Le son du grisli

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Gudrun Gut : Vogelmixe (Run United, 2016)

gudrun gut vogelmixe

J’aurais bien (avec plaisir même) fait escale à Berlin pour m’envoler avec Gudrun Gut pour un tour du monde. Les avions nous auraient trimballés dans les pays d’où proviennent les airs traditionnels qu’elle a remixés. D’un coucou à l’autre, j’en aurais sûrement appris sur Einstürzende Neubauten ou Malaria! (subtile moyen pour moi de vous rappeler qui est Gudrun), mais bon.

Non, pas de voyage, mis à part celui que j’ai fait en musique en écoutant le deuxième CD de Vogelmixe. Lesdites chansons (au nombre de huit) y sont présentées dans leur version originale, et elles m’ont permis de découvrir Trio Fado ou Ricardo, Rafael y Pedro (j’ai été moins emballé par les titres africains, pour ne rien dire du refrain allemand du groupe Heide).

DJ émérite (et même grande prêtresse radiophonique) Gut n’a bien sûr ni inventé le remixe, ni la house, ni le chill-out, ni la robotik… Rien de nouveau sous le ciel gris, alors, juste des relectures qui fleurent parfois le Marrs ou le Kraftwerk, avec un léger supplément d’âme expérimentale. Plaisant, donc, mais de loin. De Bruxelles, ça va. Tant qu’on ne me retire par mes galettes de Malaria!, tudo bem.



gudrun gut vogelmixe

Gudrun Gut : Vogelmixe
Run United
Edition : 2016.
2 CD : Vogelmixe. Gudrun Gut remixes Heimatlieder aus Deutschland Vol. 2

Pierre Cécile © Le son du grisli

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EMERGE, Don Vomp : Retention (Attenuation Circuit, 2014)

emerge don vomp retention

Certains font de la rétention d’eau, d’autres... d’instruments ! C’est en tout cas ce que nous prouve ce CD (tiré à trente copies) enregistré en concert en 2009 par EMERGE (qui sample en direct et a joué entre autres avec Kommissar Hjuler, If, Bwana, etc.) et Don Vomp (au violon électrique).

Attention, ne pas se l’imaginer « électrique », ce violon électrique… Car ce qu’on entend plutôt c’est de la déformation de timbre grâce au sample direct ou des loops de cordes en plus des drones qui courent en rond, des collages… Le tout sous une atmosphère mystérieuse qui conviendrait à la BO d’un film de série B (angoisse, suspense, surprise). Certes un peu long sur la fin, mais qui retient longtemps l’attention !



EMERGE, Don Vomp : Retention (Attenuation Circuit)
Edition : 2014.
CDR : 01/ Retention
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nicolas Wiese : Living Theory Without Anecdotes (Corvo, 2013)

nicolas wiese living theory without anecdotes

A l'index, il faudra ajouter une entrée sous le patronyme de Wiese : prénom, Nicolas. Toutefois pas dans le même tiroir que le bruyant John, parce qu'à l'efficiente perte d'audition Nicolas Wiese préfère l'ambient... “bizarre”.

La première face de ce vinyl jette toutes les cartes (et d'ailleurs : les meilleures) : de quoi joue N. Wiese ? Peu importe, car avec l'Ensemble Adapter ou Thorsten Soltau, il signe des morceaux d'une ambient... “bizarre” (donc) au noise confiné, aux instruments irrepérables (on y reconnaît bien des à cordes mais ils font l'effet de guitare jouet sur une molle électronique), aux voix d'outre-bombe discrètes mais envahissantes, mais néanmoins au balancement estival.

Avec Tom Rojo Poller, suit une collaboration audiovisuelle sans véritable intérêt, encore ambient, avec quelques effets parasites qui interviennent mais trop tard, avec une transparence qui ne doit surtout pas nous fair oublier que, seul ou presque, Nicolas Wiese a prouvé qu'il était l'homme d'une face et d'une seule, la première, la stupéfiante.

Nicolas Wiese : Living Theory Without Anecdotes (Corvo Records)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2013.
2 LP : LP1 : A1/ Due to Idle A2/ Subterfile A3/ Der Elefant Im Porzellankäfig – LP2 : B1/ El jardin revisitado
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bark! : Fume of Sighs (Psi, 2012) / Sult : Bark (Bug Incision, 2012)

bark fume os sighs le son du grisli

Si l'histoire du groupe s'enracine au début des années 90, c'est à la fin de cette décennie que Bark! a stabilisé son effectif et trouvé, au fil des disques publiés par Matchless et Psi, en « functioning like one big electronic rhythm section », son « groove » – je cite ici le livret fort détaillé de Phillip Marks (percussions).

Le trio que complètent Rex Casswell (guitare électrique) et Paul Obermayer (samples – on connaît ses accointances avec Richard Barrett, dans Furt ou l'Electro-Acoustic Ensemble d'Evan Parker) développe effectivement une dynamique particulière, manière de bounce atomisé, de réactivité sèche, articulée, ciselée, incisive, digne d'un flipper fracassé. Dans cette session d'octobre 2009, en studio londonien, à force de brisures, de rebonds et de cliquètements, la tension électrique s'accumule, jusqu'à ce que Bark!, enfin, craque et lâche, sporadiquement, quelques aboiements libérateurs et d'autant plus appréciés que, même à fort volume, l'intensité des échanges virevoltants avait pu lasser au long des cinquante minutes de ce disque.

Bark! : Fume of Sighs (Psi / Orkhêstra International)
CD : 01/ Romeo 02/ Zodiac 03/ Trampoline 04/ Fume of Sighs 05/ A Room Each 06/ What is it else? 07/ Crobes 08/ Morse Eyes 09/ The Theoretician 10/ Vexed, a Sea
Guillaume Tarche © Le son du grisli

sult bark bug incision le son du grisli

Certes ce Bark là – à qui il manque le point d’exclamation – n’est qu’un titre. Celui d’un disque de… Sult, association peu commune de deux contrebassistes (Tony Dryer et Guro Skumsnes Moe), d’un guitariste (Havard Skaset) et d’un percussionniste (Jakob Felix Heule) – Dryer et Heule, entendus déjà en Basshaters. En conséquence : un précis de gravitude dont nœuds, tensions, râles et décharges, font le gros du discours. Sept onomatopées en tout qui, persuasives presque toutes, forment un vocabulaire signifiant.

Sult : Bark (Bug Incision)
Edition : 2012.
CD : 01/ arkb 02/ bkra 03/ brak 04/ rabk 05/ krab 06/ rakb 07/ abrk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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RLW, Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype, 2013)

rlw srmeixner just like a flower when winter begins

Au départ, c’était un grand morceau sorti de deux plus petits de Ralf Wehowsky (P16.D4 et donc RLW) et Stephen Meixner (Contrastate et donc Srmeixner). Mais aujourd’hui, ce ne sont pas moins de dix morceaux différents, que les deux hommes ont fabriqué en rapprochant leur approche expérimentale de la plus grossière des musiques populaires.

Trois années à manipuler de balourdes chansons, à tricoter des sons bruts, à arranger des samples d’orchestres, des bouts de conversations & des incrustations de mille espèces… Dit comme ça, on pourrait se méfier de Just Like a Flower When Winter Begins. Or, les emprunts discographiques sont assez finement travaillés pour, dans les micro tubes de RLW et Srmeixner, donner naissance à une sorte de space ambient distrayante, parfois étonnante, en tout cas qu’on n’attendait pas là.

écoute le son du grisliRLW & Srmeixner
Just Like a Flower When Winter Begins (extraits)

RLW & Srmeixner : Just Like a Flower When Winter Begins (Monotype)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Blumen für den Prachtjungen 02/ Old Hearts Rejuvenated 03/ Gummidorf (Simply Happiness) 04/ The Man with the Sunglasses 05/ Alle (Everyone) 06/ Wishing to be Entertained 07/ Definition (Konsumation) 08/ Gummidorf 09/ Seligkeit 10/ Spaßbremse 11/ Definition (Degustation)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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The d. : D.A.F. (The d., 2009)

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Partie sonore d’un projet artistique global dont la seconde étape consistera en la production de sculptures en verre, The d. est issu de l’imagination, qu’on imagine foisonnante, de l’artiste visuelle française Nathalie Bles. Pour faire simple, le disque est basé sur l’idée même de l’isolement sensoriel et des sonorités fantômes, celles-là même qui permettaient à Charles Manson  d’échanger des messages en prison en vue de préparer des actions de guérilla.

Radicalement furieux – on adhère de tous ses pores ou on rejette de tous ses vaisseaux – D.A.F. (pour Donatien Alphonse François et oui, le marquis de Sade himself) fusionne samples bruyants, poésie vocale, field recordings et compositions originales au sein de deux continuums (Face A et Face B). A l’issue de l’éprouvant parcours qui trace un lien étrange entre le meurtrier de Sharon Tate et l’auteur de Justine ou les malheurs de la vertu, c’est peu dire qu’on est secoué comme mille pruniers plantés en plein épicentre du côté de Port-au-Prince...

The d. : D.A.F. (The d.)
Edition : 2009.
CD : 01/ Face A 02/ Face B
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Hildegard Kleeb, Pelayo Arrizabalaga : "am(vr)ee" (Everest, 2007)

kleeb pelayo

"am(vr)ee" est une suite improvisée par la pianiste Hildegard Kleeb et Pelayo Arrizabalaga, qui distribue et transforme ici des passages de disques enregistrés par d'autres que lui : John Coltrane et Yma Sumac, Duke Ellington et Markus Popp, Anthony Braxton et Wim Mertens, entre autres.

Fragile, le toucher de Kleeb ne peut retenir une chute de notes sur le drone lointain et grouillant du Prélude avant d'affirmer davantage face aux rales traînant d'un bestiaire inventé par Arrizabalaga. Après la confrontation, revenir à des plages plus intimes : évocation de Satie sur boucles et parasites, ou traces fines d'existence laissées par le piano pour seule opposition à des vents minuscules. A l'approche du grondement d'un autre souffle, Kleeb insiste sur une note, plaque un accord sous un écho léger, bientôt évanoui. Des disques d'Arrizabalaga, qu'aura-t-on retenu d'autre que leur statut de matériau noble et malléable à aller aux gestes délicats d'Hildegard Kleeb ?

Hildegard Kleeb, Pelayo Arrizabalaga : "am(vr)ee" (Everest)
Edition : 2007.
CD : 01/ Prelude 02/ Trio 03/ Plastik 04/ Martillo contra Aguja 05/ Satin 1 06/ Aguja contra martillo 07/ patina 08/ Descendendio en circulos 09/ Geometria poética 10/ prelude 231 11/ Josep Slap 12/ Conversaciones nocturnas 13/ Le gibet 14/ Granit 15/ Freedom 16/ Solsticio 17/ Mobile Futurista 18/ Satin 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kozo Inada : j[ ] (Sonoris, 2007)

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A partir de samples et de boucles extraits de disques de musique classique, Kozo Inada révèle j[ ], nouvel enregistrement à exposer ses intentions expérimentales et qui relance, par ailleurs, la production du label français Sonoris.

Après avoir imposé quelques dissonances, le travail d’Inada met lentement sur pieds un grand orchestre duquel pourront partir les nappes sonores porteuses de l’œuvre. Accumulées, celles-ci servent une ambient angoissée (j[1]), rêvent de fomenter d’autres symphonies - modernes, certes, mais rattachées encore à de plus anciennes, signées Wagner, Mahler ou Grieg -, ou donnent dans un minimalisme accompli à la suite de Terry Riley ou Philip Glass (j[3]). Convaincant sur toute la longueur de son ouvrage, Inada pousse l’élégance jusqu’à affecter la monochromie tandis qu’il réussi à accorder bruitisme et minimalisme sous les ors chaleureux d’un cadre harmonique ravissant. Distingué.

Kozo Inada : j[ ] (Sonoris)
Edition : 2007.
CD : 01/ j[1] 02/ j[2] 03/ j[3] 04/ j[4] 05/ j[5]
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Vernon & Burns: The Tune The Old Cow Died Of (Gagarin - 2005)

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Deux bidouilleurs écossais perdus parmi leurs bandes enregistrées donnent le change sur The Tune The Old Cow Died Of. Entre la pièce radiophonique et la composition de musique concrète, Vernon & Burns assemblent des fantaisies minuscules et offrent une bande sonore au non-sens.

Pour ce faire, le collage est encore la meilleure des techniques. S’amusant des faux départs et des plages sautillantes (Rhapsody In Rivets), accusant quelques samples de détournement d’idées (Zywiec), donnant dans l’insert de voix inédites (The Lady Moon Turns Sulky) ou incorporant à leurs artifices les enregistrements concrets d’une nature offerte (Nightspore, Rhapsody In Rivets), Vernon & Burns n’en finissent pas de tout transformer en matériau.

Sautant sur l’occasion de se livrer à quelques expériences indispensables – lorsqu’ils s’attèlent à capter, de l’extérieur d’une boîte de nuit, l’atmosphère avec laquelle doivent faire les refoulés : quelques graves brouillons d’Europop filtrant du paradis perdu liés aux sons des allées et venues d’une armée de déçus, le duo peut aussi mettre de côté la légèreté ambiante au profit de digressions martiales (The Piccadilly Wheepers) ou du relais d’un cri (The Unheimlich Manouevre).

Capable, ailleurs, de faire se rejoindre l’infime et l’infini, le duo passe de quelques pièces rythmiques minimales (Tantalising Twinkles, ou la célébration espérons-le alcoolisée du Sgt. Tennents Lonely Park Bench Band) aux fantasmes d’un voyage dans l’espace (The Lady Moon Turns Sulky). Toujours humblement, ceci dit, suivant l’usage d’éléments choisis pour leur originalité ou leur dérive possible. Afin de mieux réduire la musique au rang d’esthétique déjantée.

33 trs: A : 01/ Zywiec 02/ Rhapsody In Rivets 03/ Cubeskirl 04/ The Piccadilly Weepers 05/ Non-Members Night Out 06/ Serenity Showers - B : 01/ Tantalising Twinkles 02/ Nightspore 03/ Sgt. Tennents Lonely Park Bench Band 04/ Soft Nib 05/ The Lady Moon Turns Sulky 06/ The Unheimlich Manouevre 07/ Laughing Gravy

Vernon & Burns - The Tune The Old Cow Died Of - 2005 - Gagarin. Import.

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