Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Oneida, Rhys Chatham : What’s Your Sign? (Northern Spy, 2016)

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Ces dernières années, je dois bien avouer que Rhys Chatham a su m’intéresser à son sur-mimimalisme (post-minimalisme, vraiment ?) en fusion. Que ce soit seul (sur The Bern Project) ou presque (sur Outdoor Spell) ou avec d’autres minimalistes du genre Charlemagne Palestine (avec Youuu + Meee = Weeee). Vous imaginez comme ma curiosité a été piquée quand j’ai appris la publication de ce duo avec Oneida (suite à une rencontre sur scène voir ci-dessous au festival Ecstatic Music Festival de NYC) ans la très recommandable écurie Northern Spy.

De ce groupe-là, Oneida, je n’avais rien entendu depuis Rated O, puisque je l’avais peu goûté (tant de cohérence me surprend). Et bien la collaboration commence avec des guitares étranglées au médiator et dissonantes à souhait : un goût de no wave qui virerait garage avant de partir en vrille (Bad Brains) je-n’ai-pas-compris-pourquoi découpée à la serpe…

A peine remis de mes émotions, deux « Oneida Version » de Well Tuned Guitar et The Mabinogian qui font valser l’électrique fuzz avec le répétitif-déflagratif mais le meilleur n’est pas encore arrivé. Quelques accords au médiator et c’est A. Philip Randolph at Back Bay Station : c’est donc là que la collaboration emporte tout sur son passage, des flûtes, des vents, des bouts de batterie, et même la voix du chanteur dans une fantasia délirante. Hirsute oui mais : j’ai bien fait de faire confiance à Rhys Chatham et (même) de revenir à Oneida.

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Oneida, Rhys Chatham : What’s Your Sign?
Edition : 2016.
Northern Spy

CD : 01/ You Get Brighter 02/ Bas Brains 03/ Well Tuned Guitar (Oneida version) 04/ The Mabinogian (Oneida version) 05/ A. Philip Randolph at Back Bay Station 06/ Civil Weather
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mahjun : Mahjun (Souffle Continu, 2016)

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C’est en une seule fois que Souffle Continu réédite deux références Saravah enregistrées au début des années 1970 par Mahjun, « happy french band » emmené par le violoniste Jean-Louis Lefebvre, entendu plus tôt sur le même label auprès de Jacques Higelin. A Vivre la mort du vieux monde, première référence publiée du groupe (alors Maajun), succédaient donc ces deux collections de pastiches aux couleurs changeantes.

Sur le premier disque (1973), c’est encore une chanson de paysage dans lequel les intervenants jonglent avec les emprunts – le groupe explore (et même « exploite ») différents folklores français – au point de servir bientôt un trad psychédélique, certes, mais capable de revendications : ainsi quand dévisse le saxophone de Pierre Rigaud ou lorsque tournent les guitares électriques, c’est un vent frais qui souffle sur ces hommages amusés au terroir et dépose Mahjun aux portes d’un rock progressif de bamboche.

Sur le second disque (1974), l’expérience est identique mais le charme du groupe – naïf encore mais passé du pastiche au potache – fait sensiblement moins d’effet. De terreurs enfantines en folklores angoissés (bourrée, sonioù…), Mahjun hésite là entre une poésie grivoise et un lyrisme revendicatif qui trouve sa raison d’être (et donc son intérêt à être entendu) dans la seule déclamation. Suit quand même La ville pue, divagation de près d’un quart d’heure à laquelle se joignent les percussions de l’invité Nana Vasconcelos, dont Pierre Barouh produisit l’année précédente l’incontournable Africadeus.

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1973. Réédition : 2016.
LP : 01/ Le jus de la figue 02/ Les enfants sauvages 03/ Family Valse 04/ Shavi Ravi 05/ La déniche 06/ Chez Planos 07/ La guitare à Rigaud

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Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1974. Réédition : 2016.
LP : 01/ Fils à Colin-Maillard 02/ Denise 03/ Bourrée 04/ La ville pue 05/ Fin janvier
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jac Berrocal, Vincent Epplay & Jean-Noël Cognard à Nantes, le 14 octobre 2016

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A Nantes, la neuvième édition du festival de création radiophonique Sonor, organisé par Jet FM, offrait une carte blanche à Revue & Corrigée (dont l’aimable rédaction du son du grisli vous conseille la lecture, en commençant par le N°108) : le 14 octobre, dans la salle Micro de Stéréolux, ce furent DAN/GO (Barbara Dang à l’épinette et Raphaël Godeau à la mandoline) puis Fassbinder (autre duo, et convaincant, composé de Golem Mecanique & Poule Poutre). Après quoi, Jac Berrocal passait une tête, et même trois puisque l’accompagnaient sur scène Vincent Epplay et Jean-Noël Cognard.

Ce n’était donc pas Chico Hamilton qui excita le personnage à coups de fûts et de clochettes : « C’est l’heure ! Jac Berrocal… » annonce Cognard sur cet extrait de film (ouverture de Rock'n Roll Station) dont le noir & blanc s’est substitué aux couleurs fauves de la prestation. A genoux entre un « ambianceur » inventif et un batteur facétieux, Berrocal s’exprime dans un patois – à la manière des anciens curés de villages – peu commun, fait de bribes d’Artaud et de mots mangés crus, de souffles portés par l’écho, de signes insensés et de sourires entendus. Si la messe est noire, elle est aussi amusée – le poète qu’il est marrie dans un même geste et un même son et la nouvelle provocation et le dernier espoir. Quant au concert, il fut simplement flamboyant – voilà pour le rouge –, au sortir duquel Jac Berrocal, chapeau sur l'oeil, tente le coup : « Allez, on part faire l’Olympia ! » Faut-il craindre pour le monument historique ?

Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Vidéos : KGB070272

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Andrew Liles à Nantes, le 15 octobre 2016

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Les occasions sont rares d’entendre Andrew Liles jouer seul. Se comptant chaque année sur les doigts d’une main, ses performances solo tiennent quelque part de l’apparition. La dernière en date eut donc lieu à Nantes, dans le salon de musique du Lieu Unique, le 15 octobre 2016. Entre une table supportant quelques machines et un écran sur lequel défileront des images, l’homme se tenait debout. Pendant trois quarts d’heure, il allait donner à entendre de quoi sont faites ses préoccupations, puisque de préoccupations il s’agit.

En ouverture, c’est un kaléidoscope dont les motifs changent sur un air de Beatles converti en comptine – subtilement « déphasée », la relecture rappellera le remix (désormais étouffé) que Liles signa jadis de Tomorrow Never Knows. Après quoi sur l’écran des figures vont et viennent, attrapées aux premières heures de quelle ville nouvelle, que l’on soupçonne anglaise : centres commerciaux, parkings, aires de jeux… voient passer une humanité désincarnée dont Liles se charge de réécrire les bruits.

Plusieurs fois, la bande son (qui n’est pas « illustration ») marque le temps qui passe – comme le font les horloges de The Power Elite, l’une des dernières publications de Liles à laquelle préside ce couple de Blair défigurés, ou encore les références de la série « Through Time » que lui inspira la lecture de John von Neumann. Semblant courir après des fantômes, il peut répéter leur image, l’inverser, la déformer, l’accélérer aussi, au fil de séquences sonores qui révèlent et soignent des intérêts différents (ambient, pop, indus, lecture, rock, heavy metal…) – dont on peut se faire une idée sur la page Mixcloud du musicien.

Au massacre d’une nostalgie volontairement confuse succèderont des associations d’idées : c’est alors un déluge de girls et de guitars, d'anciennes vedettes télégéniques, de logos de groupes de hard et de symboles phalliques, et aussi la menace d’un visage sorti d'un film, L’Exorciste – qui nous renvoie, lui, à Monster, autre projet qui occupe beaucoup Andrew Liles. Par accumulation, le déferlement créé bientôt un monstre – une bête, même – qui reprend à son compte des sentences plus tôt affichées (« Life is an empty place » / « Life is empty ») et s’empare du corps de Julie Andrews / Maria von Trapp pour lui substituer celui d’une autre femme, nu et de mêmes proportions, et enfin pouvoir clamer : « Julie Andrews is Satan ».

D'une autre manière que Coltrane, Andrew Liles donne donc sa version personnelle de My Favorite Things : d’un retour aux origines de l’urbanisme sur dalles à ce renversement provocateur de l’ordre des choses, il réécrit ce qui l’inspire et expose un propos musical qui relativise jusqu’à sa propre importance – plusieurs fois sur l’écran, une éternelle question est posée : « Why? » A laquelle notre homme finit par répondre : « Because I can ». La pirouette est élégante, mais ne parvient pas à dissiper le mystère de son épatante performance. 

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Regler : regel #8 (metal) (At War With False Noise, 2016)

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Je baisse toujours le volume au minimum quand je lance un CD de Regler (Anders Bryngelsson & Mattin) et puis je l’augmente de seconde en seconde. C’est ma technique. Car on n’est jamais trop prudent d’autant que celui-ci stipule entre parenthèses : metal. Heavy ou Trash ou Black dans lequel le duo aurait bien aimé donner mais ce dont il se sentait incapable finalement…

Mais Regler, c’est aussi une façon de tester les limites (celles de la technique de Mattin & Bryngelsson comme celles de leurs auditeurs). Sur ces trois morceaux captés en concerts, j’imagine bien nos deux garçons profiter de la situation pour arriver quand même à leurs fins = en mettre plein les oreilles au public présent aux Instants Chavirés (10 décembre 2015), à L’étincelle d’Angers (11 décembre 2015) et au MKC de Skopje (12 décembre 2015) et non pas au KFC de Cholet où je les ai attendus pendant deux heures au moins.

Nous sommes donc en présence d’une mini tournée. Et aussi d’une batterie qui tape avec une vigueur qui n’a d’égale que sa persévérance et d’une guitare qui vrombit et vous paralyse presque sur le champ / soit sur la longueur soit en rafales d’appropriations (Locrian dit la capture d’écran d’un tweet) ou de cut-up. Allez-y, après ça, trouver les mots pour décrire le disque. J’ai à peine décollé ma deuxième oreille de l’enceinte que je ne me souviens plus de rien, si ce n’est que c’était fort… & fort bon.


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Regler : regel #8 (metal)
At War With False Noise
Edition : 2016.
CD : 01/ Heavy Metal 02/ Trash Metal 03/ Black Metal
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Merzbow, Keiji Haino, Balázs Pándi : An Untroublesome Defencelessness (RareNoise, 2016)

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Quand on est fatigué des trios guitare / basse / batterie, pourquoi ne pas essayer les trios guitare / électronique / batterie ? Et l’un des plus engageants (sur le papier tout du moins) en plus ? Alors BIM Keiji Haino / Merzbow / Balázs Pándi, captés l’année dernière à Tokyo.

Depuis ses débuts on a l’habitude d’entendre le batteur hongrois avec Merzbow en duo ou avec Merzbow et Mats Gustafsson en trio. S’il s’est déjà frotté à la guitare avec Joe Morris & Thurston Moore, il gravissait tout de même un échelon en imaginant la rencontre de son duo avec Merzbow et de Keiji Haino. Maintenant, puisqu’il était particulièrement attendu, An Untroublesome Defencelessness s’avère d’autant plus décevant.

D’abord parce que la batterie recouvre lourdement la guitare et l’électronique qui sont parfois poussifs de la première à la troisième partie du premier titre, Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters… Et si c’est bien mieux sur le deuxième morceau (en quatre parties), entre grosse batterie, ronronnements de guitare et cris gutturaux, c’est encore pas à la hauteur de nos attentes. Du réchauffé qui marche toujours, mais du réchauffé qui tourne en rond, donc du réchauffé malheureusement.

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Merzbow, Keiji Haino, Balázs Pándi : An Untroublesome Defencelessness
RareNoise
Enregistrement : 15 avril 2015. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part I) 02/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part II) 03/ Why Is The Courtesy Of The Prey Always Confused With The Courtesy Of The Hunters... (Part III) 04/     How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part I) 05/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part II) 06/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part III) 07/ How Differ The Instructions Of The Left From The Instructions Of The Right? (Part IV)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Rock In Opposition [2016] : Carmaux, du 16 au 18 septembre 2016

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RIO : Rock in Opposition – ma première visite, en cette 9e édition. L’intitulé de ce festival interpelle* : né à la fin des années 1970 (cela ne nous rajeunit guère), il regroupait quelques formations musicales européennes en marge  des structures de diffusion de l’époque. Pas uniquement musical, ce mouvement était aussi politico-économique… Le contexte de ce festival n’est évidemment plus le même – même si je doute que cet environnement se soit amélioré, bien qu’Internet puisse offrir d’autres structures de diffusion. La musique ? Globalement, à la lecture des programmes des années précédentes, et de celui de cette année, il y a certes des affinités, des convergences, un esprit hérité du mouvement né il y a 40 ans. Art Bears, Guigou Chenevier (l’année dernière avec Rêve Général), Art Zoyd, Présent, Chris Cutler (encore cette année !), Haco y ont été (ou y sont) présents. Des convergences plus proches que les programmes des dernières éditions du festival MIMI (si l’on réduit le terme à une approche  musicale au-delà des identités stylistiques variées : Samla n’était pas Macromassa, qui n’était pas Stormy Six, ni Univers Zéro…) plus ouvert vers certains autres univers musicaux.

RIO, ce fut aussi pour moi revoir des têtes côtoyées il y a plus de 25, 30 ans, entre journalistes italiens (hello  Alessandro!, hello Paolo!), anciens membres d’Intra-Musiques des années 1980, sans parler des musiciens qu’on a toutefois rencontrés plus souvent et plus récemment dans d’autres contextes. Le public ? Une moyenne d’âge assez élevée. On rencontre à la Maison de la Musique du Cap Découverte pas mal de quinquagénaires et de sexagénaires** (bref, ceux qui avaient entre 20 et 30 ans au moment de l’historique RIO…). Mais aussi, heureusement, des plus jeunes (peut-être particulièrement pour Magma, concert pour lequel il y eut un public plus fourni !). RIO, c’est aussi une audience cosmopolite. Alors que le public de MIMI est devenu de plus en plus local (Marseille et sa région, à près de 75%), ce Rock In Opposition attire des Polonais, des Russes, des Mexicains, beaucoup d’Italiens et d’Allemands, et ceci, hors d’une période estivale favorable à la transhumance. Les musiques entendues durant ce weekend de fin d’été (11 formations en 3 journées) alternaient (en les mêlant parfois) des tenants de la scène RIO historique et des pousses plus récentes, sinon plus jeunes.

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Vendredi 16 septembre

No Noise No Reduction : un trio de trois saxophones (deux basses, un baryton : Marc Démereau, Marc Maffiolo et Florian Nastorg) qui rappelle le quartet allemand Deep Schrott – des arrangements de thèmes destinés à combiner des sonorités particulières, forcément sombres, aux structures complexes mais aussi minimal (tel le troisème titre), intégrant, ici, RIO oblige, une reprise de This Heat (Horizontal Hold), utilisant parfois la voix. Peut-être la formation récente la plus intéressante, susceptible d’émarger dans d’autres contextes, davantage liés aux musiques plus improvisées.
Pixvae : ce groupe franco-colombien propose un ethno-tribal rock, un peu funky, intégrant des musiques colombiennes diverses, entre celles issues de la côte atlantique de la Colombie, afro-colombienne, ou celle rattachées davantage à la tradition amérindienne issue de la Colombie du Sud Pacifique (dont les rythmes furent distillés le cununo, sorte de bongo colombien servi par Jaime Salazar et les guasàs de deux chanteuses) et une assise rock assez sombre servie notamment par la guitare baryton de Damien Cluzel, et le sax baryton de Romain Dugelay), nourrie aux musiques savantes (Xenakis, Messiaen).
Haco & Nippon Eldorado Kabarett : j’ai toujours eu un attachement à la musique de Haco et d’After Dinner et revoir la musicienne japonaise près de 30 ans après son passage à la 2e édition de MIMI en 1987 fut une des raisons qui m’attirèrent en ce lieu. D’autant plus qu’elle y était accompagnée par des musiciens italiens, et particulièrement Giovanni Venosta, toujours inspirés par l’esprit RIO**, à l’origine de ce projet visant à relire une musique japonaise plus ou moins dadaïste, nourrie d’after-rock, de folk que pratiquaient alors After Dinner, Wha Ha Ha ou le Haniwa All Stars. Un moment musical délicieux, où l’on notait plus particulièrement la capacité d’adaptation de la voix de la chanteuse italienne aux divers types de chant nippon.  

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Samedi 17 septembre

Cicala Mvta (cigale muette) : une formation de  sept musicien(ne)s (percussion/koto, clarinette, trompette, sax, tuba, batterie, guitare) proposa d’emblée en ouverture une sorte de fanfare / musique de rue japonaise, mais intégrant des apports musicaux occidentaux chers à son leader et saxophoniste Wataru Ohkuma (il a écouté, au-delà du post punk britannique, Faust, Henry Cow, Soft Machine, EFL, Magma, jazz d’avant-garde) et rythmée par la batterie de Tatsuya Yoshida (Ruins, duo avec Pinhas…), le ching-dong (sorte de batterie portative pour musique de rue) de Miwazo Kogure. La construction des pièces, assez hybrides, privilégie par moment l’aspect fanfare (telles l’entrée et la sortie de scène !) mais bénéficie souvent d’arrangements plus complexes qui intégrèrent même, un cours moment, des sonorités à la Residents. Un moment à la fois ambitieux et festif.
Jump for Joy! : ce fut, d’après une auditrice, une vision du chaos. La formation l’assume. Du moins dans une de ses facettes, celle qui est proche du dilettantisme exubérant qualifié de théatralo-bruitiste (dixit Jean-Hervé Péron, concernant Zappi Diermaier, voire Geoff Leigh). Une facette confrontée à une musique plus ciselée, précise et virtuose (dont Chris Cutler, Yumi Nara et Géraldine Swayne seraient les titulaires). Dichotomie que l’on retrouve entre les deux batteurs (Zappi, Chris), les deux claviers (le piano, parfois préparé et l’orgue), dans le jeu de Geoff Leigh, sorte de ludion aux effets électroniques et aux vents, voire dans celui de Jean-Hervé Péron. Ce fut un moment intense et prometteur, attendu ardemment et davantage que celui qui allait suivre, du fait de ses tournées régulièrement programmées sur toutes les scènes françaises. A savoir...
Magma : proposant deux longs sets (Theusz Hamtaahk, MDK) : le premier péchait pendant un instant d’une approche trop brouillonne (la guitare surtout mais aussi le son d’ensemble avant de continuer et s’achever dans une prestation bien huilée), le second parfait, incluant une digression vocale du sieur Christian Vander. On peut toutefois souhaiter un renouvellement du répertoire, et non seulement une relecture de quelques pièces d’anthologie par un line-up renouvelé autour de Vander. Et pourtant on ne peut s’empêcher d’y adhérer…
Richard Pinhas : ici accompagné d’un jeune batteur, Arthur Narcy (qu’il côtoie depuis deux ans !), fut égal à lui-même. Véhiculée par le rythme haletant voire incandescent de la batterie, la musique du guitariste / électronicien imposa ses fresques envoutantes nourries de delay, de guitare aérienne.

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Dimanche 18 septembre

Moins nombreux que la veille, le public m’a paru un peu plus jeune, notamment pour...
Uz Jsme Doma : avec cette formation tchèque, que je suis depuis son deuxième enregistrement en 1991 (Nemilovany Svet, et son parfum Etron Fou Leloublan), j’ai toujours le même problème : les concerts apparaissent trop basiques (trop rock peut-être ?) : guitare / basse / batterie. Et parfois proche de la saturation sonore, occultant ainsi les nuances. Il y a toutefois la trompette, (troquée un instant contre une flûte) qui apporte une coloration autre, mais sans atteindre la diversité de la palette sonore des enregistrements studio (souvent une dizaine d’invités). Enfin  on ne peut pas dire qu’ils n’assurent pas, nos quatre compères !
Apollonius Abraham Schwarz : un trio helvète guitare / basse / sax aux accents free, à la sonorité sombre et tellurique, au discours parfois déstructuré et tourmenté à souhait, quoiqu’un peu bavard ! Intéressant. Une musique qui peut s’inscrire à la fois dans l’esthétique RIO, facette Univers Zero & Co, et dans les musiques improvisées. A suivre, notamment à travers un enregistrement programmé pour novembre.
Upsilon Acrux : ce sont des musiciens originaires de Los Angeles, avec notamment des Américains d’origine japonaise. Au centre de la scène, deux batteurs, à ses extrémités deux guitaristes, un claviériste se glissant presque subrepticement. La musique ? Du métal progressif (?), un déluge de sons saturés d’effets fuzz, de distorsions (on pense à certaines outrances sonores de Keiji Haino !) boostés par la frappe des deux batteurs. Cela pouvait être pénible, cela pouvait aussi amener à la transe !  
Half the Sky : sans doute le concert le plus attendu. Celui du bonheur, celui de l’émotion. Avec une fidélité certaine à la musique de Lindsay Cooper. Certes, il y avait Chris Cutler, également Dagmar Krause, comme garantie. Cette fidélité à l’esprit de la défunte bassoniste fut la volonté de l’ensemble de la formation, à travers les arrangements (en partie réalisés en amont par Zeena Parkins, absente !). Aux côtés des anciens partenaires de Lindsay officiaient Yumi Nara (claviers), la britannique Chlöe Herington (basson, mélodica, saxophone soprano), et trois des musiciens de Cicala Mvta (koto, ching-dong, saxophone alto, clarinette, basse). Le concert qui justifiait à lui seul le déplacement dans le Sud-Ouest. Nostalgie ? Oui, et je le revendique.

Bref, pour mon premier RIO tarnais, je suis venu, j’ai vu (et écouté) et j’ai été convaincu.

Pierre Durr (textes & photos) © Le son du grisli

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 * plus ou moins contesté par Ferdinand Richard, membre d’Etron Fou Leloublan, groupe qui fit partie de ce mouvement.
** c’est aussi le cas au festival de musiques contemporaines Musica de Strasbourg, mais sans les t-shirts Faust, Gong, Magma, etc.
*** comme en témoigne l’Altrock Chamber Quartet « sonata islands goes RIO » ALTROCK ALT028 – 2012

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Murmurists : I Am You, Dragging Halo (Zoharum, 2016)

murmurists i am you dragging halo

Derrière (au-dessus de ?) ces voix murmureuses (Pixyblink, Bryan Lewis Saunders, Annie Dee, Anton Mobin…) et ces musiciens au « la 440 » tordu (Paulo Chagas, Mark Browne, Annie Dee encore, Thomas Fernier…) il y a la main d’Anthony Donovan, un multi-instrumentiste qui en a vu d’autres (de multi-instrumentistes) d’autant qu’il lui a fallu deux ans pour nous conter I Am You, Dragging Halo.

Une drôle d’histoire que cette pièce de poésie sonore sur accompagnement d’abstract-noise. Bizarroïde ne pourrait pas dire comme cette pièce est bizzaroïde, au point que même les sons sont méconnaissables ; une abstract-psyché virant noise à vous percer le tympan, un rock-ambient dont les guitares répétitives crachent tout à coup du métal, des collages distroy en phase de reconstruction… C’est un peu tout ça, I Am You, Dragging Halo… Et d’autres choses encore. Même si derrière (ou au-dessus de) ces choses, c'est toujours et surtout... Anthony Donovan.



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Murmurists : I Am You, Dragging Halo
Zoharum
Enregistrement : 2012-2014. Edition : 2016.
CD : 01/ I Am You, Dragging Halo
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Richard Pinhas, John Livengood : Cyborg Sally (Souffle Continu, 2016)

richard pinhas john livengood cyborg sally

Il est fou, voire surnaturel, de constater combien les vieux délires programmatiques de Richard Pinhas font encore effet de nos jours. Après les rééditions Heldon, c’est au tour de son Cyborg Sally, enregistré avec John Livengood (clavier qui a joué dans Red Noise & Heldon), de le prouver – mention spéciale au Souffle Continu pour les efforts de réédition et à Stefan Thanneur pour cette magnifique double pochette de vinyle alors que le disque original était sorti sur CD.

Quand je dis « vieux », ce n’est pas aussi « vieux » qu’Heldon, of course… Inspirés par l’écrivain de SF Norman Spinrad et son Rock Machine, c’est entre 1992 et 1994 que Pinhas (electronics, guitars) & Livengood (electronics, sampling, digital process) ont accouché de ces onze morceaux intemporels. Et ça ne se sent pas, car les hallucinantes danses célestes, les chansons-cyborg, les morceaux d’ambient sur delay, les extraits d’opéra cosmique (référence à Wag) et les musiques de manèges intergalactiques de cette galette ont gardé une fraîcheur et une qualité qui surpassent même celles des plus récentes rencontres de Pinhas avec Oren Ambarchi ou Yoshida Tatsuya… Allez comprendre : c’est maintenant dans les vieux CD qu’on fait les meilleurs vinyles ?

cyborg sally

Richard Pinhas, John Livengood : Cyborg Sally
Souffle Continu
Enregistrement : 1992-1994. Réédition : 2016.
2 LP : A1 Intro : Hyperion A2/ Cyborg Sally A3/ Derita (toward a creepy afternnon) – B1/ Rock Machine : Red Ripe Anarchy B2/ Gilles Deleuze : Beyond Hyperion – C1/ Nuke (the ultimate « interface » interstellar part) C2/ Moira C3/ Wag (variation sur les quatre notes fondatrices de Parsifal) – D1/ Tales from Hyperion D2/ Ritournelle D3/ …
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Norman Westberg : MRI (Room40, 2016) / The All Most Quiet (Hallow Ground, 2016)

norman westberg mri the all most quiet

Révéré pour son intense activité dans Swans, Norman Westberg tâte aussi de la guitare en solo. Dans un tout autre genre, ou presque, si l’on en croit les deux disques (CD & LP) qu’il sort ces temps-ci : MRI sur le Room40 de Lawrence English et The All Most Quiet sur Hallow Ground.

On aurait tort de voir dans cette échappée belle (car oui elle est bien belle cette échappée) une foucade qui prendrait le prétexte d’un trémolo-drone (c’est comme ça que commence MRI) pour amasser de l’instrument loin des commandements de M. Gira. Non, ce n’est pas si simple que ça, comme ne sont pas si simples malgré les apparences le minimalisme de Steve Reich ou les couches de guitares de Glenn Branca.

Car les cordes électriques bouclées sur delay / chorus de Westberg ont le volume qui défaille (ou même qui déraille). Car elles crachotent des surnotes diaphanes. Car leurs triades répétées se rapprochent puis s’éloignent à la barbe de toute bienséance hipstérienne. Car leur apparence (même) n’arrête pas de changer. A tel point qu’on ne pourrait pas dire que les solos de Westberg sont la face cachée-honteuse des lourds morceaux de Swans. Non. Ils sont plutôt un coup de canif dans le contrat. Dont l’entaille laisse passer la lumière.

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Norman Westberg : MRI
Room40
CD : 01/ MRI 02/ 410 Stairs 03/ Lost Mine
Enregistrement : 2012-2015. Edition : 2016.

 

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Norman Westberg : The All Most Quiet
Hallow Ground
LP : A/ The All Most Quiet – B/ Sound 2
Edition : 2016.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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