Solo Andata : s/t (12k, 2009)

Compatriote du très estimable Lawrence English, le duo Solo Andata trace un aller simple entre les opposés de notre monde sur son second effort. Tissant des liens entre terre et eau, mouvement et statisme ou fraîcheur et chaleur, le duo australien exploite les armes secrètes de l’ambient en une démarche poétique d’une belle subtilité impressionniste.
Le voyage prend forme à bord d’un bateau dans le froid d’une nuit arctique (Ablation) pour s’achever en piéton dans la chaleur sauvage de Woods, Flesh, Bone. Au fil du parcours, qu’une déclinaison néo-classique digne de Max Richter expose l’humidité glaçante des embruns obscurcis du grand Nord exprime un immense potentiel esthétique ou qu’une vision de la nuit aquatique développe une sérénité apaisante, les très belles sonorités de l’opus baignent dans un éther riche de sens. Au fur et à mesure, la température s’élève – c’est étonnant à quel point les deux Aussies parviennent à rendre physique la sensation, elle est non dénuée d’un mysticisme païen qui nous ramène au plus près des éléments. Au départ d’une guitare, d’un piano, d’un violoncelle ou de la résonance naturelle de matériaux organiques, les Solo Andata invitent à l’admiration du monde et c’est mille fois plus passionnant que douze albums photos de Yann Arthus-Bertrand réunis.
Solo Andata : s/t (12K / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Ablation 02/ Hydraulic Fluctuations 03/ Canal Rocks 04/ Beyond This Window 05/ In The Light Storming 06/ Look For More Here 07/ Loom 08/ Woods Flesh Bone
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli
The Necks : Drive By (Rer, 2003)

Hey mon ami ! Tu es en voyage ? Tu cherches comment dormir n’importe où ? Very simple ! Ecoute The Necks ! Tu mets ton casque, tu t’affales tranquille, tu glisses le disque Drive By. Ok ? C’est peut-être un des meilleurs albums de ce surprenant trio australien. Dès le début je kiffe. As de la variation : c’est lent comme quand tu roules à 180 km/h sur l’autoroute A4 juste dans la descente avant la sortie Fresnes-en-Woëvre dans le sens Paris /Strasbourg.
Chris Abrahams (piano), Tony Buck (drums), and Lloyd Swanton (bass) forment cet orchestre. Jamais pareil, pourtant un peu semblable, tout bouge, tout reste, comment dire ce qui les animent ? Une transe du tympan ? Le son fait vibrer les mêmes terminaisons, excite les mêmes molécules de viande... Je sais pas comment ça marche, mais on sent bien que le chemin parcouru se répète sans jamais s’imiter et toi tu décolles doucement mais sûrement, le son fait son effet, drogue légal, toujours pas interdite en France, étonnant...Profitons en encore tant qu’il est temps.
La musique de ce trio australien, m’a beaucoup servi ... Et oui, ça sert la musique ! Elle m’a aidé à dormir, à me réveiller, à regarder la nature, à imaginer, à rouler, bref, c’est comme qui dirait platement mais sûrement un terreau fertile... Alors pour cette revue j’ai réécouté Aquatic / Drive By / Mosquito / See Through, que du bon... Y a un site web sur lequel tu trouves tout ! Bonne écoute ! Au fait, le dernier est sorti y a peu, pas encore écouté... Silverwater. Affalons-nous !
The Necks : Drive By (Rer)
Edition : 2003.
CD : 01/ Drive By
Xavier Charles © Le son du grisli

Xavier Charles est clarinettiste. Entendu mercredi à Stockholm auprès de John Butcher et Axel Dörner, il entame ce soir une tournée avec Dans les arbres : Nantes (Pannonica ce soir), Tours (Festival Total Meeting le 5), Berne (Dampfzentrale le 8), Genève (Cave 12 le 9), Oslo (le 10) et Hamburgsund (le 12).
Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik, 2009)

Il est arrivé qu’on loue les talents d’instrumentiste de Jessica Pavone (avec Anthony Braxton), sa fantaisie inspirante (avec Mary Halvorson) et son iconoclasme (seule). Et puis, sur Tzadik : plus rien.
Ou presque : une suite de mélodies simplistes défendues par une section de cordes (Toomai String Quintet) qui, lorsqu’elle parvient à s’entendre, donne l’impression d’être plutôt postée derrière quatre claviers électriques de milieu de gamme (dans tous les sens du terme). Une musique de chambre pop et pompeuse, un folk donnant dans le précieux et surtout l’inutile (Pavone à l’opposée de son modèle du jour : Songs of Love and Hate de Leonard Cohen), une musique d’ennui diffusée en intérieur petit-bourgeois du presque-centre de Dimancheville. Non plus, donc, « chansons de solitude », puisque la déception s’est toujours partagée et que celle-ci est assez grande pour accueillir du monde.
Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Here and Now, Then and Gone 02/ Darling Options 03/ Once Again 04/ There’s No Way to Say 05/ Housework 06/ It’s Come to This 07/ Ruala 08/ Waiting Room 09/ Wednesday’s Rules 10/ The Harbinger 11/ Hope Dawson is Missing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Dokaka : Human Interface (DualpLOVER, 2009)

Sur un premier album (à rallonge) qu’il est plus sain d’écouter en plusieurs fois, Dokaka poursuit dans la chanson surtout pas comme les autres : reprenant hier des morceaux de Led Zeppelin ou des Rolling Stones ou répondant à l’invitation de Björk sur l’enregistrement de Medúlla, il fait exploser sur Human Interface tous les présupposés et tous les fondamentaux.
En humand beatbox pas comme les autres non plus, le Japonais overdubbe à loisir (et même souvent plus que de raison) et fabrique une musique délirante influencée par toutes sortes de variétés (pop, hip hop, soul, funk, génériques télé, intermèdes) dont l’efficacité trouve sa force dans le caractère ludique de ses expérimentations. Tour à tour incongru, fou, naïf ou excessif, Dokaka relativise ses anecdotes instrumentales avec une fureur contagieuse et enivrante. En DJ de bouche et sans disque aucun, il met à chaque fois le feu à ses plagiats plus ou moins volontaires et sa folie suffit à faire qu’on le recommande.
Dokaka : Human Interface (DualpLOVER)
Edition : 2009
CD : 01-88/ Human Interface
Pierre Cécile © Le son du grisli
Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design, 2009

Afin de travailler à son nouveau disque, Cory Allen dit avoir adopté une approche « post-structuraliste », citant en référence le travail de l’artiste Robert Irwin, peintre expressionniste abstrait qui optera ensuite pour l'installation.
Si l’on veut filer la métaphore, l’écoute d’Hearing Is Forgetting the Name of the Things One Hears, d’aspects minimaliste et organique, ferait plus encore penser à l’œuvre de Vasarely puisque quelque chose a bien ici à voir avec les arts visuels : les bulles sonores que Cory Allen dispose tout autour de lui par gouttes infimes qui s’engendrent et se répercutent donnent en effet de beaux reliefs à l'enregistrement.
En sus, le jeune homme ne ménage pas sa peine pour ce qui est de la qualité du son, qui est d’une pureté remarquable et transmue ce qui n’aurait pu être qu’un disque de pop électronique de plus en une plage d’enchantement patiemment dilué. Minimaliste et organique, vous disait-on. [Extraits en écoute]
Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears
Pierre Cécile © Le son du grisli
Robert Wyatt : Radio Experiment Rome, February 1981 (Tracce, 2009)

En 1981, pour répondre à une carte blanche que lui offrait la radio italienne, Robert Wyatt revoyait ses manières expérimentales de faire : Radio Experiment Rome, February 1981, de faire aujourd’hui état de ses tentatives.
A force d’éclats de voix rivalisant de présence avec un piano ou une guimbarde (aux possibilités sonores élargies par quels traitements), Wyatt construit ici un minimalisme pop entêtant, qui tire sa substance rare d’extraits rapportés d’autres documents radiophoniques ou d’expérimentations ludiques (douceur de la révolution culturelle, dit la voix maltraitée de Revolution Without ‘’R’’ sur d’implacables percussions mises en boucles).
Mais l’exercice est un peu long et voici que la pop en décalage se transforme en à-peu-près sonore, voire mélodique (Born Again Cretin, L’Albero Degli Zoccoli) : suspecter alors le manque d’inspiration, ou encore une facilité de passage prônant le remplissage prêt à donner le change. En conséquence, Radio Experiment vacille, et malgré la poésie singulière (les mots et leur mise en formes) de Robert Wyatt, ne vaut guère davantage que son statut de document.
Robert Wyatt : Radio Experiment Rome February 1981 (Tracce / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1981. Edition : 2009.
CD : 01/ Opium War 02/ Heaven Have No Souls 03/ L’Albero Degli Zoccoli 04/ Holy War 05/ Revolution Without “R” 06/ Billy’s Bounce 07/ Born Again Cretin 08/ Prove Sparse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound, 2009)

Sur le front désormais bien peuplé du néo-krautrock ou de la post-no-wave, les trois Japonaises de Nisennenmondai occupent d’ores et déjà une place de choix, conquise à la force du poignet – et de l’archet.
Oui, mieux vaut prévenir d’emblée les tympans douillets : toute en brisures harmoniques et tressautements rythmiques, la musique de ces (dé)bridées demoiselles frappe et grince sans répit. Un aperçu particulièrement détonant, et convaincant, du potentiel des Nissenenmondai est offert dès le morceau d’ouverture de Destination Tokyo, leur premier album distribué en Europe par l’excellente maison norvégienne Smalltown Supersound. Irrésistible incitation à la danse et/ou à la transe, ce long coup de fouet instrumental, aux stridences électrisantes, constitue une parfaite mise à feu. Le reste de l’album est au diapason, Sayaka Himeno (batterie), Masako Takada (guitare) et Yuri Zaikawa (basse) mobilisant leurs énergies motrices avec une fougue palpable et une précision remarquable. Ainsi, canalisée au mieux, leur musique parvient-elle à dépasser ses influences (Neu, Sonic Youth, Theoretical Girls, pour citer les plus évidentes) et à gagner son indépendance – une indépendance d’une intraitable virulence. Quand, avec le morceau éponyme, s’achève Destination Tokyo, s’impose le constat d’avoir accompli un parcours sans temps mort et d’avoir découvert un groupe à suivre de très près.
Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound / Differ-ant)
Edition : 2009
CD : 01/ Souzousuru Neji 02/ Disco 03/ Miraabouru 04/ Mirrorball 05/ Destination Tokyo
Jérôme Provençal © Le son du grisli
Paranoia Birthday : Il ne restera / Hesta (Young Girls, 2008)

Emanation personnelle du fondateur du label bruxellois Young Girls Records, hébergeur de talent d’artistes inclassables parmi lesquels le farouchement indépendant Maurizio Bianchi et sa très recommandable Dekadenz, Paranoia Birthday nous présente au format CD-R ultra-limité (50 copies chacune) deux œuvres éditées par FF HHH, autre maison belge dans les marges (et pas qu’un peu).
Le premier EP deux titres Il Ne Restera est tout particulièrement intéressant, en dépit de son champ d’action fréquenté par l’incroyable Jim O’Rourke sur son magnifique I’m Happy, tout récemment réédité. Tournant sur d’obsédantes boucles à l’orgue qui virent de plus en plus à l’orage (sans qu’il ne craque jamais), Ni L’Amour prend tout son sens quand on l’écoute au casque. Harcelant et grésillant, le morceau termine par rendre complètement dingue, comme si un essaim de robots dans le brouillard cherchait à se faire embaucher dans un montre sidérurgique broyeur d’humains. Impressive. Le second titre Ni Les Larmes nous entraîne dans les restes chauds d’un concerto pour orgue démoli par Fennesz (ou capté sur Radio Tirana), un UFO tournoyant à l’horizon. Avant une brève conclusion proto rock où une mélodie vocale – très – mal chantée sur un air joué sur chaîne hi-fi décomplexera tous les chanteurs en salle de bains de la planète.
Le second disque Hesta n’est qu’à demi réussi. Imprégné d’échos pratiquement lynchéens où un spectre monomaniaque hanterait nos soirées du haut d’un drone synthétique à l’angoissante chaleur, le morceau-titre est remarquable, notamment au niveau des harmonies spectrales qui habitent ses ténèbres mouillées au contact d’un drone irascible. Le seul reproche qu’on lui adressera – sa longueur, 27’50 (!) – étant trop peu musical pour être pris au sérieux. Moins convaincante, voire énervante, la dernière partie Something Will Be The End Of invite (?) à une expédition dans un cyberespace peuplé d’insectes androïdes qui auraient kidnappé Gyorgy Ligeti et pris les commandes de l’ordinateur HAL 9000.
Paranoia Birthday : Il Ne Restera / Hesta (Young Girls Records)
Edition : 2008.
CD Il Ne Restera : 01/ Ni L’Amour 02/ Ni Les Larmes - CD Hesta : 01/ Hesta 02/ Something Will Be The End Of
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli
Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk, 2009)

Sur leur collaboration Transcriptions, Stephan Mathieu et Taylor Deupree se servent du contenu de 78 tours pour arriver par d’autres biais à peaufiner une pop qui interroge par la drôle d'ambiance qu'elle diffuse.
Au début, le duo peint des ombres vaporeuses desquelles surgiront des aigus cinglants, des voix fantomatiques, des boucles miniaturisées ou des sifflements (guitares et claviers sont les autres instruments utilisés par Mathieu et Deupree). En fond, un grain sonore qui ne brille pas par son originalité labellise – peut-être pour que l’auditeur comprenne bien – la teneur atmosphérique des choses. Sorti d’un flou sombre qui en promettait, le discours est malheureusement ensuite porté à la lumière, qui révèle son caractère fruste et durable : l'ensemble est naïf et ne cherche pas à profiter de la rencontre de deux musiciens à qui il arrive pourtant parfois d'être très inventifs. Tout avait si bien commencé…
Stephan Mathieu, Taylor DeupreeLargo (extrait). Courtesy of Spekk.
Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Nocturne 02/ Largo 03/ Solitude 04/ Remain 05/ Andante 06/ Genius 07/ White Heaven 08/ Solitude of Spheres
Pierre Cécile © Le son du grisli
The Present : The Way We Are (LOAF, 2009)

Rusty Santos est sans doute l’un des acteurs les plus dynamiques (et les plus prolifiques) de la très prisée scène musicale de Brooklyn. Repéré comme producteur, aux côtés de groupes tels qu'Animal Collective, Born Ruffians ou Panda Bear, notre homme a également publié plusieurs albums solos avant de lancer The Present, aventure musicale hors norme à laquelle prend également part Jesse Lee, ci-devant batteur de Gang Gang Dance – c’est dire si nous sommes ici entre gens de (très) bonne compagnie.
Moins d’un an après World I See, premier album sérieusement dérangé, nous arrive sur le coin de l’oreille The Way We Are, au contact duquel l’on se rend rapidement compte que tout espoir de guérison est perdu – ce dont ne manqueront pas de se plaindre les amateurs de disques bien portants et ce dont, par conséquent, nous nous réjouirons abondamment. S’engageant encore plus avant dans l’inconnu, The Present nous entraîne ici dans une odyssée instrumentale en forme de quête du Graal. Cette quête obsédante, jalonnée de motifs répétitifs, chaque nouvelle écoute la relance et l’exacerbe. Semblables à de zigzagantes lignes de fuite, aux perspectives infinies, les six morceaux de The Way We Are libèrent d’intenses effluves (l’acid-folk, le krautrock, la new thing, la musique concrète) et atteignent d’ahurissantes altitudes. A cet égard, le morceau final (et fatal), long de plus d’une demi-heure, constitue un inexpugnable sommet, sur lequel il est urgent d’aller se percher.
The Present : The Way We Are (LOAF / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Medman 02/ Saltwater Trails 03/ Space Meadow 04/ Shapeshifter 05/ Press Play 06/ The Way We Are
Jérôme Provençal © Le son du grisli






























