Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Dokaka : Human Interface (DualpLOVER, 2009)

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Sur un premier album (à rallonge) qu’il est plus sain d’écouter en plusieurs fois, Dokaka poursuit dans la chanson surtout pas comme les autres : reprenant hier des morceaux de Led Zeppelin ou des Rolling Stones ou répondant à l’invitation de Björk sur l’enregistrement de Medúlla, il fait exploser sur Human Interface tous les présupposés et tous les fondamentaux.

En humand beatbox pas comme les autres non plus, le Japonais overdubbe à loisir (et même souvent plus que de raison) et fabrique une musique délirante influencée par toutes sortes de variétés (pop, hip hop, soul, funk, génériques télé, intermèdes) dont l’efficacité trouve sa force dans le caractère ludique de ses expérimentations. Tour à tour incongru, fou, naïf ou excessif, Dokaka relativise ses anecdotes instrumentales avec une fureur contagieuse et enivrante. En DJ de bouche  et sans disque aucun, il met à chaque fois le feu à ses plagiats plus ou moins volontaires et sa folie suffit à faire qu’on le recommande.

Dokaka : Human Interface (DualpLOVER)
Edition : 2009
CD : 01-88/ Human Interface
Pierre Cécile © Le son du grisli

Eliane Radigue : Vice Versa, etc… / Triptych (Important, 2009)

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Ces deux volumes de travaux d’Eliane Radigue reviennent sur l’avant et l’après découverte par la prêtresse des drones du synthétiseur ARP 2500…

Avant, c'est-à-dire en 1970 lorsqu’elle enregistre Vice Versa, etc… A partir de magnétophones et en jouant de feedbacks, Eliane Radigue investit un champ hypnotique déjà très personnel, vibrant et minimaliste mais d’un minimalisme qui ne met par toutes ses cartes sur le martèlement. A la place, l’auditeur trouve un drone qu’il peut (si l’envie le prend ou la concentration lui vient) effeuiller à loisir jusqu’à ce que l'objet de son étude disparaisse derrière un épais rideau sonore qui ondule à son tour. 


Eliane Radigue, Onward 38 (extrait).


Eliane Radigue, Backward 38 (extrait).

Après, c'est-à-dire en 1978. Cette fois, Eliane Radigue use d’un ARP 500 et tient sur Triptych (une commande de Robert Ashley apprend-on dans les notes de livret) à insuffler à sa musique un peu de spiritualité orientale. Résultat : trois autres grands mouvements se succèdent, aux souffles et vagues graves, aux modulations de plus en plus subversives et enfin aux lignes courbes et soniques. Tout cela est au-delà du méditatif et évidemment… Important !


Eliane Radigue, Triptych [2] (extrait).


Eliane Radigue, Triptych [3] (extrait). Courtesy of Important Records.

Eliane Radigue : Vice Versa, etc… (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1970. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Onward 9,5 02/ Onward 19 03/ Onward 38 04/ Onward 76 – CD2 : 01/ Backward 9,5 02/ Backward 19 03/ Backward 38 04/ Backward 76

Eliane Radigue : Triptych (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1978. Edition : 2009.
CD : 01-03/ Triptych
Pierre Cécile ©Le son du grisli

Francisco López, Richard Francis : In de Blaauwe Hand (Brombron, 2009)

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C’est à un voyage en capsule jusqu’au centre la terre que nous convient Francisco López et Richard Francis sur In De Blaauwe Hand. De très loin, des vents et des infrabasses arrivent sur les parois du vaisseau qui réagissent difficilement aux diverses pressions : fortes bourrasques, tentations d’aller voir dans des univers parallèles et monochromes, couches sonores vacantes qui rendent le voyage chaotique et la musique qui en découle récalcitrante.

Après avoir été soumis à ces déferlements, l’auditeur ayant embarqué avec López et Francis retrouve un peu de paix. Mais alors que le son se fait moins impressionnant, la question du devenir des voyageurs se pose : auraient-ils été avalés à tout jamais pour être allés trop loin ?

Francisco López, Richard Francis : In De Blaauwe Hand (Brombron / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ In De Blaauwe Hand
Pierre Cécile © Le son du grisli

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies, 2008)

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« Un son est un phénomène qui en lui-même n’a ni projet ni intention : juste un pur excès, un horizon sans cesse en mouvement dont la nature diffuse nourrit l’imagination d’idées d’actions futures. » Cette phrase de Brandon LaBelle – à lire dans un texte publié dans un numéro que la revue Art Press 2 consacre à l’ « art des sons » – permet sans trop en dire de dévoiler la nature de Dirty Ear, disque que l’artiste composa en rapprochant des pièces écrites pour une installation, des field recordings et des extraits d’archives sonores personnelles.

Les sons étant partout, LaBelle va et vient sans arrêt de l’un à l’autre : bruits de la rue, souffles de bandes ou d’existences, découpages de chansons anciennes et saillies soudaines d’une batterie ou d’un orgue minuscule. Musical et non musical, expérimental redevable au souvenir mélodique et pièces d’un expressionnisme brut au résultat plus original que ne le sont ses usages. Dans la pièce où Dirty Ear se laisse entendre, accepter alors qu’un enfant joue, insaisissable ou grossièrement concret, mais affairé à construire son horizon.

Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies / Les presses du réel)
Edition : 2008.
CD : 01/ Home 02/ Parking Lot 03/ Civic Center 04/ Office Building 05/ Closet 06/ Country 07/ Daytime 08/ Classroom 09/ Foreign City
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation, 2009)

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Peintre et musicienne américaine, Vanessa Rossetto déploie sur Dogs in English Porcelain un paysage en perpétuelle évolution, soumis à différents éléments : field recordings, manipulations d’objets ou d’instruments (à cordes, le plus souvent), usages électroniques.

Une plage unique transforme ici les bruits du quotidien en paysages insensés dans lesquels l’indécision d’un archet croise des souffles grandioses et le sifflement d’oiseaux en cage disparaît en mécaniques trop concrètes. Oscillations, larsens, bourdons, résonnances, bruits de frottements et rumeurs timides finissent de peupler l’espace : champ d’expérimentations diverses que Vanessa Rossetto investit avec une perversité raffinée.

Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dogs in English Porcelain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa, 2009)

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L’artiste sonore et inventeur d’instruments Pierre Berthet a le don d’enchanter ses spectateurs lors de performances où de subtils dispositifs sont mis en oeuvre. La longue pièce qui constitue ce disque (séparée en pistes pour des raisons pratiques) a été enregistrée dans le cadre d’une exposition à la galerie Z33 à Hasselt (Belgique) et consiste en la cohabitation de différents procédés.

Le premier, le plus sonore au début, correspond à différentes bouteilles accrochées au plafond à la verticale de boîtes de conserve suspendues dans des seaux. Des gouttes d’eau en tombent à des vitesses variées, créant ainsi une rythmique complexe et ondulante. L’utilisation de haut-parleurs prolongés s’immisce peu à peu dans ce flot sonore pour ensuite prendre le dessus. Il s’agit en fait de bidons reliés par un réseau de fils d’acier. Dans un des bidons est placé un haut-parleur sans membrane diffusant du son créé en direct sur laptop (à d’autres occasions, Pierre Berthet peut utiliser des ondes radios, sa voix…) et se propageant par vibration dans les autres réceptacles.

Cette invention électroacoustique extraordinaire donne naissance à des masses sonores mouvantes et subtiles. Une atmosphère de solennité se dégage à l’écoute de ces drones aux variations régulières agissant comme des vagues. Par moments, l’impression d’entendre un orgue fantomatique se fait nettement sentir. En arrière-plan, le goutte-à-goutte des bouteilles, pourvoyeur d’écho, donne de la spatialité à la pièce et s’il s’interrompt vers les trois-quarts de la performance, c’est pour laisser plus de place aux infinies variations des sons issus des haut-parleurs prolongés. Par moments, la machinerie s’emballe et la matérialité du système se laisse deviner par les mouvements du réseau de fils d’acier. Ce disque extraordinaire vient prouver, si besoin en était, que la musique créée ainsi peut vivre en étant détachée de la performance scénique.

Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa / Quatermass / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Jean Dezert © Le son du grisli

Pascale Labbé : Zûm (Nûba, 2009)

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Ne rien dire ou si peu sur cette voix, sur ce chant. Suggérer qu’ici est peut-être le chant originel, primitif. Un chant oublié. Essentiel. Pas de carbone 14, de fusain, de charbon ou d’argile pour donner preuve. Rien qu’une voix sans rupture, secrète.

Une voix sans calcul. Une voix d’avant le langage et la violence. Une voix qui ne chercherait rien puisque tout est déjà là. En profondeur, dans l’être. Une voix qui dirait l’acte de vivre. Et s’amuserait du raclement, du chuchotement, des écarts. Une voix qui ouvrirait au charme. Une voix qui contemplerait. Une voix qui fuirait le commentaire et le cri. Une voix comme une torche. Essentiellement vitale.

Pascale Labbé : Zûm (Nûba / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Larusfuscus 02/ Anasplatyrhynchos 03/ Hydroprognecaspia1 04/ Aythyamarila  05/  Falcorusticolus 06/ Brantabernicla 07/ Scolopaxrusticola 08/ Porzanaporana 09/ Mergurserrator 10/ Tadornatadornas 11/ Stercorariusparasiticus
Luc Bouquet © Le son du grisli

Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod, 2009)

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Les premières minutes du film de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz font craindre la mise en scène exagérée : Sakamoto Hirochimi s’adonne au violoncelle dans un bâtiment désaffecté après en avoir arpenté les couloirs, titubant en illuminé. Arrachant de son instrument les premières notes de We Don’t Care About Music Anyway*, il rassure pourtant.

S’ils ne cachent pas leurs intentions de donner à entendre, à voir et même à fantasmer,  le Japon autrement, Dupire et Kuentz soignent dans l’ensemble avec plus de subtilité leurs partis pris musical et graphique. Réunis en société secrète, les sujets, musiciens reconnus voire installés, bavardent sous noirs et blancs : Hirochimi, donc, et puis Otomo Yoshihide, L?K?O, Numb et Saidrum, Takehisa Ken, Yamakawa Fuyuki, Shimazaki Tomoko. Entre les discussions, trouver des extraits de représentations : d’éclats de voix en micro-contacts, de guitares électriques en platines, les musiciens défendent chacun à leurs façons une musique protéiforme, de l’avertissement tardif et du chaos inspiré.

Désenchantés – ou feignant de l’être –, les acteurs convainquent toujours davantage en musiques, replaçant leurs mouvements sur enjeu esthétique quand les images et les discours effleurent quelques fois l’opposition simplissime à une société de consommation frénétique à en perdre toutes ses réalités. Parce que ce genre d’expériences sonores ne peut rien, véritablement, contre cette société-là, We Don’t Care About Music Anyway trouve son importance ailleurs : dans les stériles mais beaux assauts d’artistes aussi fragiles que belliqueux, pour qui la meilleure des défenses sera toujours l’attaque. 

* Au programme des Ecrans documentaires d'Arcueil, le 30 octobre à 22 heures.

Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Omni : Omni (Presqu'île, 2009)

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Depuis trois ans, Kato Hideki (basse, synthétiseur), Tetuzi Akiyama (guitare électrique préparée) et Toshimaru Nakamura (guitare électrique préparée, mixer), confectionnent au sein du projet Omni une musique expérimentale qui leur échappe simplement parce qu’ils refusent de s’accorder sur ses intentions – même pas sur celle d’interagir, précise Hideki sur son site internet.

Omni (le disque) est l’enregistrement d’une récente prestation du trio et permet de mettre enfin l’oreille sur un projet musical jusque-là somme toute confidentiel. Au commencement, les guitares ont du mal à sortir d’une tirade d’effets étouffants et il semble que chacune de leurs cordes fourbit des assauts esthétiques qui sont autant d’échappatoires : les coups pleuvent et, en conséquence, l’emballement collectif vacille. Irrémédiablement, puisque la musique née de cette collaboration est une construction qui est aussi la cible de nihilistes contraints de s’en prendre aux propres fruits de leur expression, l'ensemble se désagrège. Brutal, bruitiste et bruyant, il n’en reste pas moins qu’Omni (le disque, toujours) touchera au cœur les amateurs d’eastern sounds ultramodernes.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.

Omni (Kato Hideki, Tetuzi Akiyama, Toshimaru Nakamura) : Omni (Presqu’île Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01. 40:10 02/ 05:02
Pierre Cécile © Le son du grisli

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