Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sourdure : La virée (Tanzprocesz / Astruc, 2015)

sourdure la virée

Pour présenter vite et bien (autant que faire se peut) Sourdure on dira que Sourdure c’est Ernest Bergez et qu’Ernest Bergez fait (bien) normalement de la musique électrique dans le duo Kaumwald (enchanté). Ce qui ne m’a pas empêché d’écouter son Sourdure de disque qu’est La virée.

Avec des invités (Jacques Puech, El-g, Karelle, Françoise et Michel Tournilhac, Laura Mentik + l’intéressante Clémence Cognet à la voix), Bergez fait sien un répertoire de chansons traditionnelles avec de drôles de voix, des instruments exotiques (genre gambri, cornemuse…) et des inserts d’électrobidouille. Le mélange est détonnant, surtout sur les trois premiers titres où l’on croirait entendre une fiction sonore virant psychédélique où se croiseraient Oum Khalthoum, Ghédalia Tazartès, Burger & Cadiot, les Fabulous Trobadors et Ramuntcho Matta.

Malgré sa cradélectro fastoche et ses samples de base, Sourdure tient le cap sur trois pistes. Mais au-delà, il s’écoute et c’est dommage : à force de se la jouer bizarre on n’en est que plus normal, et l’anormalité qui faisait le sel des trois premiers titres a fini par se gâter. On retiendra quand même les chants du départ de La virée, en attendant la prochaine.


la virée

Sourdure : La virée
tanzprocesz / Astruc
Edition : 2015.
CD : 01/ Bonsoir belle bergère 02/ Joana d’aime – lo mes de mai lo mes d’abrieu 03/ Quand io zere chas ma maïre 04/ Marion dins son jardin 05/ Les quinze segments 06/ L’ergot-loupe 07/ Retirez-vous gens de la noce/La genta nóvia 08/ Jésus s’habille en pauvre – l’assona fantauma 09/ Pour aller voir Virginie 10/ Dans le ventre de la maison huileuse
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp logo grisliSourdure est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 6, il jouera à l'église Saint-Merry avec Ellen Fullman et William Basinski.

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Aluk Todolo : Voix (Norma Evangelium Diaboli / The Ajna Offensive, 2016)

aluk todolo voix sonic protest

Cela fait plus de dix ans qu’Aluk Todolo donne dans l’ « occult rock ». Un mélange de black métal et de rock psyché, un peu à la Rallizes, voilà ce que sert ce trio guitare (Shantidas Riedacker) / basse (Matthieu Canaguier) / batterie  (Antoine Hadjioannou) sur son quatrième album studio.

Pas de doute, le groupe est en place : la basse impose la cadence, la batterie la martèle et la guitare tergiverse à loisir, dans le noir et de temps en temps à l’aveugle. Les médiators ont le feu à la corne, ok. Mais c’est quand Riedacker commence à s’en servir pour fouetter des accords que la corne prend feu : c’est comme ça qu’à mi-parcours (on est donc sur 5 :01) c’est l’extinction de voix… Mais pas pour longtemps, vous imaginez bien. Et déjà ça repart, pas plus subtil qu’avant, mais tout aussi performant (& perforant parfois). Y' qu'à entendre...



voix

Aluk Todolo : Voix
Norma Evangelium Diaboli / The Ajna Offensive
Edition : 2016.
CD / LP : 01/ 8 :18 02/ 7 :54 03/ 5 :01 04/ 7 :01 05/ 5 :34 06/ 9 :29
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp logo grisliAluk Todolo est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 7, le trio jouera à l'église Saint-Merry avec AMM et Joachim Montessuis

 

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Ellen Fullman : Through Glass Panes (Important, 2011)

ellen fullman through glass panes

Je me méfie comme de la peste des exotismes d’occidentaux mais quand j’apprends qu’Ellen Fullman a joué avec des musiciens tels que Pauline Oliveros, Keiji Haino ou Barn Owl, je tends l’oreille. Intrigué, je vais voir le site internet de la dame, qui est bien fait, et qui nous en apprend sur l’instrument (une installation !) dont elle joue depuis 1981 : The Long String, qui est aussi le nom de son premier disque réédité en 2015 par Superior Viaduct.

Une cinquantaine de longues cordes qu’elle titille dans un esprit post-médiéval = folklore hallucinatoire qui doit autant à Terry Riley qu’à Stefan Micus qu’au théorbe ou à la harpe magique…. C’est pourquoi, au final, je ne dirai pas que la « harpe magique » de Fullman est exotique, non. L’exotisme ne peut pas être aussi hypnotique que son long instrument... A suivre !



through glass panes

Ellen Fullman : Through Glass Panes
Important
Edition : 2011.
CD : 01/ Never Gets Out of Me 02/ Flowers 03/ Through Glass Panes 04/ Event Locations No. 2
Pierre Cécile © le son du grisli

sp logo grisliEllen Fullman est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 6, elle jouera à l'église Saint-Merry avec Sourdure et William Basinski

 

 

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Richard Chartier, William Basinski : Aurora Liminalis (LINE, 2013)

richard chartier aurora liminalis

Richard Chartier a (on le sait) de la ressource, mais il a aussi de l'idée. Par exemple, celle d'aller chercher l’artiste et musicien William Basinski. Tellement bonne, l’idée, que c’est la deuxième fois qu’elle sert : après Untitled (Spekk), la collaboration accouche d’Aurora Liminalis.

Aidé par la couverture du CD, on imagine un paysage boréal où le vent joue à la roulette avec des grains de poussière et des paquets de fumée. La musique du phénomène est une ambient aux boucles et couches sonores translucides (leurs couleurs ne sont visibles qu’une fois mêlées aux autres), aux voix effacées et aux microphénomènes pseudo-naturels. L’écoute d’Aurora Liminalis se fait en suspension, et même à l’horizontal. Mais point d’effort à faire : les premières secondes se chargent d’elles-mêmes de vous faire chavirer.

William Basinski, Richard Chartier : Aurora Liminalis (LINE)
Edition : 2013.
CD : 01/ Aurora Liminalis
Pierre Cécile © le son du grisli

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AMM : Two London Concerts (Matchless, 2012)

amm two london concerts

Deux concerts londoniens enregistrés les 6 mars 2011 et 27 novembre 2011. AMM (duo) : John Tilbury au piano et Eddie Prévost à la batterie, & dans la brume. London in the fog : Tilbury & Prévost in the mist. Nous, assis, qui respirons cette somme d’atmosphères.  

Un cluster prend le temps de s’évanouir dans l’air mais un autre le remplace, les deux sont reliés par un bourdon de cymbale allumé par une mèche. Les accords de piano se rapprochent, Tilbury tire sur une des cordes de son piano, prise au hasard, et il n’en voit pas le bout : parce qu'il n’a qu’une corde à son piano, de plus en plus fine.

La batterie de l'adroit Prévost lui décoche des flèches de rouille ou inquiète un tom pour la faire trembler : le piano s’en méfie, se fait discret mais pas oublier, on entend partout sa respiration. A Londres, la brume s’est dissipée pour laisser place à un brouillard frémissant. Nous, pourtant assis loin de lui, avons frémi avec lui.  

AMM : Two London Concerts (Matchless)
Enregistrement : 6 mars 2011 & 27 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ E1 AMM 02/ SE1 AMM
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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AMM : Place sub. v. (Matchless, 2014)

amm place

Dans quel bas-fond de Lublin, Pologne, John Tilbury et Eddie Prévost ont-ils, avec la savante mesure qu’on leur connaît, extrait pour la polir cette nouvelle pierre à marquer leur maturation lente ? De l’endroit, AMM se fait un devoir et, bientôt, joue sur les mots : « a place » / « to place ».

Par petites touches, le duo sarcle, avise et creuse : permet déjà à la lumière de percer, qui dérangera quelques bêtes enfouies – le ventre du piano s’en fait gravement l’écho quand ce n’est pas la batterie qui chasse une horde de corneilles. Si l’exercice requiert de la précaution, c’est qu’AMM est venu jusque-là – cet « endroit où être » – pour marquer un territoire qui n’appartient qu’à lui et qu’il développe depuis toujours à l’intérieur même de ses frontières : frappes retenues, ritournelles naissantes et puis empêchées, accords courts étouffant sous les longs sifflements d’une cymbale sous archet, et voici que Place sub. v. a, dans un souffle, épousé l’endroit – point, parages et même pays.

AMM : Place sub. v. (Matchless Recordings)
Enregistrement : 16 mai 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Place
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joachim Montessuis : Chapel Perilous (Fragment Factory, 2012)

joachim montessuis chapel perilous

La bataille est rangée, que Joachim Montessuis a décidé de livrer à son propre corps ; qui se joue entre molaires et incisives d’abord, avant de gagner le pharynx puis la trachée. Ce sont donc des bruits de bouche, des cris étouffés, des sifflements, des injections et des projections, qui ouvrent Chapel Perilous, vingt-trois pièces sonores (enregistrées entre 2005 et 2011) qui pourraient n’en faire qu’une.

Ce flot de vacarme que Montessuis s’inocule en frénétique le retourne bientôt : engouffrés, les bruits s’installent sur organes et prolifèrent ; sous la peau, les plus aigus imaginent refaire surface. A corps perdu, le vocaliste tente de camoufler les premiers renflements, se contorsionne en conséquence et produit d’autres bruits – qui peuvent tenir du flageolet comme de l’expérimentation noise. Mais bientôt, l'homme abdique : son chant de souffrances aura été fantastique, au son duquel il a rampé jusqu’à la chapelle qu'il s'était choisie pour destination.  

EN ECOUTE >>> Chapel Perilous (extrait)

Joachim Montessuis :  Chapel Perilous (Fragment Factory)
Enregistrement : 2005-2011. Edition : 2012.
LP : Chapel Perilous
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Charlemagne Palestine, Joachim Montessuis : Voxorgachitectronumputer (Sub Rosa, 2011)

charlemagne_palestine_Voxorgachitectronumputer

Le 29 juin 2007 dans l’église du Gesu à Toulouse, Charlemagne Palestine et Joachim Montessuis (musicien qui n’avait publié jusque-ici qu’une compilation du nom d’Errances) ont donné un concert. Le premier est à l’orgue, le deuxième à l’ordinateur et les deux vocalisent.

La collaboration dure un peu plus d’une heure. Charlemagne Palestine confectionne des drones et des motifs assez simplistes mais qui vont en s’étoffant. A force d’actionner les tirettes et de jouer des effets, le duo vire de cap : sa musique n’en devient que plus étrange, remplie autant de graves que d’aigus qui interfèrent. C’est une musique psychédélique d’aujourd’hui que Palestine et Montessuis transforment en décor de théâtre devant lequel ils donnent de la voix. C’est le temps d'un dernier acte loufoque. Et il y a là quelque chose de grandiose. Car Voxorgachitectronumputer est une sonate pop exquise à écouter, une Pathétique jubilatoire.

Charlemagne Palestine, Joachim Montessuis : Voxorgachitectronumputer (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 29 juin 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Voxorgachitectronumputer
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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AMM : Uncovered Correspondence (Matchless, 2011)

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Si c’est sous la forme d’un duo – comme à d’autres périodes des quarante-cinq ans de vie de la formation – que s’incarne AMM depuis le milieu des années 2000 (certes avec l’inclusion occasionnelle d’invités, comme dans les récents Trinity ou Sounding Music), l’éthique à l’œuvre dans le groupe reste intacte ; non qu’elle soit immuablement figée mais parce que l’esprit qui vit en Eddie Prévost (percussion) et John Tilbury (piano) ne cesse de porter cette musique au-delà des distinctions entre action & contemplation, matérialité & abstraction, durée effective & temps perçu…

A la manière dense et légère de certains de ces nuages de Rothko, contours effilochés et cœur intense, dégageant une aura envoûtante, cette heure (un instant, une nuit) saisie au printemps 2010 en Pologne est toute de suspension – cet autre swing… antigravitationnel. Sans la tension du flux électrique des enregistrements des années 90, et davantage ouverte au jeu onirique des lambeaux sonores et des interstices, cette musique s’infiltre, hantée, balinaise, d’une merveilleuse discrétion, désarmante et pénétrante.

AMM : Uncovered Correspondence, a Postcard from Jaslo (Matchless / Souffle continu)
Enregistrement : 15 mai 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Paragraph One 02/ Paragraph Two 03/ Paragraph Three
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Vicki Bennett : Smiling Through My Teeth (Sonic Arts Network, 2008)

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Des liens (souvent tendus) qui unissent musique et humour, Vicki Bennett (People Like Us) dresse sur Smiling Through My Teeth un constat contrastant.

Parce qu’il convoque aussi bien les déflagrations extrêmes de Ground Zero qu’une Ouverture de Guillaume Tell revue par un Spike Jones partageant vraisemblablement avec John Zorn un goût appuyé pour les cartoons, ouvre une boîte à rires hallucinés comme fait confiance à un collage swing de John Oswald, joue des décalages attendus (pseudo lyrisme et hip-hop réunis par Komar & Melamid and Dave Soldier ou reprise de Take on Me signée Rank Sinatra) et exhume dans le même temps les Viennese Seven Singing Sisters à l’ironie involontaire. Au final, puisqu’il s’agissait davantage de traiter des façons d’aborder l’humour en musique et non d’en collecter les preuves les plus efficaces, pas toujours amusant : mais assez anecdotique et documenté pour réveiller tout pataphysicien endormi.

Vicki Bennet : Smiling Threw My Teeth (Sonic Arts Network)
Edition : 2008.

CD : 01/ Spike Jones and his City Slickers “William Tell Overture” 02/ Raymond Scott “Girl at the Typewriter” 03/ Paul Lowry “I Got Rhythm” 04/ Leif Elggren & Thomas Liljenberg “9.11 (Desperation Is The Mother of Laughter)” (edit) 05/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit) 06/ Ground Zero “China White” 07/ John Oswald “Pocket” 08/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit) 09/ Rudolf Eb.er’s Runzelstirn & Gurgelstøck “Eel Dog Rap Mix” (edit) 10/ Nihilist Spasm Band “It’s Not My Fault” (edit) 11/ ‘The Freddy McGuire Show’ with Anne McGuire, Don Joyce & Wobbly “Dark Days Bright Nights” 12/ Vomit Lunchs “Total Pointless Guidance Mix” (Stock, Hausen+Walkman) 13/ Gorse “Interlude” 14/ Rank Sinatra “Take On Me” 15/ DJ Carhouse & MC Hellshit “Motha Fuck Mitsubishi” 16/ DJ Brokenwindow “Kit Clayton vs. Roscoe P. Coltrane” 17/ Christian Marclay “Maria Callas” 18/ Viennese Seven Singing Sisters “William Tell Overture” 19/ M.A. Numminen, Tommi Parko, Pekka Kujanpää “Eleitä Kolmelle Röyhtäilijälle” 20/ Justice Yeldham and the Dynamic Ribbon Device “Berlin, Germany, 270104” (edit) 21/ Adach i Tomomi “Lippp” 22/ Bill Morrison “Single Breath Blow” 23/ Zatumba “Natchung” 24/ Nihilist Spasm Band “Going Too Far” (edit) 25/ People Like Us & Ergo Phizmiz “Air Hostess” 26/ Christian Bok “Ubu Hubbub” 27/ Gwilly Edmondez “Cock!” 28/ Spaz “Spaz” 29/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit 2) 30/ Xper. Xr. “Ride On Time” 31/ Richard Lair and Dave Soldier “Thai Elephant Orchestra Perform Beethoven’s Pastorale Symphony First Movement” 32/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit 2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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