Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem, 2014)

jacques demierre vincent barras voicing through saussure

L’un connaît la musique, l’autre les vertus du Silence : Jacques Demierre et Vincent Barras remettent sur le métier leur amour pour le langage et leur poétique du son.

De brillantes Pièces sur textes (The Languages Came First The Country After), le duo fut déjà capable. Faut-il voir en Voicing Through Saussure une suite (sur trois disques), sinon un prolongement ? Cordes vocales étirées puis extraites (non plus rattachées à celles d’un piano, comme récemment encore sur Breaking Stone) : de hongrois, d'araméen et de chinois mêlés, la langue qu’ont en commun Demierre et Barras semble être faite. Pour la poésie, très bien, mais aussi pour la conversation et même l’art musical : décidé, retors, mekanische parfois. 

Plus loin, le paysage est différent, composé de lettres qui claquent et de syllabes accrochées, et l’action diverse : exorcisme, art martial ou travaux de lecture. La discipline du duo – les compositions sont enregistrées « dans les conditions du direct » – pourrait aiguiller l’auditeur : à l’Orient, la scansion méditative de Voicing Through Saussure se couche, comme en hommage.

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem)
Enregistrement : 23 avril 2011. Edition : 2014.
CD1 : gad gad vazo gadati (reflet) – CD2 : bh n (a) (reflet) – CD3 : manraueioo (reflet)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Jacques Demierre retrouvera son piano, ce mercredi 27 août au Noumatrouff, à l'occasion du concert qu'il donnera avec Jonas Kocher et Axel Dörner dans le cadre du festival Météo.



Alessio Riccio : Ninshubar. From the Above to the Below (Unorthodox, 2013)

alessio riccio ninshubar

Batteur, percussionniste et compositeur, Alessio Riccio multiplie non seulement les pistes (18) sur Ninshubar. From The Above To The Below mais aussi les croisements stylistiques. Improbable – et très réussi – mélange de musiques contemporaines (Luciano Berio-style) tombées en pamoison devant un free rock tendance jazz (think Chris Corsano en leader du No-Neck Blues Band), l’ambition musicale de l’artiste transalpin ne se résume heureusement pas à un seul tenant bordélique – même si, au premier abord, ça déboule dans tous les sens et c’est à perdre la raison.

Toutefois, et bien vite, les nombreuses et assumées influences du gaillard (dont l’évidence Lasse Marhaug) nous emmènent séance tenante du meilleur côté de la force, telle qu’on se l’imagine du côté de la Norvège façon label +3dB. Et quelle riche idée de convier à la table le chant tout en nuances et sourdines de la Belge Catherine Jauniaux, associée au spoken word fascinant de l’Italienne/ophone Monica Demuru.

écoute le son du grisliAlessio Riccio
Ninshubar (extraits)


Alessio Riccio : Ninshubar. From The Above To The Below (Unorthodox Recordings)
Edition : 2013.
CD : 01/ Da nemico ad amico, si parlò di un cane... 02/ T6A - (Le) cattive compagnie 03/ Ishbu Kubu - Maenads_Ninshubar/Premise_Nell'ira 04/ Angelus 05/ D2 - (pre)Purifica le tue labbra 06/ Solennità dell'ombra 07/ Bacchae 08/ T6B - Cerbiatta_Hieros Gamos_La saggezza ideale_Infiniti gli uomini 09/ Il cane e la (sua) nuova vita 10/ Profezia 11/ Esilio 12/ Falso, anche in mezzo alla folla! 13/ D3 - Blessedness 14/ Purifica le tue labbra (in silenzio) 15/ D4 - Cerbiatta/Reprise 16/ Sull'affanno dell'uomo - (post)Purifica le tue labbra 17/ D1 - Il cane e la (sua) soglia 18/ (Re)Ishbu Kubu - Ninshubar/Autoremix_Come away
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience, 2014)

ghédalia tazartès la

Mettre un disque de Ghédalia Tazartès, c’est un peu comme aller voir ses grands-parents (quand on en a encore) : on sait ce qu’on va (ce qu’on peut) y trouver, on sait d’avance les temp(o)s morts (avant eux), les désillusions, la naphtaline, mais aussi… on n’est pas à l’abri des surprises cachées dans le grenier.

Alors on y revient, au Tazartès, et ce disque LA. ne nous fait pas regretter l’habitude qu’on a prise. Car dès les premières secondes, son folklore sous les bombes ressurgit, comme son langage replié pour cause d’intempérie dans une boîte en carton (c’est que, diantre, sa chanson est soluble !), ses airs de diasporiste à jambe unique, sa guimbarde triple-note, son harmonica-désamorcé, ses flûtes engrenaillées, ses psalmodies tibéto-couinardes, ses voix de fausset faussées (à la Romico Puceau), sa poésie salasse, ses oiseaux gonflés à l’hélium, sa nostalgie-vodka hypnotique, ses messages subliminaux (n’entends-je pas « il vient de me dire non » ou « l’amour, c’est tant de boisson » ?). Désaxé, certes ;  hirsute, certes ; plein, tambien !

Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience / Metamkine)
Edition : 2014.
LP : A1-A6/ Oslo – Solo B/ LA.
Pierre Cécile © Le son du grisli


Sylvain Chauveau : Kogetsudai (Brocoli, 2013)

sylvain chauveau kogetsudai

Second volet d’une trilogie démarrée en 2010 avec l’exigeant Singular Forms (Sometimes Repeated), Kogetsudai permet à Sylvain Chauveau (parfois aidé de Stéphane Garin, Steven Hess et Pierre Gerard) de poursuivre un œuvre en solitaire, tranché dans le vif de l’austérité. Exposée en six paysages dénudés et impressionnistes, la vision de l’artiste français contourne les vieilles habitudes radiophoniques pour mieux ouvrir nos oreilles à une nouvelle façon d’inscrire la pop music dans son siècle.

Rejoignant David Sylvian (ah, ce chant…) sur l’autel des armateurs de l’aventure en friche électronique, un monde étrange et poétique s’ouvre à nous. Tel son camarade Stephan Mathieu – avec qui il a commis le fabuleux Palimpsest, un des plus grands disques de 2012 – Chauveau démonte une à une les mauvaises habitudes du show biz, laissant à l’auditeur toute latitude d’imprimer sa propre poésie dans le cadre d’un dépouillement volontaire, où les souvenirs d’un phonographe lointain remontent à la surface d’un avenir entre envie et renoncement.

écoute le son du grisliSylvain Chauveau
Demeure

Sylvain Chauveau : Kogetsudai (Brocoli)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Tofukuji 02/ The Most Beautiful Music 03/ Dark Clouds In The Sand 04/ Lenta La Neve 05/ Demeure 06/ Kogetsudai
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Catherine Jauniaux, eRikm : Mal des Ardents / Pantonéon (Mikroton, 2013)

catherine jauniaux erikm mal des ardents pantonéon

Il y aurait une conteuse (Catherine Jauniaux), un de ses astres sensibles qui prendrait à bras le corps les mots d’Ovide, de Kandinsky, de Rilke, de Duras, de Gainsbourg. Et puis les siens de mots. Et puis ses babillages, ses habillages de sons, ses chuchotements, ses suppliques, ses plaintes, sa manière de découper la fiction en frasques différées.

Et il y aurait un monstre sonique (eRikm) aux vinyles toujours rayés. Un bibliothécaire  du sensible, un érudit du sens. Un de ces êtres connaissant le latin du free jazz et le grec du contemporain. Un de ceux qui font du crépitement une nature première, une nature vivante.

Ces deux-là existent et s’enchantent ensemble depuis une quinzaine d’années. Et ce double CD nous dit quelques petites choses de leurs élans. Un premier CD enregistré entre Besançon et Montpellier il y a deux et trois années. Et un second enregistrement capté onze ans plus tôt à Bâle (Taktlos Festival). Et dans les deux cas de figure tout craquelle et crépite, tout s’engage en fines et perçante gorgées. L’un désire un drone instrumental et le trouve. L’autre rêve du Japon et la voici au pied du Mont Fuji. L’un fait s’évanouir une contrebasse solitaire et l’autre y dépose un chant profond, aveuglant. Et leurs chants de se fondre, de fusionner et de donner raison à ceux – dont je fais partie – qui avaient perçu depuis longtemps leur étonnante singularité.

Catherine Jauniaux, eRikm : Mal des Ardents / Pantonéon (Mikroton Recordings)
Enregistrement : 2000, 2010-2011. Edition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Son pas 02/ Tchip 03/ Métamorphose 04/ Il lui touche le bras paf ! 05/ Ne pas 06/ Le rêve est un arbre 07/ La mer 08/ Mal des ardents 09/ Souvenir de son ventre dans la terre mouillée – CD2 : 01/ Pervadere 02/ I’m Not Far 03/ Sous-jacente 04/ Régal de Tamanoir 05/ Une chanson vraiment triste 06/ Ballade 07/ La lenteur fait crier les amants 08/ Le canari 09/ Alaska Bar’s Dance 10/ L’échafaudage échoue I 11/ L’échafaudage échoue II 12/ A Dream 13/ Pantonéon 14/ Quand l’arbre a perdu son ombre 15/ Quand l’arbre a perdu son ombre (suite) 16/ Sad Raga 17/ Yiddish Song
Luc Bouquet © Le son du grisli



La Morte Young (Dysmusie / Up Against The Wall, Motherfucker!, 2013)

la morte young le son du grisli

Est-ce le chant des sirènes (Sun Stabbed et Nappe accordés) qui, doucement, fit dévier le ballet des sorcières (Erle et Fels en sont deux, qui composent Talweg) ? Comme en jours de Pardon, voilà l’association partie la monter, cette côte-pente qui mène au calvaire près duquel a été enterrée la jeune morte de l’année – puisque la morte est young.

S’il faut en prendre soin, l’événement aura fait qu’on lui accorde le prélèvement d’une poignée de cheveux, au mieux d’un peu du cœur. La relique restera néanmoins de vinyle : deux faces qui racontent par le son le parcours chaotique de la procession : bruissements de guitares, somme de drones en levée et puis premiers tambours. Avec la voix, c’est enfin l’évocation : râles (ou rallizes) de toute une vie et aussi dernier souffle.  

Alors, la batterie tonne, annonçant le grain qui menacera d’abattre tous les étendards – étranges relents d’Hate Supreme derrière lesquels se cachent lumières, ombres et figures : You Must Believe in Spring (Bill Evans posthume), Whisper of Dharma (Human Arts pour ensemble discret) deux fois, The Case of 5 Sided Dream In Audio Color (Rahsaan Roland Kirk au trois augmenté de deux), Brotherhood of Breath (Chris McGregor, insufflations suite à compressions thoraciques). Partout, les guitares rôdent ; bientôt, les voilà folles.

Efficientes, néanmoins. Tous sanglots emportés par un feedback, voici que l’association, comme en jours de Pardon encore, s’égare et festoie : la voix disperse aux quatre vents cheveux coupés en 666 comme cœur en morceaux, et confond dans un élan vivifiant tous les premiers principes : « faîtes ceci en mémoire de moi », surtout, « prenez et mangez. »

écoute le son du grisliLa Morte Young
You Must Believe In Spring

La Morte Young : La Morte Young (Dysmusie / Up Against the Wall, Motherfuckers ! / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A1/ You Must Believe in Spring A2/ Whisper of Dharma – B1/ The Case of 5 Sided Dream In Audio Color B2/ Whisper of Dharma² 03/ Brotherhood of Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy, 2013)

miguel prado kempelen's lesson

Iconoclaste et donc forcément touche-à-tout, Miguel Prado semble faire de la musique pour s’en amuser, en tout cas pour relativiser sa portée. Ce qui ne l’empêche pas de raconter des histoires, comme sur ce quarante-cinq tours qui ressuscite Kempelen Farkas, inventeur du 18e siècle à qui l’on doit notamment la première machine parlante

Voilà pour l’histoire, qui n’est en fait qu’une anecdote mais qui explique quand même pourquoi le vinyle craque autant. Il crisse, en plus, tourne & retourne en boucle sur un sillon, bruite, et enfin finit par « parler » lui aussi. Mais sa voix est perturbée (l’histoire ne dit pas si elle est celle de Prado ou celle de Kempelen qui aurait participé d’outre-tombe au projet) et doit lutter en plus contre les (factices) imperfections de l’enregistrement.

Faisant partie d’un travail de longue haleine intitulé « Prado Geotraumatic Evacuation of The Voice », Kempelen’s Lesson (50 copies !) n’en met pas moins la voix en échec face à des bruits tour à tour modernes (ces flying sauceuses de la face A) ou passéistes (les craquements, toujours les craquements). Alors qui l’emporte de la voix ou de la machine ? Me tromperais-je en disant « la machine » ? En tout cas, le concept change de l’expérimental habituel.

Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy)
Edition : 2013.
45 tours (7”) : A/ Criptolalia B/ Glossolalia-Laden
Pierre Cécile © Le son du grisli


Léandre, Dalachinsky : The Bill Has Been Paid (Dark Tree, 2013) / Léandre, Bourdellon : Evidence (Relative Pitch, 2012)

joelle léandre steve dalachinsky the bill has been paid

Joëlle Léandre est (bien évidemment) des Sept basses, onzième hors-série papier du son du grisli qui vient de paraître. 

D’une manifestation estampillée Rogue Art, le label Dark Tree a fait un disque : The Bill Has Been Paid, enregistré le 27 mai 2012 en public par Joëlle Léandre et Steve Dalachinsky.

Improvisée, c’est ici la rencontre d’un langage et d’une poésie. Archet large et palette ouverte, Léandre développe le premier sous l’effet de son extravagance, de sa pratique enlevée et aussi des nuances de son partenaire. En vagabonde, la voici qui fond sur l’écrivain doué de parole – la chose n’est pas si courante – et même d’implication sensible : le contact est nerveux mais d’allures diverses. Ainsi les interludes contrastent-ils avec la ponctuation écrite au poing ou les nombreux transports commandés par l’archet.

En Léandre, Dalachinsky a donc trouvé – comme jadis en Joe McPhee (Pray for Me) ou Loren Connors (Thin Air) – une compagnie et un moteur qui épousent voire subliment ses penchants. Dite, voici sa poésie de prolifération et de désenchantements, enfin un touchant message adressé à ses frères d’armes ou de blues (qu’ils soient poètes, musiciens…).  

écoute le son du grisliSteve Dalachinsky, Joëlle Léandre
Son of the Sun (After Magic)

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vocalise (for Jeanne Lee) 02/ Interlude #1 03/ Son of The Sun (After Magic) 04/ Interlude #2 05/ Sweet & Low (Word of Light And Love / The Bill Has Been Paid) 06/ Interlude #3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


 
joëlle léandre jérôme bourdellon evidence

En un autre duo – enregistré au Théâtre du Saulcy en 2011 –, Léandre élabora un autre ouvrage de langage partagé. En guise de partenaire, Jérôme Bourdellon, dont l’usage des flûtes (de la contrebasse au picolo) trahit un heureux rapport à la nature. Dévalant des structures (forêts en pente ou jardins suspendus) imaginées sur l’instant, Léandre et Bourdellon parlent d’Evidence et improvisent en bonne entente.

Joëlle Léandre, Jérôme Bourdellon : Evidence (Relative Pitch)
Enregistrement : 2 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01-07/ Evidence I - Evidence VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pascal Niggenkemper : Lucky Prime (Clean Feed, 2013)

pascal niggenkemper vision7 lucky prime

S'il n'est pas des sept basses à paraître, Pascal Niggenkemper n'en est pas moins contrebassiste. Capable, même, d'emmener septette...

Les idées ne fusent pas au hasard chez Pascal Niggenkemper. Avec sa petite bande (Frank Gratkowski, Emilie Lesbros, Eve Risser, Frantz Loriot, Els Vandeweyer, Christian Lillinger), le contrebassiste enflamme quelques hautes contrées. La plus évidente de ces zones passe par l’entremêlement des timbres (concentration et délestement en duo, charge unie en septet).

D’autres territoires seront fréquentés qui passeront par la désintégration des masses et de bruts découpages. Il y aura crispation et respiration, composition et décomposition, surchauffe et attente. Le jazz sera restitué en un axe bancal et souffreteux avant qu’un vibraphone gouailleur ne vienne lui rappeler sa force vitale. Et du fil de tendresse final (sortir de la colère) jailliront des pépites aux soleils audacieux. Pas mal pour un premier enregistrement.

Pascal Niggenkemper Vision7 : Lucky Prime (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Carnet plein d’histoires 02/ Dia de los muertos 03/ Feuetreppe 04/ En urgence 05/ I Don’t Know, But This Morning 06/ Ke Belle 07/ Lance de Lanze 08/ Sortir de la colère
Luc Bouquet © Le son du grisli


Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP, 1992)

peter kowald werner ludi butch morris sainkho namtchylak when the sun is out you don't see stard

Cette chronique est l'une des cinq qui illustrent le portrait de Peter Kowald dans le hors-série papier à paraître mardi (26 novembre) : sept basses.

C’est une nature qui s’éveille lorsque débute When The Sun Is Out You Don’t See Stars, disque d’improvisateurs en quête d’essence : Peter Kowald (contrebasse), Werner Lüdi (saxophones alto et baryton), Butch Morris (cornet) et Sainkho Namtchylak (voix). Reptations sonores révélées par l’archet rapide, barrissements et vagissements des instruments à vent, chants d’une espèce volatile : un nouveau jour se lève, prétexte pour le quartette à raconter l’histoire du monde. Ses heures, toutes, rassemblées en soixante-dix minutes, et leurs mouvements, nombreux et souvent interdits de destination : vingt pièces au total, enregistrées en trois fois (26 et 27 juillet 1990, 8 juillet 1991), qui disent les impératifs d’une existence avec une poésie capable de tous les sublimer ; vingt saynètes, qui peignent des rencontres avec l’autre (conversations interlopes d’Overcome Babylon, confrontation de Killer Planets) ou l’élément naturel (est-ce la voix de Sainkho qui fait parler le vent sur Wind Talking ou bien l’apparition fugace du souffle de Morris ?), des pertes de repères (géographiques sur Happysad, physiologiques sur Long Trust And These Jokes) et des glissements de terrain (Dawn In Tuva, A Thousand Years Etcetera, Pretty Ugly).

Au-delà, ce sont même des mystères que l’on approche, dont le moindre n’est pas celui de l’origine d’une musique à la croisée des chemins, née de l’accord impeccable d’improvisateurs réunis par le goût de l’éclectisme et des expériences qu’ils ont en commun, et par la fascination qu’exerce sur chacun d’eux le même horizon : « faire se rencontrer les mondes » : OverWelcome Babylon !

Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP)
Enregistrement : 26 & 27 novembre 1990, 8 juillet 1991. Edition : 1992.
CD : 01/ Dance of The Invisibles 02/ Paris Bar 03/ A Thousand Years Etcetera 04/ Bursting Bubbles 05/ Sacred Places 06/ Overcome Babylon 07/ Wind Talking 08/ Happysad 09/ Bold As Gold 10/ Killer Planets 11/ Down in Tuva 12/ Yes Yes The Anarchy 13/ A Little World Music 14/ Long Trust And These Jokes 15/ Dark Side of White 16/ The Art of Falling Apart 17/ Burning Spirits 18/ Pretty Ugly 19/ House of Trouble 20/ No Longer Down Under
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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