Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sergio Merce : Be Nothing (Edition Wandelweiser, 2016)

sergio merce be nothing

Le microtonal saxophone de Sergio Merce, dont il fit (donc) il y a peu un disque, commençait à nous manquer. A l’alto mis à plat, l’Argentin ajoute synthétiseur analogique et électronique sur cette pièce d’un peu moins d’une heure enregistrée à l’automne 2015.

Dans ces ondes graves et belles qui nous sont adressées sous étiquette (et donc esthétique) Wandelweiser, Merce s’exprime en usant plus d’une fois de points de suspension. Entre ces oscillations qui lentement disparaissent et leurs éventuels retours, des silences lui permettent d’aérer son ouvrage de stratifications. Dans telle brèche, un aigu pourra alors percer ; dans telle autre, ce sera une note subtilement rectifiée. Et puisque la « lenteur » peut, elle aussi, varier, Merce interroge les effets de la variation sur le rapprochement des couches. Be Nothing y gagne en singularité.



mrce

Sergio Merce : Be Nothing
Edition Wandelweiser
Enregistrement : 6 novembre 2015. Edition : 2016.
CDR : 01/ Be Nothing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jason Kahn : In Place (Errand Bodies, 2015)

jason kahn in place

Cet article est extrait du premier numéro papier du son du grisli, disponible à cette adresse. La traduction en français de l’introduction du livre de Jason Kahn est à lire dans ce même numéro.



Traduit en français par Guillaume Tarche – qui, au son du grisli, fit de l’œuvre de Jason Kahn l’une de ses spécialités –, cet avant-propos à In Place, livre publié pour le moment en anglais seulement, dispense le chroniqueur d’explication mais ne lui interdit pas le résumé : sur le conseil d’une de ses lectures – celle d’Henri Lefebvre –, voici donc Jason Kahn changé en rythmanalyste prêt à écouter « le monde, et surtout ce qu'on nomme dédaigneusement les bruits, qu'on dit sans signification, et les rumeurs, pleines de significations – et enfin (…) les silences » afin d’ « embrasser pleinement l’idée de lieu » voire d’ « arriver par l'expérience au concret. »

On savait déjà que Jason Kahn, musicien américain installé à Zürich – ville qu’il aura, nous prouvent les derniers chapitres de son livre, beaucoup écoutée – et grand arpenteur de territoires, ne tenait pas en place. Voilà qu’il faut maintenant (en fait, depuis 2011) se faire à l’idée qu’il est capable aussi de patience et de longues études. Ainsi, plusieurs heures durant, écouta-t-il parler le lieu, et puis le regarda : « L’œil, fenêtre de l’âme, est la principale voie par où le commun sens peut simplement et magnifiquement considérer les œuvres infinies de la Nature; l’oreille est la seconde, s’ennoblissant par le récit de ce que l’œil a vu », notait Léonard dans ses Manuscrits.

tumblr_odjcyb44XB1rb47qeo1_540



Avant de le faire lire, Kahn avait proposé qu’on entende son projet : sur In Place: Daitoku-ji and Shibuya Crossing (Winds Measure, 2013), il décrivait sans en rapporter le moindre son un temple bouddhiste de Kyoto et le célèbre carrefour de Tokyo. Dans le livre, on retrouve ces deux endroits qui le virent estimer les chances qu’a le temple de garder le silence face à l’incessante rumeur urbaine – « … comme j’aimerais pouvoir enregistrer ça… Et je me rends compte que je suis en train de l’enregistrer (…), dans ma mémoire… » – et interroger le chant artificiel qu’une grande capitale fait entendre à toute heure. De son expérience à Seoul, il gardera le souvenir d’un bruyant rideau de fer, d’enfants s’amusant dans une cour de récréation ou de trains qui passent comme partout ailleurs. Entre ce qu’il voit et ce qu’il entend, il lui arrive de se perdre : « Je ne suis plus sûr du tout de ce que mes oreilles entendent. » Est-ce par un subterfuge qui ressemblerait à celui qui nous fait entrer dans un stéréogramme que Jason Kahn a réussi à se plonger dans ce « concret » qu’il cherchait à saisir ?  

A propos de son passage au Grossmünster de Zürich, il note : « Je pense la majorité du temps, me concentrant sur la façon dont je perçois l’espace, réfléchissant à la manière dont ces sons affectent l’expérience que je fais de l’espace qui m’entoure, au temps qui lentement passe. » Ainsi, plusieurs heures durant, écouta-t-il parler le lieu (à Bruxelles, la coupole de la Galerie Ravenstein ; à Nantes, la fontaine de la Place Royale) et écouta parler le temps. Mais celui-ci, une fois n’est pas coutume, abdique au gré des expériences relatées dans un livre dont l’introduction avait prévenu : « J'avais l'impression que tous ces lieux s'étaient physiquement incorporés à moi, comme s'ils s'étaient consumés en imprimant dans mon corps leur trace indélébile, et comme si je m'étais inconsciemment fondu en eux. » Au lecteur, maintenant, de s’essayer à l’expérience, d’approcher le papier en espérant pouvoir trouver la faille qui lui permettra de pénétrer cet étrange stéréogramme dont les motifs sont des mots. Peut-être, alors, apercevra-t-il le profil de Beckett : « Le temps s’est transformé en espace et il n’y aura plus de temps. »

in-place_F

Jason Kahn : In Place
Errant Bodies / Les Presses du Réel
Edition : 2015.
Livre (en anglais)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions (Meenna, 2016) / Bruno Duplant : Places & Fields (B Boim, 2016)

ryoko akama 2 compositions

Je ne sais si Ryoko Akama serait d’accord avec moi pour parler (dans la chronique que je suis en train d’écrire alors que je vous parle) de « réductionnisme » à propos des deux compositions qu’elle exécute avec Bruno Duplant (contrebasse, electronics) et Ko Ishikawa (shô). Trop tard, c’est fait.   

Si je serais bien incapable de donner une définition précise de ce terme (un minimalisme aplati ? un indéterminisme paresseux ?), le réductionnisme de Ryoko Akama nous fournit un bel hommage au silence et à la diphonie (pour ne pas avoir osé parler de « la diphonie du silence »). L’électronique livre ses notes comme une bobine son fil, pareil pour la contrebasse (sur A Proposal – Four) et même chose pour le shô (la parenthèse me permet de noter que cet orgue à bouche a un son bien moins agressif que celui du melodica !).

Maintenant, s’il faut parler des deux pistes disctinctement, disons que la première est plus clairsemée et que l’on y entend le tac tac d’un métronome tandis que sur la seconde (I.Take) les instruments se disputent l’espace avec plus de constance. Ce qui ne m’empêchera pas de conclure que nous avons ici affaire à deux faces d’une même esthétique et qu’il est bien agréable de se laisser porter par elle.

990

Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions
Meenna
Edition : 2016.
CD : 01/ A Proposal – Four 02/ I. Take
Pierre Cécile © Le son du grisli

bruno duplant places & fields

Comme hier Radu Malfatti avec Cristián Alvear, Bruno Duplant dédie une de ses compositions à un guitariste qui l’interprètera. Sur Places & Fields, Denis Sorokin accompagne de longues notes permises par l’amplification, qui parfois frisent l’harmonique, et remplit des silences qui parfois lui tiennent tête. Il faudra néanmoins le renfort de grésillements sortis d’un poste de radio et de quelques arpèges pour qu’il parvienne à s’inscrire pleinement par le son. Si Places & Fields n’a peut-être pas la « force » des compositions de Malfatti, elle exprime néanmoins une même intention qui, chez Duplant, se précise.

b-boim_30

Bruno Duplant : Places & Fields
B Boim
Edition : 2016.
CDR : 01/ Places & Fields
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Carl Ludwig Hübsch : Save the Abenland (Berslton, 2016)

carl ludwig hübsch save the abendland

C’est un enregistrement sur lequel Carl Ludwig Hübsch n’intervient pas. Au tuba, trente-trois minutes et quarante-cinq secondes durant. On l’entend parfois bouger un peu, très légèrement – pour ce faire, il faudra quand même pousser le volume. Entre un frottement involontaire et un bruit du dehors étouffé, on se concentrera sur la lecture des notes d’intention que le musicien a glissées dans le disque : non, 33:45 n’a rien à voir avec le 4:33 de John Cage ; précisions : « no cuts, no overdubs » et puis « as you might notice by close listening, it is completely improvised ».

Puisque l’humour n’interdit pas le sens, Hübsch révèle aussi que ce « nothing to play » dont le sous-titre est « a statement to the migration debate » constitue sa réaction à la xénophobie ambiante, en d’autres termes : il réclame le silence tandis que gronde un déluge hystérique d’inquiétudes déraisonnables. En objecteur de conscience, le musicien dépose les armes, pour être exact : un tuba.

Dans un court message qu’il m’écrit en français, Hübsch précise encore : « A part ça, c’est aussi intéressant d’écouter le silence ‘’réel’’ (joué) ». C’est cette fois le musicien qui parle : sans la question qu’il pose, sans doute aurait-on été plus sévère avec ce « silence joué » ; mais puisqu’il n’est pas même élément de musique, alors on voudra bien l’entendre et même le prendre en considération. Comme la « déclaration » qu’il compose.

Save_The_Abendland

Carl Ludwig Hübsch : Save the Abenland
Berslton
Enregistrement : 23 juin 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Save the Abenland
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Radu Malfatti : Shizuka Ni Furu Ame / Radu Malfatti : Hitsudan (B-Boim, 2015 / 2016)

radu malfatti cristian alvear dominic lash shizuka ni furu ame hitsudan

C’est toujours une joie d’entendre, sur le label d’un musicien que l’on apprécie, un autre musicien que l’on apprécie. C’est ici – Shizuka Ni Furu Ame, pour le titre du disque – une composition de Radu Malfatti interprétée par le guitariste Cristián Alvear, à qui elle est dédiée.

La composition – qui respire au point que de gagner sans cesse en espace – dure un peu moins d’une heure et paraît peu évolutive. Elle est pourtant faite de décalages subtils qui s’arrangent d’une note puis d’un accord en formation : soit, pour Alvear, le temps d’une ou deux cordes pincées, de trois un peu plus tard. A l’expansion (mesurée) de la composition répond bientôt un jeu de guitare lâche qui rétablit et puis profite d’un équilibre saisissant.

Que l’on retrouvera sur Hitsudan, autre composition – une première traduction parle pour Hitsudan de « correspondance écrite » – de Malfatti que le même Alvear interprète avec Dominic Lash. A tel point que ce pourrait être un autre Shizuka Ni Furu Ame mais cette fois joué à deux ; dansé, même, tant les musiciens cherchent à coordonner leurs mouvements afin d’harmoniser des forces pourtant inégales (un aigu de guitare, parfois, pour un grave de contrebasse). Peine perdue – des écarts subsistent – mais, entre les silences, Alvear et Lash tombent d’accord sur un charme en rupture. C’est d’ailleurs la marque de Radu Malfatti, cette association du charme, du silence et de la peine perdue.


b-boim_29

Radu Malfatti, Cristián Alvear : Shizuka Ni Furu Ame
B-Boim
Enregistrement : 11 août 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Shizukanifuruame

b-boim_31

Radu Malfatti, Cristián Alvear, Dominic Lash : Hitsudan
B-Boim
Edition : 2016.
CD : 01/ Hitsudan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Regler : regel #5 (classical music) (Nueni, 2016)

regler regel 5

Mes oreilles ne s’étaient pas encore remises du Regel #4 (ni du #3, d’ailleurs) de Regler que je trouve dans ma boîte le Regel #5. C’est mon cerveau (que je soupçonne d’héberger ma raison) qui m’a fait attendre un peu avant de le passer. Et puis un jour (récent) je le passe.

Et là, rien. Ou presque rien = le souffle de l’enregistrement, un tripotage de micro, un remuage de tom ou de pied de cymbale… Oui, on sent bien des présences, mais elles ne font guère de bruit ! En ouvrant le digisleeve (l’une des 50 nuances de digi), je retrouve ces présences en photo : à gauche Anders Bryngelsson assis derrière sa batterie, le dos au mur et les yeux fermés, & à droite Mattin, allongé sur le sol, les yeux fermés aussi à quelques centimètres de deux micros.

Dois-je en déduire que le duo s’est enregistré pendant sa pause ? Qu’il a eu envie de savoir ce qu’il se passe dans le studio quand il n’y joue pas ? Qu’il a enfin tenu à en faire profiter tout le monde ? Quand je dis « tout le monde » je veux dire moi. Quarante minutes de fatigue consommée pour eux = quarante minutes de repos assourdissant pour moi. C’est concept, me direz-vous ; c’est vrai, mais j’ajouterai que, dans le discographie de Regler, ça se tient parfaitement !

écoute le son du grisliRegler
Regel #5 (extrait)

regel 5

Regler : Regel #5 (Classical Music)
Nueni
CD : 01/ Regel #5 (Classical Music)
Enregistrement : 26 mars 2015.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Cem Güney : Five Compositions (Edition Wandelweiser, 2015)

cem güney five compositions

Si elles ne savent leur inspirer un développement plus large, c’est déjà une compagnie que les cordes (violon de Burkhard Schlothauer, alto de Lydia Haurenherm et violoncelle de Marcus Kaiser) offrent aux instruments à vent (flûte d’Antoine Beuger et clarinette de Germaine Sijstermans) : ce, jusqu’à l’unisson, qui entame déjà la seconde des Five Compositions ici enfermées de Cem Güney.

De Güney, s’était effacé le souvenir lointain d’une écoute insatisfaite, celle de Praxis, que publia le label Crónica en 2008. Il faudra faire maintenant avec cette quarantaine de minutes pendant laquelle, le dos tourné au champ électronique, le musicien démontre d’autres intentions. Ainsi engage-t-il six instrumentistes (aux cinq déjà cités, ajouter le percussionniste « chantant » Tobias Liebezeit) sur des voies de concorde, voire de sympathie.

Lentement, les interventions se mêlent, plusieurs fois se fondent et se conforment, plus rarement – quand l’un des instruments, clarinette suspendue ou archet pressant, feint la sédition – ferraillent. Avec l’air de n’en faire qu’une, les cinq pièces se succèdent. Une constante délicatesse et puis, c’est une chose désormais entendue, de longs silences : à l’une et aux autres s’appliquent avec savoir-faire chacun des intervenants.

écoute le son du grisliCem Güney
Mulberry Grove (extrait)

Cem Güney : Five Compositions (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Two and Three 02/ Mulberry Grove 03/ Hive Mind 04/ Conjunction 05/ Inner Voice, For Düsseldorf
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Radu Malfatti : One Man and a Fly (Cathnor, 2015)

radu malfatti one man and a fly

Radu Malfatti est de ces rares musiciens capables, alors même qu’ils jouent, d’entendre une mouche voler. Plus rare encore, de « faire » avec la mouche en question : nous la faire entendre, pour que nous la prenions, avec lui, pour ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une inédite compagne d’improvisation.

Si l’on sait où (Oxfordshire) et quand (28 juin 2012) Malfatti a enregistré cette pièce de cinquante minutes, on ne sait exactement dans quelles conditions : debout, dans un jardin ? assis, sur la terrasse ou bien à l’intérieur d’une maison aux fenêtres ouvertes ? à genoux, sur le parvis d’une église ? Les bruits du dehors sont en tout cas perceptibles : mouches, donc, mais aussi oiseaux, avions au loin, ambulance, tondeuse…

A ces invités inattendus, Malfatti laisse la parole. Il peut décider de leur répondre ou non : reprendre la note de la tondeuse et s’y oublier, tresser d’un souffle blanc un parallèle à la trajectoire de l’insecte, s’en tenir ailleurs au silence… Ses interventions sont nombreuses, mais discrètes toutes : à travers elles percent surtout les lumières d’une saison, un horizon dégagé, un morceau de temps qui passe et, surtout, dépasse les cinquante minutes annoncées.

Radu Malfatti : One Man and A Fly (Cathnor)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ One Man and A Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

how far is the church

Pour la petite histoire : Richard Pinnell m’a proposé deux lieux où enregistrer. Le premier était une église et le second une salle de l’université (?). Me connaissant, il était sûr que j’opterais pour la petite salle. Quand nous y sommes entrés, c’était horrible. Je l’ai bien regardé et j’ai demandé à Richard : « elle est loin, l’église ? » Me connaissant, Richard a éclaté de rire, c’est pourquoi cette phrase a été retranscrite sur le CD. Quand nous sommes arrivés à l’église, j’ai bien sûr fait les pitreries d’usage, je suis monté en chaire comme un prêtre idiot et joué du trombone comme si je prêchais devant des fidèles imaginaires, etc. Et puis, nous avons enregistré cette pièce, j’étais confortablement assis dans un fauteuil, écoutant tous les bruits qui venaient du dehors… en jouant quelques sons. Quand la mouche est arrivée, cela m’a tellement amusé que j’ai décidé qu’on devrait l’entendre sur le disque, comme si elle avait été ma partenaire.

There is a little story behind that: Richard Pinnell proposed two places to record. One was a church and one was a room in the university (?). Knowing me, he was sure that i wanted to go to the little room. When we entered it, i saw that it was horrible. I looked at it and asked Richard: “how far is the church?” and Richard, knowing me, cracked up laughing, that’s why this little quote is written on the cd as well. When we arrived at the church, of course i made all the little necessary jokes, i went up to the “chaire” like a stupid priest and played the trombone like an idiot preaching to the non-existing audience etc. Finally we recorded the piece, I was sitting in a comfortable armchair, listening to all the noises coming from outside, which you described very well... And playing some sounds. When the fly came along, I was so amused, that I decided it should stay on the record alongside me. As a partner.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ulrich Krieger : Winters in the Abyss (Pogus, 2015)

ulrich krieger winters in the abyss

Si Winters in the Abyss consigne les cinq premières pièces des quatorze qui font le Deep-Sea Cycle d’Ulrich Krieger, c’est toutefois adaptées : par le compositeur en personne aux instruments de ses interprètes (trombone de Matt Barbier, cor d’harmonie de Zara Rivera et trombone contrebasse de Paul Rivera), puisque ces pièces étaient destinées à l’origine à trois contrebasses (flûte, saxophone et tuba).

Ce sont donc un cor et deux trombones (aux micros rapprochés) qui, jetés d’on ne sait où, viennent grossir la neige marine et, à leur propre vitesse, gagneront comme elle le fond de l’océan. Cinq étapes mais pas de stations : trois instruments gravent qui, l’un après l’autre, cherchent à établir le contact au son de signaux répétés. A force de redites, leurs notes se superposent ; à force de dérivation (verticale, certes), reprennent de la distance.

A chaque fois, c’est un effet de couplage (dirait-on « triplage » ?) qui donne à la chute lente et au sondage opportuniste qui y est attaché l’ombreuse et impressionnante musique – minimalisme revu à la lumière du Wandelweiser – que renferme Winters in the Abyss.

Ulrich Krieger : Winters in the Abyss (Pogus)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ V Sun Lit 02/ IV Twilight 03/ III Midnight 04/ II Lower Midnight 05/ I Pitch Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Michael Pisaro : Melody, Silence (Potlatch, 2015) / Cristián Alvear : Quatre pièces pour guitare... (Rhizome.S, 2015)

michael pisaro cristian alvear melody silence

Quelque part dans « la surface égarée d’un désert », pour citer René Char : voilà où le guitariste Cristián Alvear a pris l’habitude de glaner ses partitions. Hier, signées Antoine Beuger (24 petits préludes pour la guitare) ; cette fois, que Michael Pisaro paraphe. Est-ce un refuge qu’Alvear a trouvé en Wandelweiser ?

Si Robert Johnson (pour ne citer que celui-là) n’avait pas existé, le guitariste (comme tant d’autres musiciens) donnerait-il dans l’abstraction et le silence, dans la note rare et suspendue ? Au contraire, chercherait-il l’accord parfait ou le détail révélé sous les effets du médiator qui fait d’une simple chanson un hymne irrésistible ? C’est-à-dire ce à quoi Michael Pisaro – « Melody, Silence is a collection of materials for solo guitarist written in 2011 » – a tourné le dos.

Les préoccupations du compositeur sont en effet autres (antienne reléguée, distance mélodique, fière indécision…), qui vont à merveille au guitariste classique. Cordes pincées et feedbacks valant bourdons, dissonances et « sonances » : autant de choses que le silence et la guitare se disputent, sur les recommandations de Pisaro (douze fragments à interpréter, voire à renverser, librement). Or, c’est la guitare qui l’emporte : à fils et non plus à cordes, elle avale les soupirs et les change en morceaux d’un horizon de trois-quarts d’heure. Aussi intelligent soit-il, l’art de Pisaro requérait un instrumentiste expert : et c'est Cristián Alvear qui a permis à Melody, Silence d’exister vraiment.

Michael Pisaro, Cristián Alvear : Melody, Silence (Potlatch)
Enregistrement : 1er juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Melody, Silence (for Solo Guitar)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

cristian alvear quatre pièces pour guitare et ondes sinusoïdales

A la guitare (classique, certes, mais amplifiée quand même), Alvear ajoute, pour l’occasion (interprétations de pièces signée Alvin Lucier, Ryoko Akama, Bruno Duplant et Santiago Astaburuaga) les ondes sinusoïdales. Sur un « bourdon Lucier », une note unique de guitare dérive et défausse, que la seconde plage multipliera et la troisième imposera enfin. Pour clore ce précis d’électroacoustique contemporain, Alvear interroge sa guitare (et non ses ondes) au point de la renier. Là où les bourdons n’avaient pas suffi, son approche parfait les effets d’intelligentes combinaisons opposant guitare et ondes et accouche d’une autre façon de faire impression.

Cristián Alvear Montecino : Quatre Pièces Pour Guitare & Ondes Sinusoïdales (Rhizome.S)
Edition : 2015.
CDR : 01/ On the Carpet of Leaves Illuminated by the Moon 02/ Line.ar.me 03/ Premières et dernières pensées (avant de s’endormir) 04/ Piezo de escucha III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>