Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Komitas Vardapet : Six Dances (Makkum Records, 2016)

komitas vardapet keiko shichijo six dances

Six « danses » interprétées au piano par Keiko Shichijo. Vingt minutes à peine, qui nous rappellent le passage (1869-1935) de Komitas – théologien et musicologue arménien ; chantre, poète, pianiste et donc compositeur. C’est la voix de Komitas qui le fit remarquer de cette église qui lui permettra quand même de toucher au profane, c’est-à-dire à ces airs de la campagne arménienne qu’il retranscrivit sur papier et que l'Empire ottoman allait bientôt faire taire. Musicien et conférencier, Komitas voyagera beaucoup, faisant entendre chants laïcs et danses de sa composition, dont les timbres rappellent les instruments traditionnels arméniens.

C’est à Paris, en 1906, que Komitas écrivit les six danses de cet enregistrement moderne. Pièces d’un folklore réinventé – mais vertueux, étant données les sérieuses recherches du compositeur dans le domaine –, ces pièces rappellent les compositions pour piano de Gurdjieff et Hartmann (le second fera d’ailleurs connaître au premier l’œuvre de l'Arménien) qui, entre traditions turques et kurdes, progressent lentement, jouent avec les répétitions, les modulations et les déclinaisons. C’est donc à la fois un art de la danse appliqué par touches légères et un travail de mémoire inspirant à plus d’un titre qui permet au Makkum d’Arnold de Boer de mettre la main sur d’autres chansons dépaysantes.   

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Komitas Vardapet : Six Dances
Makkum Records
Edition : 2016.
CD : 01/ Yerangi 02/ Unabi 03/ Marali 04/ Shushiki 05/ Het u Araj 06/ Shoror
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Arv & Miljö / Krube (Fragment Factory, 2016)

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Depuis la fin des années 90, l’Allemand Alexander Schneider compose sous pseudo (Krube). Mais il n’est dit nulle part pourquoi. Pas encore très fournie, sa discographie présente quand même une cassette Fragment Factory (Vom Unerträglichen), ce qui est bon signe puisque la fidélité envoie toujours un signe favorable. Donc, comme un micro-aimant qui attrape tous les trucs à traîner, un scanner à la Cronenberg (référence référence, chers amis du Cinéclub) qui amasse un tas d’informations qui finit par balancer. On ne s’attendait pas à une si bonne conclusion.

Est-ce un hasard ou le thème du split ? le Suédois Matthias Andersson compose lui aussi sous pseudo (Arv & Miljö). Là-dedans il n’est pas deux ni trois mais tout seul à traiter des souffles de bande et un piano qui répète sans arrêt la même mélodie jusqu’à ce qu’il s’entruche. Et c’est là que ça devient intéressant. On reconnaît le piano qui tourne presque jusqu’à s’envoler sur une bande qui sature un petit peu. Loin des références expérimentalobruitistes les plus radicales du label, mais deux découvertes et deux surprises !

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Krube / Arv&Miljö : Untitled / Okänd Strand
Fragment Factory
Edition : 2016.
K7 : A/ Krube. : Untitled – B/ Arv&Miljö : Okänd Strand
Pierre Cécile © Le son du grisli

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JC Jones, Raphaël Saint-Rémy : Serendipity (Kadima Collective, 2016)

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Duchamp des possibles visités par Raphaël Saint-Rémy (piano, electronics, haut-cuivre, trompette, etc…) et JC Jones (guitare, banjo, contrebasse, etc…), il nous reste une féerie de bruissements, frottements, brouillages, borborygmes. Comme si, échappés du tréfonds des entrailles terrestres, se déversaient les fantômes – pas toujours bienveillants – des surréalismes passés. Comme si  les esprits se réveillaient d’un long sommeil et hantaient ce joyeux indéfini épinglé par les deux improvisateurs.

A force d’insister sur le farfelu, d’armer leurs garnis(s)ons de chocs et de cordes slappées puis de s’offrir quelques respirations – certes anxiogènes –, Raphaël Saint-Rémy et JC Jones sont comme furets au milieu de la basse-cour : de dangereux prédateurs étouffant des systèmes bien trop huilés pour être honnêtes.

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Raphaël Saint-Rémy, Jean-Claude (JC) Jones : Serendipity
Kadima Collective
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD :  01-09/ T1 – T9
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Céleste Boursier-Mougenot : Perturbations (Analogues, 2015)

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C’est ici la suite – et, même, le complément – de ces États seconds dont il faudra aller relire la chronique (il est d’ailleurs possible au vaillant petit lecteur de se procurer, à cette adresse, les deux livres d’un coup). A cette courte présentation, on pourra ajouter la lecture des lignes consacrées à bruitformé par Olivier Michelon, directeur des Abattoirs de Toulouse qui accueillirent en 2014 l’exposition Perturbations.

Duchamp (et À bruits secrets) en ligne de mire, donc, ou plutôt : agissant sur Céleste Boursier-Mougenot comme Morton Feldman et Pierre Boulez agissaient par exemple sur Bunita Marcus : en figures inspirantes avec lesquelles il est, si l’on veut parvenir à s’exprimer dans sa propre langue, bien nécessaire de rompre. La métaphore musicale n’est pas vaine, puisque l'artiste, ancien compositeur, fait encore grand cas de la musique – ainsi s’explique-t-il : « la musique vivante produite en direct (…) est à compter parmi les phénomènes qui ont la propriété d’amplifier notre sentiment du présent. »  

Plus que tout, le « présent » / le « vivant » semble donc inquiéter l’artiste : ses installations où prolifèrent guitares-branche, mousse-masse, micros-ruche, pianos-truck… réagissent alors par le son aux mouvements alentours – à la fin du volume, Boursier-Mougenot explique de quoi retourne précisément chacune des œuvres récentes (2008-2014) ici présentées. Duchamp effacé, c’est John Cage – que cite notamment Emanuele Quinz, universitaire et autre contributeur de cette monographie : « l’art est l’imitation de la nature dans sa manière de procéder » – qui pose question. En jouant d’approches et de rapprochements, d’influences et d’échanges, Céleste Boursier-Mougenot pense un art qui ne s’en tient pas au seul effet qu’il fait.

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Olivier Michelon, Nikola Jankovitz, Emanuele Quinz, Emma Lavigne, Céleste Boursier-Mougenot : Perturbations
Analogues / Presses du Réel
Edition : 2015.
Livre (français / anglais) : Perturbations
Guillaume belhomme © Le son du grisli

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Vijay Iyer, Wadada Leo Smith : A Cosmic Rhythm with Each Stroke (ECM, 2016)

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Avant d’en découdre avec A Cosmic Rhythm with Each Stroke, suite en sept parties dédiée à l’artiste indienne Nasreen Mohamadi, Vijay Iyer et Wadada Leo Smith inaugurent leur duo avec Passage. Arpèges crépusculaires, trompette déchirant la voute céleste, le duo sélectionne les espaces à conquérir, ceux à bannir. Après A Cosmic Rhythm with Each Stroke, pianiste et trompettiste évoquent Marian Anderson. Chant crépusculaire, larges spectres, larges souffles, piano se libérant, la structure est ajustée, manifeste.

Au centre : A Cosmic Rhythm with Each Stroke, ou l’art des lignes crépusculaires et ininterrompues. Dans ce territoire de consonances : un seul paysage, une seule contrée. Le piano hèle la trompette, lui indique le chemin à suivre. Le temps de s’éparpiller et de se jauger, le désordre semble adopté. Puis se rétracte et réintègre l’harmonie initiale. Mais rien de monocorde ici, juste une grande et envoûtante résonance.



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Vijay Iyer, Wadada Leo Smith : A Cosmic Rhythm with Each Stroke
ECM / Universal
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Passage 02/ All Becomes Alive 03/ The Empty Mind Receives 04/ Labyrinths 05/ A Divine Courage 06/ Uncut Emeralds 07/ A Cold Fire 08/ Notes on Water 09/ Marian Anderson
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Moondog : Beyond Horizons (Moondog Rockwerk, 2015)

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Cette année, vous le savez comme moi (pour l’avoir lu et relu, entendu et réentendu jusque sur… France Inter), Moondog aurait eu 100 ans. C’est beau, un anniversaire, surtout quand le saint du jour n’est plus. Mais dans le cas de Moondog, je crois que c’est préférable : encore vivant, on aurait trimballé le génial'aveugle d’une grande salle de « spectacle » (en présence d’un orchestre régional) à un micro-podium de FNAC rencontres (au bras d’un inculte flagorneur). Ouf!

Bien sûr, Moondog appartient à tout le monde, mais pour ce qui est des hommages je préfère m’en tenir à celui qu’ont enregistré à Cologne last year (l'année de ses 99 ans !) le fidèle Stefan Lakatos (qui n’a cessé de développer la pratique du trimba que lui a légué le compositeur) & la subtile Mariam Tonoyan au piano. Avec quelques invités (dont la violoniste Lilit Tonoyan ou Wolfgang Gnida de l’indispensable site Moondog’s Corner), le duo interprète 27 petites (mais fabuleuses) pièces : canons, pastorales, mazurkas... aux mélodies qui n’ont l’air de rien comparées à leurs formes complexes.

Derrière le bruit des vagues ou celui de la ville, derrière les souvenirs de Chopin ou de Bach, derrière l’art du canon et celui de la fuite (ou celui du canon en fuite) & surtout grâce au savoir-faire de ceux qui savent de quoi ils parlent (Moondog) et de quoi il retourne (une originalité au-dessus du commun des... mortels), Stefan Lakatos et Mariam Tonoyan envoyent là un superbe message à leur cher disparu : non, pas un « happy birthday »... plutôt un « thank you for coming ».



beyond horizons

Moondog, Mariam Tonoyan, Stefan Lakatos : Beyond Horizons
Moondog Rockwerk
2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Canon No. 1 02/ Canon No. 10 03/ Canon No. 3 04/ Snow Flakes 05/ Tom Tom 06/ Multiplication 07/ Canon No. 3 08/ Canon No. 6 09/ Invisible Movements 10/ pastoral in C 11/ Canon No. 11 12/ Canon No. 25 13/ Mazurka 14/ L’Americana 15/ Rubayat 16/ Canon No. 2 17/ Black Oak 18/ Ma petite 19/ Castle Ruins 20/ Canon No. 9 21/ Canon No. 21 22/ Old Mother Hubbard 23/ Unexpected Twosome 24/ Canon No. 24 25/ Canon No. 8 26/ Canon No. 12 27/ Grain of Sand 28/ 9 Couplets
Pierre Cécile © Le son du grisli

MOONDOG DERNIERS EXEMPLAIRES

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Jason Kahn, Patrick Farmer, Sarah Hugues, Dominic Lash : Untitled for Four (Cathnor, 2015)

jason kahn patrick farmer sarah hugues dominic lash untitled for four

Sur les cartons qui enferment ces deux disques Cathnor courent des lignes – dont les trajectoires, déjà mystérieuses, peinent à s’accorder – extraites de la partition graphique d’Untitled for Four. Avec Jason Kahn (aux synthétiseur analogique, table de mixage et radio), son compositeur, Patrick Farmer (platines CD, enceintes préparées), Sarah Hugues (cithare, piano) et Dominic Lash (contrebasse) en donnent deux lectures.

Chacune des lignes, toutes de l’épaisseur d’un cheveu, chantera selon son interprète : lui, ou elle, trouvera ici l’occasion de trembler, là celle de supposer, ailleurs encore celle de se taire – plutôt : de ne rien oser d’autre que de suivre la ligne. Du discret usinage s’élèvent des rumeurs diverses qu’un archet épais avalera bientôt. C’est en conséquence (et semble-t-il) la contrebasse qu’il faut renverser : face à son insistance, Kahn, Farmer et Hugues envisagent des pièges – discrètement d’abord, avec force ensuite (sur la seconde version de la pièce, les larsens pénètrent ainsi davantage) – que Lash accueille avec une indifférence élégante. Ses compagnons l’acceptant, Untitled for Four profite d’élégances subtilement additionnées.



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Jason Kahn, Patrick Farmer, Sarah Hugues, Dominic Lash : Untitled for Four
Cathnor
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
2 CDR : CD1 : 01/ Untitled for Four Version 1 – CD2 : 01/ Untitled for Four Version 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Astral Colonels : Good Times in the End Times (Immediata, 2016)

astral colonels good times in the end times

Dans le livret qui accompagne ce beau disque Immediata, Anthony Pateras interroge Valerio Tricoli à propos du futurisme et de l’ « Intonarumori », mais aussi de Palerme, de son désintérêt pour le LP ou de l’effet de la techno sur sa libido… Dans ces vingt pages de conversation, Pateras et Tricoli – qui forment cet Astral Colonels – apprennent l’un de l’autre autrement qu’en musique, c’est-à-dire qu’ils s’autorisent à n’être pas toujours d’accord.

Pour être convaincu qu’ils peuvent s’entendre, il faudra alors écouter le disque qu’ils ont composé à partir d'improvisations enregistrées à Berlin en 2008. Pateras (synthétiseur analogique, clavecin, orgue et piano préparé) et Tricoli (Revox B77 et voix)  y baladent des rumeurs en d'étranges paysages, palais de miroirs ou mobile électrique, rivalisant d’inventions inquiétantes (martelages, achoppements…) ou de propositions qui travaillent à l’envergure de leur affaire. Sur la troisième et dernière piste, c’est un autre exercice, arrangement de couches moins surprenant mais qui ne gâte pas la première référence de la discographie d'Astral Colonels.



astral colonels

Astral Colonels : Good Times in the End Times
Immediata / Metamkine
Enregistrement : 2008. Edition : 2016.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Open Field, Burton Greene : Flower Stalk (Cipsela, 2015)

open field burton greene flower stalk

Minimalistes (Angels of the Roof) ou emportés (Rising Intensity), Open Field (José Miguel Pereira, João Camões, Marcelo dos Reis) & Burton Greene offrent à leurs cordes (contrebasse, viola, guitare, piano) quelques pistes abruptes.

S’enfonçant ou s’échappant, se faufilant au gré des intervalles, ils construisent note à note, accord après accord (Greene Hands à la seule charge du pianiste) et tiennent le cap des discours ténus. Ailleurs et véloces, ils grimpent des cimes caractérielles, soudaines. Toujours construisent sans encombrement et toujours au cœur d’une impulsion naturelle, spontanée. Et quand se dérèglent les angles choisis jusqu’alors et que s’invitent mey moqueur et voix d’outre-souffle, Open Fields élargit plus encore le cercle de ses riches possibles.  



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Open Field, Burton Greene : Flower Stalk
Cipsela
Enregistrement : 7 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Rising Intensity 02/ Angels of the Roof 03/ On the Edge 04/ Greene Hands 05/ Ancient Shit
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Cor Fuhler, Jim Denley : Truancy (Split Rec, 2014)

jim denley cor fuhler truancy

Pour tout avouer à mon lecteur (potentiel), j’ai retrouvé des notes prises sur un duo de Cor Fuhler (piano & préparations) et Jim Denley (saxophone alto & préparations) il y a des mois de ça. Je dois avouer aussi que je ne me souvenais pas de la musique qu’il contient mais à en croire mes notes c’était un « très bon disque ».

Alors je l’ai repassé et j’ai compris ce qui m’avait séduit et m’a séduit une autre fois. C’est cette sorte de maelstrom  incroyable dans lequel on est jeté. On s’accroche à un drone, on évite un feedback crissant ou une corde qui casse, on manœuvre pour ne pas trop approcher d’un champ magnétique mais… on tombe sur un champ de bataille. C’est sur la deuxième piste que ça se passe : pas de place pour les silences, n’en jetez plus la cour est pleine ! Réflexion faite, non : jetez-en encore un peu histoire que je ne retourne pas tout de suite à je ne sais quel minimalisme, réductionnisme, etc. Pendant ce temps, je relis mes (ma ?) notes : « très bon disque ».

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Cor Fuhler, Jim Denley : Truancy
Split Rec / Metamkine
Enregistrement : 12 et 17 décembre 2013.
CD : 01/ Skive 02/ Wag
Pierre Cécile © Le son du grisli

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