Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Cahiers John ButcherInterview de Michael EspositoJazz à Part III
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Spoo : Freaks (Les Nourritures Terrestres, 2013)

spoo freaks

Spoo (Eric Vagnon, Nicolas Lelièvre, Eric Brochard) aime le bruit, la fureur, le danger. Après tout, Spoo est peut-être en colère.

Ces trois-là aiment la caresse du fouet, les cris et les gesticulations. On dira rock hardcore et on n’aura rien dit. Spoo est une machine de dérégulation massive. Chez eux, l’axe est le plus souvent répétitif. Il enfle jusqu’à sa perte. Et si le trio calme parfois le jeu, le temps d’une frêle respiration, il ne quitte jamais la brûlure ancestrale. Le socle est maintenant tribal, sauvage. En ce sens, il rappelle les meilleures heures de The Ex.

Le saxophoniste s’époumone à s’en faire péter les jugulaires comme disent les poètes. Le batteur martèle un tempo brutal. Le bassiste sature ses riffs, rejette toute douceur. Et ce sont nos tympans qui, plongés dans cette foudroyante apocalypse, demandent que cesse ce doux ballet. N’en doutons point : live, ça doit être pire.

EN ECOUTE >>> Freaks (extraits)

Spoo : Freaks (Les nourritures terrestres)
Edition : 2013.
LP / DL : 01/ A Random Insanity Continuum 02/ Spoodification 03/ Vampyre 04/ When u Put a Finger 05/ Technical Details 06/ A Permanent Failure 07/ Koo Koo Part 2 08/ Koo Koo Part 1
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Marteau rouge : Noir (Gaffer, 2012) / Jean-Marc Foussat : L'oiseau (Fou, 2012)

marteau rouge noir

C’est un peu toujours la même planète (ou est-ce peut-être une étoile noire ?) que l’on redécouvre quand on écoute un nouveau Marteau rouge (Jean-Marc Foussat, VCS 111 et voix, Jean-François Pauvros, guitares, Makoto Sato, batterie). A chaque fois, le trio enfonce des clous et fait du bruit, parfois beaucoup de bruit… mais à la fin, pourtant, la construction s’avère différente.

L’explication ? C’est que, certes, c’est toujours la même planète, mais à chaque fois peuplée d’autochtones différents. Cachés par les reliefs ou enfouis sous la terre, ils travaillent à un prog rock psyché free qui pourrait faire la bande-son d’un remake de la Guerre des Mondes qu’aurait signé David Cronenberg. La musique risquerait d’ailleurs d’être plus intense que le film : elle est parfois harassante et parfois bouleversante ; on revient donc de Noir harassés et bouleversés.

EN ECOUTE >>> Noir 03

Marteau rouge : Noir (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : Noir
Pierre Cécile © Le son du grisli

jean-marc foussat l'oiseau

L’oiseau est l’hommage de Jean-Marc Foussat à son fils Victor. Synthés, bandes, voix en faction... dézinguent vingt minutes durant un Kindertotenlieder ultra concret. Bien sûr, le CD est poignant, mais ses sonorités avilissent souvent sa musicalité. Alors, Foussat revient à la voix qu’il a perdue, à la voix qui l’habite, et l'écoute avec nous.

Jean-Marc Foussat : L’oiseau (Fou)
Edition : 2012.
CD : L’oiseau
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Haino, O’Rourke, Ambarchi : Now While It’s Still Warm... (Black Truffle, 2013) / Ambarchi : Audience of One (Touch, 2012)

haino ambarchi orourke now while its still warm

Au jeu des classements (top 50 ou pourquoi pas 500), on décernera au trio Haino / O’Rourke / Ambarchi (enregistré le 30 janvier 2012 au SuperDeluxe de Tokyo et accompagnés sur un titre par Charlemagne Palestine et Eiko Ishibashi) la plus passionnante intro entendue depuis des lustres. Le groupe s’est-il fixé pour but de donner dans l’expérimental grégorien ? Et pourquoi pas ? d’autant que le pari est réussi.

La voix d’Haino (qui joue aussi de la flûte en plus de la guitare qu’on lui connaît) et la (quasi) neutralité d’O’Rourke (à la basse) et Ambarchi (à la batterie, qu’il privilégie toujours sur Black Truffle), pour le moins inattendues, surprennent en effet. La poésie d’Haino, aussi sombre soit-elle, nous intrigue, nous caresse, avant de nous rompre quand il reprend la guitare et qu'Ambarchi frappe fort. C’est dire que ce à quoi on s’attendait dès le départ (une improv’rock musclée) finit bien par arriver : mais ce n’est pas non plus tout dire encore.

Parce que la seconde partie du CD (ou LP) arrive et avec elle un genre de post no-wave forcenée, follement nipponisée, chantante et dansante, à deux accords, puis un noise foutraque et foudroyant… Quelques semaines après la parution d’Imikuzushi (pas encore chroniqué ici, c’est qu’on ne peut pas tout faire), le trio Haino / O’Rourke / Ambarchi signe avec ce disque au titre long comme un manche de guitare une de ses plus belles réussites.

Keiji Haino, Jim O’Rourke, Oren Ambarchi : Now While It’s Still Warm Let Us Pour In All the Mystery (Black Truffle / Kompakt)
Enregistrement : 30 janvier 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Once Again  I Hear  the Beautiful Vertigo… Luring Us  to  ‘’Do Somethingn Somehow” 02/ Who Would Have Thought  This Callous  History  Would Become  My Skin  03/ Only the Winding  ‘’Why’’  Expressess  Anything  Clearly 04/ A New  Radiance  Springing Forth  From Inside the Light…
Pierre Cécile © Le son du grisli

oren ambarchi audience of one

De la pop chantée (Salt) à l’instrumental poppy (Fractured Mirror) mais aussi du minimalisme vaporeux (Passages), Audience of One déçoit par trois fois. Pourtant épaulé par d’excellents musiciens (comme James Rushford, Elizabeth Welsh, Eyvind Kang, Jessika Kenney), Ambarchi va jusqu’à commettre des fautes de goût (le son d’un rythme en boîte ou des arpèges soporifiques). Pour les rattraper, il faut compter sur la plus longue pièce, Knots : une demi-heure d’électricités ravivées par la batterie de Joe Talia dans l’esprit de Sagitarrian Domain. Ouf, Ambarchi sauvé des eaux (de mars, d’avril…) !

Oren Ambarchi : Audience of One (Touch)
Edition : 2012.
CD : 01/ Salt 02/ Knots 03/ Passage 04/ Fractured Mirror
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird, 2013)

ceramic dog your turn

-    Moins performant, Marc Ribot, sur ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Possible !

La raison serait une triple perte sèche : d’humour (alors que le trio que le guitariste forme avec Ches Smith et Shahzad Ismaily pensait en avoir un minimum), de repères (à force de multiplier les clins d’œil, d’Hendrix à T-Rex, et les resucées, de la pop indé sous-Morphine au power rock en passant par la reprise du Take 5 de Dave Brubeck) et surtout, surtout, de distance avec son sujet : la musique.

Car Ribot et ses comparses (que rejoignent à l’occasion Arto Lindsay à la guitare, Eszter Balint à la voix, Dan Willis au hautbois ou Keefus Ciancia aux samples) donnent l’impression de s’amuser entre eux sans vraiment chercher à lier contact avec nous. On e-bowe et on fuzze, on gimmicke à foison, on déroule du free solo au mètre ou on singe une musique exotique : rien n’y fait…

-    Dispensable ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Ôuch que oui !

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lies My Body Told Me 02/ Your Turn 03/ Masters of the Internet 04/ Ritual Slaughter 05/ Avanti Populo 06/ Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 07/ Bread and Roses 08/ Prayer 09/ Mr. Pants Goes to Hollywood 10/ The Kid is Back! 11/ Take 5 12/ We Are the Professionnals 13/ Special Snowflake
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Charbel Haber : It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende (Al Maslakh, 2012)

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Amateurs de guitare et de têtes de mort, l’auberge que tient Charbel Haber est faite pour vous. Seul (et contre tous), le guitariste libanais a faussé compagnie à ses Scrambled Eggs pour concocter sur deux jours It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende

A tel point inspiré par les trois nouvelles de La littérature nazie en Amérique de Roberto Bolaño, Haber a accouché de quatre pièces instrumentales. Leur minimalisme expérimental se cherche et se trouve souvent entre deux notes, débite des gimmicks qui se fondent dans des paysages nappés d’effets. Dans la veine d’un Glenn Branca sous héroïne (mou à en crever) quand ce n’est pas dans celle d’un Taylor Deupree foutriquement expérimental (sur Two Germans at the End of the Earth), Haber signe un beau disque de musique électrique ondulo-jubilatoire. 

Charbel Haber : It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende (Al Maslakh)
Enregistrement : 16 et 17 janvier 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Itinerant Heroes of the Fragility of Mirrors 02/ Wandering Women of Letters 03/ Two Germans at the End of the Earth 04/ Magicians, Mercenaries and Miserable Creatures
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Languages : Live at Vortex (Gaffer, 2012)

languages live at vortex

D’un pas décidé, Colin Webster (sax), Mark Holub (batterie) et Sheik Anorak (guitare) posent quelques conditions : penser la transe de façon stratégique, débloquer l’inutile et ne mener l’assaut qu’après avoir lentement infusée l’harmonie. En différant et ne solutionnant jamais le chaos qui rode et en insistant longuement sur un trait (libre improvisation, accords soyeux, étrange boléro électrique) Languages démine les codes convenus du genre.

Ainsi, le brutal ne sera jamais systématique et à la déconstruction le trio préférera toujours la solidification des chantiers. Soit pour Languages, le cabossé des drailles ancestrales plutôt que la vitesse limitée de nos mornes autoroutes.

Languages : Live at Vortex (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ Il fait chaud 02/ Languages 03/ Speeche 04/ The Last Vord
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds, 2012)

lean left live oto unsounds

Ainsi donc sont ici retranscrits les premiers sets donnés par Lean Left au Café Oto ces deux soirs de septembre 2011. On sait de The Ex les guitares brouillonnes – qui révèlent leurs charmes comme les visages frippés le font dans la ride profonde ou même la cicatrice –, empêchées donc nerveuses, interrompues souvent dans leur élan, et puis rudes autant que peut être sévère et implacable la frappe de Nilssen-Love.

Soit : le cadre idéal, pour Vandermark, qui invente en free tendu et passe de saxophone en clarinette excités par la dispute. Dans son dos, les guitares peuvent se chercher, tisser de concert une tapisserie de sons vengeurs ou inventer au contraire quelques atmosphères en latence qui, chargées en électricité, ne demandent qu'à entendre anches et peaux résonner. Le laisser-aller est de mise et convainc jusqu'au médiator : il faut écouter mais renvoyer aussi le matériau qui claque, et puis se laisser abattre par l'air qu'il a toujours de balayer d'un coup toute tentative de compromis.

Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds)
Enregistrement : 11 et 12 septembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Koevoet 02/ Drevel
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lean Left, Ab Baars, Steve Noble : Live at Café Oto (Kollaps, 2012)

lean left live at café oto

De deux soirs que passa Lean Left au Café Oto (11 et 12 septembre 2011), le label Kollaps a fait deux trente-trois tours – et même deux objets soignés : derrière le kraft découpé, trouver plusieurs pages de photographies en noir et blanc signées Andy Moor. Quatre faces reviennent donc sur les seconds sets de ces soirées – premiers sets publiés par Unsounds sur Live at Café Oto – à l'occasion desquels intervenaient deux invités : Ab Baars et Steve Noble.

Ainsi Baars permet-il au groupe d'équilibrer souffleurs et guitaristes : avec Ken Vandermark, le Hollandais s'oppose à la paire Andy Moor / Terrie Ex Hassels sous l'arbitrage (et les provocations) de Paal Nilssen-Love. L'espace est réduit et les musiciens jouent des épaules pour s'en extraire : phrases libertaires et tensions étouffées permettront d'abattre tous les murs – comprendre échelles de style et même de temps.

Avec Steve Noble, c'est forcément Nilssen-Love qui trouve un appui de taille : les guitares se font en conséquence agaçantes davantage et le saxophone plus virulent avant que la conversation n'engage Vandermark (son art du rebond incite ici à rebaptiser la formation : McLean Left, jeu de mot n'est pas coutume) et les batteurs dans un fantasque jeu de surenchère – voici les guitares torves faites catalyseurs de choix. Il est des abattages et des surenchères supérieures, nous disent ici Lean Left et ses deux invités.

Lean Left, Ab Baars : Live at Café Oto, Day One (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day One / Set Two / Part One B/ Day One / Set Two / Part Two

Lean Left, Steve Noble : Live at Café Oto, Day Two (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 12 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day Two / Set Two / Part One B/ Day Two / Set Two / Part Two
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Body/Head : Body/Head (Open Mouth, 2013)

kim gordon bill nace body head

Sur cassette à bande courte (Fractured Orgasm, Ecstatic Peace) et 45 tours (The Eyes, The Mouth / Night Of The Ocean, Ultra Eczema), Kim Gordon et Bill Nace ont inauguré la discographie de leur Body/Head. Le vinyle du même nom qui sort aujourd’hui, s’il a la taille d’un 33 tours, devra aussi tourner quarante-cinq fois par minute – ainsi est-il possible de supposer chez le duo un faible pour les distances réduites.

Celles-ci siéent d'ailleurs à leurs chansons défaites : corps (donc jambes) et tête comme réfléchissant à leur forme dans le même temps qu’ils les débitent, voici un vibrato grave éloignant une voix affamée de rengaines miniatures, des déflagrations et larsens emportant des mots prononcés à peine, des cris étouffés par des grilles d’ampli et puis cet expérimental indécis, qui fait le charme de l’ensemble. « Le propre du roman, c’est d’avoir pour forme son fond même », disait Maurice Blanchot. L’idée pourrait être appliquée à cette autre, que Body/Head se fait de la chanson.



Body/Head : Body/Head (Open Mouth)
Edition : 2013.
EP : A1/ Turn Me On A2/Be There Soon B1/ Take It Down B3/ Where Did You Go?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton, 2012)

Satanic Abandoned Rock & Roll Society Bloody Imagination

C’est bon, vous pouvez maintenant oublier Les Rallizes Dénudés et autres Acid Mothers Temple, car voici le Satanic Abandoned Rock & Roll Society. Guitares, synthés et processeurs, se livrent une bataille dérangée qu’a allumée une Bloody Imagination.

Les belligérants ont pour noms Tetuzi Akiyama (qui joue en plus de sa guitare de… l’épée de samouraï), Naoaki Miyamoto, Utah Kawasaki et Atsuhiro Ito. On ignore ce qui a mis le feu aux poudres mais après quelques coups de mitraillette, l’électricité claque et toute l’atmosphère tremble. Bienvenue dans un délire cosmique transcendantal où tous les sons sont permis (larsens, bruits de moteurs, sifflements, interjections, cris de douleurs, crachotteries en tous genres) et qui demande bientôt du renfort : vous, en l’occurrence, vous qui n’avez pas peur de grincer des dents ni des oreilles, lisez la vidéo de propagande ci-dessous (bien qu'elle mente un peu par sa douceur), et engagez-vous pour défendre une belle et noble cause, celle du satanic bordello !

Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 12 septembre 2004.Edition : 2012.
CD : 01/ Bloody Imagination
Pierre Cécile © Le son du grisli

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