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Jean-François Pauvros, Gaby Bizien : No Man's Land (Souffle Continu, 2017)

pauvros bizien no man's land

A l'occasion d'une actualité chargée (parution du Martien avec Charles Pennequin, d'A tort et au travers avec Antonin Rayon et Mark Kerr et du concert qu'il donnera avec les mêmes Rayon & Kerr le 3 octobre au Théâtre Dunois à Paris), le son du grisli passe quelques jours avec Jean-François Pauvros. Cette chronique est extraite du troisième volume d'Agitation Frite

Que ce soit pour le label Palm, ou pour Un-Deux-Trois, l’on doit à Jef Gilson d’avoir produit certains des meilleurs disques français de free jazz et d’impro. Mais ce n’est pas tout : on lui doit également d’avoir offert des conditions d’enregistrement idéales permettant à de jeunes talents d’éclore, parmi lesquels Daunik Lazro, André Jaume et Jean-François Pauvros, tous trois ayant réalisé sur l’un ou l’autre label leurs premiers enregistrements – et quels enregistrements ! 

Signé par Jean-François Pauvros (guitare, mais pas que) en compagnie de Gaby Bizien (batterie, percussions, trombone aquatique, balafon, appeaux), et donc produit par l’audacieux Jef Gilson, le bien-nommé No Man’s Land n’a guère d’équivalent en France (et dans le monde) quand il sort en 1976. Radical, libre, primitif, intemporel : il est à l’image de leurs auteurs, qui ne figurent pas pour rien dans la liste d’influences majeures concoctée en 1979 par Nurse With Wound. Ici le vertige des sens ne s’étiquette pas vraiment : tout en fulgurances et jaillissements déchirés, il grouille de crachotements et de scories – de mystère et de vie.

Disons-le tout net : No Man’s Land est LE grand disque d’impro français. À tel point qu’on peine à le croire surgi de nulle part, imaginant forcément ses deux signataires au courant des dernières avancées de la Music Improvisation Company britannique avant de réfléchir à une réplique. Pas du tout ! À en croire les intéressés, ces expérimentations étaient menées dans leur coin, quasiment en secret, dans l’ignorance totale des travaux de l’avant-garde liée à l’improvisation ! Au contraire, ce n’est qu’après la sortie de cet album que Jean-François Pauvros et Gaby Bizien prirent conscience d’une mouvance aux préoccupations proches !

C’est dire le degré d’inventivité de ce disque, que l’on rapprochera volontiers d’autres grands duos du même genre, tels Derek Bailey / Tony Oxley, Fred Frith / Chris CutlerJohn Russell / Roger Turner ou Gary Smith / John Stevens… La variété d’un polyinstrumentisme spécifique et débridé jouant toutefois en faveur des Français !

Jean-François Pauvros, Gaby Bizien : No Man's Land
Souffle Continu
Réédition : 2017.
Philippe Robert © Le son du grisli / Agitation Frite

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros



Jean-François Pauvros, Antonin Rayon, Mark Kerr : A tort et au travers (nato, 2020)

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A l'occasion d'une actualité chargée (parution du Martien avec Charles Pennequin, d'A tort et au travers avec Antonin Rayon et Mark Kerr et du concert qu'il donnera avec les mêmes Rayon & Kerr le 3 octobre au Théâtre Dunois à Paris), le son du grisli passera quelques jours avec Jean-François Pauvros

La chanson ce n’est pas trop mon truc. Alors je me dis que quand quelqu’un qui ne vient pas de là s’essaye à la chanson ça pourrait bien me plaire. Là ce quelqu’un c’est Pauvros, Jean-François de son prénom. Pas la peine de le présenter au lecteur, le guitariste crypto-culte, n’est-ce pas, lecteur ?

J’avoue que ça commence plutôt mal (pour moi). Car ses camarades de jeux que sont Antonin Rayon (aux claviers) et Mark Kerr (aux pecussions) balancent un tapis funkoldschool qui me refroidit sec. Pauvros balance quelques solos de guitare bien sentis et lit sa poésie mais bon… Heureusement, la suite est d’un autre tonneau.

Pas toujours des chansons, la suite (trop tard, j'ai déjà écrit le début de ma chronique). Parfois des interludes fantaisistes ou mystérieux, planant la plupart du temps. Je raccroche les wagons et me voilà qui suit avec enthousiasme l’afrorefrain d’Ailes ou la pop mélancolique (entre Rodolphe Burger et Lee Ranaldo solo) de Wish for Long. Pauvros est là, éternel, bel et bien inspiré quelle que soit la cadence. Nouveaux fracas avec La mer lèche les pieds des enfants oubliés et grande respiration avec Les ponts. C’est foutraque, hors-codes, chatoyant ! 

Jean-François Pauvros, Antonin Rayon, Mark Kerr : A tort et au travers
nato
Edition : 2020.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros


Jean-François Pauvros : 7 films de Guy Girard (La Huit, 2019)

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A l'occasion d'une actualité chargée (parution du Martien avec Charles Pennequin, d'A tort et au travers avec Antonin Rayon et Mark Kerr et du concert qu'il donnera avec les mêmes Rayon & Kerr le 3 octobre au Théâtre Dunois à Paris), le son du grisli passera quelques jours avec Jean-François Pauvros. Quelques films, pour débuter. 

Comme surpris par son silence après avoir recouvert de sable sa guitare électrique, Jean-François Pauvros s’en éloigne, sur l’immensité d’une plage normande. Faut dire qu’elle est souvent brûlante, la guitare de Pauvros, parfois patraque quand elle a besoin d’une grosse révision. Toujours présente même quand l’improvisateur se fait cuire deux œufs. Toujours à l’ouvrage quand elle égratigne Hendrix ou qu’elle hurle son fiel avec Keiji Haino ou Arto Lindsay. Toujours en action pour narrer les Bites de Chien.

Voilà, nous sommes entrés en plein cœur de Don Pauvros de la Manche, faux documentaire de Guy Girard. Faux parce qu’on ne documente pas Pauvros. Pauvros est action-fiction, personnage insaisissable même s’il reste toujours présent au cadre. Le réalisateur plante sa caméra et, toujours, quelque chose surgit. C’est facile, finalement, de filmer Pauvros : même le rien, ses déplacements avec guitare en bandoulière c’est de la haute épopée. Et nous n’en sommes qu’au premier film.

Et puis Pauvros soliloque à l’hôtel Innova et le réceptionniste est ravi. Et puis on suit un vieux rafiot (le Batofar en personne), on observe les observateurs (d’éclipse), on observe (l’éclipse). Et où l’océan s’arcboute. Et où l’on déambule. Et où l’on poursuit un ours blanc. Et où les corbeaux japonisent. Et dans le Batofar, Pauvros, Haino et François Causse poussent la saturation à terme (les mi-grateurs). Et puis, le clip tué mon amour avec Charles Pennequin et JFP.

Et puis, Catalogue (JFP, Jac Berrocal, Gilbert Artman) à Bruxelles en 2016 soit le rouge feu en action (trop court : 3 minutes !!!! Carton Rouge). Et puis, Marteau Rouge (JFP, Jean-Marc Foussat, Makoto Sato + Joe McPhee) : une autre fusion (en rouge feu toujours) avec déclaration en forme d’hymne amoureux à ceux qui causent dru. Et enfin Campus les studios rebelles. Ce n’est qu’un combat continuons le début semblent dire les dizaines de musicos passés par là tandis qu’une poule en recherche de cure-dents risque le court-bouillon électrique. Et à la fin, ils gagneront.

Jean-François Pauvros : 7 films de Guy Girard
La Huit / CNC
Captation : 1984 - 2016. Edition : 2019
Avec Jean-François Pauvros, Keinji Haino, Arto Lindsay, François Causse, Charles Pennequin, Jac Berrocal, Gilbert Artman, Jean-Marc Foussat, Makoto Sato, Joe McPhee…
Luc Bouquet © Le son du grisli

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros



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