Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Dewey Redman: The Struggle Continues (ECM - 2007)

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Si Dewey Redman aura souvent enregistré pour le compte d’ECM, The Struggle Continues est son unique album en leader sorti sur ce label. Edité, 25 ans après sa sortie, pour la première fois sur CD. 

Aux côtés de Charles Eubanks (piano), Mark Helias (contrebasse) et Ed Blackwell (batterie), Redman donne donc en 1982 un concert au Festival de Willisau. Au ténor, il mène un quartette capable de tout : swing infaillible de Joie de vivre, sur lequel Eubanks glisse quelques notes inattendues ; ballade de Love Is, que le saxophoniste bouscule de ses interrogations inquiètes ; Combinations, enfin et surtout, qui permet au groupe de multiplier poses effrontées et permissions free.

Bien sûr, The Struggle Continues n’a pas le charme des enregistrements anciens de Dewey RedmanThe Ear of the Behearer, notamment –, souffre ici où là de pratiques cliniques appliquées à l’ingénierie du son des années 1980 (basse d’Helias sur Turn Over Baby, par exemple), mais l’ensemble est irrémédiablement tiré vers le haut par un savoir-faire irréprochable et inventif, celui de chacun des intervenants.

CD: 01/ Thren 02/ Love Is 03/ Turn Over Baby 04/ Joie de vivre 05/ Combinations 06/ Dewey Square

Dewey Redman - The Struggle Continues - 2007 (réédition) - ECM. Distribution Universal.

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Sunny Murray : Sunny Murray (ESP, 2007)

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Sorti par ESP en 1966, voici Sunny Murray réédité. Sur lequel on entend, entre deux extraits d’interview, évoluer une formation rare, composée de Jacques Coursil, Jack Graham, Byard Lancaster et Alan Silva.

Lentement, Murray commande d’abord à ses partenaires de porter haut leurs interventions – saxophones gémissant et trompette impérieuse – quand il se charge d’organiser ses cortèges d’accents, enfoncés sous les gestes larges qu’appellent, insatiables, ses imprécations vocales. Convaincus aussi, Coursil, Graham et Lancaster, imbriquent leurs solos exaltés ou rivalisent de morgue pour mieux explorer les possibilités permises par la conduite du batteur.

Déjà déstabilisante, la section rythmique ploie encore sous les interventions de Silva : grand archet organique ou pizzicatos appuyés, qui portent les efforts communs à leur point culminant. Plus qu’indispensable, Sunny Murray

Sunny Murray : Sunny Murray (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2007.
CD :
01/ Early History / The New Music 02/ Sunny Murray 03/ Phase 1.2.3.4. 04/ Hilariously 05/ Angels and Devils 06/ Giblet 07/ Recap Session 08/ Musicians and Magic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Terry Riley : Music For The Gift (Elision Fields, 2007)

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Réédité une première fois en 1998, Music for the Gift regroupe quatre des premières pièces de Terry Riley à avoir été enregistrées. Parmi les intervenants : Chet Baker et La Monte Young.

Et Music for the Gift, d’abord, d’assembler quatre morceaux enregistrés par Riley en compagnie de Chet Baker au Théâtre Récamier en 1963. A l’aide de deux magnétophones, le premier renvoie au second quelques échantillons de ses interventions à la trompette, et commande un cool jazz désoeuvré, enfoncé par la contrebasse de Luigi Trussardi pour dériver bientôt vers le statut de pièce expérimentale inquiétante.

Plus amène, le collage psychédélique de Bird of Paradise, enregistré deux ans plus tard, fait figure de contraste transitoire, après lequel Riley révèle au monde les plaintes d’un bestiaire plus que suspect (Mescalin Mix) ou donne en duo avec LaMonte Young Concert for Two Pianists and Five Tape Recorders, document davantage qu’œuvre magistrale, qui conclut une anthologie consacrée aux travaux de magnétophones de Terry Riley : troublant et prophétique. 

 

Terry Riley : Music For The Gift (Elision Fields / Orkhêstra International) Enregistrement : 1963. Réédition : 2007. CD : 01-05/ Music for the Gift 06-10/ Bird of Paradise 11/ Mescalin Mix 12/ Concert for Two Pianists and Five Tape Recorders Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile, 2003)

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Des enjeux en commun et des similitudes fortes firent que les notes longues qui couraient du piano de John Tilbury à la guitare de Keith Rowe s’emmêlèrent un jour hors d’AMM. Exemple daté de 2003 : ces Duos – arrangés ensuite en bouquet offert à la mémoire de la mère du pianiste – for Doris.

Par touches délicates, la paire investit Cathnor dont le seul corridor est un champ nébuleux où traînent déjà quelques rumeurs et attendent qu’on les frôle un lot de suspensions-obstacles. Ravis par la découverte d’un chant preuve d’existence, Rowe et Tilbury creusent ensemble, et profondément : les cordes tendues de guitares rejettent des boucles de piano (trois notes, parfois deux, un mince accord lors des moments de confiance) lorsque les outils-instruments ne sont pas méconnaissables. Feldmanien, Tilbury l’est encore davantage quand Rowe se charge seul de chasser les silences. Et pour ce faire, lève une armée de sonorités parasites.

De bruits du monde (radio aidant et puis oiseaux) et de notes étouffés naît ensuite Olaf, paisible morceau d’atmosphère qui devra puiser dans ses propres ressources pour éloigner une zone de dépression gangrénant son centre : des vibrations diffuses commanderont une danse réconciliatrice, d’autres notes éparses et même le début d’Oxleay. Là, une autre histoire d’arpèges délayés, une autre symphonie défaite qui n’a d’autre direction que celle que lui fera prendre l’abandon des règles et des normes, l’épanchement antinaturel de sons de toutes natures.

Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile)
Enregistrement : 7 janvier 2003. Edition : 2003.
CD1 : 01/ Cathnor – CD2 : 01/ Olaf 02/ Oxleay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Braxton: Performance (Quartet) 1979 (HatOLOGY - 2007)

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Au festival de Willisau, en 1979, Anthony Braxton donnait en deux parties une combinaison aléatoire de sept de ses compositions.

En compagnie du tromboniste Ray Anderson – qui a remplacé, deux ans auparavant, George Lewis auprès de Braxton, et à qui il arrive ici de passer au saxophone alto –, du contrebassiste John Lindberg et du percussionniste Thurman Barker, Braxton fait alterner saxophones et clarinettes, distribue des plaintes graves ou des aigus répétés sur l’allure changeante de ses compositions.

Alors, le baroque entretient l’espoir d’un swing magistral avant de céder la place aux exclamations virulentes des instruments à vent, quand les développements anguleux hésitent entre la défense d’un rien de mélodie et les libertés accordées par les usages d’une improvisation déconstruite. Evidemment changeant, l’ensemble est aussi étourdissant.

CD: 01/ Part I 02/ Part II

Anthony Braxton - Performance (Quartet) 1979 - 2007 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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Philippe Robert: Musiques expérimentales, une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques (Le Mot & le Reste - 2007)

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Après avoir tracé un itinéraire bis long de 140 disques pop et rock, Philippe Robert s’attaque à l’histoire de la musique expérimentale : de manière personnelle, toujours, et adroite.

Selon   l’ordre  chronologique,   une   galerie  de  portraits  est   donc organisée, qui redit d’abord les interrogations sonores d’artistes plasticiens à l’origine de tout, ou presque : machines nouvelles de Luigi Russolo, Ursonate de Kurt Schwitters, musique phénoménale de Jean Dubuffet, essais divers signés Dada et Fluxus. La parole, ensuite, à la poésie sonore (Isodore Isou, William Burroughs) ou à celle du quotidien (Pierre Schaeffer, Luc Ferrari), avant d’aller voir du côté des écrits plus sourcilleux d’une musique contemporaine convaincante (signée Varèse, Xenakis, Stockhausen) puis des tourments plus ou moins légers : ceux, pop, de John Cale, John Lennon & Yoko Ono, Arthur Russell ou Jim O’Rourke, et d’autres, plus graves, hérités du krautrock. Entre les deux, les codes que s’imposent les minimalistes américains (Terry Riley, LaMonte Young), l’improvisation de Derek Bailey ou celle de Joëlle Léandre, les musiques contrariées de Loren Connors ou Radu Malfatti, les élans libres du jazz d’Albert Ayler ou Sonny Sharrock. Plus récents, quelques enregistrements de Martin Tétreault, Francisco Lopez, Maja Ratkje, Sachiko M, Otomo Yoshihide ou Jacques Coursil (Minimal Brass), affirment que l’histoire est en marche, et que si tout a été murmuré, tout n’a pas encore été dit.

Une biographie courte pour chaque intervenant, une sélection de ses enregistrements les plus emblématiques (voire, d’un seul enregistrement) et des liens patiemment établis entre courants ou musiciens, suffisent à Philippe Robert pour mettre en place une anthologie dense et aérée, cohérente et complète. Par conséquent : nécessaire.

Livre: Philippe Robert, Musiques expérimentales, une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques, Le Mot et le Reste, 2007.

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Satoko Fujii Min-Yoh Ensemble: Fujin Raijin (Victo - 2007)

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Aux côtés de Natsuki Tamura (trompette), Curtis Hasselbring (trombone), Andrea Parkins (accordéon), la pianiste Satoko Fujii interroge son rapport à la musique traditionnelle japonaise.

En arrangeant les anciens Itsuki No Komoriuta et Kariboshi Kiriuta, d’abord, qu’elle change en impressions servies par des pratiques instrumentales poignantes, qui paraphrasent, sur le second titre, le chant qu’elle dépose. En révélant au monde son propre folklore, ensuite, le temps de compositions souvent pertinentes, dont l’allure hésite sans cesse entre emportement et dérives lasses.

Intelligemment combinées, les six interprétations de Fujin Raijin forment bientôt une œuvre délicate, qui accorde la distinction de ses élans lyriques à ses mises en garde de fruit sauvage.

CD: 01/ Itsuki No Komoriuta 02/ Champloo 03/ Shimanto 04/ Slowly and Slowly 05/ Fujin Raijin 06/ Kariboshi Kiriuta

Satoko Fujii Min-Yoh Ensemble - Fujin Raijin - 2007 - Victo. Distribution Orkhêstra International.

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Icebreaker: Music With Changing Parts (Orange Mountain - 2007)

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Ensemble britannique constitué de 13 musiciens, Icebreaker reprenait récemment Music With Changing Parts de Philip Glass.

Inutile de revenir sur le minimalisme de Glass, et insister davantage sur l’interprétation du jour : sophistiquée, mesurant avec efficacité chacune des interventions, pour affirmer, au final et autrement, la qualité d’une œuvre emblématique. Car, malgré une fin de première partie laborieuse, parce que mal tempérée, Icebreaker réussit à mettre ici au jour une version aérienne, enveloppante, du morceau, qu’il conclut au son d’entrelacs arrangés avec intelligence et délicatement décisifs.

CD: 01/ Music With Changing Parts 1 02/ Music With Changing Parts 2

Icebreaker - Music With Changing Parts - 2007 - Orange Mountain Music. Distribution Codaex.

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Charles Mingus: Live in ’64 (Naxos - 2007)

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Parmi les 7 nouvelles références publiées cette année dans sa collection Jazz Icons, Naxos consacre une anthologie à la tournée européenne qu’effectua Charles Mingus en 1964.

En sextette ou en quintette – selon la présence du trompettiste Johnny Coles, victime à Paris d’un malaise –, le contrebassiste défend alors ses morceaux les plus déterminants auprès de la plus convaincante de ses formations : Coles, donc, et puis Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jaki Byard, Dannie Richmond.

Aux répétitions et concert filmés en Suède et en Norvège, bien connus pour être dispersés sur les DVD déjà existant de Mingus, mais aussi de Dolphy, Live in ’64 donne à voir un document plus rare : la séance que le quintette enregistra à Liège, dans les locaux de la RTBF, à l’occasion de sa participation à l’émission Jazz pour tous. Vraisemblablement satisfait de son groupe, Mingus dirige ici So Long Eric, Peggy’s Blue Skylight et Meditations le long d’interprétations qui se passent de commentaires.

Charles Mingus - Live in ’64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.

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The Hot 8 Brass Band: Rock With The Hot 8 (Tru Thoughts - 2007)

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Depuis 1995, le Hot 8 Brass Band dispense sa musique de fanfare sur un ton léger, plus soucieux de présence et d’investissement que de justesse des cuivres. Flamboyant quand même, l’ensemble l’emporte par la manière qu’il a de tout investir avec le même panache : retour aux sources des orchestres de la Nouvelle-Orléans, rengaines répétitives, rap hybride, reprises amusées mais adroites de Marvin Gaye ou Snoop Dogg. D’un parti pris qui aurait pu tenir seulement de l’anecdote, l’ensemble construit ainsi un disque convaincant.


The Hot 8 Brass Band, We Are One (extrait). Courtesy of Tru Thoughts.

CD: 01/ What’s My Name ? 02/ It’s Real 03/ Fly Away 04/ I Got You 05/ Sexual Healing 06/ Jisten to Me 07/ We Are One 08/ Skeet Skeet 09/ Rastafunk 10/ E Flat Blues 11/ Skit31 12/ Love Don’t Live Here 13/ Get Up

The Hot 8 Brass Band - Rock With The Hot 8 - 2007 - Tru Thoughts. Distribution La baleine.

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