Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12, 2007)

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Merci au jeune guitariste turco-suisse Yaman Palak de m'avoir fait découvrir ce joyau new-yorkais. Le percussionniste Tyshawn Sorey transmue les sons de la batterie, du piano, du trombone et de la basse, dans un miroir des plus poétiques. Sur le double disque That / Not, la réflexion se situe dans cette région imperceptible qui existe entre “différence” et “similarité”. La question y est le “pourquoi” et le “comment”.

Merci pour la clairvoyance de ces 43 minutes de Permutations for Piano Solo sur cet album enregistré en 2007. La particularité d’une réflexion des plus concentrées et lucides repose dans mon rayonnage de souffles éthérés, où l’on trouve aussi les couleurs de For Bunita Marcus, les blanches vibrations d’Alvin Lucier et les îles imaginaires d’Anthony Braxton.

Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12)
Edition : 2007.
CD1 : 01/ Leveled 02/ Template I 03/ Sympathy 04/ Permutations For Solo Piano 05/ Seven Pieces Fo Trombone Quartet 06/ Template II 07/ That/Not Songs - CD2 : 01/ Sacred and Profane 02/ Template III 03/ Four Duos 04/ Cell Block 05/ That's a Blues, Right? 06/ Template IV 07/ Commentary
Hildegard Kleeb © Le son du grisli

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Hildegard Kleeb est pianiste. Interprète de Morton Feldman, Alvin Lucier, Maria de Alvear ou encore Anthony Braxton, elle donnait récemment sur World News sa lecture de thèmes signés Peter Hansen.

Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit, 2009)

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Improvisateur déjà remarqué aux côtés de Joëlle Léandre, Gianni Lenoci possède un solide bagage classique. Il sait donc comment se construit, se lie, se dramatise une composition. A l’inverse, l’improvisation et ses mille et une cabales se construit parfois sur un si peu qu’il finit par effrayer ceux qui s’en approchent.

Ici, Gianni Lenoci ne synthétise rien mais ne recule devant rien non plus. On pourrait dire de cette musique sans centre ni capitale qu’elle erre avec les fantômes du passé. Qu’elle exagère sa virtuosité, qu’elle s’incline à trop de parois, qu’elle ne tient pas la promesse des obsessions contenues dans les premières notes du disque. A cela, on préférera suivre la seule voie que s’est choisi l’improvisateur : celle de l’instant présent. Un présent qui ne veut (peut) pas oublier le passé et qui pense le futur comme un refus de l’incertain et du vagabondage. Soit une musique qui ne chercherait plus la renaissance puisque l’ayant trouvé depuis longtemps.

Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ For Robert Helps 02/ Afrika Metropolitaine 03/ In Retrospect 04/ Bluish 05/ Acid Rain 06/ Ephemeral Rhizome
Luc Bouquet © Le son du grisli

Ran Blake : Driftwoods (Tompkins Square, 2009)

driftsliPour ce nouveau disque de piano solo de Ran Blake, on ne parlera pas de relecture. On n’évoquera aucune mise à plat ou analyse des thèmes choisis ici mais on saisira le désir qu’a le pianiste d’être en phase avec la genèse du thème abordé. Comme une sorte d’archéologie joyeuse, ne gardant de la chanson que l’essentiel : l’élan et le sens.

Ce refus quasi-systématique du joli et du blues (quelques thèmes tel I’m Going to Tell God sont là pour me faire mentir) échappe donc à toute facilité ou roublardise et nous venge des standards rabâchés par nombre de confrères du pianiste en mal d’inspiration. Car ici, on peut parler d’inspiration, de respiration, de renaissance (Strange Fruit le prouve magnifiquement) et comme avec les solos de Monk, les soliloques de Blake résonnent d’une brute et infinie  vérité.

Ran Blake : Driftwoods (Tompkins Square / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Driftwood 02/ Dancing in the Dark 2 03/ Dancing in the Dark 1 04/ Lost Highway 05/ Unforgettable 06/ Cancao do Sol 07/ No More 08/ I Loves You, Porgy 09/ Strange Fruit 10/ Pawnbroker  11/ There’s Been a Change 12/ Portrait 13/ I’m Going to Tell God 14/ You Are My Sunshine
Luc Bouquet © Le son du grisli

Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records, 2009)

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Par la voix singulière de la pianiste Hildegard Kleeb, nous parviennent aujourd'hui World News, adressées par le compositeur Peter Hansen de la petite île suédoise qu'il habite. Kleeb une autre fois en interprète révélatrice d'atmosphères, et jouant ici du double sens.

Seule au piano, elle sert donc les vignettes musicales d'Hansen : tranquilles, celles-ci ; lointaines parfois au point d'avoir manqué d'être égarées vraiment : mélodies qui n'ont l'air de rien jusqu'à ce qu'elles se liquéfient et révèlent alors leur contenu véritable : tournures naïves et répétitions à distances changées en grandes pièces de musique en fragments : morceaux d'une identité qui se dit en silences, notes assoupies ou à la dérive d'une partition déposée sur carte postale.

Bien que personnage excentrique, Peter Hansen prouve là qu'il ne peut s'exprimer plus naturellement qu'en musique et, surtout, posément. Suffisait à Hildegard Kleeb de le faire parler au son de marches lentes sur lesquelles tournent des mondes qu'il est indispensable d'aller encore chercher.

Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ World News 88  02/ Summerair Sketch 03/ World News 88 04/ World News 211 05/ Autogrill Bologna 06/ Vexation for a Burger 07/ World News 67 08/ Summerair Sketch 09/ World News 1 10/ 0 Corciano Notte 11/ World News 1 12/ Sunset Song 13/ World News 111 14/ Objet trouvé 05/ World News XXV “Month of Maying” 16/ Sylvestersang 17/ World News 111 18/ Fifth Trajectory “Upon One Note” for Crotales 19/ Impromptu 20/ World News 111 21/ World News XXX (Sphinxes) 22/ Adeles Song 23/ World News + World News 20 24/ Avebury 25/ World News XXIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Hildegard Kleeb

Sophie Agnel : Capsizing Moments (Emanem, 2009)

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Aux Instants chavirés, Sophie Agnel donnait seule en novembre 2008 une improvisation en trois parties aujourd’hui consignée sur Capsizing Moments : l’enregistrement n’a pas été retouché par la suite, précisent les notes de pochette.

C’est que le piano préparé d’Agnel – aux possibilités sonores étendues au contact d’objets du quotidien – exagère quant il s’agit de tourner le do(s) à sa nature classique : transformé en machine à sons trahissant chez la pianiste un certain goût de l’ombre, l’instrument chancèle sous les effets d’un lyrisme noir et des effets du hasard musical.

Alors, lorsque les vagues tempétueuses ne l’emportent pas tout à fait, l’allure laisse se bousculer craquements et crissements des cordes, clusters à distance et bribes d’arpèges frénétiques, n’en finit plus d’être altérée de mille façons sans qu’aucune minauderie ne vienne alourdir la démonstration. Sous les doigts et les coups de Sophie Agnel, le piano rend son âme vertueuse et vagabonde parmi des collines de débris charmants : charges voraces mises au service d’une esthétique de la dislocation, morceaux d’emportement dont le comble est l’éclat.

Sophie Agnel : Capsizing Moments (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 14 novembre 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Greg Goodman : The Construction of Ruins (The Break Doctor, 1982)

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I drew inspiration from Greg Goodman's 1982 recording The Construction of Ruins (the Australian Site), especially his solo piano improvisation The Nullabor is Not Flat, where the strings of the piano were loaded up with 2 Emu  beer cans, 7 cardboard coasters, 2 bars railway soap, 1 time and location schedule, 1 packet railway coffee, and much, much more... All gathered from Goodman’s four day journey on the Indian Pacific from Sydney to Perth. The Construction Site was Berkeley, San Francisco and Perth. See.

Greg Goodman : The Construction of Ruins (The Break Doctor)
Enregistrement : 1982. Edition : 1982.
LP : A01/ The Nullarbar is Not Flat: Goodman B01/ U-DAG: Goodman, Rose B02/ Dingos In Quest: Goodman, Kaiser, Rose B03/ Notes: Goodman
Ross Bolleter © Le son du grisli.

bolleterPianiste australien, cofondateur du WARPS, Ross Bolleter s'attache à faire sonner encore pianos en ruines ou soumis aux intempéries. Secret Sandhills and Satellites, rétrospective de son oeuvre, a été édité en 2006 par Emanem.

Paul Motian : On Broadway, Vol. 5 (Winter & Winter, 2009)

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Voici le 5ème volume d’On Broadway, projet que Paul Motian mène à la tête d’orchestres  changeants, mais pour le même label (Winter & Winter), depuis 1988. Le propos demeure donc ici le même : revisiter les grands thèmes du Song Book américain.

Le sous-titre du volume 4, « The Paradox of Continuity », permet de jeter une éclairante lumière sur ce projet. Le paradoxe de la continuité, donc, ou comment le jazz est une musique de perpétuation de l’héritage en même temps qu’une ré exploration, une transformation, de cet héritage. Le choix de reprendre des standards portant à son acmé ce paradoxe du changement dans la continuité. Paul Motian a aujourd’hui 78 ans, et on peut estimer à cinquante années son activité dans la sphère jazz (en 1959, il intègre le trio de Bill Evans avec Scott La Faro). Cependant, l’effet de surprise demeure intact : le batteur ne sonne comme personne et on le reconnaît entre tous. Le son unique de Motian imprègne la poignée de standards revisités ici, et semble déteindre sur les quatre  musiciens qui l’accompagnent (les saxophonistes Loren Stillman et Michaël Attias, le pianiste Masabumi Kikuchi et le contrebassiste Thomas Morgan).

La musique est comme en apesanteur, en flottement, les motifs développés détournent de l’évidence, incarnent l’hésitation et, en empêchant les réflexes de s’exprimer, garantissent l’exploration de voies nouvelles. Après l’écoute de ce cinquième volume d’On Broadway – dont le plus beau moment pourrait bien être ce Just a Gigolo mis à nu – une impression de paix et d’étrange familiarité demeurent…

Paul Motian : On Broadway, Vol. 5 (Winter & Winter / Abeille Musique)
Enregistrement : 2000. Edition : 2009.
CD : 01/ Morrock 02/ Something I Dreamed Last Night 03/ Just a Gigolo 04/ I See Your Face Before Me 05/ A Lovely Way to Spend an Evening 06/ Midnight Sun 07/ Sue Me
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Jacques Demierre: One is Land (Creative Sources - 2008)

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La fougue avec laquelle Jacques Demierre investit Sea Smell, premier des deux titres de One is Land, fera preuve d'endurance : ayant mis en marche sa mécanique fiévreuse, le pianiste s’y accroche, porté par l’écho (drone composé de résidus sonores amassés), ou alors se laisse glisser, casse le rythme installé pour y revenir naturellement. Entre les accords, ce que le geste n’a pas commandé : les marteaux soumis sans doute à plus rude épreuve que les cordes, au service d’une rumeur qui finira par tout avaler.

Land Smell, ensuite, et en opposition : Demierre édifiant à l’intérieur de son instrument de subtiles constructions sonores prolongées – et rattrapées parfois – par une série d’artifices : éléments de développement passés qui insistent pour se voir concéder une autre place dans un jeu implacable de lyrisme constructiviste. .

CD: 01/ Sea Smell 02/ Land Smell >>> Jacques Demierre - One is Land - 2008 - Creative Sources.

Jacques Demierre déjà sur grisli
Avenues (Unit Records - 2008)
Black/White Memories (Insub - 2006)

Brainforest (Intakt - 2006)
Idp-Cologne (Psi - 2005)

Paul Bley: About Time (Justin Time - 2008)

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Enregistré à la fin du mois de mai 2007, About Time donne à entendre Paul Bley, seul au piano, donner un aperçu d’une pratique instrumentale riche, inclassable parce que délestée du souci de prouver quoi que ce soit.

Alors, sur le morceau-titre, se bousculent notes expédiées à la hâte et silences insistants, répétitions timides au point de s’éteindre vite et évocations musicales diverses – Maurice Ravel et Jelly Roll Morton, Erik Satie et Earl Hines – mais délicates, toutes, pour ne jamais tomber dans la démonstration. Soudain, une mélodie en filigrane évoque One More Time de Mal Waldron, son intensité implacable et sa densité fière, une existence lourde de vérités mais ravie des conclusions possibles. En guise de distraction, un second titre : Pent-Up House, composition de Sonny Rollins que Bley sert avec mesure, mélodie répétée mais s’essoufflant à chaque fois, diluée en interrogations subites menant en chemins de traverses surprenants.

Ces jours-ci, le label ESP réédite l’excellent Barrage enregistré en 1964 par le pianiste aux côtés, notamment, de Marshall Allen et de Milford Graves. Ici, la musique n’est pas la même – là, revendique, et fort –, mais prouve qu’en quarante ans, Paul Bley ne se sera pas perdu, servant toujours un propos musical indispensable.

CD: 01/ About Time 02/ Pent-Up House >>> Paul Bley - About Time - 2008 - Justin Time. Distribution Harmonia Mundi.

Morton Feldman: The Late Piano Works, Vol. 1 : Triadic Memories (MDG - 2008)

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Après avoir interprété l'intégrale des oeuvres pour piano de John Cage et s'être occupé des premières pièces écrites pour le même instrument par Morton Feldman, Steffen Schleiermacher donne ici sa version des Triadic Memories, qui inaugure une série consacrée aux compositions tardives de Feldman.

Pendant plus d'une heure, alors : le va et vient incessant entre l'une et l'autre partie du clavier : sous forme de questions-réponses, d'abord, puis d'aigus allant comme ils peuvent – et évidemment par trois – sur un rythme défait. Quand For Bunita Marcus (oeuvre tardive, elle aussi) s'occupait de mettre le temps à plat, Triadic Memories impose à ses notes l'ascension puis la descente, met au jour des souvenirs verticaux. Jusqu'à ce que l'espace allant grandissant qui s'installe entre les notes ne finisse par avoir raison d'elles.

CD: 01/ Triadic Memories (80'46) >>> Morton Feldman, Steffen Schleiermacher - The Late Piano Works, Triadic Memories - 2008 - MDG. Distribution Codaex.

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