Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Interview de Michael EspositoTalweg à ParisCahiers John Butcher
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Pixel : Mantle (Raster-Noton, 2013)

pixel mantle

Pour fêter les dix ans de Display, son tout premier disque sur Raster-Noton, Pixel (derrière lequel se cache Jon Egelskov) en sort un nouveau (et quatrième sur le même label) : Mantle.

A notre écoute on dirait qu’il guette les réactions de petits schémas rythmiques à la loupe. Il les chatouille, les fait grésiller, les provoque… et le fruit de ses expériences varie entre minimalisme, proto-techno expérimentale (qui jongle avec les pulsations, les prises jacks et les buzzs) et pop électronique (où des basses ronflantes font face à des effets sonores für Atari). S’il s’était montré plus sélectif, Egelskov aurait pu faire de Mantle un excellent EP. Or le CD compte huit pistes...

Pixel : Mantle (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Line Level 02/ Steel Tape 03/ Plumb Bob 04/ Brown Shirt 05/ Nesting Screen 06/ North Arrow 07/ Ericson Sandstone 08/ Mantle
Pierre Cécile © le son du grisli

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Alexandr Vatagin : Serza (Valeot, 2013)

alexandr vatagin serza

La liste des musiciens invités par Alexandr Vatagin (Port-royal, Tupolev, Quarz) sur Serza est longue : Pawn, Hideki Umezawa, Fabian Pollack, Martin Siewert, Peter Holy, Lukas Scholler, Giulio Aldinucci et James Yates. Mais est-elle assez longue pour changer l’electronica ambient pop du monsieur en opus recommandable ?

Pas sûr, puisque l’album s’inscrit dans une lignée 12k / Häpna sans se montrer très original (et même, comme sur Mantova, tristement parodique). Les invités susnommés (Siewert mis à part, qui profite de sa présence pour donner un goût de Trapist au CD) se baladent dans un décor de carton-pâte qui manque de consistance. Gentil, trop gentil.

EN ECOUTE >>> Bows and Airplanes

Alexandr Vatagin : Serza (Valeot)
Enregistrement : 2007-2012. Edition : 2013.
CD / DL : 01/ Elisa 02/ Bows and Airplanes 03/ Elbe 04/ Mantova 05/ La douce 06/ March of the Dancing Barriers 07/ Insomnia 08/ Different
Pierre Cécile © le son du grisli

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Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation, 2013)

colin stetson to see more light

Certes il n’a pas été absent très longtemps mais… Colin Stetson est de retour ! Et pour couronner le tout il n’est pas seul : Justin Vernon (de Bon Iver) chante sur quatre titres de To See More Light (troisième volume de la série « New History Warfare »).

Ce qui n’est pas toujours un succès, il faut l’avouer, puisqu’une chorale soul (oui, encore... remember Shara Worden) peut, sans que vous ne vous y attendiez, vous sauter à l’oreille (And in Truth), ou un qu’un refrain chanté peut écarter de ses faiblesses tout faux-semblant expérimental (Who the Waves Are Roaring for (Hunted II)). Pour ce qui est des instrumentaux, rien de neuf chez Stetson : sa voix perce le saxophone qu’il utilise sur trois ou quatre notes en boucle (Hunted, High Above a Grey Green Sea). Bon…

Un peu mieux quand même : sur l’introduction d’In Mirrors, quand le saxophoniste ose jouer abstrait !, et sur Brute, dont le beat se rapproche de la musique électronique et où la voix se fait plus brutale, en effet, et donc un peu plus provocante. Lui qui aime creuser des sillons, pourrait-on conseiller à Colin Stetson de creuser de ce côté-là pour son prochain retour ?

EN ECOUTE >>> High Above a Grey Green Sea

Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation / Gibert Joseph)
Edition : 2013.
CD / 2 LP / DL : 01/ And In Truth 02/ Hunted 03/ High Above A Grey Green Sea 04/ In Mirrors 05/ Brute 06/ Among The Sef (Righteous II) 07/ Who The Waves Are Roaring For (Hunted II) 08/ To See More Light 09/ What Are They Doing In Heaven Today? 10/ This Bed Of Shattered Bone 11/ Part Of Me Apart From You
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Haino, O’Rourke, Ambarchi : Now While It’s Still Warm... (Black Truffle, 2013) / Ambarchi : Audience of One (Touch, 2012)

haino ambarchi orourke now while its still warm

Au jeu des classements (top 50 ou pourquoi pas 500), on décernera au trio Haino / O’Rourke / Ambarchi (enregistré le 30 janvier 2012 au SuperDeluxe de Tokyo et accompagnés sur un titre par Charlemagne Palestine et Eiko Ishibashi) la plus passionnante intro entendue depuis des lustres. Le groupe s’est-il fixé pour but de donner dans l’expérimental grégorien ? Et pourquoi pas ? d’autant que le pari est réussi.

La voix d’Haino (qui joue aussi de la flûte en plus de la guitare qu’on lui connaît) et la (quasi) neutralité d’O’Rourke (à la basse) et Ambarchi (à la batterie, qu’il privilégie toujours sur Black Truffle), pour le moins inattendues, surprennent en effet. La poésie d’Haino, aussi sombre soit-elle, nous intrigue, nous caresse, avant de nous rompre quand il reprend la guitare et qu'Ambarchi frappe fort. C’est dire que ce à quoi on s’attendait dès le départ (une improv’rock musclée) finit bien par arriver : mais ce n’est pas non plus tout dire encore.

Parce que la seconde partie du CD (ou LP) arrive et avec elle un genre de post no-wave forcenée, follement nipponisée, chantante et dansante, à deux accords, puis un noise foutraque et foudroyant… Quelques semaines après la parution d’Imikuzushi (pas encore chroniqué ici, c’est qu’on ne peut pas tout faire), le trio Haino / O’Rourke / Ambarchi signe avec ce disque au titre long comme un manche de guitare une de ses plus belles réussites.

Keiji Haino, Jim O’Rourke, Oren Ambarchi : Now While It’s Still Warm Let Us Pour In All the Mystery (Black Truffle / Kompakt)
Enregistrement : 30 janvier 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Once Again  I Hear  the Beautiful Vertigo… Luring Us  to  ‘’Do Somethingn Somehow” 02/ Who Would Have Thought  This Callous  History  Would Become  My Skin  03/ Only the Winding  ‘’Why’’  Expressess  Anything  Clearly 04/ A New  Radiance  Springing Forth  From Inside the Light…
Pierre Cécile © Le son du grisli

oren ambarchi audience of one

De la pop chantée (Salt) à l’instrumental poppy (Fractured Mirror) mais aussi du minimalisme vaporeux (Passages), Audience of One déçoit par trois fois. Pourtant épaulé par d’excellents musiciens (comme James Rushford, Elizabeth Welsh, Eyvind Kang, Jessika Kenney), Ambarchi va jusqu’à commettre des fautes de goût (le son d’un rythme en boîte ou des arpèges soporifiques). Pour les rattraper, il faut compter sur la plus longue pièce, Knots : une demi-heure d’électricités ravivées par la batterie de Joe Talia dans l’esprit de Sagitarrian Domain. Ouf, Ambarchi sauvé des eaux (de mars, d’avril…) !

Oren Ambarchi : Audience of One (Touch)
Edition : 2012.
CD : 01/ Salt 02/ Knots 03/ Passage 04/ Fractured Mirror
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird, 2013)

ceramic dog your turn

-    Moins performant, Marc Ribot, sur ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Possible !

La raison serait une triple perte sèche : d’humour (alors que le trio que le guitariste forme avec Ches Smith et Shahzad Ismaily pensait en avoir un minimum), de repères (à force de multiplier les clins d’œil, d’Hendrix à T-Rex, et les resucées, de la pop indé sous-Morphine au power rock en passant par la reprise du Take 5 de Dave Brubeck) et surtout, surtout, de distance avec son sujet : la musique.

Car Ribot et ses comparses (que rejoignent à l’occasion Arto Lindsay à la guitare, Eszter Balint à la voix, Dan Willis au hautbois ou Keefus Ciancia aux samples) donnent l’impression de s’amuser entre eux sans vraiment chercher à lier contact avec nous. On e-bowe et on fuzze, on gimmicke à foison, on déroule du free solo au mètre ou on singe une musique exotique : rien n’y fait…

-    Dispensable ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Ôuch que oui !

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lies My Body Told Me 02/ Your Turn 03/ Masters of the Internet 04/ Ritual Slaughter 05/ Avanti Populo 06/ Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 07/ Bread and Roses 08/ Prayer 09/ Mr. Pants Goes to Hollywood 10/ The Kid is Back! 11/ Take 5 12/ We Are the Professionnals 13/ Special Snowflake
Pierre Cécile © Le son du grisli

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My Bloody Valentine : mbv (MBV, 2013)

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Du Huffington Post à L’Express, tout le monde aura annoncé la sortie du nouvel album de My Bloody Valentine. J’en conclus que j’ai dû dormir une bonne vingtaine d’années au moins ! A mon réveil, j’ignore tout des efforts qu’ont dû faire Kevin Shields et sa bande pour jouir d’une telle notoriété, mais je les en félicite.

Avant de rattraper mon retard – c'est-à-dire de me jeter sur la vingtaine de disques au moins que le groupe a dû enregistrer pendant mon coma profond –, je jette une oreille sur le dernier en date, mbv. A cause du titre (et de cette idée de vouloir au plus vite combler mon retard), j’ai d’abord cru à une compilation (qui serait sortie, comme les choses sont bien faites, le jour même de mon réveil). Au casque, j’ai même entendu une compilation où se côtoient des chutes de vieux morceaux et de nouvelles tentatives de pop triturée…

Or, mbv n’est pas une compilation mais bel et bien un album sur lequel on retrouve le bloody brouillard et les oscillations-modulations valentine et où l’on découvre aussi de nouveaux artifices comme des synthétiseurs stereolabiens (Is This And Yes, Wonder 2) et des structures mélodiques bien plus (parfois bien trop) classiques (New You, Only Tomorrow). En somme pas grand-chose – d’intéressant ni de vraiment décevant – mais quand même trois titres hybrides (She Found Now, In Another Way et Nothing Is).

Même si la voix de Bilinda Butcher ne pourra plus m'éviter de regretter les années Loveless, c’est décidé : je vais aller chercher et écouter tout ce que My Bloody Valentine a pondu entre Loveless et cet mbv. Et si rien ne me surprend plus, je jure que je m’attends à tout !

My Bloody Valentine : mbv (MBV)
Edition : 2013.
CD / LP / DL : 01/ She Found Now 02/ Only Tomorrow 03/ Who Sees You 04/ Is This And Yes 05/ If I Am 06/ New You 07/ In Another Way 08/ Nothing Is 09/ Wonder 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jasper TX : An Index of Failure (Handmade Birds, 2013)

jasper tx an index of failure

Uniquement disponible en format vinyle, An Index Of Failure marque une fin de cycle pour Jasper TX, dont nombre de précédentes sorties ont trouvé un écho plus que favorable, notamment ses très appréciés Black Sheep et The Quiet Season.

En parlant de calme, les cinq tracks de son indice de l’échec s’étirent parfois dans une semi-langueur étrange – et pas toujours captivante. Entre circonvolutions ambient et souvenirs shoegaze, hybride méconnaissable de Fennesz et Slowdive, l’univers de Dan Rosenqvist refuse de choisir son camp et, malgré tout, ne parvient guère à se créer une identité propre. Non que ça soit mal torché entre deux portes, juste qu’on a du mal à rester branché sur la durée totale de l’objet.

Jasper TX : An Index Of Failure (Handmade Birds)
Edition : 2013.
LP : A1/    Abandon A2/ In All Your Blinding Lights A3/ Rivers Flow B1/ A New Language B2/ Days Above The Tide
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura, 1973)

jac berrocal musiq musik

Cette chronique est extraite de sept trompettes, hors-série papier à paraître début mars 2013.

Jac Berrocal : « Une nuit d’août 1970, une 2CV poussive et bariolée s’arrêta au bord d’une piste finlandaise où je bivouaquais : c’était Roger Ferlet, passionné de pop et futur astrophysicien. Quelques heures après, arrivés au bord de l’aurore au cercle polaire, nous décidions de monter le Music Ensemble auquel se joindront aussitôt l’accordéoniste Claude Parle, Dominique Coster et le peintre Michel Potage. Grâce à la firme Futura, Musiq Musik vit le jour : soit une carte postale sonore avec des tambours de l’an 1000 qui croisent la détresse de réfugiés tibétains rencontrés dans des hôtels miteux du Népal. Pour l’histoire, ce disque en réverb’ naturelle fut enregistré en 1973 à quelques mètres de la tombe de l’évêque Pierre de Corbeille qui fut l’instigateur vers 1241 de la « Messe des fous ».

Ce projet fut réalisé par Gérard Terronès qui permit à bon nombre de musiciens de se faire entendre. Futura Records serait impensable aujourd’hui : songez, dans un catalogue à dominante free, Gérard produisait des albums de New Orleans, de rock étrange, du jazz bop, du théâtre musical, et ce disque atypique, objet brut musical. C’était une époque un peu folle : on pouvait monter un groupe l’après-midi, enregistrer des bandes le soir, trouver un  label le lendemain, et, en plus, la presse et les radios s’intéressaient à vous. » Ce premier album est aussi beau que le meilleur de Don Cherry : on y verra comme un écho dans les bandes inédites enregistrées à la même époque et que publiera plusieurs décennies après Emmanuel Carcano.

Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura)
Enregistrement : 1973. Edition : 1973.
LP : Musiq Musik
Philippe Robert © Le son du grisli

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RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

radiomentale i-land

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.

Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.

EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)

RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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