Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone At Last, 2013)

pacific 231 lieutenant caramel aunt sally

Field recordings, guitare, electronics, art acousmatique… Du début à la fin (six morceaux dont deux captés en concert), la (nouvelle) rencontre des deux figures indus que sont Pacific 231 et Lieutenant Caramel tire dans tous les sens, s’en tenant quand même à une citation de Pierre Schaeffer, qui dit : « Le bruit est le seul son parfaitement adéquate à l’image, car l’image ne peut montrer que des choses et le bruit est le langage des choses. »

Et puisque les choses que nous montrent Pierre Jolivet (Pacific 231) et Philippe Blanchard (Lieutenant Caramel) sont bruyantes et folles, leur langage doit bien s’adapter... Tour à tour concret, usurpé, polyglotte, abstrait, il semble chercher une chose et une seule : ne surtout pas chercher à entrer en contact avec l’autre (en l’occurrence... avec moi). A force, et sans la poésie de leurs camarades Hjuler & Bär, les deux hommes nous servent à la place de leur « Tante Sally » une « attente salie » (pardon tata) qui se montre passablement ennuyeuse…

Pacific 231, Lieutenant Caramel : Aunt Sally (Alone at Last)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Yellow House in Beirut 02/ Birolo 03/ Bagliore 04/ Perhentian Kecil 05/ Angela Palnep Chu 06/ L’autre massacre
Pierre Cécile © Le son du grisli



Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ, 2013)

akos rozmann images of the dream and death

Cette réédition bienvenue – en 3 LP vinyles, mais c'est là plus une question de mode, le vinyle ayant le vent en poupe en ce moment, et surtout, intéressant un public « autre » (plus jeune) qui n'achèterait jamais ces mêmes musiques en CD – donne à entendre un compositeur passionnant, peu (ou pas ?) connu en France, auteur d'une musique des plus singulières : Akos Ròzmann (1939 - 2005) est né en Roumanie mais a passé la majeure partie de sa vie adulte en Suède où, entre autres, il était l'organiste attitré de la Cathédrale de Stockholm en même temps que l’hôte fréquent d'EMS, le studio de musique électronique de cette ville.

Et cette apparente contradiction (entre la musique « classique » et la recherche acousmatique) se retrouve non seulement dans sa production musicale mais dans sa vie toute entière : que ce soit dans la position du fervent catholique persuadé d'être en permanence entre deux portes – ciel et enfer – et ne parvenant à en ouvrir aucune, que dans celle du compositeur de solide formation classique qui la rejette en bloc, persuadé qu'il est qu'elle ne peut plus parler d'aujourd'hui.

Et effectivement ces Images of the Dream and Death donnent à entendre une autre part, qu'on aurait envie de situer entre les mystères et les violences d'un Moyen-Age et une autre électricité, pétrie de crainte, de respect et de terreur.

Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ / Editions Mego / Metamkine)
Réédition : 2013.
3 LP : A : Part I & Part II (Attacca) B : Part II 20:53 C : Part II (conclusion) & Part III D : Part III E : Part III F : Part III (Conclusion)
Kasper T. Toeplitz © Le son du grisli


Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag, 2013)

ravi shardja grun ist grau

Vous n’aviez jamais osé transposer la musique concrète de Pierre Schaeffer en Inde ? Pas d’angoisse, Ravi Shardja l’a imaginé – et réalisé – pour vous. Oeuvre totalement à part dans la discographie mondiale (oui, oui), son Grün ist grau multiplie les fractures et les horizons, entre échos de la rue à Bombay, sonorités échappées de Throbbing Gristle ou Merzbow, sans bien sûr omettre des souvenirs de sitar passés à la moulinette Prurient.

Pas sûr qu’au premier coup, on saisisse toutes les nuances du bidule, tant les idées foldingues pulluent et s’entrechoquent... On est en revanche certain d’enchaîner les découvertes planquées dans le mix au fil des écoutes.

En écoute >>> Grün ist grau (quatre extraits)

Ravi Shardja : Grün ist grau (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2013.
2 LP : A1/ Bombay Boobies Battle B1/ Curry Nelli Occhi Un'Acromatopsia Momentanea C1/ Attaque Sournoise Du Kopassus À Wamena D1/ Gartenfest Fessenheim Abgesagt
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Fragment Factory Expéditives : Alice Kemp, Schimpfluch-Gruppe, Aaron Dilloway, Tom Smith, Philip Marshall

fragment factory expéditives

alice kempAlice Kemp : Decay and Persistence (CDR, 2013)
Réinterprétation par son auteure d’une bande-son créée pour deux performances de Weeks & Whitford, Decay and Persistence est maintenant un voyage à faire sur CD et, même, dans l’oreille d’Alice Kemp (Germseed) : trouver-là, rendus avec une précision remarquable, coups de tonnerre, tic-tac, souffles, bois qui craquent, et peut-être aussi le battement d’un cœur. Au bout du voyage, applaudir à un théâtre concret aux effets ravissants.

EN ECOUTE >>> Live-Aktion 28.04.2012, Tokyo

nigredo

Schimpfluch-Gruppe : Nigredo (K7, 2013)
Un autre bois (on l’imagine), et sur cassette, crépite sur Nigredo. C’est que Rudolf Eb.Er et Dave Phillips y ont marché, en route pour Tokyo où ils donnèrent un concert « préparé » sous le nom de Schimpfluch-Gruppe. Devant l’assistance, un souffle fut transformé en râle, ce râle en ombre épaisse et inquiétante, cette ombre en chimère prisonnière d’une cellule de béton gris. Dans un bruit assourdissant de métal (des chaînes, peut-être), ce sera la libération. En face B, un canal chacun, Eb.Er et Phillips exposent le matériau qu’ils composèrent indépendamment pour leur rencontre : ni chimère, ni béton, ni métal, mais des ombres encore.

EN ECOUTE >>> Decay and Persistance

aaron dilloway tom smith

Aaron Dilloway, Tom Smith : Allein Zu Zweit (K7, 2013)
C’est un autre concert passé sur cassette : celui, donné par Aaron Dilloway (Wolf Eyes, The Nevari Butchers) et Tom Smith (To Live and Shave in L.A., Ohne) à Hambourg le 22 juin 2012 – quelques jours plus tôt, le duo s’était produit à Hanovre, ce dont témoigne Impeccable Transparencies, un disque double produit par Smith sur son Karl Schmidt Verlag. Seul, Alloway lance une course le long de laquelle il butera souvent : voilà la cause des barrissements, plaintes et déferlantes, dont il fait son miel. Avec Smith, le voici occupé à confectionner une boucle sur laquelle déposer un noise qui pourra quelquefois pêcher par emportement lyrique.

EN ECOUTE >>> Allein / Zu Zweit

philipp marshall

Philip Marshall : Passive Aggressive (K7, 2013)
Deux ans après avoir publié Casse-tête sur Tapeworm, label à cassettes qu’il dirige, Philip Marshall voit paraître Passive Agressive sur Fragment Factory. C’est une autre bande à dérouler dans laquelle sont contenus des aigus tenaces que gonflent les parasites qu’ils portent en eux et même arborent, un grave aux obsessions multiples et qui danse sous leurs effets, un doigt de saturations, enfin, pour finir de changer la cassette dont on parle en étonnante malle à contrastes.

EN ECOUTE >>> Passive

fragment factory


Pierre-Yves Macé : Musique et document sonore (Les Presses du Réel, 2012)

pierre-yves macé musique et document sonore

C’est une thèse de doctorat désormais publiée que son auteur, Pierre-Yves Macé, aurait pu (pourrait) poursuivre à vie : l’utilisation du document sonore dans le contexte musical est son sujet. Partant d’Edison, voici donc l’histoire d’un « document » – la notion, démonstrative et laissant derrière elle quelque trace, sera brillamment expliquée dans un chapitre – qui abandonne les rayonnages de l’archive pour l’univers plus exaltant de la création sonore.

Si l’exercice, formaté, connaît quelques impératifs (exposés d’esthétique convoquant inévitablement Adorno, Benjamin, Barthes, Deleuze…, citations zélées, organisation rigoureuse – à laquelle échappe toutefois ce bel interlude par lequel John Cage passe une tête), il profite de la diversité des écoutes auxquels il renvoie. Plus encore, il passionne par l’entendement déductif de Macé.

Traité de mille manières (amplifié, manipulé, traité, transformé, digéré…), le document finira souvent par adopter les contours d’arts hétéroclites pour être ceux de Ferrari, Nono, Reich, Bayle, Curran, Bryars, mais aussi Panhuysen, Matmos, Kyriakides, Kerbaj, Onda… A chaque fois, c’est un imaginaire augmenté par le « fourmillement du réel » que Macé envisage en chercheur éclairé avant d’en disposer les références dans une luxuriante toile de sons, aussi panorama saisissant : Musique et document sonore.

Pierre-Yves Macé : Musique et document sonore (Les Presses du Réel)
Edition : 2012.
Livre : Musique et document sonore, 336 pages.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Gregory Büttner : Scherenschnitt / Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through / Adam Asnan : FBFC (1000füssler, 2013)

gregory buttner scherenschnitt

Des trois références qui viennent grossir la discographie du label au mille-pattes de Gregory Büttner, Scherenschnitt est celle qui augmente aussi  l’œuvre enregistré du patron. Née d’une installation du même nom (dont la couverture du petit disque montre un détail), Scherenschmitt est une histoire de découpage (de papier et de carton) enregistré et du collage de ces enregistrements. Sur onze minutes, l’expérience de close miking, récepteur à mi chemin du matériau et du geste, découpe moins une « silhouette acoustique » qu’elle ne révèle les trajectoires de mouvements « in process » inquiets d’artisanat autant que d’artefact.

Gregory Büttner : Scherenschnitt (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Scherenschnitt

olaf hochherz rooms to carry books through

Muni de micros piezo, baffles, mixer…, Olaf Hochherz s’attelait en 2012 à Berlin à l’électroencéphalogramme d’un livre. Les résultats de l’expérience sont à entendre sur Rooms to Carry Books Through – qui évoquent à leur façon le Voyage autour de ma chambre de Maistre : soufflements, silences, respirations infimes et réactions minuscules d’un livre qu’Hochherz peut aussi provoquer du doigt. Bientôt, c’est un prélude qui convainc l’amateur de papier qu’une faune jusqu’alors inconnue s’affaire entre ses pages.

EN ECOUTE >>> Rooms to Carry Books Through (extrait)

Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Rooms to Carry Books Through

adam asnan fbfc

Un bruit de tonnerre et les tremblements qu’il provoque ouvrent FBFC, travail d’amplification d’un couvercle de métal auquel s’est appliqué Adam Asnan. S’il porte des coups à l’objet, le musicien choisit de se laisser déborder par les échos qu’il commande à l’électronique. Ainsi, alternant rythmes réguliers et attaques défaites, Asnan modèle au son de feedbacks et de rumeurs les reliefs concrets d’épatantes ecchymoses, voire d’ultramodernes commotions.

EN ECOUTE >>> FBFC 2

Adam Asnan : FBFC (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ FBFC 1 02/ FBFC 2 03/ FBFC 3 04/ FBFC 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre, 2013)

osvaldo coluccino oltreorme

Quelqu’un s'en serait-il rendu compte du plagiat ? Si j’avais écrit d’Oltreorme ce qui avait été écrit d’Atto ? Je copie & je colle, Héctor, pour dire à mon tour qu’Osvaldo Coluccino ne joue d’objets comme personne. D’ailleurs, il ne joue pas. Non, il examine, secoue, voit ce que ça donne, cherche, trouve ou ne trouve pas, creuse ou abandonne…

J’aurais aimé dire aussi que nous ne devons pas chercher quel est l’objet, qu'il faut laisser faire l’imagination qui trotte et qui galope, le disque qui invite à l’imagination… Mais Atto n’est pas Oltreorme, dont le titre est un néologisme qui nous lance sur la piste d’ « outre-empreintes ». Plus que sur son prédécesseur, les objets questionnent le silence. Plus que sur son prédécesseur, Coluccino réinvente la musique concrète en la rendant élusive. Même dans le concret, il est important de se distinguer. Et Osvaldo Coluccino a su le faire.

Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Oltrorme 1-5
Pierre Cécile © Le son du grisli


Marteau rouge : Noir (Gaffer, 2012) / Jean-Marc Foussat : L'oiseau (Fou, 2012)

marteau rouge noir

C’est un peu toujours la même planète (ou est-ce peut-être une étoile noire ?) que l’on redécouvre quand on écoute un nouveau Marteau rouge (Jean-Marc Foussat, VCS 111 et voix, Jean-François Pauvros, guitares, Makoto Sato, batterie). A chaque fois, le trio enfonce des clous et fait du bruit, parfois beaucoup de bruit… mais à la fin, pourtant, la construction s’avère différente.

L’explication ? C’est que, certes, c’est toujours la même planète, mais à chaque fois peuplée d’autochtones différents. Cachés par les reliefs ou enfouis sous la terre, ils travaillent à un prog rock psyché free qui pourrait faire la bande-son d’un remake de la Guerre des Mondes qu’aurait signé David Cronenberg. La musique risquerait d’ailleurs d’être plus intense que le film : elle est parfois harassante et parfois bouleversante ; on revient donc de Noir harassés et bouleversés.

EN ECOUTE >>> Noir 03

Marteau rouge : Noir (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : Noir
Pierre Cécile © Le son du grisli

jean-marc foussat l'oiseau

L’oiseau est l’hommage de Jean-Marc Foussat à son fils Victor. Synthés, bandes, voix en faction... dézinguent vingt minutes durant un Kindertotenlieder ultra concret. Bien sûr, le CD est poignant, mais ses sonorités avilissent souvent sa musicalité. Alors, Foussat revient à la voix qu’il a perdue, à la voix qui l’habite, et l'écoute avec nous.

Jean-Marc Foussat : L’oiseau (Fou)
Edition : 2012.
CD : L’oiseau
Pierre Cécile © Le son du grisli


PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

prszr equilirium

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.

Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.

EN ECOUTE >>> I >>> II

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I  02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press, 2013)

lasse marhaug bruce russell virgina plane

Ce n'est pas la première fois que Bruce Russell et Lasse Marhaug collaborent. Mais Virginia Plane – où le label The Spring Press nous promet de la musique concrète, du dub, des power electronics et du free noise – pourrait être à ce jour l'ouvrage le plus concluant qu'ils aient fabriqué ensemble.

Quatre morceaux par face de trente-trois tours gondolé à force de cracher des bruits qui piquent (marteau piqueur ou machine à coudre, M. Marhaug ?), motorisent, grincent, percutent (des bols ou un piano), déferlent en canalisations creusées profond, croulent et explosent sous le chutes de gravats, etc. Musique concrète : ok. Power electronics & free noise : ok.

Pour le dub, il faut attendre les sirènes en rut de Pyjamarama (un nom comme un autre) qui dansent sur du melodica étendu et bien sûr Numberer Dub. Mais, on s'en doutait, ce dub est loin d'en être, car il est plutôt récréation avant qu'un orgue ne revienne en démontrer. Ses drones résistent à l'appel des crépitements sur une conclusion, In A Dream-Home, qui résumerait à elle seule  l'attraction qui fait que Marhaug et Russell jouent régulièrement ensemble : le goût des bruits que tout oppose et qui pourtant s'arrangent au poil.

Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press / Metamkine)
Edition : 2013.
A01/ Both Ends Burning A02/ Remake/remodel A03/ For Your Pleasure A04/ The Numberer B01/ Do the Strand B02/ Pyjamarama B02/ Numberer Dub B03/ In a Dream-home
Pierre Cécile © Le son du grisli



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