Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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If, Bwana : Red One (Pogus, 2013)

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A qui ignorerait tout des performances dont est capable Al Margolis à la trompette-jouet, nous conseillerons l’écoute de Red One. Aux autres, la même chose.

Parce que l’homme d’If, Bwana convoque là quelques instruments « classiques » pour en détourner non seulement les usages, mais le son même. Ainsi avec Nate Wooley Margolis travaille-t-il à quelques rumeurs circulaires (Toys for Al) ; avec Ellen Band multiplie-t-il les vocalises échappant à tout entendement humain (Ellen, Banned) ; avec Leslie Ross confectionne-t-il une mille-feuilles de basson (It Is Bassoon).

Mais la nouveauté de Red One ne réside pas dans ces trois réussites – et encore moins dans ce trio, conventionnel, que Margolis forme avec Lisa B. Kelley et la flûtiste Veronika Vitàzkovà (Lisa Verabbit). C’est en Xylo 2 (enregistré avec la tromboniste Monique Buzzarté) et en Toys for Nate que Margolis trahit un intérêt pour la distance, voire le silence, qui rehausse ses travaux de re-recording.

Parmi les références de l’imposante discographie d’If, Bwana, « la rouge » saura donc se faire entendre. 

If, Bwana : Red One (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Toys for Al 02/ Ellen, Banned 03/ Xylo 2 04/ It Is Bassoon 05/ Lisa Verabbit 06/ Toys for Nate
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Günther Rabl: Werk II, 1976 (Canto Crudo - 2000)

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En 1976, Günther Rabl se cantonnait aux possibilités de sa contrebasse et de percussions, en solo ou aux côtés des musiciens Xavier Breton et Renate Porstendorfer.

Elaborée en trio, Eingtlich Soitma part sur un gimmick de contrebasse, renforcé bientôt par les trouvailles de Breton (au sanza) et de Porstendorfer (usant, elle, d’objets du quotidien), pour instituer un climat proche de celui que John Lurie peindra plus tard sur African Swim. Plus loin, Rabl et Porstendorfer emmêlent les phrases d’un grand archet compulsif aux inserts de voix trafiquées d’un prêcheur convaincu (Funny B.A.).

Seul, le contrebassiste opte pour le re-recording, dans le but de mieux défendre une pièce répétitive et dissonante (Zum Henker), une impression orientale plus mélodique (Syntax der Seefahrer), ou une composition qui pourrait être celle d’un Morricone ayant versé dans l’expérimental (Polka für Unpaarhufer), avant de donner à entendre, pour conclure, une symphonie pour deux contrebasses échafaudée selon le bon vouloir de changements de tons et de digressions grinçantes (Sinfonie für Zwei Bässe).

Plus facile d’accès que le premier volume des œuvres complètes de Rabl, Werke 2 informe sur les intentions acoustiques du musicien, gérées aux côtés de tentations électroniques alambiquées, et donc beaucoup plus expérimentales.

CD: 01/ Eingtlich Soitma 02/ Zum Henker 03/ Syntax der Seefahrer 04/ Funny B.A. 05/ Merry X-ray 06/ Polka für Unpaarhufer 07/ Sinfonie für Zwei Bässe

Günther Rabl - Werk II, 1976 - 2000 - Canto Crudo.

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Jacques Coursil: Minimal Brass (Tzadik - 2005)

coursilbrassgrisliDepuis la sortie de The Way Ahead (1969) - son second album en tant que leader -, le trompettiste Jacques Coursil s’était retiré. Non pas du monde, mais de la musique que l’on enregistre, et à qui il préféra l’enseignement de la linguistique. Puisque 35 ans d’absence n’ont pas réussi à effacer l’empreinte d’un free jazzman cérébral et imposant, la raison du retour de Jacques Coursil est à chercher ailleurs.

Ailleurs, et autrement. Il semblerait que le temps nécessaire à la reprise du souffle aura permis l’apaisement de celui qui s’est livré tout entier à une longue réflexion. Libéré des ambitions de musicien iconoclaste pour les avoir menées à bien, Coursil signe aujourd’hui Minimal Brass, tout à la fois enregistrement solo que la méthode du re-recording dote de tentacules, et faire-part de renaissance produit par John Zorn.

Sous le signe du cercle et des cycles, la trompette, multipliée jusqu’à douze fois, répète des harmoniques, enjoint les timbres à l’interférence, ou explore la palette de son grain sur un développement sériel institué musique des origines (First Fanfare). Elaboration de strates sonores, dans lesquelles Coursil enfouit un Sketch of Spain réinventé par John Adams, et qu’il aimerait bien voir fossiliser.


Faisant écho à des bribes de musique contrapunctique disséminées avant et après elle, Second Fanfare suspend quelques notes sur des schémas mélodiques joués à l’unisson. Alors, le trompettiste invente une soul contemplative, donne son point de vue impressionniste sur le déroulement des choses. Quelques dissonances finales livrent de nouvelles intentions.

Celles de Last Fanfare, en définitive, qui se refusent à faire taire la tension sous-jacente. Tirant bénéfice de la technique de la respiration circulaire, le musicien décide de mises en abîme pastel, et accueille les échappées mélodiques de solos optimistes sur des bourdonnements linéaires et délicats. Soit, pour Jacques Coursil, un retour des limbes étrange mais réussi : le mystère des vapeurs investissant le domaine musical, l’investissement des cycles pour toute incarnation.

CD: 01/ First Fanfare 02/ Second Fanfare 03/ Last Fanfare

Jacques Coursil - Minimal Brass - 2005 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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