Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Ben Owen : Birds and Water, 2&3 (for cassette) (Winds Measure, 2015)

ben owen birds and water 2 & 3

Que Ben Owen tienne à préciser, après le titre de ces deuxième et troisième Birds and Water, « (for cassette) » est fait pour informer : c’est ici, sur cassette, à la fois la reprise et la relecture d’un disque Observatoire publié en 2011. C’est aussi un ouvrage qui désormais joue avec son propre format…

C’est-à-dire, en première face : une note tenue (d’orgue, de synthétiseur peut-être) sur laquelle Owen verse au fur et à mesure grisailles et brouillages, qu’il interrompt un peu plus loin, ou dont, entre temps, il retourne ou maltraite la bande qu’elle imprimait pourtant. On aura beau vérifier la platine, suspectée de fatigue et potentiellement de danger, le propos rassure, que l’on suppose en guerre ouverte contre ces drones qui, aujourd’hui partout, pullulent.

Le drone anéanti, était-ce alors Birds and Water, 3 qui débutait ? Sur la seconde face, on trouvera la pièce deux fois « éditée » : quatre et dix-sept minutes qui renouent avec le drone, mais un drone grave, voire enfoui, et en conséquence plus discret. Qu’Owen modifie secrètement sa hauteur ou l’imagine sorti d’une boucle de masse, c’est la résistance du bourdon qu’il interroge encore et dont il alterne les effets – plus récemment, c’est en illusionniste qu’il la faisait disparaître sur Birds and Water, 4.

écoute le son du grisliBen Owen
Birds and Water, 3 cs Edit 1

Ben Owen : Birds and Water, 2 & 3 (for cassette) (Winds Measure)
Enregistrement : mai 2010 . Edition : 2011 (Obs). Réédition : 2015.
K7 : A/ Birds and Water, 2-3 – B1/ Birds and Water, 3 cs Edit 1 B2/ Birds and Water, 3 cs Edit 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice, 2015)

joda clément i hope you like the universe

Est-ce encore un field recording que j’entends derrière ce feedback calmé de loin ? Bing (par une question !), voici que commence I Hope You Like the Universe du Canadien Joda Clément.

Est-ce encore un drone arco derrière ce field recording ? Et derrière ce field recording serait-ce encore une sirène de police urbaine ? Urbaine, ma fille, comme la première face. Même en ville on n’en croise plus des sons comme ça. Tout se bouscule à tel point que Clément est obligé de prendre de la hauteur sur la deuxième face…

Balladerait-il maintenant ses micros à bout de bras au-dessus du périphérique (c’est-à-dire entre les voitures et les avions) ? Heureusement qu’il maroufle l’addition, et même qu’il écrase tout ça au camion rouleau. Après quoi il file les débris pour tisser des tapis environnementaux... j'avoue : bien agréables à l’écoute !

Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice Recordings)
Edition : 2015.
Cassette ! A/ Part I B/ Part II
Pierre Cécile © Le son du grisli


Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY, 2015)

herbert distel travelogue

Le voyage, en train notamment, remue l’œuvre sonore de l’artiste suisse Hebert DistelDie Reise (1985), La Stazione (1990), Railnotes (2003) sont les noms des disques publiés par le passé par hat ART et hatOLOGY. Sur Travelogue, des sons que lui et sa femme, Gil, ont attrapés entre 1984 et 1990 racontent aujourd'hui un départ et un voyage (première plage), une arrivée enfin (seconde plage).

Un grand signal, et c’est l'envol. Or, l’auditeur reste à quai. De là, devra se faire une idée du voyage au son de rumeurs lointaines, surtout, d’éléments qui résonnent dans le hall. Peu commun, celui-ci, puisque Distel l’a au préalable changé en surface sur laquelle faire tourner (ce sont là beaucoup de boucles) des appels sortis de maigres enceintes, le chant d’une faune urbaine (quasi fossiles incrustés dans l’architecture métallique) ou le bruit de moteurs minuscules.

Sous cloche, l’artiste organise donc un nouvel espace dans lequel diffuser une berceuse inquiétante, double pièce d’ambient concrète aux airs parfois d’électronique étouffée, qui aide à imaginer de quoi retourne le voyage. Avec une distance fabuleuse.

Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY)
Enregistrement : 1984-1990 / 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Departure and Journey 02/ Arrival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Birgit Ulher, Leonel Kaplan : Stereo Trumpet (Relative Pitch, 2015) / Birgit Ulher : Live at Teni Zvuka 2012 (1000füssler, 2014)

leonel kaplan birgit ulher stereo trumpet

En prenant le parti de la stéréo, Birgit Ulher et Leonel Kaplan se sont opposés : l’une à gauche (trompette, radio, enceinte et objet), l’autre à droite (trompette seulement).

Ce qui n’empêchera qu’à l’intérieur des conduits tournent et se mélangent des souffles effacés et les rumeurs de pratiques toujours surprenantes (aquaplanage salivaire, roulette désaxée, horlogerie pétaradant…). L’improvisation, bien sûr, est abstraite, et industrieuse jusqu’à ce que Kaplan tisse des tapis capables d’amortir les chocs et, en conséquence, de jouer sur les trajectoires. Alors, le duo revoit ses façons : ici, creuse puis dévale une tranchée en spirale ; là, met au jour une polyphonie de blancs ; ailleurs enfin, réserve un accueil chaleureux à tous les vents imaginables. Ainsi l’imagination d’Ulher et de Kaplan donne de nouvelles couleurs à la stéréophonie qui les travaillait.

Birgit Ulher, Leonel Kaplan : Stereo Trumpet (Relative Pitch)
Enregistrement : 12 novembre 2011 & 3 May 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Otto Sees Anna 02/ I Did. Did I 03/ Late Metal 04/ Stereo Trumpet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

birgit ulher live at teni zvuka 2012

En solo et en trio avec Ilia Belorukov et Andrey Popovskiy, c’est ici Birgit Ulher en concert, les 1er et 3 juin 2012 à Saint-Petersbourg. Seule, elle organise le chant d’objets qu’elle fait trembler à coups de ponctuation autoritaire mais chantant merveilleusement. En trio, Ulher doit faire avec une électronique perçante : maintenant ajourée, la trompette y reçoit des raies de lumière au son d’une formidable conversation électroacoustique.

Birgit Ulher : Live at Teni Zvuka 2012 (1000füssler)
Enregistrement : 1er & 3 juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01-02/ Live at Teni Zvuka 2012
Guillaume Belhomme © le son du grisli

andré_salmon_léon_léhautier


Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice, 2014)

prants hot skaker meet lead donut

Bhob Rainey & Chris Cooper ont des têtes bien pleines et donc des univers bien fournis. Leur addition dans Prants n’en est donc pas une mais plutôt une multiplication.

Une multiplication d’effets et d’expérimentations et en plus une diversité de points de vue… Du fer qui grince ou qui feedbaque, des cloches qui battent à la volée (et par deux fois, vain dieu), des electronics qui secouent tout le reste de l’ensemble chosé, des objets qui concrétisent des mélodies abstraites… C’est fou ce qu’une tape peut contenir, et tape encore, ce n’est pas fini…

Car Prants invite sur la face B des instruments à cordes (par ordre d’apparition sur la jaquette : harpes de Mary Lattimore et Jesse Sparhawk, violon de June Bender, violoncelle d’Eric Coyne & contrebasse de Matt Stein). Et voici leurs univers bien bousculés et leurs têtes bien pleines qui chavirent… et les nôtres avec (vous attendiez-vous à cette puissante et incitative conclusion ?).

Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice Recordings)
Edition : 2014.
K7 : A/ Vapor Viper B/ Igotu Otius
Pierre Cécile © Le son du grisli



Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni, 2014)

bryan eubanks bornholmer suite

Malgré le signal (aigu, très aigu même) envoyé par Bryan Eubanks au début de cette suite tout en « open circuit feedback », on ne s’en remettra pas… mais on tiendra le coup, vu que le CD recèle de surprises, aussi perçantes soient-elles !

C’est ici ou là ou un peu plus loin un module rythmique qui fore et/ou qui crachote, là ou ici un exercice de déformation sonore, ailleurs ou là une loop à parfaire (ce sont mes pièces préférées), là ou ici encore un cristal, une cavalcade, un suraigu en contrechant, etc.

En tout, c’est cinquante plages (là-dessus, pas plus d’une dizaine à qui chipoter de l’intérêt) et au final une fantasia bruitiste (ou un noise épique) dont la diversité est la première qualité. Maintenant, si nous voilà rassasiés de convulsions électroniques des questions se posent encore sur les circuits ouverts et cette façon qu’ils ont de s’autoalimenter !

écoute le son du grisliBryan Eubanks
The Bornholmer Suite (extrait)

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01-50/ The Bornholmer Suite
Pierre Cécile © le son du grisli


eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton, 2014)

erikm martin brandlmayr ecotone

Tout commence sous la pluie. Mais il est possible de s’abriter vite fait sous une cloche. C’est la première image qui m’est venue d’Ecotone d’eRikm et Martin Brandlmayr, ou la rencontre (non pas d’un parapluie, etc., mais...) de sons bankâblés et d’une simple batterie.

Des bidouilleurs électroniques (ou assimilés), Brandlmayr a une grande expérience. C’est peut-être ce qui explique qu’il fait de ses fûts et de ses caisses des paratonnerres. C’est le cas dès le début du CD & l’effet est direct car le duo développe ensuite une forme musicale qui accouche des petits bruits hirsutes (oui, c’est bien le terme), de modules rythmiques, de drones satellites, de dérapages sonores et de négociations. Bref, d’une électroacoustique qui plaît parce qu’elle impressionne sans être le fruit de showmen ni d’experts en abstraction. En tout cas jusqu’au final, qui pourrait bien vous exploser en pleine oreille.

eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ L’Hinterhof 02/ Pneuma 03/ Répercussion 04/ Tumbleweed 05/ Palmanova 06/ Underdense
Pierre Cécile © Le son du grisli


Werner Dafeldecker, Valerio Tricoli : Williams Mix Extended (Quakebasket, 2015)

valerio tricoli werner dafeldecker williams mix extended

Ce qui se passe en deux faces (pour moi en une seule, sur CD !) et une demi-heure : Werner Dafeldecker & Valerio Tricoli racontent deux histoires en solo puis réinventent ensemble l’Octophonic Tape Piece Williams Mix (1952, pour bandes magnétiques) de John Cage pour aboutir au Williams Mix Extended – qui sera donné en octobre 2014 à l’ISSUE Project Room.

Il faut avouer que l’électronique et la tape music y font assez bon ménage. Elles juxtaposent divers sons qui claquent comme des portes ou coulent comme l’eau d’une rivière, mais… Mais l’association n’est pas mémorable non plus puisque l’électroacoustique multiplie les séquences sans que l’auditeur (moi, dans le cas présent) n’applaudisse à l’unité du Grand Tout. Je me demande donc si les interprètes n’ont pas pris une trop grande liberté avec l’œuvre de Cage (et avec le hasard, du coup) au point de n’avoir joué que du Dafeldecker et du Tricoli.

C’est pourquoi sans déconseiller Williams Mix Extended j'étends mon propos jusqu'à dire qu'il n’a pas la force d’un Forma II ou Eis 9 (tiens donc, deux autres duos des musiciens de ce Mix).

Werner Dafeldecker, Valerio Tricoli : Williams Mix Extended (Quakebasket / Metamkine)
CD : 01/ 16:07 (page 1-96) 02/ 15:57 (Page 97-192)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2015.
Pierre Cécile © le son du grisli


Loris Gréaud : Crossfading (Dis Voir, 2015)

loris gréaud crossfading

C’est un article du (de Le ?) Monde qui m’a présenté Loris Gréaud, en des termes flatteurs en plus, que je m'en vais cito-piller : « Pétri de l'univers junky de William Burroughs et de science-fiction façon J.G. Ballard, Gréaud brouille les frontières entre le réel et le virtuel : nano-sculptures invisibles à l'œil nu, tentative de télétransportation, concert pour les poissons abyssaux… »

Déjà curieux, c’est enthousiaste que j’ouvrais ce livre de soixante pages après avoir lancé le CD qu’il contient, Crossfading, soit : l’enregistrement d’une IRM cérébrale de l’artiste en pleine création au Whitney Museum of American Art de New York le 20 novembre 2006. Pendant que je goûte au noir & blanc des images de tous les tissus de la tête de notre hôte (j’ai renoncé à la lecture de leurs messages cryptés, et cessé d’essayer de comprendre pourquoi la date du 5 juillet 2013 y traînait dans un coin), je me laisse magnétiser par des basses qui battent à plus ou moins vive allure – je vous explique là l’effet des « décalages de fréquences intra-auriculaires successifs. » C’est en fait comme un drone aléatoire qu’on aurait peut-être pu obtenir grâce à une Bass Station.

Un drone qui a quand même un goût de trop peu et qui n’a pas pu occulter les dernières expériences de Rudolf Eb.er (Brainnectar & Wellenfeld) autrement plus mystérieuses. Ceci étant, peut-être qu’assister à la performance de Gréaud aurait redonné du panache à son projet. Qui saura ? En tout cas, il ne faut pas en vouloir à Philippe Langlois et Frank Smith, qui dirigent la série ZagZig des éditions Dis Voir. Ils ne pouvaient mettre un Gréaud dans chaque livre, en plus du CD.

Loris Gréaud : Crossfading (Dis Voir)
Enregistrement : 2006. Edition : 2015.
Livre (64 pages) + CD : 01/ Crossfading
Pierre Cécile © Le son du grisli


Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica, 2014)

ilia belorukov kurt liedwart andrey popovskiy somebody rattled

Pour « Rattle », on trouve dans le dictionnaire « ébranler », « crépiter » ou « déstabiliser ». Et pour ce « Somebody », on se demande lequel des trois (Ilia Belorukov (saxophone, pédales d’effet, téléphone, ipod, objets), Kurt Liedwart (ppooll, electronics, objets trouvés) ou Andrey Popovskiy (lap steel guitare, pédale d’effets, electronics, objets)) ébranle, crépite ou déstabilise.

Car sur cette captation d’une performance à l’Experimental Sound Gallery de Saint-Petersbourg, on a beau tendre l’oreille, on réfléchit avant d’avancer que c’est ici un saxophone, là le logiciel ou là la guitare. Quand même, on se fait de temps à autre plus affirmatif, mais seulement quand (et bizarrement quand) le trio cherche à s’exprimer dans l’abstraction bruitiste.

Au début de la première face, j’attends… On recisèlerait au bistouri les sillons d’un vinyle de sax parcimonieux que ça me ferait le même effet. Mais voilà, la roue tourne et sonne l’heure d’un concrete chaos (mesuré mais haletant). Sur la face B, c’est encore différent. Nos comparses ont l’air de jouer en parallèle. Les electronics insinueux donnent le la (ou le no-la) et le fil conducteur qui crépitera ou que les sons ébranleront ou déstabiliseront. Diantre, Somebody Rattled, c’est quand même bien vu !

Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica)
Enregistrement : 22 février 2014. Edition : 2014.
K7 : A/ Side 1 [18 :22] B/ Side 2 [19:05]
Pierre Cécile © Le son du grisli



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