Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
22 décembre 2025

Reading Mirtha Dermisache [Morton Feldman at 100]

Le 12 janvier prochain, Morton Feldman aurait pu fêter ses 100 ans. L'occasion de réanimer un peu le son du grisli à coups d'évocations diverses et variées. Un parallèle, par exemple, pour aujourd'hui, entre une partition graphique et l'écriture asémique de Mirtha Dermisache...

 

 

L’objet visible est tel que la vision, et la vision telle que son objet. Mais qui dira ce qu’il est ? 

Plotin

 

Pour le « dire » en musique, on ne remontera pas jusqu’à Baude Cordier ni n’évoquera les partitions pop de Christian Marclay. Ni « Treatise » ni « Projection 1 » ni la « Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd » – quand la partition est blanche est-ce (parce) que la musique s’y cache ? Ces jours-ci c’est Morton Feldman, 100 ans bientôt et still « In Search of An Orchestration ».

 

 

 

 

C’est la dernière partition graphique du compositeur, livrée avec explications (page 3). Malgré celles-ci il faudra du courage à qui a fui tout orchestre (de quelque taille qu’il soit) pour exécuter la pièce en question. Restera la simple lecture, le déchiffrage de notations engrillagées, instrument après instrument sinon par accidents successifs, lisant là où l’œil tombe, émettant maladroitement un son à chaque nouvelle chute.

 

 

Pour ne pas pouvoir ou vouloir « en faire » de musique, le lecteur y entendrait une écriture asémique « comme une autre », si ce n’est que celle de Feldman renfermerait, quand même, un supplément de sons. Datant de 1967, la partition d’« In Search of An Orchestration » chanterait ainsi l’« alphabet et signes ultramartiens » d’Hélène Smith avec les symboles d’Arturo Martini en inventant un langage proche de ceux, nés à la même époque, des noircisseurs León Ferrari, Irma Blank ou Luca Maria Patella… Et puis, 1967, n’est-ce pas aussi l’année de la publication de Libro n°1 de Mirtha Dermisache ?

 

 

 

 

Dans un petit livre estampillé Textem Verlag, né d’une exposition organisée en 2004 à Berlin (Mirtha Dermisache: To Be Read dont on peut trouver le catalogue ici), Regine Ehleiter fait la distinction entre lire et voir l’œuvre de l’artiste argentine, égrène une production disséminée (en journaux, cartes postales, posters, livres : tous objets capables de circuler plutôt que d’être sagement exposés…) qui ne porte aucun message pour avoir préféré à tout message une libre interprétation des formes – ce qui n’empêche nullement Dermisache de « suggérer », de temps à autre, comme c’est le cas dans Diario N°1 : Año 1.  

 

Inquiète de la publication de son œuvre écrit, Dermisache refusera toujours de le faire encadrer et de l’exposer comme on le fait de peintures. Faite sur les lents glissements d’« In Search of An Orchestration », la lecture révèle qu’au mur ou même scrollée, comme à plat, les écritures de Dermisache pourraient bien, elles aussi, délivrer des sonorités capables de musique et même : des sonorités changeantes – chaque lecture est une construction temporaire et subjective du sens, suggérait Barthes avec qui Dermisache a entretenu une correspondance.

 

Mirtha Dermisache : Diario N°1 : Año 1
Morton Feldman : In Search of An Orchestration

L’art du silence de Dermisache dont parle Megumi Andrade Kobayashi dans ce même livre saurait donc se faire entendre : il contient l’idée même de l’écriture, explique Barthes, mais aussi la possibilité d’une lecture que se disputeront silence et musique. Ce que cette lecture révèle du « voyeur », la partition de Feldman le dit elle aussi de son interprète : dans les dernières pages du volume, l’artiste Sebastian Barrante délivre près de cent Letters to Mirtha : comme ce fut plus tôt le cas avec le travail de Miriam Midley, l’interprétation donne lieu ici à un hommage-paraphrase capable de choses nouvelles.

 

C’est aussi ce que donne à entendre l’interprète de Morton Feldman s’il sait paraphraser le compositeur avec autant de déférence que d’indépendance et d’audace. La partition graphique du compositeur américain le lui permet, bousculant les codes comme Mirtha Dermisache le fit non sur portée mais sur l’espace blanc de livres, de feuilles et de cartes…

 

The act of writing is what provides the unstable dimension. Maybe it’s like saying that for me the liberation of the sign takes place within culture and history, and not on their margins. 

Mirtha Dermisache

 

 

Commentaires

 

Newsletter