Le son du grisli

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Globe Unity Orchestra : Baden-Baden '75 (FMP, 2010)

badensliEn 1975, le Globe Unity Orchestra & Guests d’Alexander von Schlippenbach c’était Enrico Rava, Manfred Schoof, Kenny Wheeler, Anthony Braxton, Peter Brötzmann, Rüdiger Carl, Gerd Dudek, Evan Parker, Michel Pilz, Günter Christmann, Albert Mangelsdorff, Paul Rutheford, Buschi Niebergall, Peter Kowald et Paul Lovens.

C’était Maranao, composition d’Enrico Rava : un fracas collectif, des cuivres en ébullition, un enfer en décomposition. Un riff émergeant de la masse et ce n’est plus le GUO mais le Brotherhood of Breath. C’était aussi U-487, composition d’Anthony Braxton : une marche qui ouvre et referme l’œuvre, des percées solitaires (l’élan percussif de Schlippenbach, les matières vibrantes de Lovens), des terres blessées d’orgueil et de flammes.

Mais il y avait aussi Jahrmarkt de Peter Kowald : de l’alarme et de l’effroi, des aigus perçants, des mélodies qui s’enchâssent (Straight No Chaser, l’Internationale, La Paloma) avant le retour aux sauvageries collectives. Il y avait également Hanebüchen du leader : des frissons de cuivres, des crescendos sans fin, une flûte qui garde le cap et un jazz qui résiste tant bien que mal aux assauts de cuivres déchaînés.

Et c’était enfin The Forge, autre composition de Schlippenbach : une texture syncopée vite dessoudée ; visite approfondie – guides idéaux – de l’enfer le plus profond. En 1975, le GUO c’était cela. Et ce cela n’était pas rien.

Globe Unity Orchestra : Baden-Baden ’75 (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 1975. Edition : 2010.   
CD : 01/ Maranao 02/ U-487 03/ Jahmarkt 04/ Hanebüchen 05/ The Forge
Luc Bouquet © Le son du grisli

fmpsliCe disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   

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Peter Brötzmann: Pica Pica (Atavistic - 2006)

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Parce qu’Han Bennink - avec lequel ils avaient l’habitude de jouer - s’adonnait au jazz d’avant-garde avec Misha Mengelberg, Peter Brötzmann et Albert Mangelsdorff trouvèrent en Günter Sommer un percussionniste de substitution, certes, mais aussi de taille. Cet enregistrement de 1982 au Jazzfest Unna en est la preuve.

Dès Instant Tears, les trois musiciens exposent leurs différences, tout en courant derrière la même méthode instinctive: Sommer déployant un jeu tendu, proche d’un rock chargé ; Mangelsdorff ayant recours à la répétition discrète et à l’usage de silences ; quand Brötzmann façonne à son image un free déambulatoire au gré des saxophones qu’il utilise – alto, ténor et baryton.

Baryton avec lequel le saxophoniste sonnera la charge du trio dans la dernière partie d’Instant Tears, qui contrastera avec l’allure de Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht, même si le saxophone et le trombone y soufflent encore le chaud et le froid sur le rythme alangui décidé par un Sommer ici plus subtil.

Plutôt à l’aise sur chacune des progressions, le trio construit peu à peu un free jazz singulier mis au service d’une fronde complice. Terminée au son de Pica Pica, pièce courte qui imbrique les courts rebonds des vents sur cadence soutenue, et simule une danse de Saint Guy en guise de conclusion conciliatrice.

Peter Brötzmann : Pica Pica (Atavistic / Orkhêstra International).
Enregistrement : 1982. Réédition : 2006.

CD : 01/ Instant Tears 02/ Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht 03/ Pica, Pica
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe Fiedler : Plays the Music of Albert Mangelsdorff (Clean Feed, 2005)

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Gérant au mieux l’intérêt qu’il porte à la musique latine (sideman de Tito Puente ou Chico O’Farrill) et un autre résolument tourné vers un jazz d’avant-garde (ayant enregistré auprès d’Anthony Braxton ou Andrew Hill), le tromboniste Joe Fiedler rend ici hommage à un des maîtres de son instrument : Albert Mangelsdorff.

Tirant 9 titres du répertoire de l’Allemand, Fiedler construit en trio un jazz hésitant entre efficacité soignée et complexité faite ambiance. Alors, l’interprétation ronde de Wheat song - ultra swing et soul précieuse - ou le funk gouailleur de An Ant Steps On An Elephant’s Toe contrastent avec la mise à plat du thème de Rip Off, porté par l’archet du contrebassiste John Herbert, ou l’atmosphère diaphane bousculée par les assauts de batterie de Mark Ferber de Mayday Hymn.

Elégant ailleurs, il arrive par deux fois au trio de s’égarer, auteur de reprises plus poussive (Lapwing) ou altérée par un arrangement maladroit (Zores Mores). Bémol écarté par l’assurance dégagée avec laquelle il réinvente Do Your Own Thing ou Now Jazz Ramwong.

Premier enregistrement à rendre entièrement hommage à Mangelsdorff depuis sa disparition, Joe Fiedler Trio Plays The Music Of Albert Mangelsdorff modernise un peu plus un propos d’une densité altière. Variant les approches pour mieux rendre improbable la redite monotone.

CD: 01/ Wheat Song 02/ Rip Off 03/ Now Jazz Ramwong 04/ An Ant Steps On An Elephant’s Toe 05/ Mayday Hymn 06/ Lapwing 07/ Zores Mores 08/ Wart G’Schwind 09/ Do Your Own Thing

Joe Fiedler - Plays the Music of Albert Mangelsdorff - 2005 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Albert Mangelsdorff: And His Friends (MPS - 2003)

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Albert Mangesldorff And His (Six) Friends. On a très peu d’amis, sans doute, mais les six duos minimalistes et baroques enregistrés entre 1967 et 1969 privilégient l’entente plutôt que le foisonnement.

En ouverture, une discussion entre Mangelsdorff et Don Cherry sur un thème de Terry Riley, I Dig It, ici rebaptisé I Dig It, You Dig IT, principe en filigrane de l’album entier. La complicité mène à l’amusement et, de répétitions entrelacées en improvisation souriante, les deux musiciens exploitent entièrement leur instrument, autant musicalement que physiquement (sons sortant de l’instrument, puis de l’embouchure seule). La voix de Don Cherry prononce, enfin, le titre du morceau, et clôt le duo le plus emblématique publié ici, l’âme, presque, du projet mené par le tromboniste allemand.

Aux côtés d’Elvin Jones (My Kind of Time), Mangelsdorff écoute d’abord le swing imposé, avant de suivre. Allégeance discrète faite au batteur, le tromboniste se montre plus volubile lorsqu’il enregistre avec Karl Berger (Way Beyond Cave), au vibraphone sage et précis, ou en compagnie d’Attila Zoller (Outox), dont la guitare, pas impressionnante, cherche la réponse adéquate à l’imagination de Mangelsdorff, ne la trouvant qu’à la toute fin du morceau.

Al-Lee, courte improvisation aux influences hongroises, démontre un Lee Konitz capable du meilleur dans le domaine. Braxton policé, le saxophoniste entame une véritable course contre le trombone, jusqu’à le rejoindre, et à faire du duo une démonstration irréprochable de l’entente de deux musiciens jouant, on peut le croire, d’un seul et unique instrument.

Dernier instrument à prendre place auprès du trombone, le piano de Wolfgang Dauner entame, en maltraitant les cordes, une romance là pour soigner. Succession de notes intemporelle et rarement de bon goût confrontée à l’avant-garde de cette fin d’années 1960, My Kind of Beauty, morceau baroque et décalé, est une couverture idéale, étouffant d’accalmie le chaos imposé tout au long du disque par Albert Mangelsdorff et ses amis.

Albert Mangelsdorff : And His Friends (MPS)
Enregistrement : 1967-1969. Réédition : 2003.
CD : 01/ I Dig It, You Dig IT 02/ My Kind of Time 03/ Way Beyond Cave 04/ Outox 05/ Al-Lee 06/ My Kind of Beauty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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