Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Celer, Dirk Serries : Background Curtain (Zoharum, 2016)

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Trois notes, il n’en faut pas plus à Celer et à Dirk Serries (Fear Falls Burning, Vidna Obmana) pour commencer une collaboration qui s’avèrera fructueuse. Du Japon du premier à la Belgique du second, les bandes ont dû faire plusieurs fois le voyage, certain !, et il est donc plutôt normal de dire de ces deux plages sont… sidérales.

La première (Above/Below) n’est d’ailleurs (en plus) pas loin d’être sidérante. Ses surplus de couches dévident des câbles de sons qui débordent du chemin des ondes et du chemin des drones. La deuxième (Below/Above) n’est pas la première qu'on aurait passée à l’envers, non. Elle s’en démarque au contraire par son côté « concret » (on peut presque y déceler les instruments qui ont servi à son interprétation : une guitare au bottleneck et un son du genre harpsichord). Moins paisible mais diantrement efficace quand même. De quoi diversifier le propos ambientique de deux maîtres du genre.

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Celer, Dirk Serries : Background Curtain
Zoharum
Edition : 2016.
CD : 01/ Above/Below 02/ Below/Above
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Colin Faivre : Les dormeurs des abysses (Sémaphore, 2016)

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Colin Faivre joue du banjo, la plupart du temps solo. Ce CD présente neuf morceaux nés d’un « voyage intérieur », comme il l’appelle.

L’impression que donne son écoute c’est qu’au fil du voyage, Faivre ne se contente pas d’explorer. Non, il découvre en fait son instrument, tente des expériences même s’il reste bien accroché au ton qu’il s’est choisi au début de chacune de ses improvisations. Sa pratique n’est donc pas expérimentale mais rêveuse & chercheuse ; peut-être qu’elle impressionne moins que d’autres (celle de Chadbourne par ex. au même instrument) mais elle laisse derrière elle de beaux souvenirs.

Des pastilles d’ambient acoustique, des instantanés de poésie naïve… Quitte à passer pour un dangereux réactionnaire (remarquez, c’est peut-être le moment de dévoiler mon vrai visage ?), les petites mélodies effleurées de Faivre font du bien entre deux morceaux bruitistes écervelées. Alors tant pis, je me lance : « Amis réactionnaires, faites comme moi, essayez Les dormeurs des abysses ! »

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Colin Faivre : Les dormeurs des abysses
Sémaphore
Edition : 2016.
CD : 01/ Ascension libre 02/ Juste avant 03/ Descente précipitée 04/ Là où l’eau est noire 05/ Immersion 06/ Au bord de la fosse 07/ Chute libre 08/ Tout en bas 09/ Les dormeurs des abysses
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Automatisme : Momentform Accumulations (Constellation, 2016)

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Derrière Automatisme se cache un homme (du moins, un Canadien) : William Jourdain. M. Jourdain est un producteur adepte de l’autoproduction – un autoproducteur, en somme – mais cet album sort sur Constellation. C’est donc une présentation de son travail électronique (electronica, rhythm, ambient, drone…) depuis 2013 bien qu’il soit actif depuis le milieu des années 1990.

Le rythme est toujours bien présent sur les six morceaux choisis et le minimalisme en semble le fil rouge. L’écoute n’est pas désagréable et quelques sons de basse valent le coup d’oreille, mais on ne trouve pas grand-chose de neuf là-dedans. Du post (voire du sous) Alva Noto / Four Tet / Kruder & Dorfmeister / Pole… Peut-être pas suffisant pour le moment…


automatisme

Automatisme : Momentform Accumulations
Constellation
Edition : 2016
CD / LP / DL : 01/ Transport 1 02/ Simultanéité 3 03/ Transport 2 04/ Sumultanéité 1 05/ Transport 3 06/ Simultanéité 4
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Jacques Birgé, Francis Gorgé : Avant Toute (Souffle Continu, 2016)

jean-jacques birgé francis gorgé avant toute

Comme de Bernard Vitet (voir La guêpe, récemment réédité par Souffle Continu), on sait de Jean-Jacques Birgé « à peu près » le parcours. C’est que le parcours en question est, lui aussi, dense et hétéroclite, dont Avant Toute, enregistré en 1974-1975 en duo avec Francis Gorgé, sonne en quelque sorte le départ – et le préambule au Drame Musical Instantané que le duo jouera ensuite avec Vitet.

Birgé aux claviers (synthétiseur ARP 2600 et piano électrique) et Gorgé à la guitare, et aussi une époque : celle d’une improvisation (instantanéisation ?) capable encore d’émettre sans trop s’écouter (voire se regarder) faire. Raccord avec son temps, le duo musarde à loisir sur trois quarts d’heure de quartier libre, et ses Bolet Meuble, CXLII, Coup de Groutchmeu ou Corde lisse, en profitent souvent.

Car l’ego trip est, quand il n’est pas vain (deux ou trois « baisses de régime » en concluront les générations suivantes), plutôt bon conseiller : qui va au son de gimmicks tournants, de cordes qui légèrement saturent, d’élucubrations électroniques minutieuses, de programmations sous cloches… Mais, pour résumer encore, il faudra choisir : alors, pop ou kraut, ce folâtre minimalisme ? « Il s’agit avant tout d’expliquer l’action », répondent (presque en chœur) Birgé et Gorgé.



birgé borgé

Jean-Jacques Birgé, Francis Gorgé : Avant Toute
Souffle Continu
Enregistrement : 1974-1975. Réédition : 2016.
LP : A1/ Bolet Meuble A2/ CXLII – B1/ Coup de Groutchmeu B2/ Corde lisse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pinkcourtesyphone, Gwyneth Wentink : Elision (Farmacia901, 2016)

pinkcourtesyphone gwyneth wentink elision

C’est trois secondes avant sa dix-neuvième minute que cette collaboration Richard Chartier / Gwyneth Wentink, the first sous pseudo Pinkcourtesyphone et the last à la harpe triple (que l’on appelle aussi « harpe à triple rang de cordes » mon petit bonhomme), s’évapore. Mais toutes ces minutes raconteraient-elles autre chose que cette histoire d’évaporation ?

C’est ce qu’on pourrait croire au début, quand les cordes sont pincées « à la médiévale » sur des couches planantes de synthé qui, elles, vont et viennent et vont et viennent... Mais à l’occasion d’un retour, les couches se retirent au profit de leur écho = un retour de nappe-boomerang change la donne et diversifie la pièce. En effet, l’Hollandaise (en voilà, de l’élision !) joue désormais moins en avant et Chartier, dont les plumes ont été alourdies par de petites touches de goudron noir au gré de ses récentes collaborations avec un certain William B., reprend la direction de l’ambient et avec elle tous les timbres de la harpe qu’il ajoute à sa palette. Pas mal.



elision

Pinkcourtesyphone, Gwyneth Wentink : Elision
Farmacia901
Edition : 2016.
CD / DL : 01/ Elision
Pierre Cécile © Le son du grisli

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André Gonçalves : Currents & Riptides (Shhpuma, 2016)

andré gonçalves currents & riptides

Collaborateur de Kenneth Kirschner (sur Resonant Objects) ou de Richard Gareth & Ben Owen (dans l’international project EA), ingénieur chez les fabricants de synthés analogiques ADDAC Systems, André Gonçalves accouche (presque seul) de deux plages d’électronique à couches pour le label Shhpuma « powered by » Clean Feed.

Avec Pedro Boavida au Fender Rhodes, notre Portugais entame l’enregistrement sur une (et une seule) note de synthé modulaire (à moins que ce ne soit un feedback de guitare) qu’il fait tenir plus de quatre minutes. C’est fragile et haletant à la fois, mais malheureusement ça ne dure que le temps annoncé. Plus rien d’haletant après mais des tas d’aigus de synthé sur des voix préenregistrées sur des guitares qui trifouillent sur des bruits de jacks branchés à l’arrache... Un fatras laborieux.

Mais ce sera mieux sur l’autre piste. Avec Rodrigo Dias à la basse et Gonçalvo Silva à la guitare (attention, leurs présences sont très très discrètes), il fait gonfler une ambient à reverses (pas renversante mais) qui s’écoute bien quand même, entre Lawrence English et Taylor Dupree. Cette fois, on garde. Et d'ailleurs, avec le plus modeste des logiciels d’enregistrement disponibles gratuitement sur internet on peut découper les quatre premières minutes du premier pour les conserver précieusement.  



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André Gonçalves : Currents & Riptides
Shhpuma / Orkhêstra International
Edition : 2016.
CD : 01/ Long Story Short 02/ Will Be Back In A Few
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Frank Benkho : A Trip To the Space [Between] (Clang, 2016)

frank benkho a trip to the space between

Une orgie de synthétiseurs, signée Frank Benkho. On est presque habitués, deux après son The Revelation According To... où le Chilien se présentait au monde avec des armes du même acabit. On en avait gardé un bon (et lointain) souvenir. Bad news for him, la prolongation dans nos mémoires n'est plus garantie sur A Trip To The Space [Between].

Quelques effets kosmische typés seventies essaient de nous faire tripper. C'est loupé, ça sonne plus ringard que vintage. Dans le genre, autant rester sur le mystère Ursula Bogner. Ou bien ça se lance en marche de Raster-Noton, ça fait sourire, c'est déjà ça. Puis, ô audace, un compteur Geiger répond à la convocation, il n'a pas lu la date de péremption, c'est ballot. Merde, on est passé à deux doigts d'un grand disque. S'il était sorti en 1976. Pas de bol, on est quarante balais plus tard.



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Frank Benkho : A Trip To the Space [Between]
Clang
Edition : 2015.
DL : 01/ Escapte to Planet Mars 02/ Deep Love Beneath Earth 03/ Jogging on Venus 04/ The Space Between Us 05/ No Money, No Planet 06/ The Brightest Object On the Night Sky
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Ytamo : Mi Wo (Room40, 2016)

ytamo mi wo

Au début, on ne pige absolument rien. Trois minutes dans le vide, c'est long. Et puis, bam le miracle, signé Ytamo, nommé Mi Wo ! On se laisse porter, sans trop savoir comment. Ni pourquoi. Juste par une multitude de sons que, séparément, on dédaignerait d'un air blasé. L'alchimie opère, c'est magique.

L'abstraction électronique plante le décor, l'électro pop de l'artiste japonaise nous ramène sur les terres de Tujiko Noriko, on sent poindre des envies de Véronique Vincent et d'Aksak Maboul. Chaque titre s'envole vers le large, un goût de saké avant de détendre les gambettes. De la légèreté avant tout, elle aurait pu être signée Felix Kubin qu'on l'aurait cru. On n'est pas à Hambourg ou à Bruxelles, c'est Osaka qui vient à nous. C'est encore mieux, c'est même sensationnel. Tiens, il parait que les billets vers le Japon sont en promo, plus une seconde à perdre.



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Ytamo : Mi Wo
Someone Good / Room40
Edition : 2016
CD : 01/ Hamon 02/ Autopoiesis 03/ Colorfoul Waves 04/ Human Ocean 05/ Hen 06/ You Me 07/ 100 Bird Stories 08/ Sensorial Area
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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David Grubbs : Prismrose (Blue Chopsticks, 2016)

david grubbs prismorose

Autant le dire tout de suite, Prismrose ne bouleversera pas le cours du Grubbs. Mais le disque a ses charmes et si l’on est nostalgique on pourra même applaudir, ému, à cette collection de six pièces pour electric guitar (Grubbs n’y chante qu’une seule fois, et du Walt Whitman en plus) qui poursuivent l’introspective-exploration des deux CD An Optimist Notes the Dusk & The Plain Where the Palace Stood.

Cordes pincées, médiator, pompe, riffs… l'homme touche à tout pour explorer à la Telecaster le champ des possibles mélodiques et harmoniques. En plus, il varie les exercices : duos avec la batterie fouino-fouilleuse d’Eli Keszler (par trois fois), exploration libre ou historique (une rapide relecture de Guillaume de Machaut sur Cheery eh). Ici on pense (inévitablement) à la guitare de Jim O’Rourke et là aux soliloques de Jandek mais cette succession d’instantanés dit surtout beaucoup de la personnalité de Grubbs et de ses réflexions instrumentales…

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David Grubbs : Prismrose
Blue Chopsticks
Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ How to Hear What’s Less than Meets the Ear 02/ Cheery Eh 03/ When I Heard the Learn’d Astronomer 04/ Manifesto in Clear Language 05/ Nightfall in the Covered Cage 06/ The Bonsai Waterfall
Pierre Cécile © Le son du grisli

les-disques_FLe samedi 23 avril,  David Grubbs et Pierre-Yves Macé seront à Paris, au Monte-en-l'air, pour parler du livre Les Disques gâchent le paysage paru aux Presses du Réel. 

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Sourdure : La virée (Tanzprocesz / Astruc, 2015)

sourdure la virée

Pour présenter vite et bien (autant que faire se peut) Sourdure on dira que Sourdure c’est Ernest Bergez et qu’Ernest Bergez fait (bien) normalement de la musique électrique dans le duo Kaumwald (enchanté). Ce qui ne m’a pas empêché d’écouter son Sourdure de disque qu’est La virée.

Avec des invités (Jacques Puech, El-g, Karelle, Françoise et Michel Tournilhac, Laura Mentik + l’intéressante Clémence Cognet à la voix), Bergez fait sien un répertoire de chansons traditionnelles avec de drôles de voix, des instruments exotiques (genre gambri, cornemuse…) et des inserts d’électrobidouille. Le mélange est détonnant, surtout sur les trois premiers titres où l’on croirait entendre une fiction sonore virant psychédélique où se croiseraient Oum Khalthoum, Ghédalia Tazartès, Burger & Cadiot, les Fabulous Trobadors et Ramuntcho Matta.

Malgré sa cradélectro fastoche et ses samples de base, Sourdure tient le cap sur trois pistes. Mais au-delà, il s’écoute et c’est dommage : à force de se la jouer bizarre on n’en est que plus normal, et l’anormalité qui faisait le sel des trois premiers titres a fini par se gâter. On retiendra quand même les chants du départ de La virée, en attendant la prochaine.


la virée

Sourdure : La virée
tanzprocesz / Astruc
Edition : 2015.
CD : 01/ Bonsoir belle bergère 02/ Joana d’aime – lo mes de mai lo mes d’abrieu 03/ Quand io zere chas ma maïre 04/ Marion dins son jardin 05/ Les quinze segments 06/ L’ergot-loupe 07/ Retirez-vous gens de la noce/La genta nóvia 08/ Jésus s’habille en pauvre – l’assona fantauma 09/ Pour aller voir Virginie 10/ Dans le ventre de la maison huileuse
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp logo grisliSourdure est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 6, il jouera à l'église Saint-Merry avec Ellen Fullman et William Basinski.

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