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Zbigniew Preisner : Dekalog / La double vie de Véronique / Bleu, Blanc, Rouge (Because, 2015)

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Tu te souviens de ce documentaire que nous avions vu à la télévision ? Kieslowski expliquait que le spectateur ne pouvait fixer son attention trop longtemps sur une main qui faisait un canard de son sucre (dans Bleu, son film le plus lié à la musique). Il expliquait qu’il avait fallu confectionner un sucre spécial. Un faux sucre, qui imbiberait le café en moins de temps afin de ménager l'attention du spectateur. J’aurais bien passé plus de temps, moi, à voir canarder un vrai sucre.

Le réalisateur a-t-il été aussi prévenant pour ce qui est de la musique de ses films ? Je veux dire, pensait-il au public quand son compositeur, Zbigniew Preisner, lui faisait entendre un morceau ? Je te pose la question, à toi, qui a tout vu aussi, et puisqu’on réédite les BO de Bleu, Blanc et Rouge. Bleu et son flûtiste des rues (jamais je n’ai pu reconnaître le thème que Binoche pensait qu’il avait emprunté à son défunt mari et je dois t’avouer aussi que j’ai longtemps cherché des disques de ce compositeur allemand inventé de toute pièce, Van Den Budenmayer).

Il y a des années que je n’ai revu de film de Kieslowski. Mais la musique de Bleu, passée ce matin, m’a fait le même effet qu’il y a des années. Ses sons sont des images qui chantent en nous. Parfois très graves, très mélo (ampoulé, tu me diras, mais c’est aussi ça la Pologne, n'est-ce pas ? et les musiques de film aussi...). Mais s'il arrive au compositeur de déborder, il sait de temps en temps s’interrompre pour laisser parler une actrice. La musique de Blanc est un peu facile et celle de Rouge me touche moins (c’est la chanson de Zbigniew Zamachowski). Mais dans le duo Kieslowski / Preisner, il n’y a pas que Bleu qui me touche.

Il y a les dix heures des téléfilms du Dekalog – les flûtes et les synthétiseurs mélangés ne sont pas toujours agréables, je te l'accorde – et sa superbe introduction de piano (c’est l’instrument qui compte le plus pour le réalisateur). La grandiloquence égale parfois la tristesse des commandements, Preisner digère à peine Sibelius, Smetana et Penderecki. Il n’y a pas que Bleu qui me touche, Weronika. Il y a (plus encore je crois) sa double vie. Même la flûte passe, et le chœur qui regardera Véronique s’évanouir, je ne t’en parle pas. D’ailleurs le cinéma, il ne faudrait pas en parler. Et la musique, il ne faudrait plus rien en dire.



Zbigniew Preisner : Bleu, Blanc, Rouge / Dekalog / La double vie de Véronique (Because Music)
Réditions : 2015.
CD & LP : Bleu, Blanc, RougeDekalogLa double vie de Véronique
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Jacob Kirkegaard : Arc (Holotype, 2015)

jacob kirkegaard arc

Les vinyles, je les aime comme celui-là, quand on peut les commencer par la face A ou par la face B, peu importe. On peut même ne passer qu’une face, après tout. Ce n’est pas manquer de respect à l'Arc de Jacob Kirkegaard, au contraire. D’autant qu’il s’est donné pour mission de sauver l’ambient et que je n’y vois aucune objection.

Surtout que la musique qu'il a écrite pour La Passion de Jeanne d’Arc de son compatriote Carl Th. Dreyer, si l’on veut bien faire les choses, il faudrait l’écouter en regardant le film justement (on apprendra qu’à l’époque de « sa sortie » des musiciens pouvaient jouer dessus en direct et qu’il a existé ensuite des versions sonorisées…). Alors, j’ai décidé de faire selon l’envie.

Ça ne changera rien à cette succession de couches de synthétiseurs qui s'étendent pianissimo. On ne trouvera pas là le moindre drone même si ces couches sont accrochées les unes aux autres. On baignera dans une ambient illustrative sépulcrale, on assistera à l’apparition d’un arc-en-ciel en pleine nuit, on entendra des voix nous aussi (en fin de A, au milieu de B). Ce n’est qu’alors que Kirkegaard respectera la dramaturgie : des basses entrent et des cornemuses (on dirait) avec... Ça se complique pour Jeanne mais pour nous l’effet est le même : on en reste muet !    

Jacob Kirkegaard : Arc (Holotype Editions / Metamkine)
Edition : 2015.
LP : A/ Arc I – B/ Arc II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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