Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Colin Faivre : Les dormeurs des abysses (Sémaphore, 2016)

colin faivre les dormeurs des abysses

Colin Faivre joue du banjo, la plupart du temps solo. Ce CD présente neuf morceaux nés d’un « voyage intérieur », comme il l’appelle.

L’impression que donne son écoute c’est qu’au fil du voyage, Faivre ne se contente pas d’explorer. Non, il découvre en fait son instrument, tente des expériences même s’il reste bien accroché au ton qu’il s’est choisi au début de chacune de ses improvisations. Sa pratique n’est donc pas expérimentale mais rêveuse & chercheuse ; peut-être qu’elle impressionne moins que d’autres (celle de Chadbourne par ex. au même instrument) mais elle laisse derrière elle de beaux souvenirs.

Des pastilles d’ambient acoustique, des instantanés de poésie naïve… Quitte à passer pour un dangereux réactionnaire (remarquez, c’est peut-être le moment de dévoiler mon vrai visage ?), les petites mélodies effleurées de Faivre font du bien entre deux morceaux bruitistes écervelées. Alors tant pis, je me lance : « Amis réactionnaires, faites comme moi, essayez Les dormeurs des abysses ! »

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Colin Faivre : Les dormeurs des abysses
Sémaphore
Edition : 2016.
CD : 01/ Ascension libre 02/ Juste avant 03/ Descente précipitée 04/ Là où l’eau est noire 05/ Immersion 06/ Au bord de la fosse 07/ Chute libre 08/ Tout en bas 09/ Les dormeurs des abysses
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Claudio Parodi : A Tree, at Night (Luscinia, 2015)

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Les effets de Prima del Terzo ne s’étaient pas encore dissipés que se faisaient entendre les neuf pièces d’A Tree, at Night. Après avoir mis le port de Chiavari en bouteille, c’est vers ses habitants – réels ou fantasmés : Claudio Parodi aux voix, tout comme Luigi Marangoni, Bobby Soul, Carlo De Benedetti et Ratti – que Parodi semble ici tendre ses micros.

Certes, on entendra quelques notes de sanza, un brin d’italien chanté changé soudain en conversation – on soupçonne plusieurs fois un maladroit jeu d’acteurs – et quelques boucles de voix arrangées sur plusieurs pistes. Folie radiophonique, A Tree, at Night est en fait un conte dont les mots nous échappent et dont, aussi et malheureusement, le théâtre nous perd rapidement.  

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Claudio Parodi : A Tree, at Night
Luscinia Discos
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2015.
CD : 01/ A Tree, at Night 02/ Il Sediosauro 03/ Corridoio, la Donna bicipite 04/ Scale, Foglia rinsecchita 05/ Sutra di Guscio di Lumaca 06/ Il Maniaco della Pulizia 07/ Sentenza n. 2255 08/ The Red Bad Cat Gang 09/ Feather of an Eagle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview d'Herbert Distel

interview herbert distel le son du grisli

Dans ses œuvres sonores comme dans ses sculptures (voir notamment son célèbre Musée en Tiroirs), l’artiste Herbert Distel trahit un goût pour la miniature – plus précisément : pour l’accumulation de miniatures. Changé en procédé, cet intérêt accouche souvent d’œuvres imposantes et, sur disques, de paysages fournis : après ceux de Die Riese, La Stazione et Railnotes, c’était celui de Travelogue qui, récemment, impressionnait.

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hatOLOGY, un label qui vous est fidèle, a récemment publié Travelogue. Comment présenteriez-vous cette nouvelle œuvre sonore ? Travelogue, c’est à la fois la continuation et le rapprochement de mes précédents disques, Die Reise et La Stazione – c’est donc bien un « récit de voyage », Reisebericht, en Allemand.

Quel a été, en tant qu'artiste, votre premier projet musical ? C’était en 1971, un LP qui s’appelait We Have a Problem… C’était un mix des voix de l’équipage d’Apollo 13 et de la Rhapsody in Blue de Gershwin.

Quels étaient les musiciens que vous écoutiez à cette époque ? Terry Riley, La Monte Young, Steve Reich, John Cage, Maurizio Kagel, Gavin Bryars… Et puis, aussi, beaucoup, Morton Feldman.

Vos travaux sonores évoquent aussi, et avant tout, Walter Ruttmann et R. Murray Schafer : ces deux personnages sont-ils pour vous des influences ? En ce qui concerne Ruttmann, il ne m’a pas influencé d’un point de vue sonore mais son film de 1927, Berlin, die Sinfonie der Grosstadt, m’a bien sûr encouragé à utiliser quelques parties de mes pièces audiophoniques – comme autant de soundtracks ou comme des quasi-partitions pour images – et m’a motivé à réaliser mes vidéos intitulés Music Pictures, ainsi que Die angst die macht die bilder des zauberlehrlings (1993), Milano Centrale (2014) ou ROTATION (2015).Quant à Murray Schafer, je ne le connais pas bien.



Le train tient une place prépondérante dans votre démarche sonore. Avez-vous d'autres « obsessions » que celle-ci ? Ce n’est pas du tout une obsession ! Le train est une sorte d’instrument, très souvent à percussion, qui est donc en charge du rythme. C’est comme les cigales qu’on entend à un moment dans Die Reise…. Ce sont des « étant donnés ».

Vous avez composé Die Reise pour la radio, n’est-ce pas ? Oui, c’est une sorte de commande ; La Stazione aussi, qui a été jouée plusieurs fois sur France Culture (ou France Musique…)

A l’écoute de ces (maintenant) disques, on a l’impression que leurs trains roulent pour toujours, comme un train miniature. Etait-ce votre intention ? Non.

Oublions donc les trains miniature pour évoquer d’autres de ces engins que l’on peut entendre sur disques, comme ceux de Pierre Schaeffer ou, plus récemment, ceux de Chris Watson. Schaeffer est-il une influence ? Connaissez-vous les disques de Watson ? Ecoutez-vous d’ailleurs des disques de musique que l’on pourrait comparer à la vôtre ? Bien sûr, je connais un peu l’œuvre de Pierre Schaeffer, par contre je ne connais pas celui de Chris Watson. Mais ce qui m’a certainement influencé le plus est le film de Ruttmann, Berlin, die Sinfonie der Grossstadt. Pour ce qui est de la musique que j’écoute, elle ne ressemble pas vraiment à la mienne. Le côté répétitif de mon travail sonore est, si l’on peut dire, fondamental : je dois avouer que les deux concerts (Los Angeles 1971 et Paris 1972) de Terry Riley sortis sous le nom de Persian Surgery Dervishes m’ont fortement influencé…



Vous vous servez de field recordings pour composer, finalement, des œuvres sonores assez abstraites. Faites-vous un lien entre votre production d’artiste plastique et vos travaux d’artiste sonore ? Mes œuvres plastiques étaient de la sculpture, et ça remonte à mes premières années d’artiste plastique, j’étais encore très jeune. J’ai terminé ce chapitre de ma vie en 1970, avec une sculpture flottante (Projekt Canaris) : cet œuf en polyester, de trois mètres de long, qui a relié l’Afrique de l’Ouest à Trinidad. La même année, j’ai présenté Denkmal (Monument), un œuf aux dimensions identiques mais cette fois en granit, qui pesait 22 tonnes. Cette pièce se trouve au Giardino di Daniel Spoerri, en Toscane, où j’ai pu réaliser une vidéo de cette sculpture avec une bande-son à la field recording. Denkmal est le titre de la vidéo, sortie en 2012 : elle dure 27 minutes. La boucle a été bouclée.

Le Musée en tiroirs est votre œuvre emblématique : celui-ci renferme environ 500 minuscules œuvres d’artistes autres que vous. Il est fait en quelque sorte de « récupérations ». Cette démarche est-elle similaire à celle qui vous permet de créer sur disque… en empruntant ? Les 500 œuvres originales du Musée en tiroirs composent un cliché de l’aire du temps (Zeitgest) des années 1960 et 1970. Les œuvres y apparaissent comme les pierres d’une mosaïque. On peut donc en effet parler de création de l’emprunt… En 1993, est sortie la vidéo Die angst die macht die bilder des zauberlehrlings, construite de la même façon, qui montre une image qui raconte l’entier XXe siècle.

Pour l’un de vos récents projets, Rotation, vous avez collaboré avec les violonistes Maya Homburger et Charlotte Hug et le contrebassiste Barry Guy. C’est encore une fois une pièce assez répétitive, inspirée de la danse des derviches… Oui, en fait, avec Rotation se ferme le cercle inspiré par les derviches de Terry Riley. J’ai écrit cette musique en 2009 : la danseuse, Petra Otahal, tourne au rythme de la musique qu’elle entend grâce à des écouteurs tandis qu’une caméra est accrochée à sa poitrine.

Est-ce, entre autres, la musique d’Homberger, Hug et Guy que vous écoutez aujourd’hui ? Quels sont les derniers musiciens qui ont réussi à retenir votre intérêt ? Je dois avouer que la musique de la violoniste chinoise Weiping Lin m’a beaucoup impressionné sur The Violin Works de Giacinton Scelsi. J’ai d’ailleurs eu la chance de l’entendre à l’occasion d’un concert solo à Vienne.



Herbert Distel, propos (en français) recueillis entre décembre 2015 et janvier 2016.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey (Unfathomless, 2015)

nicolas perret silvia ploner nyey

Moi ça me rassure dès qu’un oiseau pointe sa queue dans le coin. D’autant que sur ce CD ça se passe en Islande (si j’ai pas rêvé). Le vent sur les cratères, le crachat des geysers, les voix qui nous parlent d’extraterrestres, de nouvelle ère et de nouveau monde, voilà le genre... 

La phonographie de Nicolas Perret & Silvia Ploner n’est pas bien longue. Est-elle plus mystérieuse pour cela ? Oui sans doute car les sons et les (deux, il me semble) voix qu’elle fait parler font partie d’un paysage inconnu que le duo a visité puis reconstitué – jusque-là, rien d’original sur le papier.

Mais dans cette « recomposition », l’anxiété n’est jamais loin. Même quand on est assuré que rien de mal ne peut plus se passer (ni les oiseaux nous attaquer, ni les souffles nous emporter etc.) on craint fort. Mais c’est la force de Nýey de n’être pas rassurant. D’avoir su conserver dans la beauté de sa composition l’insécurité du voyage.


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Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey
Unfathomless
Edition : 2015.
CD : 01/ Nýey
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Rafal Kolacki : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger (Saamleng, 2015)

rafal kolacki istanbul aux oreilles d'une étranger

J’aurais aimé qu’on me dise en quelle année Rafael Kolacki (de… HATI, Mammoth Ulthana ou Innercity Ensemble, m’informe son distributeur Metamkine) a passé quelques jours à Istanbul. J’aurais aimé qu’on me dise aussi pourquoi la pièce sonore qu’il a éditée sur ce CD a un nom français : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger. Rien dans le disque ne me le dit, mais à la place il y a (quand même !) six jolies photos de vacances. J’aurais aussi (justement) aimé qu’on me dise si Kolacki était parti là-bas en vacances ou s’il s’y trouvait avec dans l’idée d’en ramener un disque – oui, bien sûr, ça change tout.

Ignare mais content quand même me voilà balancé dans le « paysage » : volailles, mobylettes, appels à la prière (attention, * je ne mets en aucun cas tous ces éléments sur le même plan), chanson joué sur un petit instrument à cordes ou sur une flûte, voix radio qui saturent fort, clapotis from Bosphore !... De l’exotique, pour un Polonais, mais pour le Belge d’obédience française que je suis ?

On écoute ces sons, on peut même imaginer des visages… Et c’est quand on entend la voix dédoublée d’un crieur des rues ou une petite chanson qui chasse le muezzin (attention, *) qu’on se demande si Kolacki n’a pas intégré à son travail des petits décalages avec la réalité. C’est ce qui rend l’enregistrement mystérieux, à défaut d’être très surprenant.

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Rafal Kolacki : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger
Saamleng / Metamkine
Edition : 2015.
CD : 01/ La cérémonie a fini par quelques miracles
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bruno Duplant : Fictions (Aussenraum, 2015)

bruno duplant fictions

N’ayant pas (encore) abandonné la contrebasse, Bruno Duplant sait néanmoins s’en passer. C’est en tout cas ce qu’il a récemment prouvé à l’orgue (Là où nos rêves se forment / Là où nos rêves s’effacent, Immobilité…) et ce qu’il prouve aujourd’hui dans un autre domaine, celui de la composition électroacoustique d’un genre inquiet.

S’il s’est bien gardé de les visiter (une affaire de précaution), Duplant est allé chercher l’inspiration à Prypiat et Futaba, « capitales » des zones d’exclusion circonscrites après les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima. L’intention est donc différente de celle des Sounds From Dangerous Places de Peter Cusack, et si l’on ne tient pas à reprendre le terme de « fiction » qu’utilise le musicien, on parlera ici de fantasmes capables de faire illusion.

Quelle est alors la provenance de ces bruits de basse-cour et de ces grincements métalliques ? Quel est l’usage que l’on fait encore de ces rails sur lesquels un lourd wagon glisse ? Quelle est la véritable nature – non, pas un réacteur – de ce monstre endormi, à la respiration rauque, au flanc duquel Duplant a posé ses micros ? Les questions se posent au fil des tours que fait le disque sur lui-même et qui le distendent : c’est ainsi que le compositeur gagne encore en espace, qu’il fleurit de différentes manières avec un à-propos qui bruisse et captive.

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Bruno Duplant : Fictions
Aussenraum
Edition : 2015.
LP : A/ Prypiat – B/ Futaba
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Osvaldo Coluccino : Parallelo (Unfathomless, 2015)

osvaldo coluccino parallelo

Si l’on n’a pas lu les brèves informations inscrites sur la pochette du disque, on ne saurait dire vraiment dans quelle contrée – quelles cavités, quels tunnels, quelles profondeurs – Osvaldo Coluccino a pu aller ramasser ces preuves de vérité : échos, souffles épais, grincements, rafales…

Ni zone industrielle à l’abandon, ni hangar désaffecté, mais un monastère italien du XVIIe siècle, évidemment en ruines. Promesses de beaux fantômes à faire chanter – c’est le propos des phonographies publiées par le label Unfathomless : jouer avec les souvenirs, l’aura, les résonances d’un endroit – et de débris à remuer que Coluccino transforme en deux paysages fantastiques : deux parallèles sonores de vingt-deux minutes et deux secondes chacun, immanquables.



Osvaldo Coluccino : Parallelo (Unfathomless)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2015.
CDR : 01/ Parallelo (2007) 02/ Parallelo 2 (2009)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jocelyn Robert : The Maze (Fragment Factry, 2015)

jocelyn robert the maze fragment factory

Bruitisme synthétique, paysagisme digital, minimalisme pixellaire, et même poésie naturaliste… les qualifications ne manqueront pas pour tenter de décrire ces quatre morceaux que l'artiste québécois Jocelyn Robert a bouclés entre 2002 et 2015. Loin de la fureur des grandes références Fragment Factory (peaceful, ce ff ?), Robert passe d’un univers à l’autre sans état d’âme.

Et nous voilà bien promenés, dans un paysage de coquilles d’œufs, jusqu’à ce qu’à la première flaque on nous pousse, micro en main, dans une grande étendue d’eau. Dans une ville, la nuit (le crépuscule avec sa demi-caisse en action est le passage le moins viable de tous), où pullulent des field recordings et d’originaux minimodules sonores. Dans un San Francisco qui craque de partout (cherchez la faille) ou dans une scène de mythologie qu’un piano secoue. Si l’on pense parfois au catalogue Empreintes Digitales, ce n’est pas pour rien : Jocelyn Robert compose comme cette bande de syncrétistes ultramodernes.

Jocelyn Robert : The Maze (Fragment Factory)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le fil d’Ariane 02/ La ville, la nuit 03/ San Francisco #1 04/ La chute d’Icare
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Hafdís Bjarnadóttir : Sounds of Iceland Íslandshljóơ (Gruenrekorder, 2015)

hafdis bjarnadottir sounds of iceland

C’est peu dire que la nature est inhospitalière (sûrement autant qu’étonnante) en Islande. Et c’est ce dont rend compte, avec une approche au micro qui m’a laissé rêveur, ces « sounds » captés par Hafdís Bjarnadóttir. Le patronyme de l’homme au micro nous fait penser qu’il est des lieux et qu'il connaît donc plus que bien son sujet. En plus de faire le tour de son île, il a tenu à enregistrer en toutes saisons.

Sur le CD, c’est donc de l’eau qui bout sur un feu jamais éteint, du vent qui vous gèle même si vous vous trouvez à des centaines de kilomètres d’où il est passé, des fjords qui fondent ou qui vous fondent dessus, des avalanches de rafales ou des chutes d’oiseaux (certains cris sont étonnants !). Pour accompagner tout ça, on trouve dans le digipack un petit recueil de photos (une quinzaine). Bref, de quoi faire un beau voyage.

Hafdís Bjarnadóttir : Sounds of Iceland (Gruenrekorder)
Edition : 2015.
CD : 01-07/ Sounds of Iceland Íslandshljóơ
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Radu Malfatti : One Man and a Fly (Cathnor, 2015)

radu malfatti one man and a fly

Radu Malfatti est de ces rares musiciens capables, alors même qu’ils jouent, d’entendre une mouche voler. Plus rare encore, de « faire » avec la mouche en question : nous la faire entendre, pour que nous la prenions, avec lui, pour ce qu’elle n’aurait jamais dû être : une inédite compagne d’improvisation.

Si l’on sait où (Oxfordshire) et quand (28 juin 2012) Malfatti a enregistré cette pièce de cinquante minutes, on ne sait exactement dans quelles conditions : debout, dans un jardin ? assis, sur la terrasse ou bien à l’intérieur d’une maison aux fenêtres ouvertes ? à genoux, sur le parvis d’une église ? Les bruits du dehors sont en tout cas perceptibles : mouches, donc, mais aussi oiseaux, avions au loin, ambulance, tondeuse…

A ces invités inattendus, Malfatti laisse la parole. Il peut décider de leur répondre ou non : reprendre la note de la tondeuse et s’y oublier, tresser d’un souffle blanc un parallèle à la trajectoire de l’insecte, s’en tenir ailleurs au silence… Ses interventions sont nombreuses, mais discrètes toutes : à travers elles percent surtout les lumières d’une saison, un horizon dégagé, un morceau de temps qui passe et, surtout, dépasse les cinquante minutes annoncées.

Radu Malfatti : One Man and A Fly (Cathnor)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ One Man and A Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

how far is the church

Pour la petite histoire : Richard Pinnell m’a proposé deux lieux où enregistrer. Le premier était une église et le second une salle de l’université (?). Me connaissant, il était sûr que j’opterais pour la petite salle. Quand nous y sommes entrés, c’était horrible. Je l’ai bien regardé et j’ai demandé à Richard : « elle est loin, l’église ? » Me connaissant, Richard a éclaté de rire, c’est pourquoi cette phrase a été retranscrite sur le CD. Quand nous sommes arrivés à l’église, j’ai bien sûr fait les pitreries d’usage, je suis monté en chaire comme un prêtre idiot et joué du trombone comme si je prêchais devant des fidèles imaginaires, etc. Et puis, nous avons enregistré cette pièce, j’étais confortablement assis dans un fauteuil, écoutant tous les bruits qui venaient du dehors… en jouant quelques sons. Quand la mouche est arrivée, cela m’a tellement amusé que j’ai décidé qu’on devrait l’entendre sur le disque, comme si elle avait été ma partenaire.

There is a little story behind that: Richard Pinnell proposed two places to record. One was a church and one was a room in the university (?). Knowing me, he was sure that i wanted to go to the little room. When we entered it, i saw that it was horrible. I looked at it and asked Richard: “how far is the church?” and Richard, knowing me, cracked up laughing, that’s why this little quote is written on the cd as well. When we arrived at the church, of course i made all the little necessary jokes, i went up to the “chaire” like a stupid priest and played the trombone like an idiot preaching to the non-existing audience etc. Finally we recorded the piece, I was sitting in a comfortable armchair, listening to all the noises coming from outside, which you described very well... And playing some sounds. When the fly came along, I was so amused, that I decided it should stay on the record alongside me. As a partner.

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