Le son du grisli

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Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.



Mujician: There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)

mujigrisliDepuis près d'une vingtaine d'années, quatre musiciens britanniques de premier ordre interrogent avec tact l'interaction improvisée. Sous le nom de Mujician, Paul Dunmall (saxophones), Keith Tippett (piano), Paul Rogers (basse) et Tony Levin (batterie), signent leur sixième album: There's No Going Back Now.

Le temps de ramasser ensemble l'entière histoire d'une improvisation européenne pour laquelle ils ont oeuvré, et qu'ils survolent aujourd'hui au son d'intérêts différents mais complémentaires. Sans plus se poser de questions, Mujician peut adopter des allures changeantes: musique contrapunctique ou sérielle, free incisif, chaos instable ou accès soudain de mélodie apaisée.

Parti au rythme soutenu d'une introduction dense aux relents de jazz libre, le groupe calme ses intentions sur l'appel des 5 notes répétées par le piano de Tippett. Pièce quasi contemporaine, qui filera comme l'autre après l'apparition d'un gimmick de basse à l'origine d'une progression répétitive efficace et lancinante, qui ménage quelques élans individuels discrets.

Passé du ténor au soprano, Dunmall transporte Mujician vers d'autres rives, fait de Tippett un simple accompagnateur qui installera ensuite un swing plutôt classique, option contre laquelle semblera se battre le saxophone. Lorsque Dunmall se retire, le trio restant investit les mouvements circulaires, répétitifs encore, schéma abandonné au retour du ténor, qui sonne la charge dévastatrice, encouragée par les imprécations de Levin. L'élan romantique, pas infini, devra retomber dans les grincements et les fulgurances quiètes.

Trois quarts d'heure de combinaison adéquate, ne tenant jamais du collage impropre ou du rapprochement bancal. L'imbrication est celle d'orfèvres, et les solutions, immédiates, trahissent de quoi est capable l'expérience, voire, révèlent un génie dégagé de contraintes. S'il fallait tout oublier des musiques improvisées pour tout recommencer, There's No Going Back Now pourrait être le point choisi du nouveau départ.

CD: 01/ There's No Going Back Now

Mujician - There's No Going Back Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.


Paul Dunmall: Bridging The Great Divide Live (Clean Feed - 2003)

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Après l’avoir enregistrée une première fois en 2000, Paul Dunmall revoit, deux ans plus tard, la copie de sa composition The Great Divide. Devant public, il se charge de son entame au son de sa cornemuse avant de changer l’ordre d’intervention des solistes de son octette. L’introduction passée, le contrebassiste Paul Rogers peut lancer le swing explosif sous lequel évoluera l’interprétation.

Chacun des musiciens aura tout loisir de fulminer - Dunmall au saxophone ténor, Tony Levin à la batterie – quand Keith Tippett se contente, derrière son piano, de jouer les accompagnateurs discrets. Jusqu’à la consécration d’une pause, qu’il instaure avec le soutien de Levin, pour mieux l’abandonner, ses attaques sèches ravivant les intentions furieuses de l’ensemble des musiciens.

Retrouvé, le pandémonium court maintenant le long d’un swing jouant davantage des dissonances. La trompette de Gethin Liddington ou le trombone de Paul Rutherford tirant leur épingle du jeu sur la redondance efficace de la contrebasse. La conclusion célèbrera le retour du duo Tippett / Dunmall, défenseur surprenant d’un free jazz voué à tout embraser, jusqu’aux cendres.

En guise de rappel, une improvisation. A 4, cette fois : Dunmall, Tippett, Rogers et Levin, s’essayant de nouveau à l’exercice. Energique et ramassée, Wind est une pièce qui concilie la progression retenue du pianiste et l’ardeur des phrases du saxophone, et prend ainsi les allures d’un compromis agile et pertinent. Complétant à merveille la relecture d’un thème écrit tout en s’en démarquant.

CD: 01/ The Great Divide 02/ Wind

Paul Dunmall - Bridging The Great Divide Live - 2003 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Barry Guy : Study II, Stringer (Intakt, 2005)

london jazz composers orchestra study ii

A la tête du London Jazz Composers Orchestra depuis 1970, le contrebassiste Barry Guy n’en finit pas d’interroger la faculté qu’a l’individu de s’affirmer au sein d’un collectif là pour respecter des règles. Celles qu’un musicien doit suivre pour rendre une œuvre écrite, tout en évaluant les permissions d’y instiller un peu de Soi improvisé. Deux pièces enregistrées à dix ans d’intervalle illustrent ici le propos.

En 1980, Guy menait un Stringer long de quatre mouvements (Four Pieces For Orchestra). Oscillant déjà entre jazz et contemporain, gestes déraisonnables et structures contraignantes, il dirige un ensemble d’une vingtaine de musiciens dans un univers de métal. Bande passante chargée de propositions variées, la première partie chancelle au gré des assauts du contrebassiste Peter Kowald avant d’accueillir les percussions insatiables de Tony Oxley et John Stevens, ou le free appliqué du saxophoniste Trevor Watts.

Continuant à distribuer les solos, Guy engage Kenny Wheeler à déposer sa trompette sur une suite répétitive et baroque, en guise de deuxième partie. Puis arrive l’heure des souffles : Peter Brötzmann et Evan Parker rivalisent d’emportement sur Part III, quand le clarinettiste Tony Coe préfère confectionner quelques phrasés courbes. En guise de conclusion, les batteurs reviennent le temps d’un grand solo, qui pousse l’ensemble à investir enfin un chaos revendiqué et intraitable.

Si Stringer trouve naturellement sa place dans la riche discographie de la scène improvisée européenne de son époque, Study II, enregistrée en 1991, échappe davantage aux classifications. Cette fois, l’orchestre bâtit une musique nouvelle tirant sa substance des expériences de Berio ou de Cage. Montent des nappes quiètes, écorchées tout juste par des notes multidirectionnelles échappant au cadre ou par quelques grincements promettant la charge à venir.

Grâce aux coups de Paul Lytton, les musiciens trouvent la faille et s’y engouffrent à 17 : la contrebasse de Barre Phillips, les saxophones d’Evan Parker, Trevor Watts et Paul Dunmall, le piano retenu d’Irène Schweizer, le trombone de Conrad Bauer, surtout, imposent un marasme fertile. Ainsi, Study II prouve qu’une décennie peut accueillir l’évolution. Et que la somme des documents la concernant peuvent servir une même idée sur un timbre différent. Deux élans parmi tellement d’autres, mais grâce auxquels Barry Guy lustre les rayons rococo d’une musique exubérante et singulière : la sienne, et un peu celle de chacun des autres.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra : Study II, Stringer (Intakt / Orkhêstra International)
Réédition : 2005.
CD : 01/ Study II 02/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part I 03/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part II 04/ Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part III 05 Stringer (Four Pieces For Orchestra) Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Paul Dunmall: In Your Shell Like (Emanem - 2004)

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Il est de drôles de manières d'utiliser aujourd'hui des instruments anciens. Prenons la vielle à roue, qu'utilise à merveille, et dans des domaines musicaux balisés, Stevie Wishart. Persuadée par Paul Dunmall - saxophoniste iconoclaste soufflant, à l'occasion, en cornemuses - d'abandonner pour une heure la musique médiévale, la voici s'adonnant à une improvisation en règle.

Enregistré en duo, Shells And Other Things est un parcours codifié, tirant profit des résonances et des interférences de la vielle et de la cornemuse puis du soprano. Les notes sont incisives, et les bourdons élaborent ensemble une montée en puissance délicate, dont on sonnera le glas en instituant un dialogue free. Lorsque Paul Lytton intervient, c'est pour enrichir d'insinuations rythmiques des improvisations réfléchies. Sur The Ears Have It, quelques cordes accrochées font place aux évolutions intelligentes des trois musiciens. Serein, leur développement n'a d'autre effet que l'écoute ébahie d'un auditeur trimbalé sur des steppes asiatiques. Sous l'herbe, des palais oubliés, que l'on met au jour au son de bourdons faits sirène annonçant les découvertes. Ailleurs, le duo Dunmall / Lytton converse et sait de quoi il parle. Le saxophone ténor du premier oppose des circonvolutions baroques aux attaques énergiques du second (Nothing To Do With Shells). La complicité des deux hommes permet la surenchère amicale, oeuvrant pour qu'ils touchent ensemble l'extase qu'offre la mise en place de rondes ravissantes.

Quand le soprano remplace le ténor, Dunmall s'octroie quelques silences perdus parmi des touches rythmiques abondantes et sensées (It's In Your Ear). Enfin, à trois on clôt l'enregistrement, au gré d'une superposition cohérente de participations plus individuelles (In Your Shell Like). Histoire de donner tout, une dernière fois, avant de renouer en solo avec ses singularités.

CD: 01/ Shells And Other Things 02/ Nothing To Do With Shells 03/ It's In Your Ear 04/ The Ears Have It 05/ In Your Shell Like

Paul Dunmall - In Your Shell Like - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.



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