Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford / Le Scrambled Debutante, EMERGE : Split (Attenuation Circuit, 2015)

gx jupitter-larsen ace farren ford le scrambled debutante emerge split

Un split (déjà) et sur ce split (vinyle marbré) deux collaborations : GX Jupitter-Larsen + Ace Farren Ford d’abord & Le Scrambled Debutante + EMERGE de l'autre côté. Il va falloir faire clair.

Une sorte de son de cornemuse sonne l’heure du premier duo. Dans une veine La Monte Young, mais un LMY poussé dans le tambour d’une machine à essorer, GX & AF font du bruit. Ayant plombé ladite machine avec des objets prêts à la faire osciller si c’est plus (tousser, crachoter...), ils tordent le cou à tout drone minimaliste simpliste pour en faire un beau moment de brouille sonore.

Et c'est encore une machine qui tourne avec Le Scrambled Debutante & EMERGE, ce coup-ci à l’horizontale, mais non plus une cornemuse (ou instrument approchant) mais un accordéon (ou instrument approchant). Lui aussi crachote, d’ailleurs, sur un delay qui au fur et à mesure expectore à son tour, et piaule, et siffle, et… avant de battre la mesure d’une minipièce de prototechno qui comble le tout et me fait saluer cet objet d’expérimental foutraque et ludique et même chanter mon amour du split.



attenuation circuit split

GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford / Le Scrambled Debutante, EMERGE : Split
Attenuation Circuit
Edition : 2015.
LP : A/ GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford : Vertigone – B/ Le Scrambled Debutante, EMERGE : Electric Jackass
Pierre Cécile © Le son du grisli



Yves Bouliane : Champ (10 Opérations) (Tenzier, 2015)

yves bouliane champ 10 opérations

Saute saute, fouille fouille, tréfouille tréfouille, tréfile tréfile (trécorde trécorde si le verbe existait), gratouille gratouille : Yves Bouliane (que mes indics ont repéré sur un vinyle avec son compatriote John Heward) est violoncelliste & il joue seul. « Jouait », je devrais dire, car l’enregistrement date de 1977.

La réédition de la cassette originale tirée à dix (10 !) exemplaires est aujourd’hui un LP (si l’on croit au progrès de l’humanité, elle sortira un jour en CD). Le performer expérimente sur un violoncelle que l’on dirait réduit (alors que son archet semble de taille normale), comme un mini violoncelle en bois ou en porcelaine… Pas étonnant qu’il n’ait pas de partenaire (il a joué un temps avec le Jazz libre du Québec) puisqu’il introspectionne : saute saute, fouille fouille…[reprendre plus haut]. Ça rebondit fort mais en sourdine et ça chante faux mais avec une justesse incroyable. D'où le conseil : Tout le monde au Champ d'opérations !


bouliane champ

Yves Bouliane : Champ (10 opérations)
Tanzier / Metamkine
Enregistrement : 1977. Edition : 2015.
LP : A-B/ Champ (10 Opérations)  
Pierre Cécile © Le son du grisli


Tim Olive, Ben Owen : 63-66 (845 Audio, 2016)

tim olive ben owen 63-66

On renverra le lecteur aux « archives » Tim Olive pour le persuader de l’intérêt que celui-ci porte à l’improvisation en duo. A sa galerie de collaborateurs, c’est le portrait de Ben Owen qu’il accroche aujourd’hui – la rencontre, enregistrée à New York, date d’octobre 2014 – au son de quatre pièces numérotées de 63 à 66 et qui font de cinq à vingt minutes.

C’est, une fois encore, une abstraction peu rassurante, balistique ; mais une abstraction sur laquelle les instruments (micros électromagnétiques pour Olive, radio ondes courtes, oscillateurs et micro-contacts pour Owen) jouent de discrétion et même d’effacement – l’amour que le second porte au gaufrage (voir les objets qu’il publie sous étiquette Winds Measure) aurait-il influencé la rencontre ?

Sur la première plage, peut-être. Le souffle qui effleure de temps à autre une ou deux cordes tendues en tubes épais (c’est ce qu’on imagine, à l’écoute du disque) exprime en marge de l’échange ce qu’il aurait pu être d’un bout à l’autre. Or, la suite est différente : conversation atone d’un larsen et d’un ronronnement qui transforme les chuchotements en susurrement qui agace et finalement ravit ; usinages s’accordant sur une poésie concrète et donc électrique ; accrocs instrumentaux qui menacent de plus en plus et livrent le gaufrage à son pire ennemi : le contraste fauve. Peut-être est-ce là – station 66 – qu’Olive et Owen se disent enfin les choses ? C'est à dire dans « le son dont des mots veulent naître », comme l’écrivait Bonnefoy.

tim olive ben owen

Tim Olive, Ben Owen : 63-66
845 Audio Records / Metamkine
Enregistrement : 25 et 28 octobre 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ 63 02/ 64 03/ 65 04/ 66
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Dead Mauriacs : Un cabinet de curiosités (Geräuschmanufaktur, 2015)

the dead mauriacs un cabinet de curiosités

Sur cassette – la même face consignée d’un côté comme de l’autre –, c’est un esprit fin de siècle qu’invoquent Olivier Prieur (field recordings, piano, banjo, walkman, didgeridoo de papier, ordinateur…) et Jan Warnke (field recordings, synthétiseurs, drones, bandes).

Diversement accompagné, Prieur paraît envisager la discographie de The Dead Mauriacs (plusieurs CDr et cassettes aux tirages limités) en esthète perdu parmi les influences, certes, mais aussi en imaginatif subtil. Ici c’est un piano lointain mis au service d’une ambient de bricole, là une rengaine étouffée en sillon profond, ailleurs encore une musique d’atmosphère interdite aux claustrophobes et aux siffleurs de mélodies. Et beaucoup des « curiosités » qu’on trouve là donnent envie d’aller entendre les précédentes réalisations de ce groupe à géométrie variable.

The Dead Mauriacs : Un cabinet de curiosités (Geräuschmanufaktur)
Edition : 2015.
Cassette : A-B/ Un cabinet de curiosités
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu, 2015)

jean guérin tacet

Si le tacet est un silence qui dure, celui de Jean Guérin n’en fait pas grand cas sur ce disque du même nom enregistré en janvier 1971. La référence Futura est aujourd’hui rééditée sur vinyle par le Souffle Continu.

Dans le film de Claude Faraldo que la musique illustre, Bof.. (Anatomie d’un livreur), il est question de vin : c’est d’abord au rythme de gouttes que Guérin arrange donc son ouvrage – d’autres effets liquides suivront. Et c'est bientôt l’auditeur qui oublie le « comment faire » (collages, appropriations, bruitages…) pour se plonger au mieux dans le son du film qui lui est associé.

Une trompette (Bernard Vitet) sur écho, des bandes manipulées, un saxophone (Philippe Maté) en lutte contre une électroacoustique dérangée, une voix (Françoise Achard) comme perdue dans le corps de quels instruments, une impression d’Afrique chassée par une électronique hirsute… Les expériences d’alors – quelques rapprochements : François Bayle, Jef Gilson, Alain Goraguer et Orfeu Negro pour dire que l’image parvient ici aussi à percer le son – se réentendent : et l’on peut même goûter cette musique d’ancien régime où le silence ne régnait pas encore en maître sur l’exploration sonore, où l’on reconnaissait le charme des écarts et même la beauté des excédents.



Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu)
Enregistrement : janvier 1971. Réédition : 2015.
LP : A1/ Triptik 2 A2/ Mixage vert A3/ Maochat A4/ Ca va le comte – B1/ BM 37 B2/ Interminable hommage à Zaza B3/ Reflexion 2 et I B4/ Gaub 71
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki, 2015)

martin tétreault sofa so good

Si vous osez prendre place dans le Sofa So Good de Martin Tétreault, vous devez savoir que c’est à vos risques et périls. Il faut en effet être prêt à voir (et à entendre) des fantômes vous chercher noise et à comprendre que nous ne sommes que l’un des rouages d’un minus univers qui tient dans une boule à neige… Mais une boule renversée !

Une guitare ?,un piano ? une basse ? une platine vinyles (sait-on jamais ?) ? Oui à tout, peut-être… Mais puisque la neige tombe sur les instruments, comment savoir ? En tout cas, cette pièce à la renverse (avec au milieu ce sofa qui flotte) est une belle destroyed room (référence !) que Tétreault nous invite, en plus de quoi (comme diraient mes compatriotes), à retourner à notre tour.

Ça se passera en face B : il suffit de se servir dans les sons de la face A et de créer cette B-side vierge de tout Tétreault. Le vieux Tom Zé avait fait pareil sur Jogos de Armar (et d’autres avant lui peut-être, envoyez vos informations au journal). Dans un cas comme dans l’autre, j’ai pas encore joué le jeu. Peut-être parce que celui de Tétreault me suffit.



Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki)
Edition : 2015.
Cassette : A/ Sofa So Good – B/ Sofa So Good Demix
Pierre Cécile © Le son du grisli


eRikm : L’art de la fuite (Sonoris, 2015)

erikm l'art de la fuite

J’avais été un peu sévère un jour (à payllettes) avec eRikm (un musicien, pour m’autociter, « qu’on aime d’ordinaire »). Depuis, j’ai été « dur » avec d’autres (vais-je taire leurs noms encore longtemps ? non, car je travaille à mes Mémoires…) qui m’ont envoyé de méchantes réponses (secrètes, par email, parfois avec des dossiers de presse longs comme une autobahn pour prouver qu'ils sont respectés dans les hautes sphères) alors qu’eRikm, lui, ne m’a jamais rien reproché (en tout cas pas directement). Je suis donc content de pouvoir lui rendre hommage en applaudissant à cette compilation de « first recordings » !

Il s’agit plus d’un retour aux sources que d’une rétro en bon uniforme vinyl. Publiés dans leur temps sur une cassette, ces morceaux pour platines (vinyles et CD), guitares, bandes, vinyles (quelques fois préparés), fieldrecs… font un effet neuf ! Sans chercher à comprendre ce qui distinguait la face A et la face B, je m’y suis plongé avec le plaisir de découvrir (vingt ans après) des choses dont j’ignorais tout et qui m’ont beaucoup plus. Avec ses loops corbocroasses, ses drones des ténèbres, ses cascades drues, ses moteurs hybrides dans lesquelles se jettent des oiseaux crieurs, sa techno spasmoschizo, cet eRikm là m’a bien étourdi (vengeance !).



eRikm : L’art de la fuite (Sonoris / Metamkine)
Enregistrement 1994-1995. Edition : 2015.
LP : A1/ No Accident A2/ Piscine A3/ Ventoline & Berotec A4/ Shangri-La II A5/ Rose – B1/ Ich War Ein Armer Heidensohn B2/ White Deep B3/ 1937. Encore des Dieux B4/ Hangar à sel B5/ Parallel Stress
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jason Kahn, Tim Olive : Fukuoka / Osaka (Notice Recordings, 2015)

jason kahn tim olive fukuoka osaka

Deux ans après avoir enregistré ensemble les pièces de Two Sunrise, Jason Kahn et Tim Olive se retrouvaient au Japon : Osaka le 15 mai 2014 (en seconde face de cette cassette Notice), Fukuoka le 18 (en première face).

Ce sont, là encore, deux ouvrages bruitistes qui profitent de l’expérience des musiciens : leurs manières d’envisager leur matériel électronique (synthétiseur analogique, micros électromagnétiques, table de mixage et radio) sont sûres mais non dogmatiques. Ainsi les sons tenus qui chuintent ou crissent peuvent abandonner de leur longueur sous l’effet d’un parasite ou le conseil d’un aigu perçant.

C’est à Osaka sans doute que le duo démontre le mieux son entente en jouant de ses différences. Quand l'un trouve l'inspiration dans son attachement à la musique concrète, l’autre se laisse guider par sa fascination pour la technologie. Deux virulences s’accordent pourtant, dans un bruit de vaisselle que l’on brise ou de félins qui se cherchent. Le résultat est surprenant, puisque d’un noise « organique ».



Jason Kahn, Tim Olive : Fukuoka / Osaka (Notice Recordings)
Enregistrement : 15 & 18 mai 2014. Edition : 2015.
Cassette : A/ Fukuoka B/ Osaka
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


DinahBird : A Box of 78s (Gruenrekorder, 2014)

dinahbird a box of 78s

Tiens, les deux faces ne marchent pas de la même façon, même si elles sont toutes les deux remplies de sons qui « auraient » fait le voyage jusqu’à nous (c.a.d. sur ce vinyle) dans une valise – je renvoie le lecteur intéressé par les explications aux explications données par l'artiste sonore DinahBird sur le site du label Gruënrekorder).

Donc donc… Quand on pose le diamant sur A, il sautille un peu (parfois beaucoup) et choisit lui-même le sillon sur-lequel il va looper (= répéter un son en boucle, soit quelques secondes d’un tinetement, un bout d’opéra, deux ou trois secondes de violon, un autre bout d’opéra, etc. etc.). Oui, lecteur, c’est une boucle. Sans fin (comme ma chronique s’il ne tenait qu’à moi, c’est que j’en ai sous le pied). Une boucle qui pourrait tourner pour toujours. Et il y en a plusieurs, des boucles, mais nous n’avons qu’un, nous, « toujours ». Il faut donc choisir, se poster red d’équerre sur une chaise à côté de la platine, écouter quelques secondes et choisir un autre sillon (il ne faudrait pas que le diamant nous refasse le coup du « c’est moi qui choisit »).

En face B, la lecture est classique : une rivière coule (merveilleuse rivière et eau à jamais reliée aux forces de la nature qui chantent…) un homme nous raconte une histoire, et il nous donne les clefs pour comprendre le concept de la chose vinylesque. C’est malgré tout un peu dommage, parce que le disque perd de sa poésie, et de sa bizarrerie (toute liquide qu'elle est). La galette a donc quitté le monde de l’art pour celui de la production discographique. La transformation s’est-elle faite dans une valise ?



DinahBird : A Box of 78s (Gruenrekorder)
Edition : 2014.
LP : A Box of 78s
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mark Trayle : Goldstripe / Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources, 2015)

mark trayle goldstripe toshimaru nakamura mark trayle stationary

Entendu souvent en compagnie de Jason Kahn (Five Lines, Fronts, Timeline Los Angeles) mais aussi auprès de Vinny Golia (Music for Electronics & Woodwinds), voici Mark Trayle improvisant, en 2006 et 2007, dans d’autres conditions : seul (Goldstripe) ou en duo avec Toshimaru Nakamura (Stationary).

Sur Goldstripe, Trayle  interroge le potentiel sonore des pistes magnétiques de cartes bancaires. Si elle peut, au son, rappeler les Dataphonics de Ryoji Ikeda, l’épreuve est moins dogmatique, et même : plus poétique. Ainsi extrait-il – certes pour les étouffer, mais en se gardant toujours de les faire taire – les éléments d’une électronique de contenu généralement enfoui. A son imagination, maintenant, de décider : ici, les renverser ; là, les obliger à un rythme ou à une danse ; ailleurs, les déformer à loisir – les pièces peuvent alors rappeler les expériences sur platines d’Otomo Yoshihide ou les plus étranges instrumentaux de Throbbing Gristle.

Avec Toshimaru Nakamura, c’est presque une autre histoire. Ordinateur contre no-input mixing board à trois reprises : malgré les velléités, de part et d’autre, les gestes sont mesurés. A tel point qu’on soupçonne l’électronique de s’être rapidement fondue dans le décor pour mieux sourdre ensuite… à travers les plaintes, fragiles toutes : sifflements, oscillations, crépitements, saturations… La mesure et la précision du duo soignent là une électronique rare, d’un expressionnisme moléculaire plus remarquable encore que celui de Goldstripe.



Mark Trayle : Goldstripe (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2007. Edition : 2015.
CD : 01-07/ Goldstripe

Toshimaru Nakamura, Mark Trayle : Stationary (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : Janvier 2007. Edition : 2015.
CD : 01/ 10’16’’ 02/ 27’59’’ 03/ 6’45’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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