Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Peter Brötzmann Graphic WorksAu rapport : Rock In Opposition XParution : Du piano-épave de Ross Bolleter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi, 2006)

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Après s'être rencontrés au sein d'une des grandes formations de Peter Brötzmann en 1968, le saxophoniste Evan Parker, le guitariste Derek Bailey et le batteur Han Bennink improvisèrent ensemble The Topography of The Lungs, le 13 juillet 1970. La même année, Bailey sortait le disque sur Incus, label qu'il gérait en compagnie de Parker et de Tony Oxley. Aujourd'hui, Parker le réédite sur le sien propre, Psi.

Dès Titan Moon, le trio propose plusieurs manières de céder aux tensions précipités de notes sortis du saxophone, gestes rapides et secs de Bennink et aigus saturés du guitariste, effrontément amassés sur le tas. Ici ou là, des pauses introspectives réussissent à s'imposer au milieu des chaos, jusqu'à lancer l'unique allégeance faite à la musique populaire, la batterie déposant un swing affable sur la fin de Dogmeat.

Passant d'un saxophone (soprano) à l'autre (ténor), Parker distribue aigus (For Peter B & Peter K) ou graves (Fixed Elsewhere) avec la même ardeur, quand Bailey interroge davantage sa capacité à penser plus posément la forme de son implication. Les arpèges espacés et le volume changeant de la guitare électrique répondent ainsi plus efficacement aux interventions du saxophoniste et du batteur.

En guise de bonus, la réédition offre deux versions de Found Elsewhere, sur lesquelles le trio sacrifie presque tout à la réflexion lente. Qui n'oeuvrent pas forcément en faveur de la cohérence de l'ensemble du disque, mais qui peuvent aussi faire figure de contraste valorisant encore les quatre titres de l'édition originale, naviguant entre retenues sensibles et moments effrénés de perdition.

Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink : The Topography of The Lungs (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1970. Edition : 2006

CD : 01/ Titan Moon 02/ For Peter B & Peter K 03/ Fixed Elsewhere 04/ Dogmeat 05/ Found Elsewhere 1 06/ Found Elsewhere 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pierre Langevin, Pierre Tanguay: La boulezaille (Ambiances magnétiques - 2003)

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Respectivement clarinettiste (mais aussi joueur de cornemuse ou de chifonie) et percussionniste (doué quand même pour la boîte à languettes ou l’harmonica), Pierre Langevin et Pierre Tanguay exposent ici un précis de boulezaille, concept musical leur appartenant, défendu à grands coups d’instruments hybrides.

Convoqués pour la mise en pratique, instruments rarement utilisés (doudouk, guimbarde, douçaine…) et ustensiles de la vie domestique, au son desquels se mettent en place des titres relevant d’un nouveau folklore autant que de l’expérimentation ludique. La mélodie légère d’une flûte, que l’on dépose sur le grouillement de percussions sourdes (Le grand bonhomme de chemin) tranche avec le drone fomenté par une guitare électrique sur lequel s’installe le dialogue du tambour et de la clarinette basse (La scie voleuse).

Ailleurs, le bourdon de la chifonie accueille une mélopée intuitive (Mon Ami), la clarinette et la cornemuse fantasment le voyage en Algérie (Ne partez pas sans être heureux), et les percussions minuscules rivalisent d’inventions burlesques (Voilà !). Rarement l’expérimentation aura été aussi radicalement mariée à la musique populaire. Afin de mettre au jour une musique que l’on jugera nouvelle, même si Tanguay et Langevin l’ont exhumé sûrement de traditions enfouies. 

CD: 01/ Ne partez pas sans être heureux 02/ Le chalumeau de la paix 03/ Voilà ! 04/ Le grand bonhomme de chemin 05/ Danse du vent comme dans le temps 06/ La scie voleuse 07/ Mon ami 08/ La boulezaille >>> Pierre Langevin, Pierre Tanguay - La boulezaille - 2003 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.

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Ashis Mahapatra : Orange Of (True False, 2006)

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Sur son premier album, Ashis Mahapatra ne cache pas longtemps ses influences, qui le mènent à évoquer ici ou là les travaux de My Bloody Valentine, Rafael Toral, Glenn Branca (ses récentes direction d’hordes de guitaristes), ou encore FenneszPar eux tous inspirés, Orange Of n’en reste pas moins un enregistrement particulier.

Confrontant le souvenir d’une noisy pop des années 1990 ayant osé quelques incursions bruitistes (Medicine, Faith Healers, Ride) et une filiation nette avec les fabricants de drones d’aujourd’hui (Markus Popp en tête), Mahapatra confectionne 7 impressions racées, amas de bourdons graves et d’inserts osés à peine – arpèges de guitare ou aigus électroniques crachant.

Le plus souvent accablante, embuée pour cause de tempête, l’atmosphère peut préférer la discrétion de carillons étouffés sous le baroque du décorum (Track 5), se contenter d’une simple boucle (Track 6) ou d’une presque mélodie de 3 notes soudain échappées (Track 3).
Longue pièce apparue en crescendo, Track 7 imbrique comme il peut deux nappes gigantesques bientôt happées par le silence. Qu’Orange Of était forcément amené à réinvestir, après avoir fait œuvre de densité suspecte.

Ashis Mahapatra : Orange Of (True-False).
Edition : 2006.

CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5 06/ Track 6 07/ Track 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Active Ingredients: Titration (Delmark - 2004)

titrationPour s’être installé à New York, le batteur Chad Taylor aura dû trouver d’autres partenaires que ceux du Chicago Underground avec lequel il avait l’habitude de jouer. Chose rapidement faite, si l’on en croit Titration, premier album du quartette Active Ingredients, au sein duquel Taylor côtoie le saxophoniste Jemeel Moondoc, le tromboniste Steve Swell et le contrebassiste Tom Abbs.

Destinant d’abord un hommage appuyé au contrebassiste sud africain Johnny Dyani, le quartet dresse un jazz proche de ceux de l’Art Ensemble ou d’Ernest Dawkins, rehaussé encore par l’entente de l’alto de Moondoc et du cornet de l’invité spécial Rob Mazurek (Song For Dyani). Elans fantasques que l’on retrouvera sur Modern Mythology - pièce sur laquelle un pattern de contrebasse scelle l’entrelacs harmonieux des vents – ou Slate, où Moondoc instaure une transe latine auprès des nappes de trombone.

Les échappées individuelles, remarquables ailleurs : sur les pièces plus déconstruites que sont Velocity (qui prendra l’allure d’une marche dévolue toute à l’unisson) et Absence. Sur Titration, aussi, où le saxophoniste fomente seul un free plus qu’inspiré, et Dependent Origination, pendant lequel Taylor déploiera un solo long et plus qu’inspiré. Réjouissant et habile, Active Ingredients tire profit d’influences choisies, qu’il sert au moyen d’une décontraction subtile. Ajouter à l’ensemble la production claire propre au Chicago Underground, et Titration aura déjà beaucoup pour convaincre du fait qu’une suite est à envisager.

CD: 01/ Song for Dyani 02/ Velocity 03/ Slate 04/ Visual Industries 05/ Modern Mythology 06/ Absence 07/ Titration 08/ Dependent Origination 09/ Other People’s Problems >>> Active Ingredients - Titration - 2004 - Delmark.

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Trio 3: Time Being (Intakt - 2006)

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La spécificité majeure du Trio 3 vient du fait que chacun de ses membres représente à lui seul un pan entier de l’histoire du jazz exigeant. Sidemen de Monk, Coltrane, Cecil Taylor ou Roland Kirk, et musiciens au premier plan du Loft Movement new-yorkais, Oliver Lake, Reggie Workman et Andrew Cyrille poursuivent leurs expériences, avec le même panache qu’hier.

Après une plage déstructurée sur laquelle s’harmonisent déjà les interventions indépendantes (A Chase), le trio prend des libertés sur quelques figures établies : swing dissonant transformé en marche sur les conseils de la contrebasse de Workman (Medea), post bop débonnaire (Given), ou free déclaré sur Special People, dont le thème rendu à l’unisson mais voué bientôt au lynchage rappelle Albert Ayler
.

A chaque fois, les partenaires rivalisent d’habileté : facilité du grand solo de Workman sur Playing For Keeps ; ardeur sublime ou roulements élaborés de la batterie de Cyrille sur Time Being et Tight Rope ; aisance quiète de Lake à dérouler aux saxophones des phrases instables et pourtant décisives (Lope, Time Was). Rassemblés, les voilà excellant sur un Equilateral improvisé, ou sur l’impression trouble et intense qu’est Tight Rope.

En 10 morceaux, Time Being assure ainsi de l’inaltérable qualité de musiciens déjà accomplis il y a une quarantaine d’années. Renouvelle l’engagement, en quelque sorte. Sans refuser, de temps à autre, d’aller creuser encore plus profond.

CD: 01/ A Chase 02/ Medea 03/ Tight Rope 04/ Equilateral 05/ Lope 06/ Time Was 07/ Playing For Keeps 08/ Given 09/ Time Being 10/ Special People

Trio 3 - Time Being - 2006 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Giuseppe Ielasi : s/t (Häpna, 2006)

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Au son d'une ambient des ténèbres, Giuseppe Ielasi retourne au label Häpna. Où il refuse toujours d’intituler ses pièces insaisissables.

Croulant d’abord sous les râles électroniques assaillis par quelques accents fins de krautrock, l’enregistrement n’a rien à gagner de la permanence, et traîne son atmosphère sur fonds de valse construite par 3 notes de cuivres, d’inserts rythmiques timides mais implacables, de rajustements mélodiques délicats.

Le bruit répété d’une corde de guitare que l’on lâche peut ainsi gangrener l’abstraction établie ; quelques coups sur cymbales portés par des balais apporteront encore au charme de l’engorgement des interventions différentes. Enfin, le crescendo d’une sirène enveloppera l’ensemble, anéantira les efforts. Si Iealsi édifiait sur Gesine, il révèle ici ses parts d’ombres, et déconstruit plutôt. Mais avec le même tact, il multiplie les variantes de son ambient upper-class.

Giuseppe Ielasi : s/t (Häpna)
Edition : 2006.
CD :
01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kidd Jordan: Palm of Soul (AUM Fidelity - 2006)

jordanSaxophoniste recherché (ayant enregistré aux côtés des Supremes, Ray Charles ou Stevie Wonder), Edward Kidd Jordan a toujours su trouver un peu de temps pour se frotter aux révélateurs d’une avant-garde exigeante (Ornette Coleman, Cecil Taylor, Ed Blackwell). A Hamid Drake et William Parker, en 2005.

Partant, toujours, pour aller voir ailleurs que sur sa contrebasse, Parker use d’abord de gongs sur Forever, où Jordan dépose un blues las pour mieux sceller la rencontre fortuite de ‘Round Midnight et du Neroli de Brian Eno. Percussionniste, Parker usera ailleurs de djembés et calebasses, sur Last of The Chicken Wings, free acharné engagé par le jeu sur tabla de Drake.

Ardeur déjà présente en introduction de Living Peace, qui prendra les allures d’un bop apaisant, et sur lequel Jordan fait preuve d’une humilité élégante, avide d’entendre ce que ses partenaires composent avant d’improviser selon. Attachés plus tard à aller voir du côté de l’Afrique – Parker par trois fois au gumbri -, les musiciens tissent des progressions instrumentales envoûtantes, montées sur patterns précieux, que fleurissent parfois par les phrases incantatoires prononcées par Drake (Unity Call).

Fantasmant la révolte ou aptes à accueillir l’accalmie, Jordan, Parker et Drake, font de leur rencontre un moment d’exception. Servant le jazz comme la musique d’un univers intérieur qu'ils auraient en commun, composant avec la nostalgie d’un monde perdu sans renoncer à mettre la main sur des embellies du genre de Palm of Soul.

CD: 01/ Peppermint Falls 02/ Forever 03/ Living Peace 04/ Unity Call 05/ So Often 06/ Resolution 07/ Last of The Chicken Wings

Kidd Jordan - Palm of Soul - 2006 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.

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Ween: Shinola, Vol.1 (Chocodog - 2005)

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Depuis une vingtaine d’années, Mickey Melchiondo et Aaron Freeman (entendez Dean et Gene Ween) ont entassé des cartons pleins d’enregistrements isolés, à peine entendus. Electrons libres ayant circulé sur internet, ou que le groupe s’était gardé d’exposer jusque là, que devrait rassembler la série Shinola, publiée par le label du groupe.

Qui attendait du premier volume à paraître la mise au jour d’expérimentations rejetées, de bandes audibles à peine ou de combinaisons mélodiques bancales, aura simplement fantasmé. La sélection ne déroge pas à la règle des autres albums du groupe : exercices de styles concoctés sourires en coin et production léchée. Histoire de rendre la description plus précise, voici : krautrock menacé par quelques déraillements ludiques sur Tastes Good on Th’ Bun, pop langoureuse servie par la basse du Mc Cartney d’Abbey Road (I Feel In Love Today), ballade astro-country (Did You See Me ?), ultra swing sixties à chœurs (Boys Club), mélange compétitif de surf actuel et de glam rock (Gabrielle), easy listening spirituel (Israel), ou confection d’un monstre à partir des restes de Prince et des membres d’Aphte Punk (Monique the Freak).

Le mélange, explosif, est capable aussi d’administrer la nausée. Rapidement, les voix n’arrivent plus à convaincre du divertissement, l’insouciance semble disparaître au profit d’un espoir de bien faire un « faire à côté » ironique, les solos de guitares n’en finissent plus de rivaliser d’efforts grotesques, éloignant un peu plus à chaque fois le prétexte anodin du clin d’œil d’initié à initié. Et Shinola, Vol.1 de prendre les atours d’un enregistrement vulgaire, qui pourra plaire aux imbéciles glorifiés d’applaudir une œuvre faite de sous entendus malins, quant elle n’est constituée en vérité que de sur-entendus médiocres.

CD: 01/ Tastes Good on th' Bun 02/ Boys Club 03/ I Feel In Love Today 04/ Big Fat Fuck 05/ Gabrielle 06/ Did You See Me? 07/ How High Can You Fly? 08/ Transitions 09/ Israel 10/ Rift 11/ Monique The freak 12/ Someday >>> Ween - Shinola, Vol. 1 - 2005 - Chocodog. Distribution Pias.

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Nom Tom: Nom Tom (Spring Garden - 2005)

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Depuis la fin des années 1970, le saxophoniste Jack Wright fait montre d’un jusqu’auboutisme désinvolte concernant sa manière d’aborder l’improvisation. Pourfendeur de gestes inhabituels, il a aussi bien œuvré aux côtés de John Butcher, William Parker ou Michel Doneda, qu’initié des groupes plus confidentiels, pour peu qu’ils puissent espérer tenir de la combinaison heureuse.

C’est dans cette catégorie que pourrait être rangé Nom Tom, trio que Wright forme aux côtés de la vocaliste Carol Genetti et du percussionniste Jon Mueller. Sur cet enregistrement concert daté de 2004, les musiciens tissent deux pièces expérimentales tenant donc de l’inédit. Investissant le domaine du non dit, d’abord, au son de l’imbrication des incartades free du saxophoniste, des murmures, souffles et expirations de Genetti, et des accents enthousiastes que dispense la caisse claire. Phrases lyriques refoulées et virulence en sourdine sont de mise, avant que le batteur décide d’accélérer le propos discursif pour mieux couper court aux gémissements et autres souffles prônant l’impureté.

Alors, les trois intervenants envahissent l’espace plus concrètement, les notes se font plus claires, partout – saxophone et voix. L’amalgame, plus efficace, pas à l’abri, pourtant, d’une rechute soudaine. Proche du râle apaisant du digeridoo, la voix de Genetti ira convaincre le trio d’en rester là. Après avoir expérimenté et réfléchi tout à la fois.

CD: 01/ 01 02/ 02 >>> Nom Tom - Nom Tom - 2005 - Spring Garden Music.   

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Roy DeCarava: The Sound I Saw (Phaïdon - 2001)

decaravaAu début des années 1960, le photographe Roy DeCarava s’engage à rendre sur papier une réalité qu’il connaît pour la fréquenter au quotidien : celle des rues de Harlem. Brute, son approche trouve bientôt une bande-son évidente, relents de jazz suintant sous les peines, là pour divertir ou revendiquer, cherchant une solution acceptable au rythme plus concret sur lequel vont les choses.

Empruntant des rues négligées par un service d’entretien qu’on n’envoie plus guère dans cette partie de la ville, DeCarava gagne les clubs de jazz - parfois quelques studios d’enregistrement - et récolte les clichés décisifs. Parmi le nombre, il en choisira 196, qu’il mettra en ordre et auxquels il accolera un texte écrit de sa main pour former le prototype de The Sound I Saw, recueil de photographies haut de gamme autant qu’hommage au New York des déclassés, au jazz, à la vie comme elle est et comme il faut la prendre. Nous sommes alors toujours dans les années 1960. La première publication de The Sound I Saw verra le jour en 2001.

Elaborée, la mise en page alterne les tirages d’une netteté qui accable et les épreuves au parti pris plus abstrait ; les portraits de jazzmen reconnus et d’autres d’anonymes ; oppose un urbanisme au charme déficitaire à l’éclat des instruments, à la précision des gestes. Le noir et blanc souligne encore la dualité d’une existence à part, tout en glorifiant l’instant exposé. Ici, la photo de 4 enfants des rues fait le pendant à celle d’un quartette de contrebasses. Là, un Santa Claus sorti du ruisseau – « Poor feet who walk on souls » - égaré parmi quelques jazzmen en majesté : Coltrane méditatif dans le reflet d’un miroir, Ellington, Monk et Brubeck derrière pianos, Billie Holiday, Elvin Jones, Max Roach, Clifford Brown, Miles Davis, ou Ornette Coleman, regardant droit devant lui – « To release songs of wanting nor wasted ».

« Puzzled in the crush of every morning mash », noires pauvres et pauvres blancs, américain middle classe soudain désorienté parmi la foule semblable et agitée. L’attente, presque partout, quand la musique est absente : « Men’s aspirations to speak to sing and make music justifying the endless moments heavy ». Au bout du compte, un flegme ultime sorti de sous les gravats lourds, en réponse au quotidien pesant. Sereine, la mère peut continuer de bercer l’enfant, sur le rythme révélé par ceux à qui il suffit de fermer les yeux – « Frustration and pain into a cry for aching fingers ». Pour savoir que la réalité n’est pas indivisible, et qu’il s’agit simplement d’être à l’écoute – « The love of life revealing the open place that is Us ».

Roy DeCarava, Le son que j’ai vu, Paris, Phaidon, 2001.

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