Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances (Fou, 2016)

daunik lazro joëlle léandre george lewis enfances

Les portes n’étaient pas murées, tout était encore possible : le rire, la charge, la décharge, la crispation, le relâchement. On s’échappait des codes, ce n’était pas pour en fabriquer de nouveaux. Alors, on prenait le taureau par les cornes, on fonçait sur le drapelet rouge puisque le rouge était encore couleur d’espérance (et Joëlle de se rêver en Carmen teutonne, le temps d’un court couplet).

L’alto grésillait, caquetait, grondait, s’invitait moustique affamé, savait où se loger l’ultra-aigu. Le tromboniste salivait de bonheur, éructait, aboyait, gargarisait son souffle. La contrebassiste-vocaliste exultait, l’archet se portait large, le lapidaire trouvait sa lame. La jungle était sans limite, de drôles d’oiseaux zébraient l’horizon, la basse-cour avait vu le loup. Musiciens et spectateurs étaient des indiens que les cowboys et autres justiciers de petites revues n’osaient pas (même s’ils en rêvaient) affronter. C’était Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis, et le Dunois, en ce jour du 8 janvier 1984.

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Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances
Fou Records
Enregistrement : 1984. Edition : 2016.
CD : 01-10/ Enfance 1 – Enfance 10
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Matthias Müller, Matthias Muche : MM Squared Session (Creative Sources, 2015)

matthias müller matthias muche mm squared session

Dans un espace restreint, deux trombonistes installent leurs souffles. Souffles déclinés en quatre plages aux directives soigneusement respectées. Souffles jamais perdus. Dans un trop plein de glissandi, en duels et en joutes, entre virages et lacets, ils instaurent une symétrie jamais effilochée.

Les unissons sont célébrés, l’horizontalité reste modulante, jamais trouble, jamais troublée. Dans les sas de compression-décompression qu’ils viennent de générer, s’élève la tentation du circulaire. Et de nouveau, l’unisson de se refaire une santé. Ainsi se positionnent en héritiers des Rutheford, Christmann ou Malfatti : Matthias Müller et Matthias Muche, trombonistes au mimétisme avoué.



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Matthias Müller, Matthias Muche : MM Squared Session
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Mü 02/ Mu 03/ Ma 04/ Tti
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Radu Malfatti, Kevin Drumm, Lucio Capece : The Volume Surrounding the Task (Potlatch, 2016)

radu malfatti kevin drumm lucio capece the surrounding the task

A en croire l’interview qu’il accorda en 2013 au son du grisli – « En 2000, j'ai gagné New York. Si j'étais intéressé par la musique de Braxton et d'Hemphill, à New York et Chicago j'ai découvert Kevin Drumm, John Butcher et j'ai mis la main sur le premier disque que Radu Malfatti a enregistré dans l'idée du collectif Wandelweiser » –, Lucio Capece rencontre ici (souvenir de tournée enregistré à Bruxelles, Q-02, le 21 janvier 2011) deux figures d’influence.

Est-ce maintenant lui qui amena Drumm (souvenir de Venexia) à Malfatti, avec lequel il a enregistré quelques références de sa discographie (Wedding Ceremony, Berlinerstrasse 20, Explorational) ? La question restera en suspens, mais pas l’échange en question qui aurait pu battre la breloque si les intérêts divergents avaient été incapables de s’accorder au rythme lent adopté par le trombone, la clarinette basse et l’ordinateur. Le tumulte, amorti, assourdi voire, est accueillant – des oiseaux peuvent y nicher ou un bruit du dehors s’y faire une place.

Pour ce qui est du « dedans », il lévite à la manière d’un mobile sans attaches – les respirations des musiciens, et non plus ce silence fait objet de toutes les conjectures, assurant son équilibre – dont chacun des mouvements a une incidence sur l’entière composition. Ainsi un souffle levé peut déclencher un aigu perçant, un ronflement trouver son écho dans le bruit discret d’une manipulation, un tremblement se trouver apaisé par l’insistance d’une note plus affirmée et, même, une hésitation gagner en assurance sous le coup d’une réaction. C’est un jeu de patience, de stratégie peut-être, qui agit à la manière d’ondes oscillantes, c’est-à-dire : touche à coup sûr.



volume surrounding the task

Radu Malfatti, Kevin Drumm, Lucio Capece : The Volume Surrounding the Task
Potlatch / Orkhêstra International
Enregistrement : 21 janvier 2011. Edition : 2016.
CD : 01/ The Volume Surrounding the Task
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter Brötzmann, Steve Swell, Paal Nilssen-Love : Krakow Nights (Not Two, 2015)

peter brotzmann steve swell paal nilssen-love krakow nights

Grâce à l’Alchemia et aux efforts de Marek Winiarski, du label Not Two, Cracovie est devenue une place incontournable de la « free music » en Europe, celle que défendent notamment Peter Brötzmann, Ken Vandermark ou Mats Gustafsson. Ces trois-là y reviennent d’ailleurs fréquemment, au son de combinaisons parfois changeantes : en Krakow Nights, on entendra ainsi Brötzmann en trio avec deux autres habitués des lieux : Steve Swell et Paal Nilssen-Love.

Sur un éternel principe remuant – rencontre nerveuse qui ne s’embarrasse pas d'échange préliminaire –, l’association Brötzmann / Swell a donc le mérite de changer : rare, elle s’accorde, en plus, dans la minute. Aux modules d’insistances et de répétitions que cadrent Nilssen-Love, solos et duos opposeront par la suite d’autres genres d’exercices : lente plainte de ténor écorché de l’intérieur, escarmouches de trombone (que la prise de son ne met cependant pas toujours en valeur) et même épais swing sur Road Zipper. Et quand Brötzmann choisit de répondre à Swell au son de la clarinette, c’est une autre atmosphère encore, qui finit de convaincre que ces passages entendus par l’Alchemia ne sont pas tous vains.



krakow nights

Peter Brötzmann, Steve Swell, Paal Nilssen-Love : Krakow Nights
Not Two
Enregistrement : 24 février 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Oneiric Memories 02/ Full Spectrum Response 03/ Scotopia 04/ Road Zipper
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Steve Lacy Quintet : Last Tour (Emanem, 2015)

steve lacy last tour

Ce concert jusque-là inédit se fait remarquer parmi les enregistrements plus anciens de Steve Lacy publiés récemment – par hatOLOGY (Shots) et Emanem (Avignon and After Volume 2 et Cycles). C’est qu’il consigne une des dernières prestations d’un quintette qui datait de 2001 (enregistrement à Paris de The Beat Suite) et réunissait le sopraniste, Irène Aebi, George Lewis, Jean-Jacques Avenel et John Betsch.

A la voix d’Aebi, Lacy ajoute ici la sienne : abîmée, mais néanmoins largement mise à contribution, ainsi récite-t-il William Burroughs, Robert Creeley, Bob Kaufman ou Ann Waldman et Andrew Schelling quand il ne prévient pas avec une certaine ironie l’audience présente à Boston ce 12 mars 2004 : « This is a real jazz tune ». Les textes des poètes, une fois repris par Aebi (qui ne s’embarrasse malheureusement que rarement de nuances, sur As Usual ou Train Going By), donneront leur titre à ces exercices de swing appliqué à quelques ritournelles.

Comme souvent celles de Lacy, les inventions de Lewis étonnent : expression rentrée en trombone sur Naked Lunch ou implacable solo sur l’un des classiques du sopraniste, Blinks. La musique qui se joue là est celle d’une formation qui navigue à vue sur des thèmes qui, sous leurs airs de légèreté, dissimulent une intensité étonnante. C’est l’effet de l’élégance qui n’aura jamais quitté Steve Lacy.

last tour

Steve Lacy : Last Tour (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 mars 2004. Edition : 2015.
CD : 01/ The Bath 02/ Morning Joy 03/ As Usual 04/ Naked Lunch 05/ Baghdad 06/ Train Going By 07/ Blinks 08/ In the Pocket
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strenght & Power (RareNoise, 2016)

roswell rudd jamie saft trevor dunn balasz pandi strength and power

Il n’y a pas que dans le flamenco : le jazz possède aussi ses vieux cantaores. Arrivé à l’hiver de leur vie, la voix se désagrège, la justesse se fait la malle, seul reste l’émoi, le cri, la supplique. C’est un peu ce qui arrive à Roswell Rudd ici : le phrasé est cassé mais ne cesse de gronder, d’envahir le cercle. La saillie est désarmante, le son se projette avec grandeur, force et fulgurance.

L’improvisation au naturel que parcourent Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn et Balazs Pandi n’a pas d’âge. Elle possède naturel et irrévérence mais sait se tenir quand approche le blues. Le voici, ce vieux blues, pas encore fatigué de ses oraisons. Le voici se transfigurant, s’arrimant à ce navire qui tangue mais jamais ne coule. L’improvisation que pratiquent ces quatre-là c’est le risque de l’échec, de la sortie de route. C’est l’espoir des bonheurs, des correspondances, des délivrances. C’est le refus des performances. C’est l’antre du possible. De tous les possibles.



strength and power roswell rudd

Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strength & Power
RareNoise Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Strength & Power 02/ Cobalt Is a Divine 03/ The Bedroom 04/ Luminescent 05/ Dunn’s Falls 06/ Struttin’ for Jah Jah
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Iskra 1903 : Chapter One: 1970-1972

iskra 1903 chapter one

A Londres, le 2 septembre 1970, l’étincelle est beaucoup plus qu’étincelle. Paul Rutheford, Derek Bailey et Barry Guy sont-ils les fils aînés des Cage, Feldman et Stockausen ? On sait que ce sont les premiers d’une longue lignée d’improvisateurs britanniques. Leurs balbutiements sont achèvements. Car beaucoup de choses sont déjà inscrites et gravées dans la paroi.

Tous trois sélectionnent les plaies, s’amusent de leur solitude de soliste, feignent d’ignorer l’autre tout en lui restituant son écho. Ils émergent et fendillent le silence. Ils polissent et oscillent ce même silence (on est passé à côté d’un pianiste-improvisateur redoutable en la personne de Paul Rutheford). Et, surtout, refusent toute notion de phrasé. Ceci pour le cédéun.

A Londres, en 1971 & 1972, on n’est plus que jamais dissipés. On se dessoude sans se ressouder. Mais on a accueilli la phrase avec bienveillance. On retouche le silence et l'on admet l’unisson. Le trombone miaule, la guitare hurle le métallique enfoui, la contrebasse oublie rondeur et accueille un nouveau sauveur : celui-ci gronde le fer et les flammes. Les lignes ne font que se briser et les prises de bec sont légion. Ceci pour les cédédeuxettrois.

En Allemagne, en 1972, l’étincelle est devenue brasier. Le guitariste est sur le départ. D’autres prendront sa place. On se querelle, on conteste et on se rebelle. On mord et on sait l’issue trouvée. Ceci pour le cédétrois. A suivre…



Iskra 1903 : Chapter One 1970-1972 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1970-1973. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Improvisation 1 02/ Improvisation 2 03/ Improvisation 3 04/ Improvisation 4 05/ Improvisation 0 5 – CD2 : 01/ Offcut 1 02/ Offcut 2 03/ Offcut 3 04/ Improvisation 5 05/ Improvisation 6 06/ Improvisation 7 07/ Improvisation 8 08/ Improvisation 9 09/ Improvisation 10 10/ Improvisation 11 – CD3 : 01/ Extra 1 02/ Extra   03/ Extra 3 04/ On Tour 1 05/ On Tour 3 06/ On Tour 2
Luc Bouquet © Le son du grisli 

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Martijn Tellinga : Positions (Crónica, 2015)

martijn tellinga positions

Sur ces cinq pièces du compositeur Martijn Tellinga (enregistrées à différentes époques), c’est l’espace dans lequel se positionnent (positions obligent) les instrumentistes qui est inspecté, questionné et (même, ça arrive) lu…

Si l'on peut craindre la collision pour ces trois trombones (Nathan Lane, Milton Rodriguez & Facundo Vacarezza) leur évolution dessine une chorégraphie de cornes qui troue la brume. C’est une note et une seule que trois contrebassistes (Mike Majkowski*, Rory Brown & Sam Pettigrew) modifient aussi dans un semblable délire monochrome.

L’auditeur se demande sans cesse quel est le positionnement de tel musicien et s’il prend celui-ci en compte dans son jeu (dans l’attaque, le volume, la durée…). Il faut donc plusieurs écoutes pour établir la carte de Tellinga, d’autant qu’il va jusqu’à mettre le public à contribution (celui-ci doit réagir dans une salle sans musiciens) et donc prolonge incroyablement l’espace scénique. Intéressant, non ?

Martijn Tellinga : Positions (Crónica Electronica)
Enregistrement : 2011-2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Three Modulators, for Trombones 02/ Truth, Exercise for a Listener 03/ Branching into Others, for a Large Instrumental Field 04/ Three Modulators, for Basses 05/ Positions, for Those Involved
Pierre Cécile © Le son du grisli

densités* Ce dimanche 25 octobre, Mike Majkowski sera de ce Lotto ! organisé par le festival Densités.

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Radu Malfatti : One Man and a Fly (Cathnor, 2015)

radu malfatti one man and a fly

Radu Malfatti est de ces rares musiciens capables, alors même qu’ils jouent, d’entendre une mouche voler. Plus rare encore, de « faire » avec la mouche en question : nous la faire entendre, pour que nous la prenions, avec lui, pour ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une inédite compagne d’improvisation.

Si l’on sait où (Oxfordshire) et quand (28 juin 2012) Malfatti a enregistré cette pièce de cinquante minutes, on ne sait exactement dans quelles conditions : debout, dans un jardin ? assis, sur la terrasse ou bien à l’intérieur d’une maison aux fenêtres ouvertes ? à genoux, sur le parvis d’une église ? Les bruits du dehors sont en tout cas perceptibles : mouches, donc, mais aussi oiseaux, avions au loin, ambulance, tondeuse…

A ces invités inattendus, Malfatti laisse la parole. Il peut décider de leur répondre ou non : reprendre la note de la tondeuse et s’y oublier, tresser d’un souffle blanc un parallèle à la trajectoire de l’insecte, s’en tenir ailleurs au silence… Ses interventions sont nombreuses, mais discrètes toutes : à travers elles percent surtout les lumières d’une saison, un horizon dégagé, un morceau de temps qui passe et, surtout, dépasse les cinquante minutes annoncées.

Radu Malfatti : One Man and A Fly (Cathnor)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ One Man and A Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

how far is the church

Pour la petite histoire : Richard Pinnell m’a proposé deux lieux où enregistrer. Le premier était une église et le second une salle de l’université (?). Me connaissant, il était sûr que j’opterais pour la petite salle. Quand nous y sommes entrés, c’était horrible. Je l’ai bien regardé et j’ai demandé à Richard : « elle est loin, l’église ? » Me connaissant, Richard a éclaté de rire, c’est pourquoi cette phrase a été retranscrite sur le CD. Quand nous sommes arrivés à l’église, j’ai bien sûr fait les pitreries d’usage, je suis monté en chaire comme un prêtre idiot et joué du trombone comme si je prêchais devant des fidèles imaginaires, etc. Et puis, nous avons enregistré cette pièce, j’étais confortablement assis dans un fauteuil, écoutant tous les bruits qui venaient du dehors… en jouant quelques sons. Quand la mouche est arrivée, cela m’a tellement amusé que j’ai décidé qu’on devrait l’entendre sur le disque, comme si elle avait été ma partenaire.

There is a little story behind that: Richard Pinnell proposed two places to record. One was a church and one was a room in the university (?). Knowing me, he was sure that i wanted to go to the little room. When we entered it, i saw that it was horrible. I looked at it and asked Richard: “how far is the church?” and Richard, knowing me, cracked up laughing, that’s why this little quote is written on the cd as well. When we arrived at the church, of course i made all the little necessary jokes, i went up to the “chaire” like a stupid priest and played the trombone like an idiot preaching to the non-existing audience etc. Finally we recorded the piece, I was sitting in a comfortable armchair, listening to all the noises coming from outside, which you described very well... And playing some sounds. When the fly came along, I was so amused, that I decided it should stay on the record alongside me. As a partner.

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Paul Rutherford : GHEIM (Emanem, 2014) / Iskra 1903 : Iskra 1903 : South on the Northern (Emanem, 2013)

paul rutherford gheim

Le changeant un peu de son habituelle compagnie – Iskra 1903, avec Phil Wachsmann et Barry Guy –, cette réédition d’une cassette Ogun consignant un live at Bracknell (deux premières plages) et quelques prises studio (trois dernières), tous enregistrements datant de 1983, donne à entendre Paul Rutherford auprès de Paul Rogers et de Nigel Morris.

Soit cinq improvisations entretenant le souvenir du free jazz des origines, qui profitent d’une vitalité partagée – le moins « traité » des trois musiciens au grisli (présence quand même dans ce même trio en fin de Tetralogy) n’a-t-il pas pris quelques leçons de tambour auprès de John Stevens ? – et d’un art certain de la mesure. Ainsi, les motifs redits en boucle par la contrebasse et les soulèvements compulsifs de la batterie engagent-elles Rutherford à ramasser une expression entière et franche dans un seul et même souffle.

En studio, les musiciens se montrent autrement démonstratifs : le son est plus chaleureux, la contrebasse moins amplifiée. La nonchalance de chacun des trois intervenants (Rutherford passant à l’euphonium le temps d’une prise) est porteuse de non-principes communs, qui soignent encore le flegme déroutant avec lequel le trio s’adonna à l’improvisation.

Paul Rutherford Trio : GHEIM. Live at Bracknell 1983 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2 juillet 1983 & 12 décembre 1983. Edition Ogun : 1986. Rééditions Emanem : 2004 & 2014.
CD : 01/ Gheim 1 02/ Gheim 2 03/ Brandak 04/ Crontak 05/ Prindalf
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

iskra 1903 south of the northern

South on the Northern pourrait être, en deux temps que marquent les deux disques qu’il contient, un retour aux sources pour Rutherford. Deux fois enregistré à Londres en 1988 et 1989, Iskra 1903 y entretient en effet un art de l’improvisation plus « réfléchi », mais terrible tout autant : les déboîtements du trombone n’agacent-ils pas l’archet rapide de Wachsmann (aussi à l’électronique) quand celui de Guy (aussi à l’électronique) révèle sur de plus lents passages les traces évidentes d’un instant qui palpite ?

Iskra 1903 : South on the Northern (Emanem / Orkhêstra International)
Réédition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Balham Bedford 1 02/ Balham Bedford 2 03/ Balham Bedford 3 04/ Balham Bedford 04 – CD2 : 01/ Clapham Commun Sun 1 02/ Clapham Commun Sun 03/ Clapham Commun Sun
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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