » ne pouvait que m’engager à me précipiter sur ce disque : Le Hakarl de Vincent Posty (du Zakarya de Tzadik).

Vincent Posty est contrebassiste, mais pas du genre « enième improvisateur » – à part sur la fin de la seconde face où se cache un solo réverbéré plutôt anecdotique. Vincent Posty donne dans l’expérimentation électroacoustique, mais n’est pas du genre bidouilleur béat. Vincent Posty est soliste, mais pas du genre à être seul tout le temps puisqu’il peut inviter le batteur Pascal Gully à jouer avec lui.

Il fallait que cela soit souligné, pour pouvoir dire tout le bien de ce que ce vinyle hétéroclite (enregistré « en direct ») contient : une ambient haletante, des drones volants, des aigus qui vibrent, des emprunts au noise ou au metal ! Comme d’autres raclent sur l’os des bouts de viande tenaces, Vincent Posty extirpe à sa contrebasse des refrains tordus et peu communs. Longue vie au Hakarl !

Vincent Posty : Le Hakarl (Ritte Ritte Ross)
Edition : 2012.
LP : A-AA/ Le Hakarl
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Simon Whetham : Never so Alone (Cronica, 2012)

simon whetham never so alone

Simon Whetham a séjourné en 2010 dans la ville de Pessoa et de Monteiro. Il en a rapporté Never so Alone, des enregistrements environnementaux qui révèlent ce que de Lisbonne il a entendu, vu, senti…

Mais c’est une Lisbonne rêvée et abstraite que Whetham s’attache à peindre. Ses chimères prennent leur source dans les eaux du Tage et dans les ruelles qui, telles des artères fantastiques, ont mené l’Anglais jusqu’au cœur de la ville. Never so Alone renferme ses battements et laisse filtrer des présences – des oiseaux, des hommes en conversation, des prêtres en célébration, qui forment un monde qui cale ses chuchotements sur un ballet de vapeurs blanches, grises et noires. Lisbonne postmoderne, Lisbonne vibrante, Lisbonne à cœur ouvert. Telle est l'inoubliable Lisbonne de Simon Whetham.

EN ECOUTE >>> Interlude, Lifesigns/Ashcloud

Simon Whetham : Never so Alone (Crónica Electronica)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2013.
CD : Never so Alone
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

rm74 two angles of a triangle

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…

Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…

… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !  

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli

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