Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Mahjun : Mahjun (Souffle Continu, 2016)

mahjun mahjun

C’est en une seule fois que Souffle Continu réédite deux références Saravah enregistrées au début des années 1970 par Mahjun, « happy french band » emmené par le violoniste Jean-Louis Lefebvre, entendu plus tôt sur le même label auprès de Jacques Higelin. A Vivre la mort du vieux monde, première référence publiée du groupe (alors Maajun), succédaient donc ces deux collections de pastiches aux couleurs changeantes.

Sur le premier disque (1973), c’est encore une chanson de paysage dans lequel les intervenants jonglent avec les emprunts – le groupe explore (et même « exploite ») différents folklores français – au point de servir bientôt un trad psychédélique, certes, mais capable de revendications : ainsi quand dévisse le saxophone de Pierre Rigaud ou lorsque tournent les guitares électriques, c’est un vent frais qui souffle sur ces hommages amusés au terroir et dépose Mahjun aux portes d’un rock progressif de bamboche.

Sur le second disque (1974), l’expérience est identique mais le charme du groupe – naïf encore mais passé du pastiche au potache – fait sensiblement moins d’effet. De terreurs enfantines en folklores angoissés (bourrée, sonioù…), Mahjun hésite là entre une poésie grivoise et un lyrisme revendicatif qui trouve sa raison d’être (et donc son intérêt à être entendu) dans la seule déclamation. Suit quand même La ville pue, divagation de près d’un quart d’heure à laquelle se joignent les percussions de l’invité Nana Vasconcelos, dont Pierre Barouh produisit l’année précédente l’incontournable Africadeus.

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1973. Réédition : 2016.
LP : 01/ Le jus de la figue 02/ Les enfants sauvages 03/ Family Valse 04/ Shavi Ravi 05/ La déniche 06/ Chez Planos 07/ La guitare à Rigaud

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1974. Réédition : 2016.
LP : 01/ Fils à Colin-Maillard 02/ Denise 03/ Bourrée 04/ La ville pue 05/ Fin janvier
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski : Carp’s Head (Monotype, 2016)

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Lasso qui siffle, accordéon qui souffle, oiseaux qui pépient, harmonica qui fausse… Voilà qui annonce le retour de Ghédalia Tazartès sous le regard éteint d’un chat muet comme une Carp. C’est avec l’aide de Pawel Romańczuk et d’Andrzej Załeski que le Monsieur a enregistré ce disque qui sort (of course) sur vinyle.

Avec son chapeau sur l’œil et sa voix de faussaire, Tazartès nous a souvent subjugué (avec LA, il n’y a pas si longtemps que ça…). C’est son originalité, cette façon de marier le syncrétisme et l’iconoclastie, le charme de ses « danse inverse » et de ses « wild east blues » pour reprendre les noms de deux des morceaux. Mais là, le folklore dégingandé a du mal à se laisser écouter sans que l’on ressente un petit énervement.

Sous le gris du ciel (je pense que c'est la principale explication), ce déballage de vieux instruments (mandoline, accordéon & autres) pour comptines dervicho-abstraites ou airs ambiantico-incantatoires lasse un peu. Le langage de l’alchimiste bateleur (Tom Waits qui chanterait du Chostakovitch) ne porte plus sauf quand il se fait discret (comme sur les très jolis quand même Wolves and Birds et Dobra Nasza). On réécoutera Carp’s Head au printemps, histoire de vérifier…

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Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski: Carp’s Head
Monotype
Edition : 2016.
LP / CD : 01/ Danse Inverse 02/ You’ll be Wise 03/ Zither Song 04/ Orient Calling 05/ Wolves and Birds 06/ Wild East Blues 07/ Dobra Nasza 08/ The Far Horizon 09/ The End of Western World
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp bas grisli Gédhalia Tazartès est au programme du festival Sonic Protest : concert en duo avec Low Jack le jeudi 16 mars au Générateur de Gentilly.

 

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Phurpa : Chöd (Zoharum, 2016)

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Le Tibet et le Bouddhisme ne faisant pas partie de mes intérêts, j’en ai appris pas mal sur la musique de Bön dont se réclame ce collectif russe, Phurpa. Je recrache donc que c’est une musique à base d’instruments rituels, des chants de gorge très prononcés et aussi une survivance du chamanisme qui a été avalée (en tout bien tout honneur) par le tantrisme.

Depuis 2003, le Phurpa d’Alexei Tegin donne donc dans (et étudie en parallèle) le Bön. Sans avoir rien entendu de son groupe avant, j’ose quand même décréter que ce Chöd enregistré il y a peu en public à Moscou est une performance réussie. Sur deux CD, en plus ! On fait connaissance avec les voix graves, plus encore avec les instruments d’un autre temps (vuvuzelas old school = dungkar & dungchen), jusqu’à ce qu’elles se fassent rattraper par les percussions (silnuyen, nga, shang, rolmo…). Mais ça continue de psalmodier à tout rompre : de quoi se mettre au tantrisme maintenant et tout de suite histoire de ne pas finir dernier du culte.

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Phurpa : Chöd
Zoharum
Edition : 2016.  
CD1 : 01/ Part I – CD2 : 01/ Part II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944 (Tanuki, 2016)

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Je ne sais comment présenter la chose (produite en 2015 par Canary et rééditée par Tanuki cette année), parce qu’elle est rudement intéressante. Cette cassette nous raconte (avec ses moyens) l’histoire d’une ornithologie faite à l’oreille par des enregistrements qui datent de 1910 à 1945. Et aussi celle de l’imitation par l’homme de différents sifflements d'oiseaux.

On passe donc d’un continent à un autre et on jongle avec les langues. Des noms que l’on ne connaissait pas (Margaret McKee, Charles C. Gorst, Charles Kellogg surnommé The Nature Singer) imitent / sifflotent / chantent… Et il y a aussi ce catalogue d’oiseaux (pinçon, merle…), cet homme qui nous apprend à faire comme eux, cet autre qui les fait parler anglais (come over here, well…). Au terme des deux faces, on en a appris bien plus sur l’homme et ses fantaisies que sur le chant des oiseaux, mais qu’importe... C'est indispensable !

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Ecstatic & Wingless Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944
Tanuki
Edition : 2015. Réédition : 2016.
K7 : 01-15/ Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-44
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nurse With Wound : Echo Poeme: Sequence N°2 (Drastic Plastic, 2016)

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Le phénomène de voix que l’on trouve sur Echo Poeme: Sequence N°2 n’est ni électronique ni fortuit : il est dû aux interventions d’Amantine Dahan Steiner et Isabelle Gaborit que Steven Stapleton a ensuite manipulées pour composer un hommage au film d’Alain Resnais, Hiroshima mon amour.

Editée par le label Jnana en 2005 – entre The Little Dipper Minus Two (Echo Poeme Sequence 1) et Sand Tangled Women (Echo Poeme Sequence 3), ensemble compilés plus tard sur Creakiness And Other Misdemeanours – et aujourd’hui sur vinyle, la « sequence » en question arrange trois-quarts d’heure durant récitations, hésitations et prises On & Off the record le long d’un jeu qui rappelle celui que Stapleton avait mis en place dès 1980 sur To the Quiet Men from A Tiny Girl. Les récitantes peuvent ainsi entamer une comptine en français, lire Victor Hugo, fredonner L’aigle noir de Barbara ou même s’interroger à voix haute : « tu peux essayer un son ? » / « J’crois que t’es en train de le dire sur l’autre… euh… enregistrement qu’on a fait… »

Au contraste établi par la valse du On et du (false) Off et aux faux-semblants avec lesquels Stapleton s’est mis dans l’idée de composer, un léger écho ajoute l’étrange effet de nombreux décalages. A tel point qu’en se laissant aller un peu – Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées / Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit –, on pourrait imaginer Léopoldine et Adèle revenues et, avant de repartir, confirmer à leur père – tout comme, à Hiroshima, Lui disait à Elle – : en effet, « Tu n’as rien vu ».


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Nurse With Wound : Echo Poeme: Sequence N°2
Drastic Plastic / Souffle Continu
Edition : 2005. Réédition : 2016.
LP : A-B/ Echo Poeme: Sequence N°2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Andrew Liles : The Power Elite (United Dairies, 2016)

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Derrière les visages du couple Blair – à peine déformés – se lève une armée de voix prêtes à lui demander des comptes. Ce n’est pas la première fois qu’Andrew Liles signe une musique « qui fait parler » (on pense d’abord à The Surveillance Lounge, en Nurse With Wound) mais avec The Power Elite, ce sera seulement le temps de l’introduction.

Car les porteurs de murmures auront vite fait d’aviser d’autres instruments – percussions, cordes souvent grinçantes, grand piano… – qui leur permettront d’entamer une danse macabre, particulière pour être chargée de sens : combien de déceptions politiques (on sait Liles défait par le Brexit récemment plébiscité), combien de fois l’impression de ne pas avoir été écoutés ?

Des années après, c’est l’heure de la revanche. Remontant les horloges – les détraquant à force, ils provoquent par exemple la rencontre de Tony Blair et d’Horatio Alger, dont LeRoi Jones réinventait jadis la mort –, les facétieux fantômes menacent et leurs plaintes jouent d’échos. En conséquence, leur bal est inquiétant, qui finira sur l’Air de la Reine de la Nuit – hier avec Stapleton, Liles manipulait Beethoven ; c’est aujourd’hui Mozart qu’il interpelle, et, avec son concours, toute l’élite qu’il discrédite.

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Andrew Liles : The Power Elite
United Dairies
Edition : 2016.
CD : 01/ Signature 02/ Horatio Alger Myth 03/ Systematic Conditioning 04/ Redemptioners 05/ Artificially Induced Consciousness 06/ Control & Manipulate & Exploit 07/ Affluenza 08/ The Iron Law Of Oligarchy 09/ Equitable Distribution
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw (Evil Rabbit, 2016)

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Cherchant à capter et à fixer l’inédit, la violoniste Biliana Voutchkova entraîne avec elle un archet rageur. Bien sûr, ce dernier  racle la corde, trouve un axe et s’y installe. Entre nervosités et polyphonies malades, la corde va être mise à rude épreuve, elle va être fouillée, creusée, choquée, dépouillée, creusée jusqu’à la rupture.

Il y aura des éraillements et des emballements mais jamais d’enlisement. Parfois, la voix de la musicienne accompagne l’instrument ou, au contraire, s’en détache : la voix va alors vagabonder, minauder, se fendiller et s’évaporer sans préavis. En fin d’enregistrement, la violoniste prend acte des bruits du petit village suisse de Poschiavo (cloches, oiseaux, conversations) puis commente, copie, se fond dans un ordinaire qu’elle semblait pourtant vouloir éviter en début de disque. De belles promesses ici.

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw
Evil Rabit Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Enter 02/ Modus of Raw 03/ Song of Anxiety 04/ Memory Imprints 05/ Chaos & Beauty 06/ Gratitudes & Sorrows 07/ Poschiavo Medley
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Murmurists : I Am You, Dragging Halo (Zoharum, 2016)

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Derrière (au-dessus de ?) ces voix murmureuses (Pixyblink, Bryan Lewis Saunders, Annie Dee, Anton Mobin…) et ces musiciens au « la 440 » tordu (Paulo Chagas, Mark Browne, Annie Dee encore, Thomas Fernier…) il y a la main d’Anthony Donovan, un multi-instrumentiste qui en a vu d’autres (de multi-instrumentistes) d’autant qu’il lui a fallu deux ans pour nous conter I Am You, Dragging Halo.

Une drôle d’histoire que cette pièce de poésie sonore sur accompagnement d’abstract-noise. Bizarroïde ne pourrait pas dire comme cette pièce est bizzaroïde, au point que même les sons sont méconnaissables ; une abstract-psyché virant noise à vous percer le tympan, un rock-ambient dont les guitares répétitives crachent tout à coup du métal, des collages distroy en phase de reconstruction… C’est un peu tout ça, I Am You, Dragging Halo… Et d’autres choses encore. Même si derrière (ou au-dessus de) ces choses, c'est toujours et surtout... Anthony Donovan.



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Murmurists : I Am You, Dragging Halo
Zoharum
Enregistrement : 2012-2014. Edition : 2016.
CD : 01/ I Am You, Dragging Halo
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mia Zabelka : Monday Sessions (Creative Sources, 2015)

mia zabelka monday sessions

Crissante, voltigeuse, insistante, vrillante, écartelée, cisaillante, robuste, bruissante : voici Mia Zabelka. Mia Zabelka est violoniste, on commence à le savoir. Elle râcle et frotte la corde jusqu’à la rupture. Elle additionne les périphéries de l’instrument, pousse le raid assez loin. Comme d’autres sont adeptes du souffle continu, elle, est partisane de l’archet continu. Elle pousse son instrument dans ses derniers retranchements, le parasite mais, parfois, lui ordonne de comploter quelque partita délurée, énigmatique.

Mia Zabelka est aussi vocaliste : ça, on le sait moins. En duo-désaccord avec son violon, elle le provoque, l’abandonne et l’encourage à crisser encore plus loin. En solitaire, elle navigue entre murmures, étirements, égosillements : drôle de scat sonique-rythmique que celui-ci. Le violon ne me sciant pas les nerfs, j’adopte sans restriction aucune le Monday Sessions de Mia Zabelka.

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Mia Zabelka : Monday Sessions
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Dunkles zu Sagen 02/ Concentric Circles 03/ Oscillations 04/ Strömungen 05/ Imminent Disaster 06/ Entfremdung 07/ Stream of Consciousness 08/ Papagei 09/ Remembrance 10/ Nachtbild
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Alan Sondheim, Azure Carter, Luke Damrosch : Threnody (Public Eyesore, 2015)

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Du bagout et de l’autorité. Des bibelots, une panoplie : une panoplie de bibelots. Un au-delà des habitudes, un au-delà des folklores. Des musiciens adeptes du crissant et des multi-usages. Un guzheng rouillé. Une voix par delà les monts et les vaisseaux. Une guitare presque classique, désaccordée jusqu’à l’excès. Des souffles volcaniques. Un blues martien. Du Chadbourne détroussé. Du flamenco contrarié…et contrariant. Une flûte embrouillée. Une cacophonie grinçante.

A vrai dire, je ne sais pas ce qui passe par la tête d’Alan Sondheim (celui-ci souvent en solitaire ici), Azure Carter et Luke Damrosch et leurs étonnants instruments (guzheng, madal, revrev, alpine zither, cura saz, qin, madal, ergu…) mais je sais que leur musique broute hors des territoires et des clichés. Sans doute pas une révolution mais un désir certain de secouer le cocotier. Attention aux chutes !



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Alan Sondheim, Azure Carter, Luke Samrosch : Threnody: Shorter Discourses of the Buddha
Public Eyesore
Edition : 2015.
CD : 01/ Comeforme 02/ Violaguzheng 03/ Altoclar 04/ Qin 05/ Screentest 06/ Guitar 1 07/ Shakuhachimadal 08/ Banjo 09/ Threnrevrev 10/ Guqin 11/ Death 12/ Altorecorder 13/ Guitar 2 14/ Oudmadal 15/ Harmonrevrev 16/ Qinguzheng 17/ Sarahbernhardt 18/ Eguitclar 19/ Pipa 20/ Longsaz 21/ Bone 22/ Oud 23/ Lastpiece 24/ Alltracks
Luc Bouquet © Le son du grisli

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