Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Grisli d'été : moins de chroniques, plus de crawlRyoji Ikeda à NantesFestival Météo Mulhouse
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Chris Abrahams : Memory Night (Room40, 2013)

chris abrahams memory night

Davantage connu pour son rôle de pianiste au sein du trio australien The Necks, Chris Abrahams n’en pas à son coup d’essai ambient, son Memory Night étant sa troisième échappée en solitaire sur l’officine Room40. Le titre ne ment pas, les quatre tracks explorent les tourments de la nuit, entre agitations internes et folies externes.

Si le premier titre fait œuvre de noirceur intime, le second morceau voit le musicien assis au piano (et la suite également), ses notes blanches et noires complétées par des bruits épars et contagieux, telle la confrontation inattendue et superbe entre Florian Hecker, Pierre Boulez et Francisco Lopez. Morceau d’anthologie, mon colonel ! Plus bruitiste, le troisième extrait fait vibrer le trouillomètre à zéro, quelque part au fond d’une grotte ruisselante, tandis que le dernier passage, le moins convaincant, multiplie les approximations entre jazz et noise.

écoute le son du grisliChris Abrahams
Stabilise Ruin

Chris Abrahams : Memory Night (Room40 / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Leafer 02/ Bone And Teem 03/ Strange Bright Fact 04/ Stabilised Ruin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Stephan Mathieu : Un coeur simple (Baskaru, 2013)

stephan mathieu un coeur simple

Un fabuleux duo avec Robert Hampson sous le nom de Main aux Editions Mego (Ablation) et une œuvre en solo inspirée du roman de Flaubert Un Cœur Simple sur Baskaru, voilà aux moins deux bonnes raisons de revenir sur le cas Stephan Mathieu en 2013. Comme il a en pris la bonne habitude, le producteur allemand développe ses soundscapes à partir de vieux instruments et de sources sonores antiques (genre 78 tours), qu’il retravaille en un continuum hanté et mélancolique.

D’un niveau très proche de son excellentissime collaboration Transcriptions (Spekk, 2009) avec Taylor Deupree – on songe aussi à Jefre Cantu-Ledesma ou The North Sea baignant dans un monde parallèle entre bonheur soupçonneux et menace larvée –, ses échos lointains de musiques médiévale et religieuse achèvent le tableau, dense et fourni.

Stephan Mathieu : Un Cœur Simple (Baskaru)
Edition : 2013.
CD : 01/ Maison 02/ Mémoire 03/ Église 04/ Port 05/ Perroquet 06/ Devenir Sourd 07/ Félicité    08/ Trace
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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P.O.P. : Täbriz (Monotype, 2013)

p

Capitale de l'Azerbaïdjan oriental, la ville iranienne de Tabriz est notamment réputée pour ses tapis, tout comme Senneh et Kerman qui donnent leurs noms aux deux autres morceaux du CD du nouveau projet de Reinhold Friedl, P.O.P. (pour Psychology of Perception). La pochette persiste et signe, d’ailleurs : avec le bassiste (électrique) Hannes Strobl et le saxophoniste Hayden Chisholm, l’éclectique Friedl tapisse !

Doit-il pour autant renoncer à aller fouiller à l’intérieur de son piano pour confectionner son artisanat ? La réponse est non, évidemment, d’autant que Friedl et Strobl soignent comme dans une pouponnière les drones, les aigus, les murmures, les cordes presque muettes... Suffisamment développés, tous ces sons partent rejoindre Chisholm qui en usant d’une seule et unique note donne une forme à l’ensemble et même les transcende. La musique tout à coup se fait visible. Et en effet, le trio tisse un motif qu’il reprend avec concentration. A plat, l’abstraction de ses trois tapis sonores fait sens & bel effet.

écoute le son du grisliP.O.P.
Kerman

P.O.P. : Täbriz (Monotype)
Edition : 2013.
CD : 01/ Täbriz 02/ Senneh 03/ Kerman
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Chris Watson : In St Cuthbert's Time / Geir Jenssen : Stromboli (Touch, 2013)

chris watson in st cuthbert's time

Quand on se promène au bord de l’eau, comme tout est beau, dixit Jean Gabin, qui avait omis d’y mentionner les chants des oiseaux et les embruns iodés. Qu’à cela ne tienne, un bon demi-siècle plus tard, le magnifique Chris Watson démontre une nouvelle fois qu’il est le maître des field recordings, ici captés sur l’île de Lindisfarne (alias Holy Island), tout au nord de l’Angleterre.

Lieu de vie au VIIe siècle d’un moine anglo-saxon qui donne son titre à cet In St Cuthbert’s Time, l’endroit se prête magnifiquement aux explorations naturalistes de Watson, tant sa biodiversité est rendue avec une précision sonore des plus stupéfiantes. Le résultat est d’autant plus magique qu’on imagine aisément le nombre d’heures passées à capter la sauvagerie marine des lieux, quatre saisons durant svp, pour mieux en retirer une moelle des plus substantielles, échelonnée sur quatre titres (un par saison) d’une quinzaine de minutes chacun. Hip hip hip Watson.

Chris Watson : In St Cuthbert’s Time (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Winter 02/ Lencten 03/ Sumor 04/ Haerfest
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

geir jenssen stromboli

A voir la pochette, on imagine mal Geir Jenssen se penchant sur le cas Stromboli au bord de son cratère. Or, au casque, on applaudit à la précision des allées et des venues des vents, des grippages et des bouillonnements, des explosions et des détonations…, précision qui a interdit toute version MP3 du disque. En temps réel, les deux faces du vinyle racontent la vie du bel endormi et son activité… débordante.

Geir Jenssen : Stromboli (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2012 (21H30). Edition : 2013.
CD / FLAC : A/ Stromboli B/ Stromboli Dub
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nagual : Nagual (Ergot, 2013)

nagual nagual ergot records le son du grisli

Consignée jusque-là sur cassettes autoproduites (estampillées Pidgin Records), la musique de Nargual – association de Ian McColm (guitares, basse, piano, batterie, électronique) et de David Shapiro (guitare, basse, électronique) – passe sur vinyle sous pavillon Ergot (au catalogue du label, trouver, publiés ou sinon annoncés, disques et cassettes d'Aaron Dilloway, Adrian Rew, Jeph Jerman et Master Musicians of Joujouka…).

Ainsi Nagual, le disque, est-il une carte de visite à deux faces qui impressionnent pareillement. Au son d’un minimalisme à la traîne, d’abord, qui fait silence pour se préparer à tomber à pic et ce jusqu’aux abysses. Après avoir foré les profondeurs, le duo refait surface et expose sa pêche miraculeuse : crescendo, attise même les plaintes d’animaux fabuleux (d'autant que pas tous poissons) avec un art de la mise en scène que la batterie de McColm – qui, à l’instrument, prit quelques leçons de Billy Hart – finira de rendre colossal.  

En seconde face, c’est un ouvrage de drones plus retenu en apparence mais en apparence seulement. Car cette fois, appliqués sur un horizon frémissant, des notes longues, des boucles et des prises inversées, s’accordent et composent un paysage dont les effets vous poursuivent longtemps après que se sont tues les guitares électriques étendues qui marquent ses frontières. Autrement impressionnant, précisera-t-on.

EN ECOUTE >>> Honey River Lacquer

Nagual : Nagual (Ergot Records)
Edition : 2013.
LP : A1/ Honey River Lacquer A2/ Sweat Raag – B/ Continuous Becoming
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag, 2013)

ravi shardja grun ist grau

Vous n’aviez jamais osé transposer la musique concrète de Pierre Schaeffer en Inde ? Pas d’angoisse, Ravi Shardja l’a imaginé – et réalisé – pour vous. Oeuvre totalement à part dans la discographie mondiale (oui, oui), son Grün ist grau multiplie les fractures et les horizons, entre échos de la rue à Bombay, sonorités échappées de Throbbing Gristle ou Merzbow, sans bien sûr omettre des souvenirs de sitar passés à la moulinette Prurient.

Pas sûr qu’au premier coup, on saisisse toutes les nuances du bidule, tant les idées foldingues pulluent et s’entrechoquent... On est en revanche certain d’enchaîner les découvertes planquées dans le mix au fil des écoutes.

En écoute >>> Grün ist grau (quatre extraits)

Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2013.
2 LP : A1/ Bombay Boobies Battle B1/ Curry Nelli Occhi Un'Acromatopsia Momentanea C1/ Attaque Sournoise Du Kopassus À Wamena D1/ Gartenfest Fessenheim Abgesagt
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers for L.P. (Idiosyncratics, 2013)

yannick franck craig hilton flowers for l

Militant passionné de la scène electronica, Yannick Franck trouve ici en Craig Hilton un partenaire au niveau de ses habituelles et variées collaborations. Premier effort de la paire belgo-américaine, Flowers For L.P. débute sur des atmosphères menaçantes, qui se rapprocheraient d’un Marsen Jules métamorphosant Svarte Greiner, avant de glisser lentement vers une esplanade post-métallique où règnent les fantômes de Jefre Cantu-Ledesma ou Gilles Aubry.

Chemin faisant, le ton s’évapore, on rêve du fantôme de Geneviève Menace Ruine Beaulieu qui viendrait poser sa voix d’outre-tombe, avant qu’un tourbillon post-industriel n’emporte un fantôme de Stephan Mathieu. Corsée, l’affaire.

EN ECOUTE >>> Flowers for L.P. (extrait)

Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers For L.P. (Idiosyncratics)
Edition : 2013.
CD : 01/ Flowers For L.P.
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team, 2013)

philip corner rocks can fall at any time

Avec ses pièces qui datent de 1972 à 1997, le vinyle Rocks Can Fall At Any Time peut passer pour une rétrospective des travaux de Phil Corner, ce compositeur contemporain qui, en odeur de sainteté orientale, tissa des liens avec le minimalisme et la musique atmosphérique. Alors bien sûr il serait facile d’y voir un peu de philosophie zen et le rendu des gamelans. Or, je ne vois là rien de tout ça. Car Corner met plutôt en scène des petits morceaux de chaos. Ses cymbales et ses gongs (tout comme ceux de Phoebe Neville qui l’accompagne en Thaïlande) sont frottées ou frappées et n’ont certainement de zen que leurs espoirs abattus.

Sur la deuxième face, Corner se munit d’une cruche pour jouer avec le vocaliste James Fulkerson et concocter avec lui un inclassable mille-feuille d’échos. Après, il passe derrière un harmonium pour mêler ses graves et ses aigus avec une indolence qui est depuis longtemps le moteur de sa science rosicrucienne (puisque c’est Satie qu’il interprète ici à sa façon). Si ce n’est qu’elles s’écoutent avec un charme délicieux toutes lumières éteintes, je n’ai pas trouvé le point commun à ces quatre pièces de Phil Corner. Une possibilité subsiste, indiquée par le titre de cette petite rétrospective... à chaque fois, pour ces quatre pièces d'époques différentes, rien n’est jamais joué, tout peut arriver.

Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team / Metamkine)
Enregistrement : 1972-1997. Edition : 2013.
LP : A1/ Gong (Ceng – Ceng)/Ear : For Francine Aubrey A2/ Two in Thailand B1/ Om. Duet : Jug and Bottle B2/ Satie’s Chords Of the Rose + Croix… As A Revelation
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Marc Behrens : Queendom Maybe Rise (Crónica, 2013)

marc behrens queendom maybe rise

Outre une apparition sur l’excellentissime HD de son compatriote Atom™, Marc Behrens est surtout connu pour son œuvre électroacoustique, qu’il développe depuis plus de vingt ans avec une constance qui n’a d’égale que son inifni sens de la recherche. Son nouveau bébé, Queendom Maybe Rise, ne fait nullement exception à la règle, bercé qu’il est entre field recordings ovipares et traitement numérique soigné.

En de nombreux instants, on a l’impression d’assister à un documentaire animalier sur le monde des airs et/ou de l’inifiniment petit mis en ondes par Nicolas Bernier, avant qu’un violent orage ne vienne tout bouleverser ; à d’autres instants, on retrouve les excellents échos de Thomas Köner, voire de Jana Winderen, pour quarante-et-une minutes de bravoure captivante. Second et dernier titre, Quuendom repose entièrement sur la voix de Yoko Higashi (déjà aperçue chez Lionel Marchetti), directement ou régénérée digitalement telle la rencontre entre Luciano Berio et Machinefabriek. Pourquoi se priver ?

EN ECOUTE >>> Maybe Rise >>> Queendom

Marc Behrens : Queendom Maybe Rise (Crónica / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Leafer Maybe Rise 02/ Queendom
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch, 2013)

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Vieille branche de la musique électronique, qu’elle soit ou non drapée de beats, Mika Vainio joint ses forces obscures au Suédois Joachim Nordwall (le fondateur du label iDEAL Recordings), pour un disque en tous points vibrant. Telle une connexion frappadingue où Einstürzende Neubauten jammerait – osons le mot – aux côtés de SunnO))) dans un squat berlinois à douze mètres du mur, les deux Scandinaves font hurler les guitares et l’électronique, qu’est-ce que ça envoie du bois, ou plutôt de l’acier trempé.

Toutefois, Vainio (pour rappel, moitié de Pan Sonic) et Nordwall ne se contentent pas de jouer à qui sera le plus bruyant et/ou strident. Passés les – très – impressionnants deux premiers morceaux, un calme dès plus trompeurs s’installe, comme un écho de combinat est-allemand désaffecté (think Jason Kahn vs Gilles Aubry) et la suite des sept tracks explose à la moulinette toute allusion à la monotonie. Au-delà des mots, je vous laisse le plaisir sensoriel de la découverte, vous risquez d’en ressortir tout ouf.

Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Alloy Ceremony 02/ Live At The Chrome Cathedral 03/ Midas In Reverse 04/ Irkutsk 05/ Praseodymium 06/ Promethium 07/ In The Sheltering Sanctus Of Minerals
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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