Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques Ogerle son du grisli papier
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble: The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble (Planet Mu - 2006)

kilsli

Sur son premier album, The Kilimanjaro Darkjazz EnsembleJason Kohnen et Gideon Kiers - pose les bases d’une musique à l’atmosphère chargée de références éclatées, qui pèse de tout son poids dans l’univers des musiques électroacoustiques flattées par les nuisances sonores.

Souvent charmé par la redite (de la guitare répétitive de The Nothing Changes au swing redondant de Parallel Corners), le duo installe des pièces sombres, capables de tout sacrifier au marasme bruitiste (Pearls for Swine) ou optant plus délicatement pour l’édification d’une marche lancinante (Solomons Curse) - élan parfois proche du Requiem for A Dream du Kronos Quartet.

Privilégiant l’acoustique, Adaptation of The Koto Song combine les interventions d’un violoncelle et d’un piano avant de se faire batucada étouffée, quand Rivers of Congo adopte quelque posture jazz, au son d’un gimmick de contrebasse et du jeu lointain d’un trombone. Versant davantage dans l’électronique, Pearls of Swine évoque DJ Shadow, et Guernican Perspectives prend l’allure d’un dub mesuré.

Au son d’une progression électronique au rythme étourdissant (Vegas), The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble scelle un recueil de progressions obscures et éthérées, butant souvent sur les parois des cloches sous lesquelles on les expose. En combinant de façon plutôt convaincante quelques genres éloignés.

CD: 01/ The Nothing Changes 02/ Pearls for Swine 03/ Adaptation of The Koto Song 04/ Lobby 05/ Parallel Corners 06/ Rivers of Congo 07/ Solomons Curse 08/ Amygdhala 09/ Guernican Perspectives 10/ Vegas

The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - 2006 - Planet Mu.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Roscoe Mitchell: In Walked Buckner (Delmark - 1999)

InWalkedGrisli

Après avoir changé de contrebassiste (Reggie Workman remplaçant Malachi Favors), le quartette de Roscoe Mitchell enregistrait sa deuxième référence, In Walked Buckner. Disque au charme étrange, extirpé de ses incohérences.

C’est qu’il est loin le temps de l’Art Ensemble, et Mitchell, même s’il donne encore un peu dans la réflexion amusée le temps du simili bop In Walked Buckner, préfère conduire sa musique sur les chemins délicats d’intentions tournées vers un baroque contemporain. A la flûte, au soprano ou au ténor, Mitchell défend donc des thèmes déconstruits, conseillant à ses partenaires les intrusions franches mais espacées.

Ténébreux (Three Sides Of A Story, Squeaky) ou délicat (Off Shore), l’ensemble refuse toujours l’opacité rédhibitoire. Pour se permettre l’interprétation d’une valse gonflée par les pizzicati de Workman ou mettre, pour finir, la main sur une musique nouvelle et expérimentale : la progression calmement extravagante qu’est Fly Over, l’accord dissonant de flûtes égyptiennes sur Opposite Sides.

Ainsi, on préférera la seconde partie du disque, moins attendue et sans doute plus subtile. Accolée à l’actualisation des obsessions contemporaines de Mitchell, pour assembler l’éventail large des possibilités du saxophoniste qu’est In Walked Buckner.

CD: 01/ Off Shore 02/ In Walked Buckner 03/ Squeaky 04/ The Le Dreher Suite 05/ Three Sides Of A Story 06/ Till Autumn 07/ Fly Over 08/ Opposite Sides

Roscoe Mitchell - In Walked Buckner - 1999 - Delmark. Distribution Socadisc.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jacques Demierre: Black / WHite Memories (Insubordinations - 2006)

demierreblackgrisli

Le pianiste Jacques Demierre a dû avoir une enfance heureuse, auprès de parents attentifs. De ceux qui ne vous destinent pas une grande paire de claques à la moindre égratignure faite sur le bois ou l’ivoire, en hurlant, le rouge aux joues, « P’tain, ç’pas vrai c’gosse, t’sais pas combien ça coûte un piano ? ». Ce genre de phrases en vogue dans le Nord de la France, pays entier nourri à l’huile, et où les enfants doivent, en lieu et place de piano, se contenter souvent d’une modeste mais plus facilement transportable flûte en plastique.

Demierre aurait eu tort de ne pas en profiter. Et comme, entre Lausanne et Constance, s’attaquer à un instrument noble est une manière acceptable de remettre en cause l’ordre établi, il n’a eu de cesse de multiplier ses agressions, frappant histoire d’estimer les limites des marteaux, ou projetant, dédaigneux, quelques notes aigues sans plus y penser que ça. Mais des parents, même en Suisse, restent des parents, et à force de tirer sur la corde, il se peut qu’on réveille un semblant d’autorité molle.

Grondant, le père va donc pour emprunter le grand escalier qui le mènera au salon, où l’enfant joue trop fort. Mais le temps qu’il lui faudra pour passer de l’étage au rez-de-chaussée, allongé encore par une prudence inquiète qu’on ne rencontre qu’en pays neutre, aura permis au musicien incompris de trouver refuge dans le ventre de son piano.

Là, curieux comme un amateur de truffes fientées entendant sa première chanson de Cali, le petit gratte les cordes ou les frotte, les fait sonner - faiblement, cette fois. En un mot, découvre l’abstraction qui, en art, découle souvent de l’opacité (quand quelques historiens étranges affirment le contraire). Les découvertes sont enivrantes, mais souvent interrompues par l’intrus qui n’a rien compris : le père, dans le salon, tempête et prend maintenant pour cible l’instrument.

Bien sûr, le calme fait suite à la scène violente. Resté à l’intérieur du piano, l’enfant ose à peine bouger, pétrifié par cette sentence paternelle, terrible et sans appel : "Le disque que j’avais prévu de t’offrir, tintin*... C'ui là, t'as qu'à le sortir en Mp3!" Véritable Ode, en fin de compte, à la réconciliation helvético-picarde.

CD: Jacques Demierre - Black / White Memories - 2006 - Insubordinations (téléchargement).

* Personnage de fiction belge, signifiant en Suisse – sans doute par jalousie – « certainement pas ! »

[Nota bene: cette chronique tient de la pure invention et n'informe en rien sur la véritable enfance de Jacques Demierre, excellent pianiste, une fois encore auteur d'une remarquable improvisation. Elle incitera plutôt le lecteur à aller voir par lui même, en lui conseillant d'aller télécharger cette pièce instrumentale.]

Commentaires [0] - Permalien [#]

The Vandermark 5: Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)

fjsli34

Sur les deux premiers volumes de Free Jazz Classics, le quintette de Ken Vandermark s’était attaqué à l’interprétation de standards composés par les grandes figures du genre (Taylor, McPhee, Coleman, Wright). Poursuivant son étude, le groupe choisit cette fois de changer de méthode, et d’aborder plus en détail le répertoire de Sonny Rollins (le volume 3) et de Roland Kirk (le volume 4).

Profitant des contrastes des compositions de Rollins, The Vandermark 5 interprète sans accrocs The Bridge, hard bop n’en finissant pas d’alterner les rythmes, ou John S., dont on brise l’ossature, pour la reconstruire ensuite sous la conduite d’une précipitation hardie. Toujours infaillible, la section rythmique assure le jeu des solistes : sur Freedom Suite. Pt. 2 ou East Broadway Rundown, swing efficace qui rappelle le World Saxophone Quartet avant de virer au free expéditif.

Encore plus baroque, l’investissement des musiciens sur les compositions de Kirk. Inaugurée par la marche éléphantesque The Black and Crazy Blues, la sélection propose aussi une reprise de Silverization et Volunteered Slavery, qui permet aux musiciens de mettre la main sur les habituelles funk et soul qu’ils aiment instiller à leur jazz. En plus du swing imposé par l’auteur des thèmes, rendu à merveille par le trombone de Bishop sur Rip, Rig and Panic Suite ou par l’ensemble des vents - à l’unisson ou usant des harmoniques – sur The Free King Suite.

Actualisant le geste d’Archie Shepp enregistrant Four for Trane, le déviant vers Rollins et Kirk, Ken Vandermark poursuit avec la même aisance son précis d’histoire du jazz moderne. Tout en lui insufflant, l’air de rien, un goût d’inédit qui œuvre à la nouveauté du genre.

CD1: 01/ The Bridge 02/ Strode Rode 03/ Freedom Suite. Pt. 2 04/ John S. 05/ East Broadway Rundown 06/ Alfie Suite - CD2: 01/ The Black and Crazy Blues 02/ The Free Kings Suite 03/ Inflated Tear 04/ Rip, Rig and Panic Suite 05/ Silverization / Volunteered Slavery

The Vandermark 5 - Free Jazz Classics 3 & 4 - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy (Sardegna e Jazz - 2005)

dolphyeregrisliEn 2004, le festival « Ai confini tra Sardegna e Jazz » s’intéressait particulièrement à l’œuvre d’Eric Dolphy (disparu 40 ans plus tôt). Pour l’occasion, colloques et concerts étaient organisés, qui revenaient sur l’homme, son œuvre, son influence. Publié en 2005, Tender Warrior rassemble un livre et un disque, pose les scellés et fait figure de résumé.

Quand le livre revient sur les effets de la carrière du clarinettiste, saxophoniste et flûtiste, sur le jazz et les musiques improvisées, interroge à son propos une pléiade de musiciens (tels que Joe McPhee, Jef Sicard, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide), donne à lire sa dernière interview et retranscrit la discographie du maître élaborée par ses biographes Vladimir Simosko et Barry Tepperman, le disque offre une sélection des concerts donnés cette année là à Santa’Anna Arresi.

Pêchant ici dans le répertoire de Dolphy, improvisant là, les musiciens rendent des hommages différents. Des polyphonies étranges du launedda accompagnées par les tablas et darboukas (pour le résultat approximatif de Red Planet de Coltrane on Launeddas, enchaînant leurs solos plus que naïvement) à l’interprétation par l’Eric Dolphy’s Memorial Barbecue d’Out to Lunch et Out There sur le mode brouillon, en passant par le duo Tim Berne (saxophone) / Umberto Petrin (piano) au contemporain pompier, l’auditeur avait de quoi craindre le pire.


Heureusement, Nexus, formation locale plutôt en verve, enchaîne une composition personnelle et la Jitterbug Waltz, passant d’un free radical à une impression atmosphérique, pour rendre ensuite avec les honneurs 245 et Lotsa Potsa. Le duo Matthew Shipp / David S. Ware, ensuite, improvisant Two for Eric, combinant leurs improvisations individuelles, toutes à l’écoute de l’inspiration. Courte, l’improvisation ramasse assez d’évidences pour excuser les faux pas pratiqués ailleurs sur le disque.

En guise de conclusion, un extrait d’un des derniers concerts de Dolphy. En compagnie du Bob James Trio, le 1er mars 1964, Dolphy passe d’un instrument à l’autre sur la partition déposée par ses accompagnateurs. Dissonant, stimulant et dense, Strenght And Unity dévoile sans doute ce qu’aurait pu être sa musique par la suite : plus étrange, forcément ; plus inédite encore.

CD: 01/ Coltrane on launeddas: Red Planet 02/ Tim Berne e Umberto Petrin: Serene 03/ Nexus: Vertical Invaders #1, Jitterbug Waltz, 245, Lotsa Potsa 04/ Eric Dolphy’s Memorial Barbecue: Out to Lunch, Out There 05/ Eric Dolphy: Strenght and Unity

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem, 2006)

supergrislisupergrisli

Invitée par le percussionniste américain Gino Robair à venir improviser de l’autre côté de l’Atlantique, la tromboniste anglaise Gail Brand dresse sur Supermodel Supermodel un abrégé d’improvisation expérimentale à la fois savante et efficace.

Prenant le dessus sur ses partenaires dès Naomi Naomi, l’invitée profite des avantageuses libertés que lui offre le quartette emmené par Robair. Intensément, elle se glisse parmi les passages d’électronique angoissée de Tim Perkis (Twiggy Twiggy) ou lutte contre les éléments divers, entassés là pour la contrarier (Iman, Iman).

S’il lui arrive de faire référence à quelques figures incontournables du genre – Brand rappelant Paul Rutherford ici (Elle Elle), Robair, Louis Moholo ailleurs (Claudia Claudia) -, la musique improvisée s’empare naturellement d’autres manières pour fleurir son propos : electronica expérimentale (déferlantes sifflantes de Perkis sur Cindy Cindy), bruitisme (rendu surtout par la guitare de John Shiurba sur Kate Kate) et excentricités contemporaines (la contrebasse préparée de Matthew Sperry, sur Christy Christy, notamment).

Voilà sans doute où réside le charme de Supermodel Supermodel, disque capable de faire naviguer une improvisation parfois rabâchée entre les deux eaux clairvoyantes d’une électroacoustique noble (Linda Linda). D’une modernité rare, parce que véritable.

Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD : 01/ Naomi Naomi 02/ Christy Christy 03/ Christie Christie 04/ Twiggy Twiggy 05/ Tyra Tyra 06/ Stephanie Stephanie 07/ Cindy Cindy 08/ Iman Iman 09/ Kate Kate 10/ Kathy Kathy 11/ Elle Elle 12/ Linda Linda 13/ Claudia Claudia
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Corpulent: Wolfwalk (Umlaut - 2005)

griswolf

Trio construit autour du saxophoniste Gary Thomas (jadis sideman de Miles Davis ou Jack DeJohnette), Corpulent défend sur son premier album un jazz dérivant au gré d’intentions contraires pas forcément conciliables.

Réconciliables, voire, tant nous est familière l’opposition entre tenants d’un jazz novateur et aboutis d’un classicisme morne. Sur Wolfwalk, le trio a décidé de ne pas se poser de questions, ni de rien estimer. Alors, naturellement, il trimballe l’auditeur entre un jazz n’ayant que faire des codes (Free Piece) et un autre, propre et surpoli, même s’il tient à coup de changements de rythme à nous faire croire le contraire (Ingen Dalig Kapp Att Axla).

Répétée, l’erreur, sur Used To Be ; excusée ensuite, au son d’une pièce atmosphérique élégante, partie d’un gimmick de contrebasse imposé par Joel Grip. Entre les inspirations convaincantes et les pièces sans raison d’être, Corpulent instaure des compromis aimables : progression mesurée rappelant Gul 3 sur Gryphus Medley ou efficacité faite Who’s in Control ?, même si la carrure du morceau gagnerait à révéler un ou deux accrocs.

Soit, un résultat en demi-teinte, dont l’origine (erreur ou fait exprès) reste inconnue. Reste à attendre le prochain enregistrement du trio, qui relativisera soit cette première interrogation, soit les quelques qualités repérés sur Wolfwalk.

CD: 01/ Gryphus Medley 02/ Slow Bluuesss 03/ Who’s In Control? 04/ Free Piece 05/ Ingen Dalig Kappa Att Axla 06/ Used to Be 07/ Vanishing Time

Corpulent - Wolfwalk - 2005 - Umlaut Records.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Marcin & Bartlomiej Brat Oles: Directions (Fennomedia - 2005)

oles

Ayant déjà collaboré sur Miniatures, Marcin, Bartlomiej Brat Oles et le clarinettiste allemand Theo Jörgensmann, signent avec Directions un hommage à leurs maîtres tout en oeuvrant en faveur d’un jazz européen érudit mais altruiste.

Ouvrant le bal, Alpha-Beta-Blanka est une pièce éclatante, qui fait se succéder une progression tempétueuse, improvisée, et une autre plus lente, charriant un blues extrait de sous les dunes. Ce dernier filtrera encore sous Giuffree, composition de Jörgensmann qui mêle improvisation mesurée et impression cool jazz - clin d’œil au musicien américain entamé dès Per Rata.

Si l’on rencontre ailleurs d’autres réminiscences de cool (Voices of The Trees), le trio peut aussi s’attacher à rendre un free déclaré – décisif (Aesthetic Direction) ou non (January 5) - ou, sur Parbat, un mélange d’improvisation baroque (l’archet de Marcin Oles) et de klezmer aride (la clarinette de Jörgensmann). A chaque fois, malgré les accrocs faits à l’interprétation bienséante, les trois hommes n’en oublient pas d’arranger assez leur musique pour ne pas frustrer l’amateur de repères.

Au détriment de quelques titres, ici ou là (Zen deTractorist, ou Byway, morceau sur lequel Jörgensmann confond politesse et mièvrerie). Sans que cela n’enlève grand-chose à la qualité d'ensemble de Directions, enregistrement engageant, et plus qu’encourageant.

CD: 01/ Alpha-Beta-Blanka 02/ Per Rata 03/ January 5 04/ Giuffree 05/ Aesthetic Direction 06/ Zen deTractorist 07/ Parbat 08/ Byway 09/ Voice of The Threes

Commentaires [0] - Permalien [#]

The Contest of Pleasures: Albi Days (Potlatch - 2006)

contestsli

Trio composé du saxophoniste John Butcher, du clarinettiste Xavier Charles et du trompettiste Axel Dörner, The Contest of Pleasures répondait en 2005 à une commande du Groupe de Musique Electroacoustique d’Albi-Tarn et investissait plusieurs endroits de la ville au son d’improvisations qui formeront ensuite le matériau de départ d’Albi Days.

Dans ces bandes enregistrées par Laurent Sassi, chacun des musiciens devra puiser pour proposer une relecture personnelle de l’événement. Charles, d’abord, qui imbrique de brefs passages de souffles, de notes échappées – aigus forcenés ou fulgurances improbables jouant des harmoniques -, de bruits de clefs et de crissements (Les oignons).

Le temps de deux morceaux, Butcher réinvente l’expérience et dévoile une pièce plus opaque, sifflante, qui met en lumière l’endroit précis des instruments où l’air coince (Garden Cress), pour superposer ensuite quelques nappes oscillantes, qui fantasment bientôt une electronica expérimentale emportée par l’appel des sirènes (Winter Squash).

Plus tourmenté, Dörner préfère monter une prosodie baroque, qui use de la réverbération, dépose les incartades agitées de la trompette sur les interventions faites nappes de la clarinette et du saxophone avant de tout sacrifier à l’assaut fomenté des souffles (Karfiol). Alors, c’est au tour de l’ingénieur du son de fabriquer sa version des faits, adéquate à la bonne entente du concret et de l’abstrait, et qui ne s’interdit pas le recours à la construction rythmique faite de samples discrets (Les cornichons).

Vu d’ensemble, Albi Days est un précis de réécriture de musique un jour improvisée pour être réfléchie ensuite, infiltrant alors dans ses rouages les couleurs de Varèse ou Xenakis, les expérimentations de Doneda ou Thieke et les bidouillages cyclothymiques de Keith Fullerton Whitman.

CD: 01/ Les oignons 02/ Garden Cress 03/ Winter Squash 04/ Karfiol 05/ Les cornichons

The Contest of Pleasures - Albi Days - 2006 - Potlatch. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Chicago’s Avant Today (Delmark - 2003)

chigagrisli

Pour célébrer son cinquantième anniversaire, le label Delmark sortait en 2003 une série de compilations dédiées au jazz de Chicago. Parmi le nombre, Chicago’s Avant Today propose un florilège de dix (alors dernières) années d’un jazz exigeant élaboré dans le sillage de l’A.A.C.M.

L’occasion de réentendre, en ouverture, le New Horizons Ensemble d’Ernest Dawkins, le temps de Stranger, composition de free décomplexé porté par la contrebasse de Yosef Ben ISrael et les percussions d’Avreeayl Ra. Dans la même veine, on trouvera plus loin le batteur Kahil El’Zabar aux côtés de Malachi Favors (contrebasse) et Ari Brown (saxophone ténor) pour un hommage à Coltrane (Trane in Mind), et le sextette de Malachi Thompson affublé d’un ensemble vocal, pour un résultat moins pertinent (An Elevated Cry).

Deux fois, la compilation donne à entendre Ken Vandermark. Au sein du NRG Ensemble, d’abord, qui défend un jazz puissant qui distribue quelques clins d’œil au rock (Hyperspace, qui inaugure en quelque sorte le son de Spaceways Inc.) ; menant son Action Trio, ensuite, sur le rythme d’une danse de salon sophistiquée et branlante.

De manière différente, voici le champ investi par les membres du Chicago Underground, que l’on retrouve auprès du cornettiste Rob Mazurek sur un Ostinato fade, et que l’on dissémine ensuite – le guitariste Jeff Parker menant Chad Taylor (batterie) et Chris Lopes (contrebasse) sur Holiday For A Despot, composition mêlant assez finement jazz et rock bruitiste.

Bien sûr, Chicago’s Avant Today ne peut prétendre ériger un panorama complet de la scène jazz d’avant-garde élaborée à Chicago, étant donné son statut de compilation promotionnelle du label Delmark (le prix du disque excusant souvent ce genre de parti pris). Reste quand même à l'auditeur à profiter d'une sélection à 2 exceptions près intelligente, construite à partir des archives récentes de la firme.

CD: 01/ Ernest Dawkins’New Horizons Ensemble : Stranger 02/ NRG Ensemble : Hyperspace 03/ Rob Mazurek & Chicago Underground : Ostinato 04/ Kahil El’Zabar’s Ritual Trio : Trane in Mind 05/ Malachi Thompson : An Elevated Cry 06/ Jeff Parker : Holiday For A Despot 07/ Ken Vandermark’s Sound In Action : Top Shelf

Chicago's Avant Today - 2003 - Delmark. Distribution Socadisc.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>