Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Adam Gołębiewski : Pool North (Latarnia, 2016)

adam golebiewski pool north latarnia

La batterie étant boite à trésors, Adam Gołębiewski ne se prive pas d’en tirer quelques polyphonies démesurées.  A l’aide d’objets, de métaux, d’adhésifs, d’un micro et de dizaines d’autres sources, il lessive, percute, entasse, malaxe, râcle, gratte, part à l’assaut. Parfois, s’éclaire quelque relief de cymbales, parfois se perçoivent les peaux et cercles des tambours.

Mais le plus souvent n’existe qu’une symphonie de grondements, crissements, chocs, carillons, tumultes, roulements et balayages. La batterie n’est alors que frénésie de fantômes hurleurs et malveillants.



pool north

Adam Gołębiewski : Pool North
Latarnia Records

Enregistrement : 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Straight, Mute 02/ Decay 03/ Left Hand Shake 04/ Ellington Tradition 05/ Half Blame 06/ Manner & Timbre 07/ Glass of Seawater
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Keith Rowe, Costa Monteiro, Belorukov, Liedwart : Contour (Mikroton, 2014) / Rowe, Belorukov, Liedwart : Tri (Intonema, 2014)

keith rowe alfredo costa monteiro kurt liedwart contour

C’est une belle couverture : les mains de Keith Rowe, un balai miniature et sa guitare à plat, instruments et ustensiles attendant la prochaine préparation, quelques pédales ; la précision du geste est artisanale, derrière laquelle l’artiste (mais non pas le musicien) s’efface.  

Auprès du guitariste, ce 29 avril 2013, c’est Alfredo Costa Monteiro à l’accordéon, Ilia Belorukov au saxophone alto et à l’électronique et Kurt Liedwart aux objets et à l’électronique lui aussi. A deux (Rowe & Costa Monteiro) puis à quatre, les musiciens lèvent timidement un lot de grisailles – on imagine les préparations d’avant le commencement « véritable », l’ébauche avant l’apparition du paysage –, déposent un larsen sur des plaques tournantes, remuent dans un même souffle. Un rythme peut même éclore, qui atteste que l’artisan ne s’interdit rien et que les musiciens en présence se sont accordés sur son savoir-faire, à deux, et puis à quatre.

contour

Keith Rowe, Alfredo Costa Monteiro, Ilia Belorukov, Kurt Liedwart : Contour
Mikroton / Metamkine
Enregistrement : 29 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Two (R+CM) 02/ Four (R+CM+B+L)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


keith rowe tri

Sans Alfredo Costa Monteiro, les mêmes donnaient deux jours plus tôt un concert à Saint Petersbourg : avec (première plage) ou sans public (seconde). Bruitiste davantage, l’électronique se joint aux souffles pour mieux faire effet sur les lignes de guitare. Magnétique, l’improvisation marie aigus et graves dans un effleurement, mais aussi insistances (de l’alto) et discrétions (grésillements, crépitements, chuintements, toutes notes éparpillées comme autant de bruits secrets).

tri

Keith Rowe, Ilia Belorukov, Kurt Liedwart : Tri
Intonema / Metamkine
Enregistrement : 27 avril 2013. Edition : 2014.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

contourLe samedi 19 mars, le trio Keith Rowe / Ilia Belorukov / Kurt Liedwart jouera à Nantes en compagnie de Julien Ottavi, dans le cadre des concerts intimes organisés par l'association APO33.

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Alfredo Costa Monteiro : Um Em Um (Monotype, 2015)

alfredo costa monteiro um em um

Un accordéon et des objets, c'est l’instrumentarium d’Alfredo Costa Monteiro sur cet enregistrement solo qui nous vient de Varsovie (16 novembre 2014).

Soufflant sifflant, c’est de l’accordéon, mais ça pourrait bien être aussi de la scie égoïnomusicale ou du cri de serpent, parce qu’ACM est un charmeur. Même les parasites (qu’ils émanent de sa propre personne ou de ses objets) adoptent le rythme des va-et-vient  de son piano à bretelles. Et notre oreille balance, d’un plateau sur l’autre, d’une note aigue à une autre, grave… Et si l'on fait toute confiance à son équilibre, alors il ne reste plus qu'à se laisser aller dans le son.



alfredo costa monteiroAlfredo Costa Monteiro : Um Em Um
Monotype / Metamkine
Enregistrement : 16 novembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Um Em Um
Pierre Cécile © Le son du grisli

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James Moore : Plays The Book of Heads (Tzadik, 2015)

james moore plays the book of heads john zorn

Les prises semblent être les mêmes : le disque et le film auraient donc un seul et même sujet ? James Moore, qui récite le Zorn du guitariste : The Book of Heads, que le compositeur écrivit (1976-1978) pour Eugene Chadbourne et dont Marc Ribot fit sa chose au milieu des années 1990.

Trente-cinq pièces courtes (dites « études ») , que Moore interprète donc à son tour : la guitare est souvent préparée,  augmentée parfois même, et les manipulations sont nombreuses. Des mélodies de rien, ici, qu’il faut sur instruction abandonner sous l’effet d’un bottleneck (une flasque vidée par qui ?) ; des fantaisies virant, là, sous l’effet du hasard, à l’expérimentation ; des objets qui, ailleurs encore, parlent (une poupée) ou chantent (le Blackbird des Beatles comme détruit à la guitare sèche, un blues de contrebande approché à l’électrique…).

Le film (Stephen Taylor) permet de mettre sur un son le nom d’un ustensile qui, sur disque, nous aurait surement échappé. Maintenant, l’œcuménisme de Zorn s’en trouve-t-il éclairé, si ce n’est réinventé ? Enfin, que décider ? Préférer l’entendre ou le voir ?



john zorn james moore

James Moore : Plays The Book of Heads
Tzadik / Orkhêstra International
Edition : 2015.
CD / DVD : 01-35/ Étude #1 - Étude #35
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

une minute une seule le son du grisli

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Eventless Plot : Structures (Creative Sources)

eventless plot structures

On pourra désormais envisager le monde d’Eventless Plot en ces Structures que portent Vasilis Liolios (piano, synthétiseur analogique, bols chantants, objets…), Yiannis Tsirikoglou (guitare, électronique) et Aris Giatas (piano préparé ou non, cloches). Flottantes, puisque le trio peut les improviser « seul » ou en compagnie d’invités : Chris Cundy à la clarinette basse sur la première pièce, Louis Portal aux percussions et objets sur la troisième.

Avec Cundy, c’est un jeu de soutiens permanent : piano effleuré en divers endroits, percussions fines additionnant leurs résonances, filet électronique et objets travaillés engagent la clarinette à trouver sa place sur une électroacoustique en équilibre charmant, mais précaire aussi. Tentantes, les saillies individuelles sont toujours réfrénées : et voici le collectif fondu en interférences ou, avec Portal, ravi par un drone. Changeants, les trois temps de ce disque court réaffirment (après Recon) le bel art qu’Eventless Plot tire de sa mesure et de ses discrétions.  

Eventless Plot : Structures (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Interior/Interaction 02/ Points of Attraction 03/ Co_exist
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bryan Eubanks & Pascal Battus : Nantes, 28 juin 2014

bryan eubanks pascal battus trempolino nantes

Ouvrant une soirée « Images physiques & musiques vibrantes » – à laquelle auront aussi participé VA AA LR, Richard Tuohy et Takashi Makino –, Bryan Eubanks et Pascal Battus étaient attablés ce 28 juin au Trempolino de Nantes.

C’est en percussionniste que Battus entame l’improvisation, levant une première rumeur dont le souffle réanimera l’intérêt d’Eubanks pour l’invention de phénomènes sonores. C’est d’ailleurs là une cause commune à Battus et Eubanks : les surfaces rotatives et objets amplifiés du premier – assister à un concert de Battus, c’est forcément, en auditeur perturbé ou indiscret, se poser la question de la provenance des sons à y entendre (du quoi ? voire du qui ? cette corde qui vibre ne démontre-t-elle pas une âme ?)  – et le matériel électronique du second, inquiets tous de révéler, quand ce n’est pas de concevoir, des chants inespérés.

Des deux courtes tables de l’atelier, naît alors un arrangement : futuriste et recycleur, mesurant ses excitants (vibrations de moteurs, coups portés, souffles induits…), Battus provoque des réactions en chaîne ; jouant de sons en ordinateur (bruissements, sinus, battements étouffés…) ou retouchant quelques notes révélées par son partenaire, Eubanks fait quant à lui œuvre de déstabilisation discrète. Au gré de perturbations qui, dans l’onde, ont trouvé leur mesure et puis leur harmonie, le duo a composé comme par enchantement.

Bryan Eubanks et Pascal Battus, Nantes, Trempolino, 28 juin 2014.
Photo : Chloé Dusuzeau / Mire.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gregory Büttner : Scherenschnitt / Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through / Adam Asnan : FBFC (1000füssler, 2013)

gregory buttner scherenschnitt

Des trois références qui viennent grossir la discographie du label au mille-pattes de Gregory Büttner, Scherenschnitt est celle qui augmente aussi  l’œuvre enregistré du patron. Née d’une installation du même nom (dont la couverture du petit disque montre un détail), Scherenschmitt est une histoire de découpage (de papier et de carton) enregistré et du collage de ces enregistrements. Sur onze minutes, l’expérience de close miking, récepteur à mi chemin du matériau et du geste, découpe moins une « silhouette acoustique » qu’elle ne révèle les trajectoires de mouvements « in process » inquiets d’artisanat autant que d’artefact.

Gregory Büttner : Scherenschnitt (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Scherenschnitt

olaf hochherz rooms to carry books through

Muni de micros piezo, baffles, mixer…, Olaf Hochherz s’attelait en 2012 à Berlin à l’électroencéphalogramme d’un livre. Les résultats de l’expérience sont à entendre sur Rooms to Carry Books Through – qui évoquent à leur façon le Voyage autour de ma chambre de Maistre : soufflements, silences, respirations infimes et réactions minuscules d’un livre qu’Hochherz peut aussi provoquer du doigt. Bientôt, c’est un prélude qui convainc l’amateur de papier qu’une faune jusqu’alors inconnue s’affaire entre ses pages.

EN ECOUTE >>> Rooms to Carry Books Through (extrait)

Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Rooms to Carry Books Through

adam asnan fbfc

Un bruit de tonnerre et les tremblements qu’il provoque ouvrent FBFC, travail d’amplification d’un couvercle de métal auquel s’est appliqué Adam Asnan. S’il porte des coups à l’objet, le musicien choisit de se laisser déborder par les échos qu’il commande à l’électronique. Ainsi, alternant rythmes réguliers et attaques défaites, Asnan modèle au son de feedbacks et de rumeurs les reliefs concrets d’épatantes ecchymoses, voire d’ultramodernes commotions.

EN ECOUTE >>> FBFC 2

Adam Asnan : FBFC (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ FBFC 1 02/ FBFC 2 03/ FBFC 3 04/ FBFC 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre, 2013)

osvaldo coluccino oltreorme

Quelqu’un s'en serait-il rendu compte du plagiat ? Si j’avais écrit d’Oltreorme ce qui avait été écrit d’Atto ? Je copie & je colle, Héctor, pour dire à mon tour qu’Osvaldo Coluccino ne joue d’objets comme personne. D’ailleurs, il ne joue pas. Non, il examine, secoue, voit ce que ça donne, cherche, trouve ou ne trouve pas, creuse ou abandonne…

J’aurais aimé dire aussi que nous ne devons pas chercher quel est l’objet, qu'il faut laisser faire l’imagination qui trotte et qui galope, le disque qui invite à l’imagination… Mais Atto n’est pas Oltreorme, dont le titre est un néologisme qui nous lance sur la piste d’ « outre-empreintes ». Plus que sur son prédécesseur, les objets questionnent le silence. Plus que sur son prédécesseur, Coluccino réinvente la musique concrète en la rendant élusive. Même dans le concret, il est important de se distinguer. Et Osvaldo Coluccino a su le faire.

Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Oltrorme 1-5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Radu Malfatti, Taku Unami : (Erstwhile, 2012)

radu malfatti taku unami le son du grisli

D’ordinaire, le silence « se fait ». Au Stone de New York, le 11 septembre 2011, ce sont Radu Malfatti et Taku Unami – intimes pour avoir plusieurs fois enregistré ensemble (Tokyo Sextet [2005]: Electronic Version, Kushikushism, Goat vs Donkey) – qui firent le silence. Qui n’est plus ce qu’il était…

Dans le public, d’abord, des conversations que chasse l’entrée des musiciens. Dans l’obscurité ce 11 septembre 2011 ou plus tard sur disque – c'est-à-dire à distance et privé même des ombres –, il faudra guetter le moindre son pour espérer pouvoir ensuite seulement supposer ce que le duo trame. Objets déplacés, rumeur de la rue, grincement d’une porte, respirations s’il tend bien l’oreille : l’auditeur se fait tout un monde du peu qui lui parvient. Pour ne pas le perdre tout à fait, c’est une note de guitare acoustique qu’Unami soudain taquine ou un grave de trombone qui, à peine mis au jour, disparaît – du bout des lèvres, Malfatti pourra plus loin évoluer sur une poignée de notes.

Cinquante minutes : une expérience et plus encore un moment que Malfatti et Unami ont choisi de ne pas traduire ni transformer en musique, mais plutôt de révéler en négatif. En fin de parcours, le tromboniste demande à son partenaire s’il en a fini, souligne qu’il n’est que l’invité, la réponse à la question est un oui derrière lequel l’enregistrement prend fin. L’autre question laissée en suspens (par le musicien, le label, et à leur suite le chroniqueur) ne concernera pas tant la performance sonore – l’art en a vu jouer bien d’autres – que son passage sur disque. Dont le titre même s'efface devant un soupir.

Radu Malfatti, Taku Unami : s/t (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
CD
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Butcher, Akio Suzuki : Immediate Landscapes (Ftarri, 2017)

john butcher akio suzuki

La tournée « Resonant Spaces » date de juin 2006, qui a emmené John Butcher et Akio Suzuki à travers l’Ecosse – et ce, jusqu’aux Orcades – jouer, seul ou en duo, en plusieurs endroits « résonant » dont les noms donneront leur titre aux cinq premières plages d’Immediate Landscapes : Wormit Reservoir, Fife ; Hamilton Mausoleum, South Lanarkshire ; Smoo Cave, Durness, Highlands ; Tugnet Ice House, Spey Bay, MorayLyness Oil Tank, Island of Hoy.

Ce n’est bien sûr pas la première fois que John Butcher (Resonant Spaces en solo, Cavern with Nightlife, seul ou avec Toshimaru Nakamura…) et Akio Suzuki (la quasi-totalité de sa discographie) interrogent l’espace qui les entoure, et leurs manières de procéder peuvent s’entendre. C’est donc, à chaque fois, d’abord un travail de prospection que le premier réalise aux saxophones et le second aux objets, à l'analapos ou à la voix. Ensuite, ce sont des dialogues que l’un espère, que l’autre imagine, et vice-versa, selon l’écho (saisissant, celui de l’Hamilton Mausoleum) ou diverses surprises.

De souffles en peine en interjections autoritaires, Butcher tourne souvent sur lui-même et accueille dans sa danse ici la voix de fausset de son camarade, là le battement de quelques-uns de ses objets, ailleurs encore la respiration de pierres dont il a certainement tout juste rempli ses poches. Puisque c'est là une des caractéristiques fondamentales de la poésie du duo : faire avec ce qui l’entoure, envisager ses possibles chants et s’évertuer alors à les faire entendre.

Après ces cinq courtes plages – de cinq à huit minutes –, le disque rend un duo enregistré par les mêmes au Ftarri Festival, organisé à Tokyo en 2015. Vingt-cinq minutes, cette fois, qui ont des airs de répertoire de sons inusités : le ténor vague ainsi parmi ce qui fait l’effet d’une guimbarde crépitante, de sifflements d’oiseaux ou de mystérieux craquements. Sans l’image, l’enregistrement interroge souvent, d’autant que Butcher peut parfois donner l’impression de s’y être égaré. Or, l’instant d’après, le voici qui épouse tel timbre incongru ou suit tel rythme minuscule : emboîtant le pas à l’iconoclastie de Suzuki, il s’y abandonne et la multiplie.

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John Butcher, Akio Suzuki : Immediate Landscapes
Ftarri / Metamkine
Enregistrement : juin 2006 / novembre 2015. Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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