Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Command All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings,2008)

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Des beaux restes de bandes oubliées, Curiosities 1972 tire sa substance rare : preuves d’existence données d’un groupe occasionnel emmené, l’année susnommée, en studio par le tromboniste Nick Evans et le trompettiste Mark Charig, et dans lequel on trouvait Elton Dean (saxophones et piano électrique), Keith Tippett (pianos), Keith Bailey (batterie) et deux contrebassistes venus d’ailleurs : Harry Miller et Johnny Dyani.

Aux Command Studios de Londres – qui donnent aujourd’hui leur nom au groupe –, une improvisation collective prenaient donc ses aises : bouleversante plusieurs fois, et de différentes façons pour obéir à diverses combinaisons instrumentales ; sans concession, évidemment, ce qui vaudra au disque de voir repoussée, puis oubliée, sa publication. Pourtant, l’association, tonitruante, en démontre avec emphase : Tippett jouant le courant porteur – voire, attelé à imposer un singulier psychédélisme sur African Sunrise –, Dean passant de clavier en sopranino avec la même intensité (aller l’entendre sur But Insane), Miller allant de contrebasse en flûte africaine pour évoquer au mieux African Sunset. En supplément, un titre donne à entendre Dean, Evans et Charig en compagnie d’un autre Sud-Africain inspiré : le batteur Louis Moholo.

Comand All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1972. Edition : 2008.
CD : 01/ Guilty 02/ But Insane 03/ African Sunset 04/ African Sunrise 05/ Roots and Wings 06/ Just Us Plus * Vehim
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.


Chris McGregor: Brotherhood (Fledg’ling - 2008)

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En 1972, sortait Brotherhood, deuxième album (après un éponyme assez anecdotique) du Brotherhood of Breath, grand ensemble libertaire dirigé par le pianiste sud-africain Chris McGregor, ou Duke Ellington du Cap. Réédité.

Douze musiciens, parmi lesquels compter aussi Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Harry Miller, Louis Moholo, servent sous les faux airs d’une fanfare joyeuse un mélange rare de free jazz sans limite pour rejeter avec force l’influence de piano bar à laquelle doit faire face McGregor (Joyful Noises) et de swing à l’allure mouvante, puisque altéré par les sifflements instrumentaux (Think of Something).

Plus vindicatives, les percussions soufflent ensuite sur les braises d’un répétitif et dansant Do It, saxophones clamant une dernière fois l’héritage de Sun Ra (le parallèle avec les enregistrements en leader du disciple Eddie Gale, à faire aussi) avant d’entamer un court Funky Boots March qui finit de révéler la fougue du groupe de McGregor, qui accueillera plus tard des invités de la taille d’Evan Parker ou Paul Rutherford), et donne ici l’un de ses enregistrements les plus enthousiasmants.

CD: 01/ Nick Tete 02/ Joyful Noises 03/ Think of Something 04/ Do It 05/ Funky Boots March >>> Chris McGregor’s Brotherhood of Breath - Brotherhood - 2008 (réédition) - Fledg’ling. Distribution Orkhêstra International.


Charles Tolliver: With Love (Blue Note - 2007)

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Rappelé en 2005 par le pianiste Andrew Hill pour l’enregistrement de son album Time Lines, le trompettiste Charles Tolliver faisait l’année dernière son retour en leader. Ancien partenaire de Jackie McLean et d’Art Blakey, c’est dans l’orchestre de Gerald Wilson qu’il commence à s’intéresser à la musique pour grands ensembles, dans le même temps qu’il enregistre et autoproduit ses disques sur le label Strata East.

Quarante ans plus tard, Blue Note lui propose de réévaluer ses intentions orchestrales et le renvoie en studio en compagnie d’un groupe de musiciens triés sur le volet. Anciens complices (Cecil McBee, Stanley Cowell) et nouvelles recrues (Robert Glasper, Todd Bashore) se plient alors aux arrangements subtils administrés par Tolliver à six de ses compositions et à une interprétation du 'Round Midnight de Monk. Sous les dorures de rigueur, au premier abord pompier, With Love ballade son big band d’un swing contestable à une cacophonie récréative. Mais surtout : distribue ses solos avec sagacité et marrie l’exubérance du Lalo Schiffrin de Bullitt à l’esprit ardent de Jackie McLean. A suivre, donc et encore, Charles Tolliver.

CD: 01/ Rejoicin’ 02/ With Love 03/ Round Midnight 04/ Mournin Variations 05/ Right Now 06/ Suspicion 07/ Hit The Spot

Charles Tolliver Big Band - With Love - 2007 - Blue Note. Distribution EMI.


Bill Dixon: With Exploding Star Orchestra (Thrill Jockey - 2008)

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Emmené par le trompettiste Rob Mazurek, l’Exploding Star Orchestra (dont font entre autres partie le guitariste Jeff Parker, la flûtiste Nicole Mitchell et le tromboniste Jeb Bishop) faisait, en septembre 2006, une rencontre inattendue : celle de Bill Dixon, légende, à sa manière détachée, des premières heures du free.

Au programme : un hommage du jeune trompettiste au plus ancien (Constellations For Innerlight Projections) inséré entre les deux mouvements d’Entrances : suite d’embouteillages instrumentaux qui réussit à placer quelques solos brefs sur un rythme soutenu avant de traîner son univers d’impressions lentes (One), puis clin d’œil au Third Stream assemblant des morceaux d’atmosphère de plus en plus denses jusqu’à l’apparition de sirènes reposantes (Two).

Entre les deux, la dédicace de Mazurek : Damon Locks récitant un texte plein de notes et de constellations, d’images et de planètes. A la suite de Sun Ra, donc, une faille spatio-temporelle que l’on investit avant que l’Exploding Star Orchestra envisage sa chute au son inquiet des hurlements, free grandiose en voie d’apaisement quand même, histoire de mieux faire le lien entre l’avant et l’après. Tout comme la rencontre, le fruit de celle-ci : inattendu.

CD: 01/ Entrances/One 02/ Constellations For Innerlight Projections (For Bill Dixon) 03/ Entrances/Two

Bill Dixon With Exploding Star Orchestra - 2008 - Thrill Jockey. Distribution PIAS.



Joe Giardullo: Red Morocco (Rogue Art - 2007)

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A la tête d’un ensemble de 14 musiciens (parmi lesquels on trouve Daniel Levin, Joe McPhee, Lori Freedman, ou Dom Minasi), Joe Giardullo donnait en 2005 de belles couleurs au Third Stream de George Russell.

Ajoutant à son étude de la théorie une pratique en compagnie de partenaires compétents, Giardullo convoque ainsi quelques fantômes entre quelques phases improvisées : Gershwin autant que Schönberg sur les soupçons de cordes appliquées à OPB. Ailleurs, une musique impressionniste disparaît peu à peu sous l’insistance des cuivres (Memory Root), une progression contemporaine dispose des notes soudaines de piano sur d’autres mouvements de cordes. Et puis, en guise de conclusion, Giardullo peint sur Red Morocco un univers ouaté, subtil et décisif. Qui confirme la réussite d’une expérience dans laquelle beaucoup se sont perdus.

CD : 01/ OPB 02/ OPG 03/ 2T(m) 04/ Memory Root 05/ OPD 06/ Q-2G(e) 08/ Calabar 09/ Hikori 10/ Red Morocco

Joe Giardullo Open Ensemble - Red Morocco - 2007 - Rogue Art.


Alexander Von Schlippenbach: Globe Unity Orchestra – 40 Years (Intakt - 2007)

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40 années, donc, qu’Alexander Von Schlippenbach mène son Globe Unity Orchestra. En novembre 2006, au Jazzfest de Berlin, eut lieu une célébration qui rassembla, aux côtés du pianiste : Evan Parker, Gerd Dudek, Ernst-Ludwig Petrowsky, Rudi Mahall, Kenny Wheeler, Manfred Schoof, Jean-Luc Capozzo, Axel Dörner, George Lewis, Paul Rutherford, Jeb Bishop, Johannes Baueur, Paul Lovens et Paul Lytton.

Une équipe irréprochable, en somme, qui œuvrait à défendre trois compositions de son leader, et trois autres signées Steve Lacy, Willem Breuker et Kenny Wheeler, au son d’envolées et de débordements combinés aux façons intactes des intervenants. Prenant ici les airs d’une drôle de fanfare héroïque (Out of Burtons Songbooks), l’ensemble interprète ailleurs avec précision The Dumps (soprano de Parker contre clarinette basse de Mahall), ou sert un air de fête qui ne tardera pas à dégénérer en affrontements (Bavarian Calypso). Partout, dépeintes avec merveille, les frasques déraisonnables d’adultes contrariés.

CD: 01/ Globe Unity Forty Years 02/ Out of Burtons Songbooks 03/ Bavarian Calypso 04/ Nodago 05/ The Dumps 06/ The Forge

Alexander Von Schlippenbach Globe Unity Orchestra - 40 Years - 2007 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.


Peter Brötzmann: The Complete Machine Gun Sessions (Atavistic – 2007)

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L’occasion (réédition augmentée de Machine Gun) faisant le larron angliciste : Peter Brötzmann conduisait, en 1968, la dream team de la Free Music européenne. Fast & Furious.

Aux côtés d’Evan Parker, Willem Breuker, Fred Van Hove, Peter Kowald, Buschi Niebergall, Sven-Åke Johansson et Han Bennink, Brötzmann décide de tout sacrifier à un défoulement exutoire : maelström de pratiques permissives hurlantes, découpées ou gonflées de plaintes qui savent faire usage d’ironie mordante – free jazz évaporé à l’arrivée d’une fanfare soul sur Machine Gun, ou écarté au son d’un mambo soudain rendu à l’unisson sur Responsible.

Les ruades de piano solo de Music for Han Bennink passées, voici d’autres versions des œuvres rares que sont les deux pièces citées plus tôt : prises alternatives ou enregistrement concert (auquel participe aussi le saxophoniste Gerd Dudek) qui réaffirment l’évidence selon laquelle : s’il faut avoir chez soi un disque de jazz fomenté en Europe à cette époque, alors, il s’agit de Complete Machine Gun Sessions.

 

Peter Brötzmann : The Complete Machine Gun Sessions (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1968. Edition : 2007.

CD: 01/ Machine Gun 02/ Responsible / For Jan Van De Ven 03/ Music for Han Bennink 04/ Machine Gun (2nd Take) 05/ Responsible / For Jan Van De Ven (1st Take) 06/ Machine Gun (Live)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform - 2007)

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En 1983, le contrebassiste anglais Graham Collier abandonnait son instrument au profit de la direction d’un orchestre d’exception, qui comptait dans ses rangs John Surman, Ted Curson, Tomasz Stanko ou Kenny Wheeler - 4 musiciens auprès de 16 autres, partis défendre ensemble Hoarded Dreams.

Dans les pas de George Russell, Collier interroge ici le rapport d’un jazz qu’il a toujours servi et d’une musique contemporaine décomplexée. Sortis des brouillards dissonants, une valse emportée ou un grand swing peuvent alors voir le jour ; ailleurs, une musique de chambre tourmentée ou un brin de funk rehaussé par les cuivres se disputent les faveurs de la composition. Toutes combinaisons faisant place, à intervalles presque réguliers, à un free jazz brouilleur de cartes.

Décelables parmi les envolées, les gestes précis de solistes remarquables : la trompette de Curson et le saxophone baryton de Surman sur Part 2, la flûte de Geoff Warren sur le mouvement lent de Part 4. Gratifications supplémentaires à celles déjà offertes par une pièce réfléchie, menée d’une main vicieuse par Graham Collier lui-même.

Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1983. Edition : 2007.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sun Ra: Springtime in Chicago (Leo Records - 2006)

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Publié dans la série “Golden Years of New Jazz” du label Leo Records, Springtime in Chicago revient sur un concert donné par L’Arkestra le 25 septembre 1978, à Chicago.

A la tête d’une quinzaine de musiciens, Sun Ra improvise d’abord une impression africaine et entêtante, avant de laisser June Tyson à l’interprétation a capella d’un Springtime in Chicago qui finira par disparaître sous le pandémonium défendu par la totalité des instruments à vent. Et l’ensemble d’évoluer à l’image de cette succession, au gré des tourmentes fomentées par le free d’un big band euphorique (Discipline 27, Next Stop Mars) et de ritournelles certes plus calmes, mais hallucinées.

Au nombre de celles-ci, quelques retours vers un swing des origines (du Big John’ Special de Fletcher Anderson à King Porter Stomp), des refrains enthousiastes portés en groupe (Second Stop is Jupiter, Space is the Place, Enlightenment), ou d’autres combinaisons singulières de bop, rythm’n’blues et boogie (Somewhere Over The Rainbow, Yeah Man !).

Ici ou là, des interventions individuelles remarquables: invocations de l’orgue de Sun Ra sur The Shadow World, charges prodigieuses des saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen (Calling Planet Earth) ou dissonances chastes des trompettistes Eddie Gale, Walter Miller et Michael Ray (Body and Soul, Yeah Man !).

Perturbé et insouciant, Sun Ra compte sur les surprises d’un chaos jubilatoire permis par la relativité des conséquences d’un tel voyage : concert foisonnant porté haut, simplement pour irradier plus intensément.

CD1: 01/ Untitled improvisation 02/ Springtime in Chicago 03/ Astro black 04/ The world is waiting for the sunrise 05/ Discipline 27 06/ The shadow world 07/ Yeah man! 08/ Queer notions - CD2: 01/ Big John's special 02/ Somewhere over the rainbow 03/ Lights on a satellite 04/ Body and soul 05/ King Porter stomp 06/ Second stop is Jupiter 07/ Space is the place 08/ Enlightenment 09/ Next stop Mars 10/ Calling Planet Earth

The Sun Ra Arkestra - Springtime in Chicago - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.



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