Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Interview de Michael EspositoTalweg à ParisCahiers John Butcher
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

La Monte Young : Conférence 1960 (Eolienne, 2012) / Charles Dreyfus Pechkoff : Fluxus (Les Presses du réel, 2012)

la monte young conférence 1960

Ce petit « livre-manifeste » que rééditent les Éditions Éoliennes revient sur la classe que tint, à l’été 1960, La Monte Young au Dancers Workshop de la chorégraphe Anna Halprin. L’occasion, de permettre au musicien estampillé Fluxus d’adresser ensuite une « Lettre à un jeune compositeur » dont il conseille la lecture… hasardeuse.

C’est que le livre en question est fait de courts chapitres (de sentences, voire) dont la succession sur le papier souffre très bien qu’on l’ignore. Conventionnelle ou aléatoire, la lecture jonglera de toute façon avec des morceaux de poésie, des anecdotes (qui peuvent mettre en scène Richard Brautigan, Terry Riley, Terry Jennings, Dennis Johnson, Tony Conrad), des évocations furtives  (John Cage, Christian Wolff), des conseils (vertus de la contradiction, goût pour le « nouveau » plutôt que pour le « bon », bienveillance pour le son qu’il faut appeler puis laisser venir à soi), des perles d’ironie et de distance...

Et puis, évidemment, quelques mots sur les travaux auxquels La Monte Young travaillait à l'époque : Compositions 1960  – l’art de faire un feu dans l’intention de l’écouter (Composition 1960 #2) ou de laisser un papillon décider de la durée d’une composition dont il sera en outre le seul interprète (Composition 1960 #5). L’ensemble de cette conférence retranscrite, de chercher par tous les moyens à contrer une indéniable habitude : Le problème avec la musique du passé dans la plupart des cas est que l’homme a voulu faire aux sons ce qu’il voulait qu’ils fissent.

La Monte Young : Conférence 1960 (Eoliennes)
Réédition : 2012.
Livre : Conference 1960 (traduction de Marc Dachy)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

charles dreyfus fluxus

Pour avoir voulu consacrer son travail universitaire à l’intervention du public dans la fabrication d’œuvres artistiques, Charles Dreyfus Pechkoff a jadis fait la découverte de Fluxus avant d’en devenir, de fil en aiguille, un « membre actif ». C’est cette histoire qu’il raconte, style cursif et précision d’archiviste, dans Fluxus – L’Avant-garde en mouvement. La thèse est augmentée de souvenirs « à vif » et d’entretiens (dont un inédit de George Maciunas). Indispensable – autant que la lecture de Fluxus et la musique d'Olivier Lussac et du Tout Fluxus mis en ligne par Ben – pour qui s’intéresse à la constellation d’individus qui la composent (La Monte Young, George Brecht, Nam June Paik, Yoko Ono, Dick Higgins, Henry Flynt, Daniel Spoerri…).

Charles Dreyfus Pechkoff : Fluxus – L’Avant-garde en mouvement (Les Presses du Réel)
Edition : 2012.
Livre : Fluxus – L’Avant-garde en mouvement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nate Wooley : [9] Syllabes (MNÓAD, 2013) / Antoine Chessex : Le point immobile (MNÓAD, 2010)

nate wooley 9 syllabes

Suffirait-il de reprendre les termes qui servirent à définir [8] Syllabes, sorti en 2011 sur Peira, pour parler de [9] Syllabes qu’édite aujourd’hui MNÓAD ? « Autre ouvrage de trompette et de vocalises » sur lequel Nate Wooley « dit les tremblements légers du souvenir de notes longues » conviendrait en effet à la description. Mais serait trop court, puisque, dans la nuance, les deux épreuves diffèrent.

Enregistré – par Jeremiah Cymerman – le 7 octobre 2012, [9] Syllabes joue encore davantage de résistances. Trompette et ampli unis pour faire entendre deux à trois voix discordantes, bourdon tremblant et cuivre-fausset alternent d'audacieuses figures sur parois rocheuses : de l’ombre des cavernes à l’aigu du cri qui réclame vouloir au plus vite en sortir, Wooley découvre des mélodies transversales dont la partition serait faite d'énigmatiques inscriptions de catacombes. L’impressionnant étant la justesse de leur regroupement.

Nate Wooley : [9] Syllabes (MNÓAD)
Enregistrement : 7 octobre 2012. Edition : 2013.
CD / DL : 01/ [9] Syllabes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

antoine chessex point immobile

Plus tôt (2010), MNÓAD publiait un disque court d’Antoine Chessex : Le point immobile. Là, deux pièces, enregistrées en 2009 et 2010, contrastent : #1 au minimalisme à saturation dont les lignes bougent à peine mais bougent encore ; #2 où le saxophone se laisse reconnaître – qui joue de l’espace dans lequel il se trouve – et puis interrompre de mille façons : aphonie ou démultiplication du souffle, inserts bruitistes, jeu de balles suspendu, larsens tenaces, noise déferlant. L’objet est rare, et son contenu puissant.

Antoine Chessex : Le point immobile (MNÓAD)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2010.
CD / DL : 01/ #1 02/ #2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ken vandermark à mons

 

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Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre, 2013)

lee patterson vanessa rossetto temperament as waveform

Au nombre des duos – ici, les souvenirs de Bright Duplex et Hwaet – qui, dans l’ombre, fabriquent la discographie de Vanessa Rossetto, il faut aujourd’hui parler de celui qu’elle forme (à distance) avec Lee Patterson : Temperament as Waveform nous y engage.

Les dessins de Patterson disent à leur manière de quoi retourne la collaboration : des grisailles se lèvent entre deux silences, qui ne menacent pas, mais rapidement troublent et embellissent presque tout l’espace – le ciel qui sépare Austin et Manchester ? Pour ce faire, suffiront un souffle grave étouffant jusqu’aux parasites qui l’habitent, des percussions effleurées ou effervescentes, une sévère note de piano, un archet fébrile mais insistant, un crachin radiophonique, des mouvements minuscules, enfin, qui révèlent toujours d’autres manières de correspondre.

Et si du geste musical les compositions de Patterson et Rossetto n’ont gardé que les traces, l’empreinte de Temperament as Waveform n’en est que plus remarquable.

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Everything we know about anything indicates that nothing is ever easy 02/ There is a very small chance that you are not makin a mistake 03/ The highs and lows of cross-Atlantic collaboration 04/ An indication of presence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds, 2013)

pali meursault offset

S’agit-il pour Pali Meursault de faire musique avec du concret – rotatives des imprimeries Cédigraphe (Bresson) et Laville (Paris) – datant ? Aux lecteurs pointilleux ou inquiets, le projet sera expliqué ici, et encore .

Capturé, le rythme des machines est aussi contrarié sans cesse. Et la musique à naître de l’opération (bruits de rouages que l’on tord, cadences en décalage et sirènes essoufflées) intéresse au-delà des couleurs qu’elle crache. C’est que les découpes que l’artiste a pratiquées dans ses enregistrements les compliquent et les rehaussent dans le même temps. Lourdes choses en perpétuel mouvement, les instruments de Pali Meursault l’obligeaient à faire du neuf à coups de vieux : chose faite et bien faite, au point qu’au terme de leurs efforts, elles suffoquent dans un dernier acte d’épatante dramatisation.

EN ECOUTE >>> Cycle 2

Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds)
Edition : 2013.
LP : A/ 01/ Cycle 1 02/ Cycle 2 03/ Cycle 3 04/ Cycle 4 05/ Cycle 5 – B/ 01/ Flux 1 02/ Flux 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jason Kahn : Open Space (Editions, 2013)

jason kahn open space

Cela fait près de dix ans que Jason Kahn (electronics) élabore, sur mesure, pour des occasions et des musiciens particuliers, des partitions graphiques : de Séoul (Dotolim) à New York (Timelines_NY), de Los Angeles (Timelines Los Angeles) à Zurich (Timelines, Sin Asunto), leur interprétation – puisque c'est bien d'une actualisation collective, littéralement d'une « performance », dont il s'agit – a toujours donné lieu à de passionnants concerts... et les soixante-dix minutes de la prestation enregistrée en janvier 2012 à Sydney ne déçoivent pas !

Porté à neuf membres, l'effectif australien regroupe, autour de Kahn, Chris Abrahams (piano), Laura Altman (clarinette), Monika Brooks (accordéon), Rishin Singh (trombone), Aemon Webb (guitare), John Wilton (percussion), Matt Earle (electronics) et Adam Sussmann (electronics) – les deux derniers constituant le Stasis Duo avec lequel JK a enregistré début 2011. L'orchestre au complet n'intervient que très brièvement et ponctuellement ; il est en général dispersé afin d'obtenir différentes variations de densités : c'est ainsi que les accords d'Abrahams se déposent sur un bourdon de guitare avant que ne s'ouvre une courte séquence de silence à peine empoussiéré qui elle-même annonce des constructions fragiles, mixtes, dictées par cette partition qui pousse les improvisateurs hors de leurs « zones de confort », dans des associations délicates.

L'auditeur, quant à lui, affecté à la manipulation de ces deux beaux vinyles (luxueusement escortés : fac-similé de la partition, livret détaillé, pochette peinte et numérotée), est convié dans cet « espace » que ménagent les interactions à l'œuvre. Carte en main, il n'en évalue que mieux les ouvertures.

open space score open space c

Jason Kahn : Open Space (Editions)
Enregistrement : Janvier 2012. Edition : 2013.
2 LP : LP1 : A/ Open Space B/ Open Space – LP2 : C/ Open Space D/ Open Space
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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P16.D4 : Passagen (Monotype, 2012)

p16

C’est à un projet complètement fou (donc nécessaire) que s’est attelé le label Monotype : la réédition de la discographie de P16.D4, groupe allemand qui sévit dans les années 1980 et fit grand bruit quels que furent la nature (électronique, électriques, cassettes, bandes) de ses instruments. Si l’on craint pour Monotype la catastrophe industrielle, on se réjouit d’une telle entreprise !

Car elle nous permet de mettre l’oreille sur des enregistrements labellisés Selektion qui étaient devenus rares et qui nous font un effet d’une rare modernité… Ralf Wehowsky (RLW), membre le plus endurant (si je puis m’exprimer ainsi), et ses comparses Roger Schönauer (RS), Ewald Weber (EW) et bientôt Stefan E. Schmidt (SES), pourraient en effet faire passer Throbbing Gristle pour un gentil groupe de hit parade. Dès Kühe in ½ Trauer, leur premier disque enregistré entre 1982 et 1983, tout est dit (ou presque) : instruments traditionnels (piano, guitares, synthétiseurs, orgues, voix…), loops rutilantes, cassettes réemployées à vau-l’eau, arrangent des atmosphères étouffantes : dans un blockhaus fermé à double tour, vous voilà spectateur des frasques des plus cinglés fantômes Dada. Malgré tout, les musiciens respectent encore un format court de chanson estampillé punk.

Après ce coup de maître, le groupe signe Distruct en retouchant des bandes de Merzbow (qui collaborera souvent avec le groupe), Smegma, De Fabriek, The Haters, Nurse with Wound ou encore du guitariste et saxophoniste Yoshiaki Kinno. P16.D4 y donne dans une sorte d’indus pour ensuite casser tous les codes, mis à part peut-être ceux de la musique concrète (il n’y a qu’à entendre le disque suivant, Nichts Niemans Nirgends Nie, et Bruitiste avec Alchim Wollscheid, l’un des Three Projects publiés par RRRecords et Selektion entre 1988 et 1990). Au diable les punks, donc, voici le temps venu des ingénieurs « studio » farfelus.

Comme pour faire le pont, mais a-posteriori, le gruppe concocte en 1987 Acrid Acme [Of] qui regorge de réutilisations d’enregistrements qui datent, eux, de 1981. On reprend des chansons punks et on les taille au cutter comme s’il s’agissait de vieux jean. Et les bouts qui tombent, on se les arrache aux cris de collages de bouts de chants de guitares ou de cymbales,, de déformations de sons d’orgues, de constructions tranchantes … La pratique est la même pour les morceaux que P16.D4 distribuera sur des compilations k7 publiées aux quatre coins du monde, morceaux compilés sur le disque Tionchor.

Pour terminer en beauté, le grand coffret contient un DVD (neuf vidéos de Markus Caspers et Horst Maus diffusés sur scène pendant les prestations du groupe + quatre films tiré des archives de Caspers qui montrent des inscription ou le tapage fait par des musiciens armés de marteaux ou chatouillant un piano ou les murs d’un studio…), un livret (qui reprend une histoire de P16.D4 publiée signée Dan Warburton pour Wire en 2005 et renferme des photos, des chroniques et les discographies de P16.D4 et RLW) et enfin 4 cartes cartonnées (à jouer puisqu’elles pourraient bien être des non-partitions, qui sait ?). Bref, de quoi tenir quelques mois en bonne et bruyante compagnie !

P16.D4 : Passagen (Monotype)
Enregistrement : 1982-1991. Edition : 2012.
5 CD + 1 DVD : CD1/ Kühe in ½ Trauer CD2/ Distruct CD3/ Nichts Niemand Nirgends Nie CD4/ Tionchor LP CD5/ Acrid Acme – DVD / Ethereal Ephemera
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Alessandro Bosetti : Der Italienische Manierismus (Con-V, 2012)

alessandro bosetti Der Italienische Manierismus

L’intérêt qu’Alessandro Bosetti trouve à la voix et aux diverses manières de dire sa musique trouvent en Der Italienische Manierismus de fabuleux prétexte à mélanges. Chez l’Italien, le dire et le faire (le morceau-titre a beaucoup été travaillé en public en 2011) se nourrissent l’un l’autre.

Fouillant de fond en comble un saxophone qui tient pourtant du souvenir, Bosetti trouve l’inspiration : basse synthétique, voix hallucinées, guitares en peine donnent à l’ouverture des airs de bande-son de train fantôme. Après quoi d’autres samples de voix rivalisent avec les cris d’oiseaux atteints par quel mal : le théâtre qui se joue là est celui d’un délire appuyé (ses références, peut-être : Meredith Monk, Phil Minton). Par deux fois, entendons-nous que l’étrange est un art subtil dans lequel Bosetti réussit.

Ce sont ensuite des « exercices » de poésie : guitares en peine, collages abrupts, voix réenregistrées et mises en abîme, étourdissantes toujours (qu’elles imaginent une poignée de moines dévoués à Berio ou entament une lecture que des bruits divers, de plus en plus, parasitent). Etourdissantes jusqu’à en submerger Alessandro Bosetti lui-même. Qui a de quoi être fier – ne pêchant que lorsqu’il abuse des sons de synthèse.

EN ECOUTE >>> Fantozzi vs Dalla >>>  Rosso

Alessandro Bosetti : Der Italienische Manierismus (Con-V)
Edition : 2012.
CD : Der Italienische Manierismus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013

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François Bayle : 50 ans de musique acousmatique (INA-GRM, 2012)

françois bayle 50 ans d'acousmatique

Combien de temps aurons nous passé à écouter François Bayle ? Toute sa vie à lui, et toute la nôtre avec – et ce n’est pas fini, c’est loin d’être fini, dis, Beatriz ? Cinquante ans de travail dans un coffret qui vient après tous les efforts de Magison, de quinze disques de couleurs différentes (Bayle est un coloriste, l’INA-GRM l’a bien évidemment remarqué)… Notre écoute n’en finira jamais, Beatriz...

... Quand même, il nous est arrivé de nous battre : musique concrète encore ? post-concrète ou plutôt acousmatique ? cinéma pour l’oreille ou théâtre sonore (la pièce Théâtre d’Ombres m’avait aiguillé) ? musique pour bande ou pour objets enregistrés ? pièces électroacoustiques ou mixtes ? psychisme concret ou délire psychédélique ? bref tout et n’importe quoi. On se moque bien des termes quand on peut s’accorder sur une chose : Bayle a fait des sons avec du « matériau » inadapté et exploré/éclairé des instruments de lutherie moderne. Comme Schaeffer il est passé du sonore au musical en allant jusqu’à transformer ses partitions en acousmographies.

Au diable les termes, d’accord, mais pas les préférences, Beatriz… Les miennes vont à ses premières œuvres, je te le redis. J’ai même un site que je conseille toujours dans ce paysage de lunes et d’étoiles : son Purgatoire dantesque qui fait pendant à l’Enfer de Bernard Parmegiani. Toi, Beatriz quand même, tu préfères les collages de rires d’homme sur Trois rêves d’oiseaux, les bandes retournées et les symphonies détraquées des Espaces inhabitables, les techniques mixtes des Expériences acoustiques (sur La preuve par les sens, tu as attiré mon attention sur les voix de Kevin Ayers et Robert Wyatt)…

Comme tout est rangé par ordre chronologique, ça a alors été l’heure de « mon » Purgatoire : par le menu, on nomme les « chiffres » qui ordonnent la récitation et c’est l’étrangeté du phénomène sonore qui éclate. Des voix s’approchent, d’autres s’éloignent, des sons de synthèse marquent l’expérience qui est inoubliable. Bayle y développe une expressivité qui n’appartient qu’à lui parce qu’il l’extrait (sons et images) de tout ce qu’il touche, lui. Plus le temps passe et plus il donnera d’ailleurs dans une scénographie de ses dons fabuleux : Les couleurs de la nuit (version 2012) en offre peut-être le meilleur exemple.

Toi, Beatriz encore, tu choisiras le concept emblématique de Son Vitesse-Lumière : c’est le début des années 1980, époque à laquelle je commence à perdre François Bayle d'oreille. J’écoute plus distraitement, les sonorités ne me conviennent plus autant que celles qui avaient le mystère de leur âge. Je me plonge dans le livret de textes, d’entretien et de catalogue commenté. C’est un autre voyage que je fais où l’on applique des mots à l’audiovisuel du compositeur. Au hasard d’un des Morceaux de ciels et autres Univers nerveux, deux des inédits qui terminent la rétrospective, je reviens doucement à la poésie du compositeur du concret et du rêve, à son actualité. Une actualité de laquelle, toi autant que moi, nous attendons d’autres nouvelles. N'est-ce pas, Beatriz ?

François Bayle : 50 ans d’acousmatique (INA-GRM)
Edition : 2012.
CD1 : Trois rêves d’oiseaux / Espaces inhabitables / Jeîta, ou Murmure des eaux CD2 : L’expérience Acoustique I-II : Thèmes sons / L’expérience Acoustique I : L’aventure du cri / L’expérience Acoustique II : le langage des fleurs CD3 : L’expérience acoustique III-IV-V : La preuve par les sens (III)  / L’épreuve par le son (IV) / La philosophie du non (V) CD4 : Purgatoire / Paradis terrestre CD5 : Vibra-tions composées / Grande Polyphonie CD6 : Camera Oscura / Les couleurs de la nuit (version 2012 inédite) CD7 : Erosphère / La fin du bruit  CD8 : Son Vitesse-Lumière I-II CD9 : Son Vitesse-Lumière III-IV-V CD10 : Motion-Emotion / Théâtre d’Ombres CD11 : Fabulae I à IV / Mamaméta CD12 : La maison vide / Morceaux de ciels CD13 : Arc, pour Gérard Grisey (inédit) / La forme du temps est un cercle CD14 : La forme de l’esprit est un papillon / Univers nerveux (inédit) CD15 : L’oreille étonnée (inédit) (In memoriam O. Messiaen) / Rien n’est réel (inédit) / Déplacements (inédit)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Aki Onda : South Of The Border (Important, 2012)

aki onda south of the border

Non ce n’est pas Aki Onda qui va à la musique mais bien la musique qui vient à Aki Onda. En ouvrant ses archives cassettes pour la troisième fois, le Japonais le prouve encore : ses « memories » (qui sont ici six souvenirs enregistrés au walkman lors d’un voyage au Mexique) recèlent des trésors.

Ça commence comme ça : une fanfare joue dans la rue, maladroite elle s’arrête, des passants parlent, elle reprend, rebat le tambour, resonne faux, reclaudique. Plus loin (The Sun Clings...) il y aura une autre fanfare, du même genre mais sublimée par la cassette qui accélère ou ralentit ses morceaux et, surtout, qui connaîtra la joie de se faire dévorer par des milliers d’oiseaux d’engeance hitchcockienne (voilà bien quelque chose à entendre !).

Mais les fanfares ne font pas tout et il y a d’autres rencontres dans ce Rec.Mode Trip mexicain : sur Bruise & Bite, on imagine le walkman tressautant au fond d’une poche et enregistrant des véhicules qui passent, des voix et ô surprise un orgue ou énorme flûte de bois (ou l'inverse) que l’on entendra aussi sur I Tell A Story Of Bodies That Change, qui elle tient plutôt de l’ambient. Un bon quart d’heure de plage zenifiante qui propulserai Brian Eno (jeune) ou Bruce Gilbert (en solo) dans un temple bouddhiste. En tout cas c’est le film que l’on se fait ou celui que projette Aki Onda, cinéaste sonore qui traite et mélange mieux que personne le bizarre et le quotidien.

Aki Onda : South of the Border. Cassette Memories Volume 3 (Important Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ A Day Of Pilgrimage 02/ Dust 9:18 03/ Bruise & Bite 04/ The Sun Clings To The Earth And There Is No Darkness 05/ I Tell A Story Of Bodies That Change
Pierre Cécile © Le son du grisly 2013

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Maggie Nicols, Phil Hargreaves : Human (Whi, 2012)

hargreaves nicols human

Réalisé par correspondance, morceau après morceau, Human est un disque de poésie sonore et même parfois musicale. D’un expérimental peu commun mais qui ne convainc pas à chaque fois, il mêle la voix de Maggie Nicols (langages inventés, récitation d’onomatopées, respirations profondes), quelques field recordings (morceaux de nature attrapés) et mille instruments qui claquent ou bourdonnent sur le mouvement de Phil Hargreaves.

Seuls un vieil orgue miniature et sa boîte à rythmes dissipent le mystère que cet Human contient. Ailleurs, ce sont partout les chants instables d’un folk incantatoire et les tentatives désespérées de dire encore dans le sillage de l’improvisation libre d’hier. Au détour d’une plage ombreuse, Nicols délivre peut-être un message : « Yes, we are searching ». Les recherches tiennent de la quête ésotérique et du théâtre de poche. C’est donc de façon étrange qu’elles mettent au jour des traces d'expression qui charment, interrogent ou déroutent. 

EN ECOUTE >>> Human (10 premières minutes)

Maggie Nicols, Phil Hargreaves : Human (Whi Music)
Enregistrment : 2008-2012.
CD : Human
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013

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